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Chapitre 6

****Hannah Marta****

A l’aide d’un mouchoir, je m’essuie le visage tout en écoutant le prêtre. Rafael me serre dans ses bras. Je dois dire que sa présence me rassure beaucoup. Andrew est à quelques pas de nous. Nous sommes à l’enterrement de la directrice. Dame Helene, des membres de la famille et quelques amis proches sont aussi présents. La tristesse est visible sur tous les visages. La directrice était beaucoup aimée, c’est tout à fait normal. Le prêtre marmonne des prières et des paroles bibliques. Nous prions pour le repos de son âme. J’espère qu’elle est heureuse là où elle est.

L’enterrement est fini. La foule se dissipe petit à petit. Dame Helene m’adresse un au revoir avant de partir avec les autres. J’ai quand même du mal à quitter les lieux quand je pense que je ne la reverrai plus jamais. Je reste debout sur sa tombe à me demander comment je vais faire maintenant que celle que je considérais comme une mère n'est plus de ce monde. Il ne me reste plus qu’Esther à présent.

Une main se pose sur mon épaule.

-On rentre ?

Je me retourne pour croiser le regard de Rafael. Il a des plis sur le front et ses yeux sont emplis d’inquiétude. Je croyais à un moment donné qu’il trouverait une excuse pour ne pas m’accompagner en ce jour. Je me suis sentie soulagée quand il a débarqué chez moi pour m’emmener à l’enterrement. J’hoche de la tête et nous quittons les lieux.

J’ouvre la porte de mon appartement et invite Rafael à s’installer dans le séjour. Andrew a préféré attendre dans la voiture.

-Je t’offre quelque chose à boire ?

-Ne te gêne pas pour moi. Repose-toi plutôt, tu as l’air abattue. Il faut que tu retrouves ta joie de vivre.

-Maintenant qu’elle est partie, je n’ai plus aucune famille. Comment pourrais-je retrouver ma joie de vivre ?

-Je sais que tu la voyais comme une mère. Cette situation doit beaucoup te peiner, mais ne t’en fais pas car je suis là.

-Je veux que tu fasses quelque chose pour moi Rafael.

-Demande-moi ce que tu voudras. Tu sais bien que je ne peux rien te refuser, ma belle.

Maintenant que la directrice n’est plus de ce monde, je dois au plus vite me marier et fonder une famille si je ne veux pas finir seule et le plus important sans le sou. Esther est mon amie, mais elle ne peut pas être toujours présente pour moi car elle a aussi sa famille à gérer. Je dois me rapprocher de Rafael et l’amener à passer plus de temps avec moi. Je tomberai peut-être amoureuse de lui et renforcerai par la même occasion ses sentiments pour moi.

Son téléphone se met à sonner. Il le récupère de sa poche et répond. La conversation dure déjà depuis un bon bout de temps. De ce que j’entends, il doit parler affaire. J’espère seulement qu’il ne s’en ira pas assez rapidement. Il raccroche et le regard qu’il me lance ne présage rien de bon. A moi maintenant de craindre le pire.

-Un de nos partenaires souhaite me parler à propos des investissements que nous faisons.

-Tu ne peux pas le remettre à plus tard ?

-Malheureusement, non. C’est trop important. Les partenaires ne peuvent pas attendre.

Et encore le même discours. C’est trop important, c’est urgent et nanani et nanana. J’en ai marre.

-Rafael, oublies-tu qu’on est censé apprendre à se connaitre ? Que crois-tu faire à m’ignorer comme ça ?

-Ne te fâche pas, ma chérie. Ce n’est qu’une question de temps.

-Comment ça une question de temps ? On vient de faire un mois, mais je peux compter sur le bout des doigts le nombre de fois qu’on s’est vu !

-Cela ne durera pas éternellement. Je prépare juste le terrain pour les mois prochains. Je t’assure que nous aurions tout le temps nécessaire pour nous voir.

Il enfouille une main dans sa poche et en ressort une carte bancaire.

-Ceci est pour me faire pardonner. Tu pourras acheter ce que tu veux avec. Je te promets que ce n’est que temporaire.

Même si je suis frustrée par son attitude, j’accepte quand même la carte. Il a intérêt à ce que ça ne soit réellement que temporaire. Je le regarde prendre la porte sans plus tarder.

