Chapitre 5
****Andrew Alsin****
-Comment va-t-elle ? demande Monsieur Taylor en prenant place derrière son bureau.
-Elle est perturbée par la nouvelle de sa mort. Je crois qu’elle lui portait une grande affection.
-La date de l’enterrement est connue ?
-Pas encore. Mlle Marta dit qu’elle attend l’information de l’orphelinat.
-Je vois. Passe la voir avant de prendre ton weekend et dis-lui que je suis de tout cœur avec elle.
Il ouvre un chemise dossier. Je me racle la gorge avant d’ajouter :
-Vous ne comptez pas aller lui rendre visite aujourd’hui ?
-Non, répond-t-il sans lever la tête de ses documents, j’ai beaucoup à faire. Je m’excuserai plus tard auprès d’elle.
Je sors quelques minutes plus tard de la villa de Monsieur Taylor. Cette semaine a été particulièrement très éprouvante entre les courses pour Mlle Marta, le rôle de chauffeur et d’assistant que je dois jouer pour Monsieur Taylor. Je suis vanné. Heureusement que nous sommes en weekend. Je vais profiter de ces deux jours pour me relaxer. Je m’engouffre dans ma voiture. Mon téléphone posé sur le devant émet un petit son. J’ai un nouveau message.
«
Eh mec, tu attends quoi pour ramener tes fesses ? Tu ne viens plus à la salle de gym ?
»
J’écris un rapide « Je vais être un peu en retard. J’ai une petite course à faire » avant de poser le téléphone à sa place et de foncer chez Mlle Marta.
La porte de l’appartement s’ouvre sur une jeune femme en robe fleurie. Bizarrement elle m’a l’air familière. Je me demande où j’ai bien pu la rencontrer. Ah oui, j’ai trouvé ! C’est elle qui accompagnait Mlle Marta au bar quand Monsieur Taylor me l’a présenté. Elle me fixe pendant un moment avant de demander :
-Que puis-je pour vous ?
-Mlle Marta est là ?
-Oui. Qui la demande ?
Mlle Marta apparait dans son dos. La jeune femme qui m’a ouvert l’aperçoit et nous laisse.
-On n’était censé se voir aujourd’hui ? questionne Mlle Marta, l’air un peu confuse.
-Non, non pas du tout. Je passais juste prendre de vos nouvelles.
Je remarque que ses yeux sont bouffis et qu’elle a des cernes. C’est la première fois, depuis que je la connais, que je la vois dans un tel état. Elle doit vraiment mal vivre cette situation.
-Et Rafael ? Il n’est pas venu avec toi ?
Elle tente de rester insensible, mais sa voix est empreinte d’une grande déception. Elle aurait voulu qu’il soit là. Je crains maintenant de lui faire plus de peine en lui répondant.
-Il m’a demandé de vous dire qu’il est de tout cœur avec vous. Il aurait voulu être présent, mais une affaire urgente le retient.
Elle sourit étrangement et secoue la tête.
-Je crois que j’ai déjà entendu ça.
La tristesse que je lis dans ses yeux me pince profondément le cœur. A cet instant précis, je donnerais tout ce que j’ai pour retrouver son beau sourire, celui qu’elle avait arboré la première fois que je l’ai vu. Celui qui m’avait hanté des jours et des nuits.
-Ne reste pas planter là, ajoute-t-elle en me cédant le passage.
Je rentre dans le séjour et prend place sur un des canapés, juste en face de la jeune femme qui m’a ouvert. Mlle Marta nous rejoint et s’assoit à côté de son invitée. Elle s’allonge sur le côté.
-Tu ne veux pas qu’on mate un film, Hannah ? lui demande son amie.
Elle fait non de la tête.
-Hannah, je sais à quel point sa mort te fait souffrir. Mais ce n’est pas une raison pour te laisser abattre comme ça.
-Je vais bien, marmonne-t-elle, quoique sans grande conviction. J’ai juste besoin de temps pour digérer tout ça.
