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Chapitre 2

-Quoi ? crie presque Esther au bout du fil. Il t’a demandé en mariage ?

-Ouais. Cela m’a vraiment étonné. Je veux dire, c’est vrai que je cherchais un homme riche à épouser au plus tôt, mais quand même. Celui-ci m’est littéralement tombé dessus.

-En même temps, c’est ce que tu voulais non ?

-Evidemment. En plus tu ne vas pas le croire. Il est blindé de thune. Il est plus riche que Théo, déclaré-je surexcitée.

-Nationalité ? Que fait-il ?

-Il est afro américain. PDG d’une grande entreprise de finance aux Etats-Unis. T’as entendu ? Aux Etats-Unis !

-Waouh !

-Imagine une seconde que je l’épouse. Je partirai vivre aux USA et je serai aussi riche que lui.

-Ça claque c’est sûr. Mais Hannah, penses-tu que ce soit la bonne décision à prendre ? Je veux dire, tu ne le connais pas ce type.

-Et alors ? On peut apprendre à se connaitre comme il l’a si bien dit.

-Vraiment, t’as pas peur ? Un type que tu ne connais ni d’Eve ni d’Adam débarque de nulle part et te demande en mariage. Il te dit en plus qu’il sait beaucoup de choses sur toi. A ta place, moi je flipperais grave.

-Il n’y a pas de raison pourtant. Il n’a pas l’air détraqué ou parano. C’est juste un gars qui a flashé sur moi.

-En plus à son âge il est encore célibataire et sans enfant. Pourquoi ?

-Je n’en sais rien Esther. Je ne lui ai pas demandé.

-Tu ferais mieux de te renseigner avant de prendre toute décision. Et prends le temps qu’il faut pour réfléchir.

-Je sais.

-Ne laisse pas l’argent guider tes pas, ma chérie.

-T’inquiète, on s’est entendu sur quatre mois. On en profitera pour apprendre à se connaitre. Et si l’épouser me tente toujours, je lui dirai oui.

-J’espère seulement que tu sais ce que tu fais, Hannah.

-Oui. Ne t’en fais pas. Bon il faut que je te laisse.

-Ok. On se voit plus tard.

Je raccroche et dépose mon téléphone sur la commode. Je me dirige toute nue vers la salle de bain pour prendre une bonne douche et me préparer avant mon premier rendez-vous officiel avec Rafael Taylor.

Quelques heures plus tard, je me retrouve devant ma coiffeuse pour aviser l’apparence de pin-up que je me suis faite dans le but de séduire Rafael. Avec la belle robe rouge que je porte, je crois qu’il tombera dès aujourd’hui sous mon charme. Mais il m’a dit avoir été séduit dès la première fois qu’il m’a aperçu. Eh bien soit, je n’aurai donc qu’à m’assurer de maintenir le charme fonctionnel. Avec les hommes il faut toujours être sur ses gardes. Un jour ils vous disent qu’ils vous aiment et le jour suivant plus rien. Vous devenez un acquis et ils vous jettent aux oubliettes. Tout cela parce que la femme n’a pas su s’imposer. Elle n’a pas su le marquer à tel point qu’il ne puisse pas songer un instant vivre sans elle.

La sonnerie de mon appartement me parvint aux oreilles alors que je finis de me maquiller. Je suis prête. J’attrape mon sac-à-main et récupère mes clés sur ma table de chevet avant d’aller ouvrir la porte à mon invité. Au lieu de Rafael, c’est Andrew que j’aperçois. Il se tient adossé contre le mur. Je ne pensais pas le voir aujourd’hui.

-Bonsoir, Mlle Marta. Monsieur Taylor m’envoie vous chercher pour vous conduire sur le lieu du rendez-vous.

Mon cœur s’emballe quand je comprends que nous allons passer un bon bout de temps ensemble.

-Très bien, lancé-je.

