Chapitre 3
****Andrew Alsin****
Nous pensons tous en général que tout a une fin dans la vie. Quel que soit le temps que le soleil passe à chauffer la terre, il arrivera toujours le moment où il laissera place à la lune. Tout a une fin dans la vie. C’est ce que je me dis chaque jour quand je me lève de mon lit. Quand je me réveille pour constater que notre monde pourrait être bien meilleure qu’elle ne l’est déjà. Je me rappelle de quand j’étais encore au lycée. J’habitais encore chez mes parents. La maison familiale était si modeste, autrefois. Nous n’étions pas une famille aisée, je dirais même que nous empestions la basse classe. Fort heureusement Monsieur Taylor m’a recueilli et m’a donné un travail. Il m’a donné de l’espoir et c’est grâce à lui si ma vie est ce qu’elle est aujourd’hui. Grace au travail de Bras droit qu’il m’a offert, j’ai pu acheter une nouvelle maison à mes parents. Ils ont été très heureux. Il m’arrive de revoir leur sourire quand je leur dis que cette magnifique demeure est la leur. Mon cœur de fils est en paix. Je me suis acheté un appartement pour être un peu plus indépendant et libre de mes mouvements. Mais je dois avouer que je ne suis pas comblé. Pas totalement.
-Hé Andrew !
Je me retourne vers la femme qui vient d’interrompre mes réflexions. Elle s’arrête à quelques pas de moi, l’air un peu essoufflé.
-Andrew, s’il te plait, est-ce que tu pourrais me rendre un service ?
-De quoi s’agit-il ?
-Je n’arrive pas à choisir. Elles sont toutes à tomber sur moi.
Je la scrute un moment et ne comprend pas pourquoi elle aurait du mal. Ce ne sont que des fringues pourtant.
-J’ai besoin de ton avis.
-Mon avis ?
-Oui, il faut que tu m’aides à choisir les plus beaux vêtements. Je ne veux emporter que les meilleurs, tu comprends ?
-Désolé, mais je ne m’y connais pas à ces choses, Mlle Marta. Je suis sûr que vous réussirez à faire le choix vous-même.
Elle me dévisage avec incompréhension, comme si mes mots étaient vides de sens.
-Ou vous pouvez demander l’avis de l’une des filles ici présentes, ajouté-je en indiquant quelques filles qui trainaient dans le coin.
-Andrew, est-ce que tu m’autorises à dévaliser cette boutique ?
-Quoi ? Non.
-Eh bien dans ce cas, suis-moi.
Sans me laisser le temps d’en rajouter une, elle m’attrape par la main et m’entraine avec elle jusqu’au fond de la boutique. Nous nous retrouvons devant une cabine d’essayage. Je suppose que c’est celle qu’elle utilisait pour faire ses soi-disant choix.
-Je vais en essayer quelques-unes, dit-elle en ouvrant la porte. Tu me dis si ça te plait.
Elle entre et referme la porte derrière elle. Je prends place sur une chaise qui traine dans le coin et attend que Miss Shopping se décide à sortir. Non mais franchement, était-ce vraiment nécessaire que je vienne voir ça ? Le shopping ce n’est pas mon truc.
Quelques minutes plus tard, je manque de crier « Il était temps » quand je vois la porte de la cabine s’ouvrir.
Ce sont ses jambes que j’aperçois en premier lieu. Elle les fait passer l’une après l’autre d’une démarche très féline hors de la cabine et se dresse devant moi, avec les lèvres retroussées en un sourire de parfaite séductrice. Cette fille…Je dois reconnaitre que la robe met ses plus grands atouts en avant. Une belle paire de seins que cette robe met un peu trop en valeur à mon goût. Ce bout de tissu fait ressortir les différentes courbes de son corps. Un vrai régal pour les yeux, mais pas pour mon esprit. Oh non, la coquine tourne sur elle-même pour me permettre de mieux admirer le spectacle. J’ai du mal à ne pas prêter attention à des fesses agréablement bien rebondies.
-Alors ? dit-elle en se retournant vers moi.
Alors quoi ? Oh oui, le verdict.
-Eh bien, elle est pas mal.
Et surtout très sexy, mais ça je compte bien le garder que pour moi. Je crois que ma critique ne la satisfait pas vu la façon dont elle roule des yeux. En même temps, à quoi s’attendait-elle d’un mec qui passe son temps à se muscler dans une salle de gym quand il n’est pas occupé par son travail de bras droit ? Que je devienne un spécialiste de la mode ?