La jeune femme se tourne vers moi et tends la main en souriant.
-Esther Mobenda, originaire du Gabon.
-Andrew Alsin. Je suis né en Amérique.
Elle m’observe et je vois son sourire s’élargir encore plus.
-J’ai quelque chose sur le visage ? demandé-je pour être rassuré.
-Oh non. Je suis juste contente de voir mon amie entourée de mec comme toi.
De mec comme moi ? J’ai du mal à comprendre à quoi elle fait allusion. Sans se départir de son sourire, elle se lève :
-Je vais vous laisser discuter au calme.
Elle quitte le séjour. Mes yeux se posent immédiatement sur Mlle Marta. Elle a le regard absent.
-Mlle Marta, vous êtes sûre que ça va ?
-Oui, ça va.
-Vous avez besoin de quelque chose de particulier ?
-Non, merci.
Elle dit ça, mais le ton maussade qu’elle prend démontre le contraire. Elle a besoin qu’une personne reste à ses côtés. Son amie s’en chargera sûrement. Je me lève, rassuré par cette dernière pensée.
-Dans ce cas, je vais vous laisser. Bonne journée, Mlle Marta.
****Hannah Marta****
Je referme la porte après le départ d’Andrew et vais m’allonger sur le canapé. Esther se pointe et jette des coups d’œil autour de nous.
-Il est déjà partit ?
-Oui.
Elle vient se rassoir à côté de moi.
-Je pensais qu’il allait te tenir compagnie encore longtemps.
-Tu vois que non.
-Ce mec est sympa. Il a une prestance remarquable. Tu as beaucoup de chance, Hannah.
-Comment ça j’ai beaucoup de chance ?
-Eh bien je suis parfaitement convaincue que tu lui plais. J’ai bien vu comment il te regardait.
-Mais qu’est-ce que tu racontes ? dis-je en me redressant. Il n’est pas intéressé par moi.
-Je te dis que si.
-Tu te trompes. C’est impossible que je lui plaise.
-Pourquoi est-il venu prendre de tes nouvelles alors ?
-Rafael le lui a demandé. Il n’a fait qu’exécuter un ordre.
-Attends, ce mec travaille pour Rafael ?
-C’est son bras droit.
-Je vois. En parlant de Rafael, pourquoi n’est-il pas venu ?
-Comment dire…Selon Andrew, il serait très occupé. Encore.
-Encore ? Je ne comprends pas. Comment peut-il te traiter ainsi ? Je ne l’ai jamais vu, mais il me fait déjà mauvaise impression.
-Ses affaires lui prennent beaucoup de temps, Esther.
-Soit, mais comment un homme qui est censé être ton futur mari peut-il dans un moment aussi délicat pour toi envoyer son employé à sa place ? C’est lui qui devrait te tenir compagnie à l’heure où nous parlons.
Je soupire.
-Je pense que ça ne durera pas. Il est absorbé par son travail, mais ça ne sera pas toujours le cas.
-Tu le dis, mais tu n’en es pas sûre toi-même. Ecoute, si j’étais à ta place, je plaquerais Rafael pour me concentrer uniquement sur Andrew. Ce mec était peut-être là sur ordre de Rafael, mais j’ai bien vu qu’il s’inquiétait pour toi.
-Arrête de ramener ça sur le tapis. Je t’ai déjà dit qu’il ne m’aime pas. Je doute même qu’il m’apprécie.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Il sait que je suis avec Rafael seulement que pour son argent. Il m’a indirectement fait des reproches là-dessus une fois.
-C’est encore mieux. Il sait que le champ est libre. Ton cœur est encore à prendre.
-Non, mon cœur n’est pas à prendre.
-Tu es amoureuse de Rafael ?
-Pas encore, mais cela ne saurait tarder.
-Ça m’étonnerait. Ce type préfère travailler au lieu de passer du temps avec toi. Il te pousse même dans les bras de son employé.
