Chapitre 5 : Face au sang du même sang
Chapitre 5 : Face au sang du même sang
Léna n’avait pas dit un mot sur le chemin du retour. Ses mains tremblaient légèrement sur le volant. Le rendez-vous était fixé. Ce soir.
Liam voulait le voir.
Noah.
Elle l’avait supplié de lui laisser du temps, mais il avait simplement répondu :
> — Cinq ans, c’est déjà beaucoup de temps. Je ne peux pas en perdre un de plus.
18h07.
Il était là. Devant la porte de son petit appartement, costume sombre impeccable, mais sans cravate. Les bras croisés. Les yeux inquiets, tendus, étrangement fébriles.
Léna ouvrit doucement, laissant entrevoir l’intérieur modeste, les jouets éparpillés, le tapis râpé.
— Il est dans sa chambre. Il ne sait rien de toi. Pas encore.
Liam hocha lentement la tête.
— Je ne veux pas le brusquer.
Elle le fit entrer. Il balaya l’endroit du regard, silencieux. Puis ses yeux tombèrent sur un dessin accroché au frigo : un bonhomme, une femme, un enfant, et un grand soleil jaune.
Il resta figé quelques secondes devant cette image.
— Il fait souvent ça ? demanda-t-il.
— Tous les jours. Il dessine « notre famille imaginaire », comme il dit.
Un silence.
— J’imagine qu’il a une très grande imagination, murmura-t-il avec un sourire triste.
Elle alla frapper doucement à la porte.
— Noah ? Il y a quelqu’un qui veut te rencontrer.
— C’est qui ? demanda-t-il de sa petite voix joyeuse.
Elle poussa la porte. Noah était assis au sol, en train de construire une tour en Lego.
Quand il vit l’homme qui se tenait derrière elle, il se leva.
Le silence fut immédiat.
Liam entra lentement, s’accroupit à sa hauteur.
— Salut… Noah, c’est ça ?
L’enfant hocha la tête, curieux, les yeux rivés sur cet inconnu si bien habillé.
— Tu es le papa de ma maman ?
Un petit rire échappa à Léna malgré elle. Liam sourit doucement.
— Non… Je suis ton papa.
Noah fronça les sourcils.
— Maman a dit que mon papa était... loin.
Léna s’approcha, posa une main sur l’épaule de son fils.
— Je t’ai caché quelque chose, mon cœur. Et je suis désolée. Mais tu as le droit de le connaître… si tu le veux.
Noah regarda à nouveau Liam.
— T’es venu pour moi ?
Liam sentit sa gorge se nouer. Il n’avait jamais ressenti ça. Ce tremblement dans la poitrine. Cette peur… de ne pas être assez.
— Oui, Noah. Je suis venu pour te rencontrer. Et… si tu veux, je peux revenir.
Noah le fixa encore, longuement.
Puis il tendit sa petite main.
— Tu veux jouer aux Lego avec moi ?
Liam resta figé une seconde. Puis il sourit.
— J’adorerais.
Il s’assit au sol, les genoux pliés, tandis que Noah lui montrait fièrement sa tour bancale.
Léna s’éloigna discrètement, les larmes aux yeux.
Elle les regarda depuis le couloir. Deux silhouettes. Deux mondes qui s’étaient ignorés pendant cinq ans… et qui venaient de se rencontrer.
Et au fond d’elle, elle le savait :
Rien ne serait plus jamais comme avant.
