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Chapitre 3

Je n’ai aucun plan. Pas d’argent, pas d’endroit où aller, rien. Juste cette décision que j’ai prise et que je refuse de regretter. Alors je reviens sur mes pas et je monte directement dans ma chambre, décidée au moins à prendre mes affaires, ma valise, le strict minimum. Mais à peine j’ouvre l’armoire que la voix de ma tante claque derrière moi.

— Tu fais quoi ?

Je me fige une seconde avant de me retourner vers elle, essayant de garder mon calme.

— Je prends mes affaires.

Elle éclate d’un rire sec, sans aucune chaleur.

— Tes affaires ? répète-t-elle. Rien ici ne t’appartient.

Mon cœur se serre mais je ne baisse pas les yeux.

— J’ai besoin de mes vêtements.

— Tu ne prendras rien, tranche-t-elle froidement. Ce n’est pas toi qui les as achetés.

Roxane apparaît derrière elle, adossée contre le mur, les bras croisés, un sourire méprisant aux lèvres.

— Franchement, tu devrais déjà être contente qu’on te laisse partir sans rien payer, lance-t-elle.

Je serre les dents, la colère monte, mais je sais que ça ne sert à rien. Elles ont décidé. Et elles veulent me voir tomber.

— Très bien, je lâche finalement. Gardez tout.

Je sors de la pièce sans me retourner, parce que si je le fais, je risque de dire des choses que je ne pourrais pas retirer. Quelques minutes plus tard, je suis dehors. Sans valise. Sans rien. Mais je refuse encore de paniquer. Pas tout de suite. Je retourne à l’hôtel, comme si de rien n’était, comme si ma vie n’était pas en train de s’effondrer morceau par morceau. Peut-être que je peux encore sauver quelque chose. Mon travail. Au moins ça.

Dès que je mets un pied à l’intérieur, je comprends que c’est fini. Les regards changent. Les murmures. Et mon responsable m’attend déjà.

— Cassandra, on doit parler, dit-il d’un ton sec.

Je m’arrête devant lui, le cœur qui recommence à battre trop vite.

— Vous vous êtes absentée sans autorisation en plein service, continue-t-il. C’est inacceptable.

— J’avais un problème urgent, je tente.

— Peu importe, coupe-t-il. Vous êtes en période d’essai. On ne peut pas se permettre ça.

Je comprends avant même qu’il le dise.

— Vous êtes renvoyée.

Le mot tombe, simple, froid, définitif.

Je ne réponds pas. À quoi bon.

Marie arrive derrière, essoufflée, le regard rempli de regrets.

— Cassandra… je suis désolée, dit-elle doucement. J'ai essayé de lui cacher ton absence mais...

Je lui lance un petit sourire fatigué.

— Ce n’est pas ta faute.

Et pour une fois, je le pense vraiment.

Je tourne les talons une nouvelle fois, sauf que cette fois, il n’y a plus rien derrière moi. Quand je sors de l’hôtel, l’air me paraît différent. Plus froid. Plus dur. Je m’arrête quelques secondes, regardant autour de moi sans vraiment voir. Plus de maison. Plus de travail. Plus rien. Et pour la première fois depuis longtemps… Je ne sais vraiment pas où aller.

Je marche sans vraiment savoir où je vais, laissant mes pas me guider au hasard dans les rues bruyantes de la ville, essayant de ne pas penser, essayant surtout de ne pas paniquer. Les heures passent lentement, trop lentement, et je m’accroche à une seule idée : trouver du travail, n’importe lequel. J’entre dans des boutiques, dans des petits restaurants, je demande si on cherche une serveuse, une plongeuse, quelqu’un pour aider, mais à chaque fois c’est la même réponse, les mêmes regards rapides, les mêmes refus polis ou agacés. On me dit non, encore et encore, jusqu’à ce que le soleil commence à disparaître et que la fatigue s’installe dans tout mon corps. Mes pieds me font mal, ma tête tourne un peu, et je commence à comprendre que la nuit va être longue. Très longue.

Mon téléphone vibre soudainement dans ma main. Je regarde l’écran, surprise. C'est ma tante. J’hésite une seconde avant de décrocher.

— Cassandra… dit-elle d’une voix douce, presque trop douce.

Je fronce légèrement les sourcils. Ce ton ne lui ressemble pas.

— Oui ?

— Rentre à la maison, reprend-elle calmement. J’ai eu tort. On peut discuter tranquillement.

Je reste silencieuse quelques secondes, méfiante. Elle ne s’excuse jamais. Jamais.

— Tu es sûre ? je demande, prudente.

— Bien sûr, insiste-t-elle. Tu es de la famille après tout. Tu ne peux pas rester dans la rue alors que je suis là.

Ses mots sonnent faux, mais je suis fatiguée, épuisée même, et surtout… je n’ai nulle part où aller. Alors je cède.

— D’accord.

Quand j’arrive devant la maison, tout semble étrangement calme. Je pousse la porte et je la trouve là, comme si elle m’attendait. Elle m’accueille sans crier, sans reproche, ce qui me met encore plus mal à l’aise.

— Assieds-toi, dit-elle en me tendant un verre d’eau.

J’hésite un instant, puis je prends le verre. J’ai soif, trop soif pour réfléchir davantage. Je bois quelques gorgées pendant qu’elle s’installe en face de moi, prête à parler.

— Il faut qu’on discute sérieusement, commence-t-elle.

Je hoche légèrement la tête, mais quelque chose ne va pas. Une sensation étrange monte en moi, comme un vertige qui s’installe trop vite.

— Attends… je murmure.

Ma vision devient floue. Mes mains deviennent lourdes. Je relève les yeux vers elle et je comprends trop tard. Le verre glisse de mes doigts et se brise au sol. Le monde bascule. Et tout devient noir.

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