Je me laisse tomber sur mon canapé en soupirant longuement. Il faut que ça marche avec Rafael. Ça doit marcher. Il est maintenant mon seul espoir.

On frappe à ma porte. Je fronce les sourcils à la vue du bras droit de Rafael. Pourquoi n’est-il pas parti lui aussi ? Ça fait un bon bout de temps que son patron s’en est allé. Andrew serait-il resté pour moi ? Cette dernière hypothèse fait remuer quelque chose en moi. Je sens ma colère baisser tout d’un coup.

-Monsieur Taylor m’a demandé de vous tenir compagnie jusqu’au soir.

Alors là non seulement ma frustration monte, mais elle est à son apogée. Je ne sais pas ce qui me frustre le plus entre le fait qu’Andrew soit resté uniquement pour obéir à Rafael ou que ce soit le fait que Rafael ne sache pas du tout comment prendre soin de sa copine. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Il pense qu’il suffit qu’il me refile une carte bancaire et de la compagnie pour tout résoudre ? Pour qui me prend-t-il ? Même si c’est vrai que je me sens seule, ce n’est pas une raison pour forcer Andrew à rester avec moi. Je n’ai même plus envie de rester enfermée ici. Je risque de péter un câble. Sans dire un mot, je fonce dans ma chambre pour mettre une tenue plus adéquate. Je reviens dans le séjour et retrouve Andrew assis sur le canapé. Lorsqu’il m’aperçoit, il se relève tout confus.

-Vous allez quelque part ?

-On va quelque part, le corrigé-je. Emmène-moi boire quelques verres.

****Andrew Alsin****

Le bar dans lequel nous avons atterrit est bondé à cette heure de la journée, mais nous avons malgré tout réussit à trouver des places à une table libre. Mlle Marta n’a pas vraiment l’air de bonne humeur. Depuis que nous sommes là, son visage ne s’est pas relâché ne serait-ce qu’une seconde. Elle reste renfermée sur elle-même et rumine je ne sais quoi avec son verre de whisky en main. C’est peut-être à cause de l’enterrement. Ses sourcils sont froncés à la limite et tout individu qui poserait ses yeux sur elle remarquera qu’il vaudrait mieux ne pas chercher à la contrarier davantage. Elle risque d’exploser à cette allure. Elle vide son verre et attrape la bouteille de whisky pour s’en servir une autre. C’est le cinquième verre qu’elle avale. J’ai envie de lui dire de faire attention pour ne pas finir ivre, mais son regard colérique m’en dissuade aussitôt.

Je promène au hasard mes yeux dans la foule et aperçoit un mec assis à deux tables de nous fixer Mlle Marta avec insistance. Ses yeux sont rivés sur elle au point où il ne se rend pas compte que ses amis d’à cotés lui parlent. J’espère qu’il ne fera que regarder. Il n’a pas trop intérêt à s’approcher. Comme si mes paroles l’avaient atteint, ses yeux dérivent et se posent sur moi. Il sait que je l’ai pris la main dans le sac, mais il ne montre aucune gêne. Au contraire, un petit sourire s’offre à moi comme pour me narguer. Je continue de le fixer, mais en m’assurant que mon regard traduit ce que je pense de son acte : « T’as pas intérêt à t’approcher d’elle »

J’ose espérer qu’il saura capter le message et qu’il restera à sa place. Mais je me rends compte que non au moment où il se lève et contourne son siège, non sans la quitter des yeux. Qu’est-ce que…Il ne va pas oser j’espère.

L’homme vient s’arrêter à notre table et garde toujours Mlle Marta en visuel. Ce geste a pour effet de me mettre en rogne. Je n’aime pas le regard de prédateur qu’il lui lance. Mes mains forment des poings sous la table.

-Que pouvons-nous faire pour vous ? lui demandé-je.

Il m’ignore, ne me calcule même pas et prend place sur la chaise se trouvant devant Mlle Marta. Je crois que je vais commettre un crime dans quelques instants s’il n’arrête pas.

-Salut beauté.

Mlle Marta se fige dans son geste avec son verre levé. Elle semble ne remarquer la présence de l’intrus qu’à cet instant précis. Elle dépose tranquillement le verre sur la table et observe l’homme dont la longue barbe touffue a quelques traits familiers avec la forêt amazonienne. Il devrait songer à les raser de temps en temps, pensé-je en caressant ma petite barbichette avec une certaine fierté.