-N’avez-vous pas une remarque plus subjective ? finit-elle par demander.
Mes yeux la détaillent de la tête aux pieds. Une remarque plus subjective hein ? Si elle le veut tant que ça, je vais lui en donner.
-Cette robe que vous portez, êtes-vous sûre qu’elle vous habille vraiment ?
-Comment ça ?
-Vous avez les seins à découverts, Mlle Marta.
-Cela s’appelle un décolleté plongeant, retorque-t-elle aussitôt.
Je baisse les yeux sur le bas de la robe qui présente une longue fente sur le côté. Elle pourrait sous le moindre mouvement dévoiler ce qu’il y a en dessous. Très pratique si j’étais un voyeur, mais ce n’est pas le cas.
-Le bas est inadéquat.
-Vous n’aimez pas ? Moi je la trouve sublime.
Elle se courbe devant moi et j’ai une vue encore plus profonde sur son décolleté. Sans oublier que la fente s’élargit et me donne une idée du genre de sous-vêtement qu’elle porte. Un porte-jarretelle ? Mine de rien, je commence à être à l’étroit dans mon pantalon.
-C’est assez vulgaire de vous voir habillée ainsi, dis-je en détournant la tête.
-Vous êtes sérieux ?
-On ne peux plus sérieux.
Elle se redresse et me fusille du regard.
-Je pense que je me suis trompée en vous demandant de m’aider. Vous êtes un très mauvais conseiller en ce qui concerne la mode.
Elle s’enferme dans la cabine avec la mine serrée. Eh bah voyons, on souhaite avoir des remarques subjectives mais on a du mal à les accepter.
Je prends mon téléphone et décide et surfer un peu sur le net, histoire de faire passer le temps.
-Aaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhh !!!
Je sursaute à l’entente de ce cri et me lève. La porte de la cabine s’ouvre avec fracas et Mlle Marta se rue vers moi avec la peur dans les yeux. Elle me tombe dans les bras.
-Que se passe-t-il ?
-Une…une…j’ai vu…
-Quoi quoi ? Qu’avez-vous vu ?
-Une souris ! Une souris m’est passée dessus. Ah c’est dégueu !
Je pousse un soupir de soulagement. Elle m’a fait peur pour rien. C’était juste une souris. Quelques personnes accourent pour suivre la scène.
-Mlle Marta, vous n’avez pas à avoir peur. Les souris ne peuvent pas vous faire de mal.
-Tu ne l’as pas vu, marmonne-t-elle avec une mine de dégoût. Elle était super grosse.
Pour ne plus attirer l’attention, je l’entraine dans un coin reculé. Elle s’agrippe toujours à moi.
-Vous vous sentez mieux ?
Elle fait oui de la tête, sans toujours me lâcher. Cette proximité me met un peu mal à l’aise. Vu comment elle est habillée, la posture dans laquelle nous sommes pourrait être prêté à confusion. Et puis je préfère garder mes distances avec elle. Elle n’est pas le genre de femme que je fréquente d’habitude, sans oublier qu’elle sera bientôt la femme de mon patron.
-Nous devrions peut-être finir de faire le shopping et rentrer, Mlle Marta.
Elle me regarde dans les yeux et je crois qu’elle lit l’embarras que notre rapprochement provoque en moi. Elle se détache aussitôt.