Je sors de mon appartement et ferme à clé. Andrew prend la sortie de l’immeuble et je lui emboite le pas. J’en profite pour le regarder à loisir. Il porte une chemise bleu foncé à fines rayures sur un pantalon noire. Je trouve ce style banal en général, mais je ne sais pas pourquoi je me dis que ça lui va bien. En fait je pense que tout ce qu’il porte doit lui aller comme un gant.

J’admire la berline garée à quelques pas du bâtiment. Cette fois-ci j’ai touché le jack pot. Andrew m’ouvre la portière côté passager pour me permettre de monter.

-Merci.

Nous roulons depuis quelques minutes déjà. Je jette un coup d’œil à travers la vitre pour me délecter de la belle vue que procure la ville de France. Tous ces paysages, toutes ces lumières à cette heure de la nuit…Tout cela est magnifique. Je vois un couple marcher en tenant chacun la main d’une petite fille. Ce doit être leur fille. Ils ont l’air de former une famille super heureuse. Imperceptiblement, je pense à la mienne. Celle que j’avais avant que la mort ne vienne me les arracher. De ces souvenirs, je peux déduire que nous avions été une famille très heureuse aussi. Ils m’aimaient et je les aimais. Je les aime toujours même s’ils ne sont plus là, même si je ne pourrai plus jamais les revoir.

-Mlle Marta ?

Je tourne la tête vers le conducteur.

-Vous allez bien ?

Je fronce les sourcils. Pourquoi me demande-t-il ça ? Pourquoi ça n’irait pas ? Je sens soudainement un liquide s’échapper de mes yeux et atterrir sur mes joues. Je lève la main pour voir ce que c’est. Des larmes ? J’ai pleuré ?

-J’ai l’impression que ça ne va pas, ajoute-t-il en se reconcentrant sur la route.

Penser à mes parents m’a fait pleurer et je ne m’en suis même pas aperçue. D’un geste furtif, j’essaie de me débarrasser de ces petits détails qui me font prendre conscience d’à quel point je suis faible.

-Ce n’est rien. Je vais bien.

Je sens son regard se poser sur moi pendant quelques brefs instants. Je sais bien qu’il ne me croit pas, mais j’espère qu’il n’essayera pas de me réconforter. Je suis une femme forte. Je n’ai pas besoin qu’on s’inquiète pour moi.

La voiture se gare devant un grand restaurant. Andrew sort en premier de la voiture et m’aide à faire de même. Il me conduit jusqu’à l’intérieur. Je suis agréablement surprise par la beauté des lieux. C’est un endroit convivial et très chaleureux, mais qui distille aussi une sublime senteur de richesse. Voir tous ces riches attablés me fait presque frémir. Cela suffit à raviver mon mental après la pathétique mise en scène que je venais d’infliger à Andrew.

-Ah vous voilà enfin, dit une voix que je reconnais assez vite.

Rafael se rapproche de nous avec le sourire. Ses yeux me scrutent de la tête aux pieds avec minutie. J’ai l’impression de passer un examen de contrôle. J’espère que ce qu’il voit lui plait. Lorsque ses yeux s’arriment enfin aux miens, je suis soulagée de pouvoir sentir son excitation. Je lui tends ma main qu’il porte à ses lèvres.

-Merci Andrew de l’avoir accompagner, dit-il en se tournant vers ce dernier.

-De rien, Monsieur Taylor. Je vais vous attendre dans la voiture.

Apres le départ d’Andrew, nous prenons l’ascenseur. Un serveur nous conduit comme j’aurais pu m’y attendre dans une autre salle. Lorsque j’y pénètre, je suis bouche bée. C’est carrément un service VIP. Le style est mille fois plus esthétique.

-Ne vous attardée pas ma chère, me lance Rafael en me présentant notre table. Prenez place.