-Qui vous a permis de vous assoir ? vocifère-t-elle.

Sa voix gronde et attire quelques regards curieux. Son humeur a empiré à cause de l’alcool. L’homme, tout sourire, n’a toujours pas compris qu’il a devant lui un volcan couvert.

-Ma belle, tu bois sans moi ? Et si tu m’offrais un verre pour qu’on puisse faire connaissance ?

Voix d’ogre, cul de mammouth, face de truie. Voilà tout ce qui me sort de la tête pour qualifier cet homme. Il ose tenter un flirt avec elle alors que je suis dans les parages ? Je lance un coup d’œil à Mlle Marta et la voit qui porte son verre à ses lèvres sans plus prêter attention à l’autre gigolo.

-Chérie, ne m’ignore pas, reprend la face de truie.

Une musique vient d’être mise en fond sonore. Une chanson populaire car on entend quelques personnes scander les paroles. Un homme et une femme se collent l’un à l’un et commencent à danser au son de la musique.

-M’accorderais-tu le plaisir de cette danse ? ose demander le cul de mammouth à Mlle Marta.

Elle soupire et se décide à le regarder :

-Non, merci. J’aimerais avoir du plaisir aussi.

Ouch ! Je ne peux pas prendre ça et être encore en vie. J’observe l’homme. Il va de soi qu’il n’apprécie pas la réplique, mais je ne vois aucun signe de résignation en lui. Au contraire, il s’en amuse :

-Pourquoi ne me donnes-tu pas une chance ? continue-t-il. Tu ne le regretteras pas. Je connais tous les trucs pour satisfaire une femme.

-Alors fais-moi plaisir, dit-elle en lui indiquant la porte de sortie du menton, casse-toi !

Je regarde avec ahurissement Mlle Marta vider son énième verre sans se préoccuper de la colère qui déforme à présent les traits de l’homme en face d’elle. Elle s’en fiche royalement alors que moi je lis dans les yeux de cet homme que si c’était dans une autre situation, il lui aurait peut-être déjà fait payer cet outrage à la parole.

-Et si tu t’en allais maintenant ? lui recommandé-je, histoire de retarder l’échéance du rire qui risque de me terrasser d’une minute à l’autre.

Il me regarde avec mépris et décide enfin de débarrasser le plancher. Il n’ose même pas retourner à sa place et prend la sortie. Je laisse alors mes émotions du moment se libérer. Je ris à m’en faire mal aux côtes. Heureusement pour moi la musique couvre assez mon rire. Ce type s’est pris un râteau, mais pas n’importe lequel. Le majestueux râteau de Mlle Marta ! Je ris tellement que ça finit par une tournée de toux. Je bois mon whisky pour hydrater ma gorge. Oh mon Dieu, ça fait du bien de rire un peu. Il m’a bien amusé celui-là à se croire tout permis. J’ai au moins une anecdote à raconter à Jared. Il ne va pas en revenir.

Je tourne la tête vers Mlle Marta pour voir ou elle en est. Mon cœur rate un battement quand nos yeux se croisent. Elle me scrute ou plutôt elle essaie de me sonder. Attends, elle m’observe depuis quand ? Depuis que tu ris, imbécile, me siffle ma conscience. Crois-tu que ton rire à gorge déployé lui soit passé inaperçu ? Ah c’est vrai. Le bruit de la musique a peut-être couvert mon rire, mais vu qu’elle est à mes côtés elle ne l’a sûrement pas manqué. Oh non…ça veut dire qu’elle m’a regardé rire comme un plouc. Merde, j’ai l’impression que ce n’est pas seulement le cul de mammouth qui vient de se faire humilier. Moi je viens de détruire ma réputation.

-Je ne savais pas que tu pouvais rire autant.

Sa voix est étrangement plus calme qu’au début. Elle est déjà saoule, mais sa colère a littéralement disparue. Elle me sourit tendrement et mon cœur fait une embardée. Non, je crois que c’est plutôt ma tension artérielle qui monte. Mais qu’est-ce qui m’arrive ? J’ai du mal à détacher mes yeux de son sourire et de ses lèvres pulpeuses. Je me force à lever les yeux et là je me rends compte que c’est pire. Elle a de beaux yeux, enfin, ça je l’avais déjà remarqué. Mais combiné à ce sourire, c’est juste envoûtant. Elle ne détache pas un seul instant ses iris de moi et cela me trouble énormément. Pourquoi ai-je soudain l’impression qu’elle s’infiltre petit à petit en moi ? La grande armure que j’ai mentalement construit autour de moi est en train de se fissurer sous son regard.