Je me tape le front. C’est officiel, elle ne va pas me lâcher avec cette histoire.
-Bon ça suffit. Andrew et moi c’est impossible. Impossible avec un grand I.
-Ma chérie, je te connais comme le fond de ma poche et ce type c’est carrément ton genre. Tu vas me faire avaler qu’il ne te plait pas ? Pas même un peu ?
-Non, il ne me plait pas. Même s’il est super canon, que son sourire est à tomber par terre et que son odeur…Je ne suis pas intéressée !
Esther pousse soudainement un petit ricanement et je me rends compte que j’en ai trop dit.
-Oh mon Dieu, Hannah, il te plait vraiment ?
Elle pouffe de rire alors que je sens la honte m’envahir. Pourquoi ai-je mentionné que je le trouvais canon, que j’aimais son odeur et son sourire ?
-Je le savais, déclare-t-elle en se reprenant. Mais de toute façon, cela ne m’étonne pas tu sais ? Ce mec c’est de la dynamite. Il doit faire tourner quelques têtes sur son passage.
-Ce n’est pas ce que je voulais dire, essayé-je d’avancer pour me justifier.
-Rho ça suffit. Soit honnête avec toi-même, Hannah. Ça ne te tuera pas de l’admettre.
En même temps, elle a raison. Il faudra bien que je me rende à l’évidence un jour. Il ne me rend pas indifférente.
-Bon d’accord, il me plait. T’es contente ?
Son sourire ne se fait pas attendre. J’en profite pour clarifier les choses :
-Mais je ne compte pas laisser tomber Rafael.
-Pourquoi ? A cause de sa fortune ?
-Avec lui je ne manquerai de rien.
-Tu manqueras de quelque chose, Hannah. Un truc important. Je parle de l’amour.
-Il viendra dans le mariage, j’en suis certaine.
Ce n’est qu’une question de temps.
****Andrew Alsin****
Alors que je m’apprête à tourner le poignet de la porte, elle s’ouvre automatiquement. Je me retrouve devant un mec dont les sourcils sont relevés. Il a l’air contrarié. Je rigole malgré moi.
-Salut Jared.
-T’es en retard, grogne-t-il avant de me tirer à l’intérieur.
La salle de gym est remplie comme d’habitude. Tout le monde est en tenue de sport et quelques-uns commencent déjà à s’échauffer sur des machines. Je salue au passage des meufs et des mecs que je côtoie ici depuis des mois. Je remarque aussi quelques têtes inconnues.
-Ça avance bien ici on dirait, dis-je à Jared.
-Ouais, le nombre a considérablement encore augmenté cette semaine. Devine grâce à qui.
-Qui ?
-Toi bien sûr.
-Moi ? Pourquoi ?
-Une fille est venue un jour me demander si tu coachais ici. J’ai répondu que oui. Elle est allée le dire à ses copines et elles ont littéralement toutes optés pour un abonnement.
Je jette un coup d’œil aux têtes inconnues et remarque que plus de la moitié est de la gent féminine.
-Attends, je vais t’en présenter quelques-unes, ajoute-t-il en levant la main vers un groupe de filles.
Deux filles avancent vers nous. La première est de grande taille avec une silhouette pulpeuse. La deuxième, un peu moins, mais sa beauté change la donne.
-Tu es bien Andrew Alsin ? me demande la première en jouant avec une mèche de ses cheveux.
-Oui. Que puis-je pour toi ?
-Je m’appelle Alexa et voici Gina, ma meilleure amie. Nous sommes là pour assister à tes cours de gym.
Elle se mord les lèvres et me lance un regard très prononcé. Son amie Gina me reluque sans aucune retenue. J’ai l’impression d’être un bout de viande devant une meute affamée. Je leur souris pour toute réponse et entraine Jared dans un coin.
-Mais quel genre de filles as-tu ramené ?
-Comment ça quel genre ? Je trouve qu’elles sont superbes.