Si l’on m’avait dit qu’un jour j’allais courir pendant des heures derrière une femme, avec plein de sac emballages dans les bras, j’aurais du mal à y croire. Mais c’est pourtant ce qui m’arrive en ce moment. Mlle Marta m’a entrainé dans plusieurs magasins pour se procurer des sacs de marques, des bijoux et tout ce qu’une femme de sa trempe peut se permettre avec de l’argent. Il faut dire qu’elle n’a pas lésiné sur les dépenses. A chaque fois que je voyais le prix des articles, je faisais un effort surhumain pour ne pas lui crier que c’était trop cher. De toute façon, je pense que mes opinions ne doivent pas compter pour elle. Ce n’est pas mon porte-monnaie qui souffre après tout. Non, cela ne me regarde pas en vérité. Monsieur Taylor n’a décrété aucune limite quant à ses dépenses. Elle peut donc s’estimer chanceuse. Cependant je ne peux m’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur quand je remarque à quel point dépenser et acheter lui procure du plaisir. Elle est si joyeuse au milieu de toutes ces choses matérielles. On dit qu’avec de l’argent on peut avoir toutes les plus belles femmes de ce monde. Cet adage est peut-être vrai. Elle convient bien à Monsieur Taylor. Cet homme a toujours tout misé sur l’argent. Depuis que je travaille pour lui, j’ai toujours joué les entremetteurs entre lui et ses conquêtes. Il mettait toujours la barre haute pour séduire, même si tout n'était basé que sur l’argent. Je pouvais rarement sentir le grand amour dans ses relations passées. Si malgré toute sa richesse, il n’a pas su trouver chaussure à son pied, je suppose qu’il s’y est mal pris. Mais est-ce à dire que c’était seulement sa faute à lui ? Les femmes avec qui il trainait n’étaient pas de bonnes compagnes à mon avis. Elles étaient toutes attirées par son argent. Je le remarquais aisément puisque j’étais toujours à leur service, exactement comme je le suis aujourd’hui avec Mlle Marta. La seule différence avec elle, c’est que les autres ne me prenaient pas pour leur valet. En parlant d’elle, je pense qu’elle est faite de la même matière, une femme qui ne jure que par l’argent. Elle m’avait pourtant semblée différente la première fois que je l’ai vu. C’était dans un café, dans cette même ville. Elle était seule à une table et ne prêtait attention à personne. Vu que ma table se trouvait à quelques rangées d’elle, je pus facilement entendre l’une de ces conversations au téléphone. Ce qui a attiré mon attention, c’était sa voix remplie de douceur et de tristesse à la fois. Elle devait aborder un sujet sensible avec son interlocuteur car à la fin de l’appel, elle a pleuré à chaudes larmes. Je me suis demandé pourquoi une aussi belle femme se retrouvait dans cet état. J’ai eu envie de m’approcher d’elle et d’engager la conversation. Heureusement ou malheureusement, dès l’instant où je me suis levé, un inconnu venait de prendre place à ses côtés. Elle était rassurée par sa présence et je puis voir un sourire apparaitre sur ses lèvres pour la première fois. Elle riait quelques minutes après. L’homme à ses côtés avait réussi à faire disparaitre sa mélancolie. Je me surprenais à l’envier cet homme. Il ramenait quelque chose dont j’aurais aimé être l’auteur, le beau sourire de Mlle Marta.
Accoudé à la table de réception du magasin de chaussure, je l’observe défiler entre les rayons. Cela fera bientôt 6 heures que nous faisons les boutiques. Je n’ai même pas eu le temps de souffler, ni même de déjeuner. Elle n’est pourtant pas aussi surmenée que moi. Elle a le shopping dans le sang.
Nous ressortons finalement quelques minutes plus tard du magasin et nous nous dirigeons vers la voiture, moi trainant une panoplie de sac sur les bras et Mlle Marta marchant en avant comme une princesse. J’ai vraiment l’air d’une bonne à tout faire quand j’y pense.
-J’espère que je n’ai rien oublié, dit-elle en ouvrant la malle arrière.
J’y dépose les courses en soupirant car elles alourdissaient mes pas. Elles rejoignent les autres achats de la journée. Je me tourne vers elle.
-Vous avez encore des achats à faire ?
Elle réfléchit sur la question. J’espère sincèrement que cette virée ne va pas s’éterniser.
-Et si on allait déjeuner dans un restaurant ? Je n’ai rien pris à midi.
J’ai une forte envie de la réprimander et de lui faire savoir qu’elle est une grande dépensière par la même occasion. Si Monsieur Taylor n’était pas aussi riche, tous ces achats l’auraient certainement ruiné.
Elle passe à côté de moi et monte dans la voiture cotée conducteur.
-Qu’est-ce que vous faites ? interrogé-je.
-J’aimerais conduire cette beauté aujourd’hui.
Elle me fait un grand sourire et je me retrouve dans l’incapacité de lui dire non.
-Allez-y doucement.
Elle nous amène dans un grand restaurant cinq étoiles. Je peux voir ses yeux pétiller de joie tout en contemplant la bâtisse. Elle devait certainement rêver venir ici depuis des lustres. Ce genre d’endroit n’a plus de secret pour moi. En tant que bras droit de Monsieur Taylor, j’ai eu le privilège de fréquenter régulièrement les restaurants les plus huppées du monde. Je lui emboite le pas jusqu’à l’intérieur et nous sommes conduits à une table par un serveur.
-Voici le menu, déclare-t-il en les déposant sur notre table.
Je prends le mien et le parcoure bien que j’ai déjà une idée des plats qu’ils proposent ici.