Alors que je cherche encore des réponses à ces questions qui n’arrêtent pas de me turlupiner, elle tourne la tête et attrape la bouteille de whisky. Je pousse malgré moi un soupir lorsque le contact visuel est coupé. Je crois que c’est l’échange de regard le plus intense de toute ma vie.

-J’en veux un autre, dit-elle en reposant la bouteille sur la table.

La bouteille est vide. Mlle Marta lève la main vers le serveur, mais je la retiens par le bras.

-Vous êtes ivre.

Ses yeux vont de ma main qui lui agrippe le bras à mon visage. Quoi ? Ses lèvres s’entrouvrent, mais elle ne dit rien et continue de me regarder.

-On ferait mieux de rentrer, insisté-je.

Elle reste quelques secondes sans broncher puis finit par acquiescer. Au moins elle est raisonnable sur ce coup.

-Elle est vraiment partie ? couine-t-elle soudainement.

Sa voix dénote une douleur infinie. Je vois des larmes rouler sur ses joues. Elle baisse la tête et pleure en silence.

Ça me fend le cœur de la savoir si mal. Cette femme empeste la solitude. Elle ne devrait pas rester seule dans cet état de dépression.

-Elle est vraiment partie, Andrew. Il ne me reste plus personne.

C’est bien ce que je disais. Elle doit pourtant avoir de la famille non ?

-Où sont vos parents ?

-Ils sont tous les deux morts dans un accident de voiture quand j’avais 10 ans.

Je regrette de lui avoir posé cette question car répondre à fait redoubler ses pleurs. Elle m’a toujours paru en apparence être une femme que rien n’ébranle et qui croque la vie à pleine dent. Enfin, si j’écarte l’impression qu’elle m’a donné la première fois que je l’ai aperçu. Elle pleurait aussi à ce moment-là. Je me demande pourquoi. A présent, je la regarde se répandre en larmes et je me rends compte d’à quel point je me suis trompé. Elle a l’air si fragile et si démunie. Elle mentionne sans cesse qu’elle n’a plus personne. Elle a perdu ses parents alors qu’elle était trop jeune. La directrice qui fut comme un autre membre de sa famille vient aussi de trépasser. Je la comprends.

Je me sens impuissant face à sa souffrance. Pourquoi doit-elle endurer ça toute seule ? C’est déjà assez d’avoir grandi sans ses parents, pourquoi la vie lui en rajoute-t-elle ? Pourquoi lui avoir pris la seule personne qui remplaçait cette famille quelle a perdu ? J’ai envie de dire ou de faire quelque chose qui pourrait stopper ses larmes. Mais quoi ? Faire une blague ? Non, pas tout subtil dans un moment pareil. Devrais-je la consoler ? Il faut que je fasse quelque chose. Sans vraiment savoir pourquoi je pose mes mains de chaque côté de ses épaules et la retourne pour que nos yeux puissent se croiser.

-Il faut vous reprendre, Mlle Marta. Je ne pense pas que la directrice aurait aimé vous voir dans cet état.

-Elle voulait que j’aille lui rendre visite, sanglote-t-elle. Mais je n’y suis jamais allée malgré que j’étais au courant de son état. J’aurais dû…j’aurais…

Je l’entoure de mes bras pour une petite étreinte. Elle n’a pas à subir ça toute seule. Ses mains m’entourent par la taille. Elle m’étreint avec force comme si ça pouvait l’aider à aller mieux. J’espère que ce sera le cas.

Nous restons dans cette position pendant un temps que je ne saurais compter. Je n’entends plus ses pleurs, mise à part sa respiration qui est devenue régulière. Je baisse la tête sur son visage et remarque que ses yeux sont fermés.

-Mlle Marta ?

Aucune réponse. Apparemment, elle s’est assoupie. Bien, je ferais mieux de la ramener chez elle. Je tente de desserrer ses bras de ma taille, mais elle résiste.

