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Chapitre 4

Quand j’ouvre les yeux, tout est flou pendant quelques secondes, comme si mon corps refusait encore de revenir à la réalité, et puis la sensation arrive d’un coup. Le tissu. Serré. Lourd. Je baisse les yeux et mon cœur rate un battement. Une robe de mariée. Mes poignets tirent, attachés, et je comprends que je ne peux presque pas bouger. Ma respiration devient irrégulière, mon esprit encore embrumé lutte pour suivre, pour comprendre comment j’en suis arrivée là, mais au fond de moi, je le sais déjà.

Je suis seule dans la pièce. Le silence est pesant, étouffant, et chaque seconde qui passe me donne l’impression que quelque chose de pire approche. Puis la porte s’ouvre.

Ma tante entre. Roxane est derrière elle.

— Qu’est-ce que… qu’est-ce qui se passe ? je demande, ma voix faible, presque étranglée.

Anne sourit. Un sourire qui me glace immédiatement.

— Ton mariage, répond-elle simplement.

Mon cœur se serre violemment.

— Non…

— J’ai rappelé ton mari, continue-t-elle calmement. Il a accepté de t’épouser malgré… ton petit écart.

Elle insiste légèrement sur les mots, comme si ça l’amusait.

— Même s’il n’a payé que la moitié du prix, ajoute-t-elle avec légèreté.

Je sens les larmes monter, mais mon corps est trop lourd, trop faible pour réagir comme je le voudrais.

— S’il te plaît… je murmure. Ne fais pas ça…

Elle penche légèrement la tête, comme si elle m’écoutait vraiment.

— Tu sais ce qu’on dit de lui… il tue ses femmes…

Ma voix tremble. C’est à peine audible.

— S’il te plaît…

Son regard devient froid. Vide.

— C’est trop tard, tranche-t-elle. Il est déjà en route. Et il a préparé une cérémonie grandiose pour toi.

Un frisson glacial me traverse.

— Et puis, ajoute-t-elle avec un haussement d’épaules, ta vie ne vaut rien. Que tu sois morte ou vivante, ça ne change rien pour moi.

Chaque mot tombe comme un coup.

— Ce qui compte, c’est l’argent.

Roxane laisse échapper un petit rire derrière elle, les yeux brillants.

— Grâce à toi, je vais enfin pouvoir m’acheter ce sac de luxe que je voulais, dit-elle avec satisfaction.

Je les regarde, incapable de parler, incapable même de pleurer correctement. Tout est trop lourd. Trop violent. Elles se dirigent vers la porte sans un regard de plus.

— Repose-toi bien, lance Anne avant de sortir.

La porte se referme et je reste là attachée, étourdie. Avec leurs mots qui résonnent encore dans ma tête.

Quand il arrive, je comprends immédiatement que je n’ai aucune chance de lutter dans l’état où je suis, alors je fais la seule chose qui me reste : je joue le jeu. Je baisse les yeux, je respire doucement, je fais semblant d’accepter. Il entre dans la pièce avec cette démarche lourde, sûre de lui, comme s’il venait récupérer un objet qui lui appartient déjà, et son regard glisse sur moi sans gêne, lent, insistant, dérangeant. Je me force à rester immobile pendant qu’il m’observe comme une marchandise, détaillant chaque détail, chaque courbe, chaque centimètre de peau visible, et je sens le dégoût monter en moi, mais je le cache.

— Détachez-moi, dis-je doucement. Je ne vais pas m’enfuir.

Il plisse les yeux, hésite, puis finit par s’approcher et libérer mes poignets, sans me quitter du regard, comme s’il attendait que je fasse un faux pas. Je ne fais rien. Je reste calme. Docile. Exactement comme ils l’attendent.

Ma tante sourit, satisfaite.

— Voilà la fille que j’ai élevée, dit-elle fièrement.

Je tourne légèrement la tête vers elle, un sourire léger aux lèvres.

— Je peux prendre quelques affaires avant de partir ?

L’homme grogne aussitôt.

— Inutile. Tu n’en auras pas besoin.

