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Chapitre 5 – Les masques tombent

Chapitre 5 – Les masques tombent

La salle de classe baignait dans une lumière pâle de fin d’après-midi. Dehors, le ciel s’assombrissait, chargé de nuages annonciateurs d’une pluie torrentielle. À l’intérieur, l’atmosphère était encore plus lourde. Tous les regards convergeaient vers Élias, installé au fond, son carnet entrouvert, son stylo suspendu en plein air. Les murmures s’étaient tus quand Apollon — alias Dorian Lefèvre — s’était levé de son siège. Ses pas résonnaient comme une déclaration de guerre, sûrs, arrogants, calculés.

— Alors, boursier, lança-t-il avec ce sourire narquois qui lui collait à la peau, tu crois vraiment que tu peux nous tenir tête ?

Un silence dense s’abattit dans la pièce. Les autres élèves, qu’ils soient partisans des Dieux ou simples spectateurs, retenaient leur souffle. Élias posa calmement son stylo, leva les yeux vers Dorian, et soutint son regard sans faiblir. Son assurance glaciale contrastait avec l’arrogance flamboyante de son adversaire.

— Je ne crois rien, répondit-il d’une voix posée. J’agis. Et ça, ça t’effraie.

Une vague de murmures parcourut la salle. Dorian se raidit, son sourire s’effritant légèrement. Il n’était pas habitué qu’on lui résiste ainsi. Les Dieux régnaient par la peur, le prestige et l’influence. Voir un simple boursier lui tenir tête en public ébranlait l’équilibre soigneusement entretenu.

— Tu devrais faire attention à tes mots, rétorqua Dorian. Ici, les insolents paient cher leur audace.

Élias esquissa un sourire ironique.

— Peut-être que vos règles ne sont pas éternelles. Tout empire finit par s’effondrer.

Le mot « empire » frappa comme une gifle. Derrière Dorian, Athéna — alias Cassandre Morel — fronça les sourcils. Toujours calculatrice, elle voyait le danger : Élias ne se contentait pas de répondre. Il semait une graine, une idée qui pouvait fissurer leur autorité.

Mais avant qu’elle ne parle, une voix douce, tremblante, s’éleva.

— Il n’a pas tort.

Tous les regards se tournèrent vers Calypso — alias Éléna Mariani. Ses yeux bleus, d’ordinaire pleins de mépris, semblaient animés d’un éclat nouveau. Elle se mordait la lèvre, consciente qu’elle trahissait quelque chose de sacré : l’unité des Dieux.

Dorian se retourna brusquement vers elle.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

Éléna détourna le regard, mal à l’aise, mais poursuivit :

— Peut-être que... peut-être que tout le monde ici n’a pas envie de se taire à jamais.

Le murmure s’amplifia, telle une vague prête à submerger la salle. Cassandre, glaciale, posa sa main sur l’épaule de Dorian pour le calmer. Elle comprenait : il ne fallait pas montrer de fissure.

— C’est assez, trancha-t-elle. Tu parles trop, Calypso.

Éléna baissa les yeux, piégée, mais l’étincelle demeurait. Élias l’avait remarqué.

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La sonnerie retentit enfin, rompant la tension. Les élèves se dispersèrent en hâte, pressés de fuir cet air saturé de menaces silencieuses. Élias rangea ses affaires, mais sentit aussitôt une présence derrière lui. Cassandre.

— Tu es audacieux, dit-elle, ses yeux gris perçant son masque impassible. Mais n’oublie jamais une chose : nous ne perdons jamais.

Élias soutint son regard.

— Chaque règne a sa fin. Et le vôtre approche.

Elle esquissa un léger sourire, froid et cruel.

— Alors il faudra que tu survives assez longtemps pour le voir.

Puis elle tourna les talons, son manteau sombre flottant derrière elle comme une ombre menaçante.

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La pluie avait commencé à tomber quand Élias franchit les portes du lycée. Les gouttes martelaient les pavés, et l’air humide collait à la peau. Mais il n’était pas seul. Éléna l’attendait, abritée sous le porche. Ses cheveux blonds collaient légèrement à son visage, et ses yeux trahissaient une peur contenue.

— Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-elle d’une voix basse.

— Faire quoi ?

— Les provoquer. Tu ne comprends pas ? Ils peuvent... t’écraser.

Élias haussa les épaules.

— Alors qu’ils essaient.

Éléna le fixa longuement, tiraillée entre fascination et peur.

— Tu ne sais pas ce dont ils sont capables.

Il laissa échapper un sourire amer.

— Si. Mais je sais aussi que personne ne leur a jamais résisté. C’est pour ça qu’ils paraissent invincibles.

Elle hésita, comme si une tempête intérieure la déchirait. Puis, presque à contrecœur, elle souffla :

— Ils t’enverront un avertissement. Bientôt. Fais attention.

Élias s’approcha d’elle, réduisant la distance.

— Et toi ? Tu comptes rester de leur côté ?

Elle détourna le regard, incapable de répondre.

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Cette nuit-là, Élias n’arriva pas à dormir. Les mots d’Éléna tournaient en boucle dans son esprit. Mais il n’y avait pas que ça. Une lettre anonyme l’attendait dans son casier ce matin-là. Pas de signature. Pas de cachet. Seulement une feuille blanche, avec une phrase griffonnée à l’encre noire :

« Les Dieux ne sont pas tes seuls ennemis. Elle revient. »

Élias fronça les sourcils. Qui était « elle » ? Pourquoi ce ton mystérieux, presque menaçant ?

Il replia le papier, le rangea dans sa poche et s’assit sur son lit, le cœur battant. Il avait le sentiment que quelque chose d’immense s’approchait.

Quelque chose qui pouvait bouleverser tout le jeu.

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Le lendemain, les couloirs du lycée semblaient plus bruyants que jamais. Les rumeurs allaient bon train : Élias avait défié Dorian en public. Certains élèves le regardaient avec un respect naissant, d’autres avec crainte, d’autres encore avec haine. Les Dieux, eux, avançaient plus soudés que jamais. Mais une fissure demeurait.

Et dans l’ombre, une nouvelle présence se dessinait. Un prénom commençait à circuler, à voix basse, comme une légende interdite : Némésis.

La cruelle déchue. Celle qui avait autrefois appartenu aux Dieux... avant d’être renvoyée pour des actes impardonnables.

Et maintenant, elle revenait.

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