-Je prendrai une soupe gratinée à l’oignon, une assiette de charcuterie de canard, des escargots de Bourgogne, un Œuf cocotte au magret fumé et foie gras, une salade de melon et une escalope de foie gras frais poêlée. Oh j’oubliais…un médaillon de Foie-Gras…
-Est-ce nécessaire de prendre autant de plats ? l’interromps-je ?
-Bien sûr. J’ai une faim de loup.
-Mais ce n’est pas une raison pour en commander autant.
-Rho Andrew, je ne vois pas pourquoi cela te dérange autant. J’ai toujours voulu goûter à tous les mets de ce restaurant et c’est l’occasion rêvé.
Elle se tourne vers le serveur qui gribouillait déjà sur son carnet.
-C’était l’entrée. Pour le plat de résistance, je voudrais un tartare de magret de canard.
-C’est noté, dit le serveur avant de s’adresser à moi. Et vous Monsieur ?
-Une escalope de foie gras pour moi.
Mlle Marta m’observe avec un sourire moqueur. Alors que le serveur s’apprête à s’en aller, elle lève la main.
-Le meilleur vin que vous ayez, s’il vous plait.
Le vin nous est servi quelques temps plus tard. Je tiens ma coupe dans la main et m’y concentre pour je ne sais quelle raison. Peut-être est-ce parce que je n’ai pas très envie de lever la tête pour croiser à nouveau ce visage qui ne me rend pas indifférent au final. J’aimerais pourtant que ce ne soit pas le cas. Cette femme ne peut rien m’apporter de bon. Rien du tout. Primo, elle vise beaucoup trop haut. Et secundo, c’est la future femme de Monsieur Taylor. Elle finira par l’épouser à coût sûr. Bien que cela me fasse un peu de la peine, je dois le reconnaitre. J’avais pourtant grand espoir qu’elle refuse sa proposition la dernière fois. Je souhaitais qu’elle ne soit pas comme ces femmes qui pouvaient tout sacrifier pour une vie de confort. J’ai été très déçu quand elle n’a pas dit non à sa demande en mariage. Je pensais la connaitre, hélas non. Je m’étais fait des illusions. Je la croyais être une femme intègre, indépendante, et battante. Pourtant elle n’est rien d’autre qu’une croqueuse de diamant. Ces genres de femmes je les fuis comme la peste. J’en ai fait les frais avec mon ex. Elle était très exigeante. Je faisais tout mon possible pour la satisfaire, mais ce n’était jamais suffisant. Elle me demandait toujours plus que je ne pouvais lui en donner. On se disputait souvent à cause de ses envies démesurées. Mais je ne songeais jamais à la quitter car je l’aimais énormément. Finalement c’est elle qui m’a largué et pour mon meilleur ami en prime. Un meilleur ami qui avait une vie beaucoup plus aisée que moi. Je brûle toujours de rage quand je me repasse ces sombres épisodes.
-Tu n’es pas très bavard.
Je manque de peu de faire tomber ma coupe de vin lorsque cette voix fine me ramène à la réalité.
-Je n’ai rien à dire.
-Moi je crois que si. Et si tu me parlais de toi, Andrew.
-Il n’y a pas grand-chose à dire sur moi.
-Quel est ton nom de famille ?
-Alsin.
-Andrew Alsin, intéressant. Et ça fait combien de temps que tu travailles pour Rafael ?
-5 ans environs.
-C’est bien. Dis-moi, il est très souvent occupé ?
-Oui, il est tout le temps sollicité pour parler affaire et faire des investissements.
-Oh c’est cool. Cela montre que c’est une grande personnalité.
Nos plats sont servis. Je soupire en constatant que la table est presque pleine. Mlle Marta n’a pas l’air de s’en soucier et goûte aux plats un à un. Elle teste apparemment les talents culinaires de ce lieu.
-Hum, Dieu que c’est bon.
Elle ferme les yeux tout en mastiquant et sourit de contentement. On croyait voir une petite fille. J’aimerais ne pas l’apprécier, mais je ne peux m’empêcher de me dire qu’elle est adorable dans cette situation. Ça se voit qu’elle attendait depuis un moment de venir ici.
-Ils cuisinent comme des dieux ici. Tu veux goûter ?
Elle accompagne sa phrase d’un morceau de magret qu’elle pique avec sa fourchette et le pointe dans ma direction.
-Non, merci. Je vais me contenter de mon escalope.