-Elles ne donnent pas l’impression d’être là pour faire du sport.
-Je sais, je sais. Elles veulent juste profiter de l’occasion pour te mettre le grappin dessus. Mais que voulais-tu que je fasse ? Elles ont payé leur abonnement.
-Si je comprends bien, tu me livres pour quelques euros ?
-Pas quelques euros, dit-il en ricanant. 60 euros mec.
J’ai comme une envie de lui foutre mon poing à la figure. Non seulement il prend leur fric tout en sachant fort bien la raison de leur venue, mais en plus il a osé augmenter le prix d’abonnement.
-Ecoute Andrew, tu sais bien que notre salle de gym ne s’est jamais portée aussi bien et c’est grâce à toi. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi tu les rejettes. Si cela se trouve, l’une d’elles saura te satisfaire. Je sais bien que depuis Elisa, l’idée de te mettre en couple ne t’a plus jamais effleuré l’esprit. Il te faut pourtant un divertissement mec.
-Quel genre de divertissement ?
Nous nous tournons vers la voix qui vient de nous interrompre. Amalia s’arrête à notre niveau. Elle vient souvent à la salle de gym pour des séances de sport. Jared et moi l’avons rencontré ici et on a sympathisé au fil du temps. Mon pote se passe la main dans les cheveux et sourit comme un idiot.
-Des trucs entre mecs, répond-t-il.
-Quels trucs ? insiste-t-elle en me regardant.
-Euh…des trucs, réponds-je à mon tour.
Elle comprend que nous n’avons pas trop envie d’ébruiter le sujet.
-Ok, je vous laisse entre vous et vos trucs.
Elle me gratifie d’un sourire chaleureux avant de s’éloigner de nous. Jared pousse un soupir tout en l’observant s’en aller.
-Qu’est-ce que t’as ?
-Amalia ne me remarque toujours pas, dit-il avec un air découragé.
-Tu devrais lui donner un peu de temps.
-Non, ce n’est pas à cause du temps et tu le sais très bien.
-De quoi tu parles ?
-Elle est amoureuse de toi, Andrew. Ne me dis pas que tu ne l’as pas remarqué.
En vérité, oui, je l’ai remarqué. D’ailleurs comment ne l’aurais-je pas pu ? Elle m’appelle souvent pour prendre de mes nouvelles, vient chez moi pour me préparer à manger, même quand je lui dis que ce n’est pas la peine. Bien évidemment, Jared n’est pas au courant. J’ai toujours su qu’il en pinçait pour elle. C’est la raison pour laquelle je mets toujours de la distance entre Amalia et moi. Je ne lui ai jamais donné une raison de penser qu’il pouvait y avoir un truc entre nous deux. Je ne veux pas leur faire de la peine car je considère l’un comme mon frère et l’autre comme ma petite sœur.
-Ne t’en fais pas Jared, je ne constitue pas un danger. Si tu veux, je t’aiderai même à te rapprocher d’elle.
Il troque soudainement sa mine découragée contre un grand sourire.
-C’est vrai ? Tu vas m’aider ?
-Non.
Il me donne un coup de coude dans les côtes. Je me plie légèrement sous le coup de la douleur. Je l’ai bien mérité, je le reconnais.
-Je ne plaisante pas, Andrew. Tu vas m’aider ou pas ?
-Bien sûr que si. Je n’ai qu’une parole.
Je n’ai pas besoin de voir sa face pour remarquer que son visage vient de se fendre en un large sourire. Il doit vraiment être fou amoureux d’elle. C’est la première fois que je le vois autant s’impliquer pour une fille. Je me redresse et sans qu’il ne le voit venir, je lui balance moi aussi un coup de coude dans les côtes. Il jure et s’accroupit.
-Mais qu’est-ce qui te prends ? murmure-t-il d’une voix douloureuse. Ça fait mal, putain !
-Ça c’est pour m’avoir vendu pour 60 euros.