Bien des minutes plus tard, avec mon verre de vin en main, je lance quelques coups d’œil à l’homme qui se trouve en face de moi et je n’arrive toujours pas à croire ce qui m’arrive. Théo me jette et maintenant un homme super blindé de thune me saute dessus. Si je n’avais pas vécu autant de misère pendant mon enfance, je dirais que je suis chanceuse. Alors c’est quoi la vraie raison de tout ceci ? Rafael remarque que je le dévisage sans retenue. Il dépose ses couverts pour me donner toute son attention.

-Vous avez quelque chose à me demander, Mlle Marta ?

-Oui, il y a effectivement quelques zones d’ombres que j’aimerais si possible éclaircir avec vous.

-Allez-y donc. Je suis tout à vous.

-Pourquoi m’avez-vous choisi ? Pourquoi vouloir m’épouser ?

-Vous me plaisez beaucoup.

-Ce n’est pas suffisant.

-Croyez-le ou non, mais c’est la vérité.

-Et je peux savoir sur quoi vous vous basez pour penser suffisamment me connaitre ?

-Je sais quand je rencontre une femme intelligente, magnifique et surtout très ambitieuse, Mlle Marta. Cela répond-t-il à votre question ?

Cet homme m’étonne. Il parle tellement bien que j’ai envie de le croire. De toute façon un mariage n’est pas du jeu. Je suis peut-être trop méfiante.

-Ne vous tourmentez pas l’esprit ma belle, ajoute-t-il. Je suis juste un homme qui a été foudroyé par votre imminente beauté.

J’esquisse un petit sourire. Il sait parler aux femmes en tout cas.

-Je ne suis pas tourmentée, Monsieur Taylor. Je réfléchissais juste à comment nous allions passer ces quatre prochains mois.

-Ah ça, ne vous en faites pas. J’ai déjà tout prévu. Mais commençons d’abord par les formules d’usage. Je propose qu’on se tutoie à partir d’aujourd’hui.

Il soulève sa coupe de vin :

-Hannah ?

Nous trinquons ensemble. Je pense que je vais nous donner une chance. Apres tout, qui ne tente rien n’a rien.

A la fin du diner, Rafael me raccompagne jusqu’à la voiture où nous attend Andrew.

-J’ai adoré cette soirée, dit-il en me baisant une nouvelle fois la main.

-Le plaisir est partagé.

-Andrew va te ramener chez toi. On se donne rendez-vous plus tard.

-D’accord.

Il s’en va après nous avoir souhaité bonne soirée.

Sur le chemin du retour, je sors mon téléphone de mon sac et consulte mes messages. Esther m’a appelé des tonnes de fois et ma boite de messagerie est pleine. J’avais mis le téléphone sous silencieux pour ne pas être déranger pendant le rendez-vous. Il faudrait que je la rappelle assez vite. Telle que je la connais, elle doit être déjà en train de préparer des avis de recherche. Ah et puis zut ! Ma batterie est à plat.

-Quelle misère, murmuré-je.

-Un problème ?

-Ma batterie est vide alors que je dois joindre une personne.

Il jette un coup d’œil sur mon téléphone. Il regarde par la suite son téléphone posé dans un coin devant nous.

-Vous pouvez utiliser le mien si vous voulez, dit-il enfin.

-Vraiment ? Merci.

Je tends la main pour récupérer le téléphone, mais à la place c’est plutôt la main d’Andrew que je touche. Il semble que nous ayons eu le même reflexe. Mes poils s’hérissent au contact physique de nos deux mains. Nos regards se sondent aussitôt. J’ai l’impression de me noyer dans ses yeux. Mon cœur démarre une course folle vers je ne sais où. Il retire sa main et me laisse prendre son téléphone.

Il se gare quelques minutes plus tard au bas de mon immeuble. Enfin, je vais pouvoir respirer. L’atmosphère s’est littéralement pétrifiée depuis l’incident de tout à l’heure. Malgré l’appel que j’ai eu avec Esther, le silence qui a suivi m’a paru duré une éternité. Alors que je m’apprête à ouvrir la portière, j’entends la voix d’Andrew resonner :

-J’ai une requête à vous suggérer. C’est de la part de Monsieur Taylor.