-Mais non, fit-elle en se courbant pour se rapprocher de moi. Allez, ne fais pas ta rabat-joie. Goûte, c’est très bon.
Pour ne pas attirer l’attention, j’ouvre la bouche et elle y glisse le morceau.
-Alors, j’aimerais savoir comment est Rafael en général. Est-ce qu’il a de la famille aux USA ?
-Oui. Sa mère et sa sœur. Son père est mort depuis longtemps.
-Et sa vie amoureuse ? N’a-t-il pas d’enfants ?
Je dépose ma fourchette. Cette femme veut m’amener à dire des choses que je préférerais éviter.
-Pourquoi ne pas aborder ces questions directement avec lui ?
Elle balaie l’air d’un geste de la main.
-Bien sûr que je compte lui poser la question, répond-t-elle. Je veux juste des avis variés. Apres tout, deux avis valent mieux qu’un, pas vrai ?
Je dois reconnaitre qu’elle n’a pas tort, mais est-ce à moi de lui parler de la vie privée de mon patron ?
-Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il n’a pas de chance en amour.
-Pourquoi ?
-Depuis que je le connais, il n’a rencontré que des femmes obnubilées par sa fortune. Elles voulaient toutes le gruger.
-Il n’a jamais été heureux ?
-Non, enfin, son bonheur était de courte durée. Leur idylle prenait fin dès qu’elles en avaient marre de profiter de lui. Je l’ai toujours plains. Ces femmes sont sans cœur.
-Je suis désolée pour lui.
Elle est soudainement mal à l’aise. Elle doit sûrement avoir des choses à se reprocher. Comme pour enfoncer le couteau dans la plaie, j’ajoute :
-J’ai l’impression qu’il n’est pas fait pour connaitre le grand amour. Jusqu’à présent, je ne détecte que des croqueuses de diamants à ses côtés.
-Tu te trompes. S’il m’a rencontré, c’est qu’il est fait pour connaitre l’amour.
Je ricane.
-Je ne vois pas ce qu’il y a de si drôle, retorque-t-elle toute courroucée.
-Pardon, pardon. Je ne voulais pas vous offensez, Mlle Marta. C’est juste que vous avez des habitudes qui peuvent amener à penser le contraire.
-Quelles habitudes ?
-Eh bien vous dépensez sans sourciller énormément son argent. Vous ne l’avez pas appelé ne serait-ce qu’une seule fois de la journée pour prendre de ses nouvelles. Une femme amoureuse l’aurait fait, croyez-moi.
Elle déglutit péniblement face à cette évidence. C’est un fait. Comme pour se reprendre, elle attrape sa coupe de vin et la porte à ses lèvres.
-Ecoutez, poursuis-je, je ne vous juge pas. Je pense que vous savez très bien ce que vous faites.
-Qu’est-ce qui vous dit que je ne tomberai pas amoureuse de lui ?
-Je n’ai jamais dit ça. Je respecte vos choix. De toute façon, je pense que Monsieur Taylor sait pourquoi il s’est tourné vers vous et vous a demandé en mariage alors qu’il savait que vous n’étiez pas amoureuse de lui. Il devait avoir ses raisons.
-Comme j’ai mes raisons d’accepter de l’épouser.
Je m’y attendais à cette réponse. Elle avait réclamé quatre mois de réflexions pour lui fournir une réponse définitive, mais elle a déjà fait son choix depuis longtemps. Je reconnais cependant que cela me mine un peu. Depuis que je l’avais aperçu pour la première fois dans ce café, je n’ai pas pu la sortir de mon esprit. Je me surprenais à rêver d’elle la nuit. Lorsque des mois plus tard, Monsieur Taylor m’a appelé pour me demander de venir urgemment dans un bar, histoire que je rencontre la femme sur qui il avait jeté son dévolu, j’ai eu la désagréable surprise de la reconnaitre. Elle était sublime comme toujours, mais en compagnie d’une jeune femme cette fois. Monsieur Taylor me l’a discrètement présenté. Il m’a donné son nom, son adresse et sa situation. Il ne savait pas que je la connaissais déjà, quoique juste de visage. J’ai joué le jeu et lui ai demandé ce qu’il attendait de moi. Il voulait que je la suive discrètement et que je trouve le bon moment pour organiser une rencontre entre eux. Cette demande ne me plaisait pas du tout car elle allait à l’encontre de mes sentiments. Mais pouvais-je refuser ? De quel droit pouvais-je empêcher Monsieur Taylor de draguer cette femme ?