Je m’approche de lui, lentement, glissant mes bras autour de son cou avec douceur, me forçant à ignorer le malaise qui me traverse, levant les yeux vers lui avec une fausse tendresse.

— S’il vous plaît… juste quelques vêtements.

Il hésite. Je vois son regard changer. Il aime ça. Le contrôle. La soumission.

— Trente minutes, finit-il par dire. Pas plus.

Je hoche la tête et je file aussitôt dans la chambre, le cœur battant à toute vitesse. Je n’ai pas trente minutes. J’ai une seule chance. Je prends quelques vêtements à la va-vite, puis je me dirige directement vers ce qui compte vraiment. Les bijoux de ma mère. Je les récupère et les cache soigneusement. Je prends aussi mes économies, ma carte, tout ce qui peut me permettre de survivre dehors. Je referme la valise rapidement et je respire un grand coup avant de sortir. Je suis prête.

La cérémonie se déroule dans une église remplie de monde, trop de monde, des regards partout, des murmures, des sourires faux. Tout est trop propre, trop beau, trop faux. On me fait avancer, et la musique commence. La marche nuptiale. Je reconnais immédiatement le morceau. La marche nuptiale de Mendelssohn. Je marche lentement, le voile sur le visage, et malgré la situation, une pensée me traverse l’esprit. Sérieusement ? Cette musique ? C’est censé être romantique ? On dirait une annonce dramatique avant une catastrophe. Parfait, ça me correspond finalement. Je m’avance jusqu’à l’autel où il m’attend déjà, droit, impatient. Il relève mon voile et ses yeux brillent d’une satisfaction malsaine.

La cérémonie commence. Le prêtre parle, encore et encore, des mots que je n’écoute même plus. L’amour. La fidélité. La vie commune. Tout sonne faux. Complètement faux.

— Voulez-vous prendre pour épouse Cassandra Hope, l’aimer et la chérir dans la santé comme dans la maladie…

— Oui, répond l’homme sans hésiter.

Bien sûr qu’il dit oui.

Le prêtre se tourne vers moi.

— Et vous, Cassandra Hope…

Le silence tombe.

Je relève légèrement la tête.

— Non.

Le mot résonne dans toute l’église. Un choc. Des murmures éclatent.

— C’est une plaisanterie ? demande l’homme, froidement.

Je le regarde, cette fois sans aucune peur.

— Non. J’en ai juste marre de supporter votre haleine horrible.

Un silence choqué s’abat sur toute l’assemblée. Ma tante se précipite vers nous, furieuse.

— Tu as perdu la tête ? crie-t-elle.

Je tourne les yeux vers elle, calme.

— Je l’ai perdue il y a longtemps. Le jour où j’ai perdu ma mère.

Son visage se déforme de colère.

— Continuez la cérémonie ! ordonne-t-elle au prêtre. Avec ou sans son accord !

Je laisse échapper un petit rire.

— Dans ce cas, épousez-le à ma place. Vous avez l’air de tellement l’aimer… ce vieux puant défraîchi.

Un choc encore plus grand traverse la salle. Même le prêtre reste figé.

Je me tourne pour partir. Mais une main me saisit brusquement le bras.

— Tu ne vas nulle part, gronde l’homme.

Par réflexe, je me débat, mon cœur explose dans ma poitrine, et dans le mouvement, je retire mon voile. Mon épingle à cheveux glisse entre mes doigts, et sans réfléchir, je la plante dans son cou. Un cri. Il me lâche immédiatement. Je ne réfléchis plus. Je cours. Je traverse l’église sous les cris, les regards, le chaos total, je sors en courant, mes pieds à peine stables, et je fonce vers la voiture. J’attrape mon sac, sans vérifier, sans hésiter, puis je me précipite vers la rue. J'entre dans le premier taxi.

— Roulez ! dis-je en montant à l’intérieur.

Derrière moi, j’aperçois des hommes courir. Ses gardes. Mais la voiture démarre. Et cette fois… ils n’arrivent pas à m’attraper. Je m’enfonce dans le siège, le souffle court, le cœur en feu. Je suis en fuite, encore. Mais cette fois… Je suis vraiment libre. Je ne reviendrai plus en arrière.

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