-Qu’est-ce que c’est ?

-Il souhaite vous offrir une virée shopping demain.

-Une virée shopping ?

-Oui. Il veut que vous preniez tout ce qui vous fait envie.

Tout ce qui me fait envie ?

-C’est d’accord, déclaré-je avec le sourire. Dis-lui qu’on se verra donc demain.

Il baisse les yeux un instant, mais les ramène aussitôt sur mon visage.

-Il y a un petit détail que je dois vous faire souligner.

-Lequel ?

-En fait Monsieur Taylor sera occupé pendant toute la journée de demain. C’est la raison pour laquelle, il m’a confié la mission de vous accompagner.

Mon sourire se fige et mon cœur manque de s’arrêter.

-On fera le shopping rien que tous les deux ?

-Oui.

Sans plus rien ajouter, je sors de la voiture. Cette idée d’Andrew qui me tient compagnie pendant ma virée shopping ne m’apaise pas. Il n’y a qu’à voir comment mon cœur se défoule, rien que d’y songer.

******

Une virée shopping hein ? C’est quelque chose qui me fait voir les étoiles. Une virée shopping ! Cela peut changer mon humeur en un claquement de doigts. Il y a beaucoup de chances que je dévalise les boutiques aujourd’hui, pensé-je en jetant un coup d’œil à la longue liste de fringues à acheter que je me suis faite hier soir. J’espère que Rafael ne va pas regretter de m’avoir donné sa carte bancaire.

Je me tiens droite devant mon immeuble et avise la route de temps en temps. La belle voiture finit par se montrer. Alors qu’Andrew s’apprête à sortir pour encore jouer au gentleman, je me dépêche de monter côté passager, très impatiente que cette journée commence.

Nous nous arrêtons à côté d’une célèbre boutique de vente d’article. Plus particulièrement l’une de celles que j’admire toujours lorsqu’il m’arrive de passer dans le coin. Nous entrons dans la boutique et observons la foule composée d’hommes et de femmes qui grouillent de partout. Presque tous les rayons sont occupés, mais cela ne m’empêchera pas de dénicher la perle des perles. Je sors de mon sac ma fiche à la longue liste.

-Qu’est-ce que c’est ? demande Andrew.

-La liste des choses à acheter.

Il tend la main et je la lui donne. Il parcourt la fiche des yeux et je crois voir quelques secondes plus tard ses yeux s’écarquiller à plusieurs reprises.

-Ça ne va pas ? m’enquiers-je.

-Euh vous ne trouvez pas qu’elle est trop…

Il affiche un sourire gêné. Je crois qu’il voulait dire beaucoup trop longue.

Je lui reprends ma liste avec empressement.

-Je dois y aller. Il y a des fringues qui m’attendent.

Je passe dans les rayons et jette un coup d’œil aux articles. Ils sont plus beaux les uns que les autres. J’attrape des robes, des vestes en cuir, des jeans, des pantalons…J’empoigne tout ce qui trouve grâce à mes yeux et file dans une des cabines d’essayage. Apres plusieurs essais, j’ai du mal à choisir. Je crois que je vais toutes les prendre en fin de compte, même si cela dépasse la limite que je m’étais promise de ne pas franchir. Je ne voudrais pas que Rafael se rende compte comme Théo qu’il n’y a que son argent qui m’intéresse. Il faut que je trouve une personne capable de m’aider à avoir un point de vue plus objective. Si seulement Esther était là, elle aurait pu…Mais non ! Il y a bien une personne. Andrew. Il est resté en retrait. Avec un peu de chance, il pourra certainement m’aider à bien choisir. Comme si ma vie en dépendait, je me glisse hors de la cabine et cours le rejoindre.

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