Je la porte finalement dans mes bras et attrape son sac-à-main. Dès que nous franchissons la porte de sortie, j’entends quelqu’un nous hélé. Le barman vient nous rejoindre en courant.

-Vous n’avez pas payé la consommation.

Ah oui, ça m’est complètement sortit de la tête. Je dépose Mlle Marta au sol et paie le barman.

-Encore désolé, dis-je pour m’excuser.

-Ne vous en faites pas. Vous vous inquiétez sûrement pour votre petite amie. J’espère qu’elle ira mieux.

-Oh non, retorqué-je. Elle n’est pas ma petite amie.

Mlle Marta se décolle soudainement de moi, créant ainsi de la distance entre nous. Elle a l’air d’aller mieux même si son visage ne montre aucune émotion positive.

Le barman s’en va après nous avoir souhaité une bonne journée.

-Nous rentrons Mlle Marta ?

Elle opine du chef et marche vers la voiture. Je lui emboite le pas. Sa démarche est lente. Elle manque à quelques reprises de tomber à cause de son état d’ivresse. Les talons qu’elle a enfilés ne lui rendent pas non plus la tâche facile. La distance qui nous sépare de la voiture est encore longue et je ne crois pas pouvoir supporter encore plus longtemps de la voir avancer si péniblement. Je la rattrape en deux trois mouvements et lui propose de s’appuyer sur mon bras.

-Non, répond-t-elle sans s’arrêter.

-S’il vous plait Mlle, acceptez de vous appuyer sur moi.

-J’ai dit non !

Elle est en colère. Mais pourquoi ? Je la vois hâter le pas. Elle bute malheureusement contre quelque chose et se retrouve au sol. Elle crie de douleur. Je cours la rejoindre et m’accroupit à ses côtés. Elle se tient la cheville gauche.

-Fais chier ! Ça fait mal, se plaint-elle.

-Je vais vous aider.

-Non, je n’ai pas besoin de ton aide.

-Vous vous êtes foulé la cheville.

-Et alors ?

-Je dois vous raccompagnez chez vous.

-Pas la peine. Je saurai me débrouiller.

-Mais…

-Ça suffit ! Arrête de faire semblant de t’inquiéter pour moi. Et puis comme tu l’as si bien dit je ne suis pas ta petite-amie.

Elle m’en veut parce que j’ai corrigé l’allusion qu’à fait le barman ?

-Je n’ai jamais fait semblant avec vous, dis-je.

Elle ne répond pas et se contente de masser sa cheville endoloris. Je la relève contre son gré et la tiens tout contre moi. Ses yeux me lancent des éclairs.

-Lâche-moi tout de suite Andrew ou je ne réponds plus de rien !

Elle essaie de me repousser de toutes ses forces. Je sens soudainement une morsure sur mon bras et la relâche, mais la seconde d’après je la vois basculer en arrière. Je lui attrape le bras à temps. Elle est en position oblique et tout son corps est tendu vers le ciel. Si je lui lâche le bras, elle se fracassera inévitablement la tête au sol. Ses yeux réussissent à trouver les miens et j’y lis de la peur. Je tire sur son bras et elle s’échoue sur moi de toute sa masse. Elle respire à grands coups et son visage traduit le soulagement qu’elle ressent.

-Merci, murmure-t-elle.

Pour toute réponse, je la porte dans mes bras et la ramène dans la voiture. Cette journée aura vraiment été la plus longue.

Nous sommes de retour chez Mlle Marta. Je tourne la tête dans sa direction et constate qu’elle dort, la tête contre la vitre. Elle a l’air apaisée. J’espère qu’elle réussira à surpasser cette solitude qui la bouffe de l’intérieur. Monsieur Taylor devrait songer à passer plus de temps avec elle. Je me surprends à ne pas être trop enthousiaste à cette idée. Pourquoi cela me dérangerait-il d’ailleurs ?

-Maman.

Je pose de nouveau mes yeux sur elle. Elle vient de murmurer « maman » dans son sommeil. Ses parents doivent atrocement lui manquer. Je n’ose pas imaginer ce que je pourrais ressentir si mes parents venaient à disparaitre. Si à 27 ans j’ai du mal à le concevoir, je n’imagine même pas ce qu’elle a enduré depuis ses 10 ans.

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