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Chapitre 4

Twinkle n'en revient toujours pas, elle me fixe comme si je venais de déplacer une montagne.

- Comment c’est possible ? demande-t-elle.

Je souris.

- Secret professionnel.

Elle plisse les yeux.

- Camille…

- Ne t'en fais pas juste... fais-moi confiance.

Le soir arrive trop vite. Twinkle se prépare comme pour une réunion stratégique. Robe impeccable. Talons précis. Parfum mesuré. Son égo est bien en place. Mais moi, je vois ses mains trembler une seconde quand elle ferme son bracelet. Je l’accompagne au restaurant. Pas question de la laisser seule dans ce genre de moment. Dès qu’on entre, je le vois. Malcom. Il lève les yeux. Il me reconnaît immédiatement. Il s’avance légèrement vers moi.

- Camille… commence-t-il.

Je lui fais un signe discret de la main. Stop. Pas maintenant. Pas devant elle. Heureusement, Twinkle est de dos. Elle n’a rien vu. Malcom comprend. Son visage redevient neutre. Professionnel. Froid. On nous conduit à une table. Twinkle s’assoit. Droite. Impeccable. Malcom reste debout.

- Je suis en service, dit-il calmement. Je ne peux pas m’asseoir. Tu peux parler.

Twinkle croise les jambes.

- Ce sera rapide.

Je sens la tension dans l’air.

- Je vais être directe, dit-elle. Ma fille vous apprécie.

Malcom ne répond pas.

- Elle aimerait que vous soyez son père. Ou du moins que vous en jouiez le rôle.

Je retiens mon souffle. Twinkle continue, comme si elle négociait une fusion d’entreprises.

- Je peux vous payer. Grassement. Il suffirait d’être présent à certains événements. Dîner avec nous. Donner l’illusion d’une stabilité.

Mon estomac se noue. Elle parle de lui comme d’un contrat. Comme si dix ans n’avaient jamais existé. Comme s’il n’avait jamais compté. Malcom la fixe. Son regard devient glacial.

- Je ne suis pas à vendre, dit-il d’une voix basse.

- Tout le monde a un prix.

- Pas moi. Et encore moins pour jouer un rôle dans la vie d’un enfant, ajoute-t-il. Je vois une lueur dans ses yeux. De la colère. De la blessure.

- Je pensais que vous comprendriez la logique, dit Twinkle froidement.

- Je ne fonctionne pas à la logique.

Il fait un pas en arrière.

- Bonne soirée.

Et il s’en va. Sans un regard de plus. Je reste figée. Twinkle aussi. Le plan parfait vient d’exploser en moins de trois minutes. Elle fixe la table. Son visage est fermé. Mais je la connais. Elle ne s’attendait pas à ça. Moi non plus. À présent je comprends que ce ne sera pas une stratégie qui les rapprochera. Ce sera autre chose.

À peine la porte du restaurant franchie, Twinkle explose.

- Je ne veux plus jamais revoir cet homme, dit-elle, la voix tremblante de colère.

Les talons claquent sur le sol. Son regard est dur, blessé.

- Et Joanna ? demandé-je doucement. Tu vas lui dire quoi ?

Elle me fixe.

- Je lui expliquerai.

- Comment ?

- Comme une mère explique les choses compliquées.

Elle ne me laisse pas répondre. Elle se dirige vers le parking fière, mais je sais qu’à l’intérieur, ça brûle. Je reste là quelques secondes. Puis je fais demi-tour. Je retrouve Malcom près du bar, les mains posées sur le comptoir, le regard perdu.

- Malcom.

Il se retourne. Et sans hésiter, il me prend dans ses bras.

- Qu’est-ce que tu fais là ? demande-t-il en me serrant fort. Et pourquoi tu traine avec elle ?

Je ferme les yeux une seconde. Malgré tout, il reste mon grand frère.

- Twinkle est mon amie, dis-je en me détachant. Je l’accompagnais.

Il recule, surpris.

