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Chapitre 4 – Le Bal des Masques

Chapitre 4 – Le Bal des Masques

La rumeur s’était propagée comme une traînée de poudre : un bal clandestin allait être organisé dans les sous-sols du lycée Montfleur, une tradition occulte des “Dieux”. Personne n’en parlait officiellement, mais chaque élève boursier en avait entendu parler au moins une fois. On disait que ces soirées étaient le terrain de jeu où se décidaient les hiérarchies invisibles, où les plus riches étalaient leur pouvoir sous couvert de glamour, et où les imprudents risquaient de voir leur réputation détruite en une nuit.

Elias n’y avait jamais mis les pieds. Il savait que ces bals étaient une invitation au chaos, un piège à peine déguisé. Mais cette fois, il n’avait pas vraiment le choix : Cassandre l’avait approché à la sortie de la bibliothèque avec ce sourire énigmatique qui la rendait encore plus dangereuse.

— Tu viens ce soir, n’est-ce pas ? lui avait-elle glissé en rangeant ses livres, sa voix douce comme du velours, mais tranchante comme une lame.

— Pourquoi j’irais à une mascarade de riches ? avait-il rétorqué, levant à peine les yeux de son cahier.

Cassandre avait souri, amusée.

— Parce que si tu refuses, Hadès trouvera un autre moyen de t’y traîner. Et crois-moi, tu préféreras que ce soit moi qui t’y invite.

Elle n’avait rien ajouté, s’éloignant avec sa démarche assurée. Mais Elias avait compris : s’il ne venait pas, il se mettrait en position de faiblesse.

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Le soir venu, le gymnase transformé en salle de réception brillait de mille feux. Les murs, pourtant froids et gris en journée, étaient recouverts de tentures sombres et de lumières tamisées. Au centre, une piste de danse scintillait sous un lustre improvisé, et les élèves masqués semblaient avoir oublié qu’ils étaient dans un lycée. Tout rappel de l’austérité académique s’était effacé : c’était un autre monde, celui des apparences, des excès et des complots.

Elias, vêtu de son unique costume noir – légèrement trop grand pour lui – avait mis un simple masque blanc. Rien d’extravagant, mais suffisant pour ne pas attirer l’attention. Ou du moins, c’est ce qu’il croyait.

À peine avait-il franchi la porte que toutes les têtes s’étaient tournées. Un silence, presque imperceptible, avait traversé la salle. Puis, les chuchotements avaient commencé.

— C’est lui, le boursier.

— Comment il a osé venir ?

— Il a été invité par Cassandre… évidemment.

Elias serra la mâchoire. Il n’avait pas l’intention de leur donner le plaisir de le voir vaciller.

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Cassandre apparut enfin, drapée dans une robe d’un rouge profond, ses cheveux noirs flottant comme une cascade sombre sur ses épaules. Son masque doré accentuait ses traits, lui donnant l’air d’une véritable déesse. Elle traversa la salle d’un pas souverain, et tout le monde s’écarta sur son passage.

— Tu es venu. Sage décision, dit-elle en se plaçant devant lui.

— Tu devrais peut-être revoir ta définition de la sagesse, répliqua Elias, mais un coin de ses lèvres trahissait un sourire.

Elle lui tendit une coupe de champagne qu’il refusa d’un geste sec. Cassandre arqua un sourcil, amusée.

— Toujours aussi méfiant. C’est ce que j’aime chez toi.

Mais avant qu’il ne puisse répondre, un autre visage s’interposa : Apollon. Élégant dans son costume blanc, masque assorti, il incarnait l’arrogance même. Ses cheveux blonds semblaient faits pour refléter la lumière.

— Alors voilà le fameux intrus, déclara-t-il avec une voix mielleuse mais forte, assez pour être entendu de tous. Elias, le petit prodige des bourses. On t’a donc laissé entrer dans notre royaume ?

Les rires étouffés fusèrent autour d’eux. Elias soutint son regard, imperturbable.

— Royaume ? dit-il calmement. Je vois surtout un zoo où chacun se déguise pour cacher sa vraie nature.

Un silence choqué suivit sa réplique. Même Cassandre, pourtant difficile à impressionner, esquissa un sourire satisfait.

Mais Apollon, lui, perdit aussitôt sa superbe. Ses yeux bleus s’illuminèrent d’une rage contenue.

— Tu oublies ta place, Elias.

— Et toi, tu oublies que la mienne, je l’ai gagnée. Pas achetée.

Un murmure parcourut la foule. La tension était palpable.

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C’est alors qu’Athéna s’avança, dans une robe argentée qui lui donnait l’air d’une statue antique animée. Elle leva une main, imposant le silence.

— Assez. Ce n’est pas le lieu pour des disputes de cour d’école.

Son ton était sec, autoritaire, et même Apollon recula légèrement. Athéna n’était pas la plus expressive des “Dieux”, mais sa froideur la rendait redoutée.

Elle se tourna vers Elias.

— Tu as du cran, boursier. Mais sache que chaque mot prononcé ici a un prix. Et tôt ou tard, tu devras payer.

Elias hocha simplement la tête.

— J’en ai l’habitude.

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La musique reprit, mais l’ambiance avait changé. Elias sentait les regards brûlants des élèves sur lui, certains admiratifs, d’autres haineux. Cassandre, amusée par le spectacle, ne le quittait pas des yeux.

— Tu viens de déclarer la guerre, souffla-t-elle à son oreille.

— Je croyais que c’était toi qui m’y avait traîné, répondit-il.

Elle éclata d’un petit rire cristallin.

— Exactement. Et je suis curieuse de voir si tu tiens aussi bien tes promesses que tes répliques.

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La nuit avança, rythmée par des danses, des alliances chuchotées et des piques voilées. Elias resta sur ses gardes, conscient que le moindre faux pas pouvait être exploité. Mais plus il observait, plus il comprenait : le bal n’était pas une fête, c’était une arène.

Et pour la première fois, il se rendit compte qu’il n’était pas simplement toléré ici. Non. On l’avait introduit volontairement dans le jeu.

La véritable question était : pourquoi ?

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