- Ton amie ? Twinkle ?

- Oui.

Il passe une main dans ses cheveux.

- Elle n’a pas changé.

- Si, dis-je doucement. Elle a changé.

Il me regarde, sceptique.

- Elle parle comme si les gens étaient des marchandises.

- Parce que c’est le seul langage qu’on lui a laissé, grand frère.

Le mot sort tout seul. Il baisse les yeux.

- Elle a beaucoup souffert ces dix dernières années, continué-je. Tu ne sais pas tout. Elle est devenue froide pour survivre. Dans son monde, si tu montres une faiblesse, on t’écrase.

Il reste silencieux.

- Elle ne sait plus aimer normalement, ajouté-je. Elle ne sait plus demander autrement qu’en payant.

- Ce n’est pas une excuse, dit-il.

- Non. Mais c’est une explication.

Je m’approche un peu.

- Donne-lui une chance.

Il secoue la tête.

- Je ne veux pas être un figurant dans sa vie.

- Alors ne le sois pas. Sois vrai.

Il me fixe.

- Pourquoi ça te tient autant à cœur ?

Je prends une inspiration.

- Pour Joanna.

Son regard change légèrement.

- C’est une enfant, dis-je. Elle n’a rien demandé à personne. Elle est harcelée à l’école parce qu’elle n’a pas de papa. Les enfants peuvent être cruels.

Sa mâchoire se crispe.

- Elle s’est même retrouvée à l’hôpital une fois. La pauvre petite.

Le silence devient lourd.

- Réfléchis, grand frère, murmuré-je. Juste… réfléchis.

Je le laisse là, immobile, les yeux perdus dans le vide. Puis je rejoins Twinkle dehors, le cœur serré.

***Twinkle***

De retour à la maison, je monte directement à l’étage. Je n’enlève même pas mes talons. Je vais droit vers la chambre de Joanna. La porte est entrouverte. Elle dort déjà. La lumière douce de la veilleuse éclaire ses poupées éparpillées un peu partout. Madeleine, sa nounou, est en train de les ranger avec une patience infinie.

- Bonsoir madame, dit-elle en me voyant.

- Bonsoir Madeleine. Elle a été sage ? demandé-je en m’approchant du lit.

- Très sage. Elle a mangé, fait ses devoirs, et elle s’est endormie sans histoire.

Je regarde le visage paisible de ma fille. Elle ne sait pas. Elle croit sûrement que tout avance comme prévu.

- Merci, Madeleine.

Nous sortons doucement de la chambre. Je lui tends son enveloppe.

- Merci pour votre présence, dis-je.

- C’est un plaisir, répond-elle avant de partir.

La maison devient silencieuse. Trop silencieuse. Je vais dans ma chambre. J’enlève ma robe avec des gestes mécaniques. Sous la douche, l’eau coule longtemps. Mais elle n’emporte rien. Ni la voix froide de Malcom. Ni son regard blessé. Ni mes propres mots. Je me glisse dans mon lit mais je ne dors pas. Je fixe le plafond. Je repasse la scène encore et encore. Pourquoi ai-je parlé d’argent ? Pourquoi ai-je effacé notre passé comme s’il ne comptait pas ? Pourquoi suis-je incapable de demander simplement ? Les heures passent. Mon esprit ne s’arrête pas.

Au petit matin, je me lève avec les yeux brûlants. Au bureau, Camille me repère immédiatement.

- Tu n’as pas dormi, dit-elle sans même me saluer.

Je pose mon sac sur le bureau.

- Ça se voit tant que ça ?

- On dirait que tu as négocié avec la lune toute la nuit.

Je m’assieds lourdement.

- Je ne sais pas comment lui dire.

- À Joanna ?

Je hoche la tête.

- Je ne sais pas comment lui expliquer que j’ai tout gâché avec Malcom.

Le mot me fait mal.

- Elle avait l’air si sûre. Si heureuse. Et moi… j’ai tout détruit en trois phrases.

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