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Chapitre 1

Les gens peuvent trouver que leur vie est parfaite. Ils ont tout à leur disposition. Famille, argent, amour…Toutes ces choses sont élémentaires dans la vie d’une personne. Ils participent grandement à l’épanouissement de l’homme dans tous les sens du terme. Mais moi qui n’a pas eu la chance de grandir avec ma famille, qui n’a connu que pauvreté sur pauvreté et qui ne sait rien de l’amour, que suis-je censé faire ? Rester là à attendre un renversement de situation ? Un coup du sort ? Non, je ne le peux pas. Je ne peux pas rester les bras croisés alors que mes consœurs mènent des vies de rêve. Il faut que j’en ai droit moi aussi. Ç’aurait pu marcher avec Théo. Contrairement à mes deux premiers copains qui m’avaient lâchement trompé et le troisième qui m’a plaqué du jour au lendemain, Théo lui m’a vraiment aimé. Il m’a avoué qu’il pensait que j’étais la femme de sa vie. Il m’aurait épousé et j’aurais alors eu tout ce dont j’avais toujours rêvé d’avoir. Une famille, mais surtout de l’argent. Beaucoup d’argent. Mais voilà qu’aujourd’hui lui aussi me lâche. Tout ça à cause d’Adèle, cette trainée. Je suis sûre qu’elle a fait ça par jalousie. Elle sait qu’elle ne m’arrive pas à la cheville. Elle aura de mes nouvelles très bientôt.

C’est sur cette dernière pensée que j’enfile ma robe de soirée. Une pure merveille que m’a offerte Théo alors qu’on sortait encore ensemble. Mais quand j’y pense, toute ma garde-robe me vient de lui. Il dépensait tout le temps pour me faire plaisir. J’avais même démissionné de mon travail de caissière dans un supermarché car je n’en trouvais plus l’utilité. Il avait aussi garni mon compte en banque. La seule chose que Théo ne m’a pas acheté c’est un appartement et une voiture. Il me les avait proposés bien sûr. Mais vu que je visais le mariage avec lui, j’ai préféré garder mon petit appart moisi en attendant qu’il me passe la bague au doigt. Après le mariage, je logerai dans un palace et conduirai une voiture de sport, me disais-je pour ne pas flancher.

-Mais Adèle a tout gâché ! murmuré-je d’un air rageur en prenant une paire d’escarpin dans mon placard à chaussure.

Cette fille m’intrigue beaucoup. Elle ne s’est jamais adressée à moi sans tenir de propos désobligeants ou provocateurs. Sa sœur Esther, qui est aussi mon amie n’est pourtant pas comme ça.

Après avoir fini de me préparer, je me place devant le grand miroir accroché au mur à coté de ma coiffeuse. Je souris devant le résultat. Je suis belle comme toujours. Qui pourrait croire que j’ai 25 ans avec ce corps à faire damner un saint ? Mon métissage a grandement contribué à ma beauté. Sans oublier ma haute silhouette pulpeuse. Tout ça je le dois à mes parents. Mon père était français et ma mère venait de l’Afrique de l’ouest. Je ne sais pas exactement de quel pays Africain elle est née. Les deux se sont rencontrés ici en France. Ils se sont beaucoup aimés pour ce que j’en sais. Ils sont quand même morts tous les deux alors que je n’avais que 10 ans dans un accident de voiture. Ça a été le commencement de mon enfer. Déjà que j’étais enfant unique, je me suis retrouvée sans parent.

Un brin de tristesse tente de s’insinuer en moi. Je secoue vivement la tête pour me reprendre. Pourquoi faut-il que je ressasse le passé ? Seul le présent importe. Un coup d’œil sur la grande horloge murale, je prends mon sac-à-main, récupère mes clés sur la table et sort de l’appartement. Je prends un taxi pour le restaurant le plus huppé de la ville. Je parcours des yeux la salle déjà remplie à cette heure de la nuit pour retrouver mon fameux Roger. Je le repère rapidement dans un coin de la pièce. Il est concentré sur son téléphone. Sourire en coins, je le rejoins.

-Roger.

Il lève la tête et nos regards se croisent. Un sourire se dessine aussitôt sur ses lèvres. Ça se voit qu’il est content de me voir.

-Hannah, dit-il en se levant.

Il contourne la table pour me tirer la chaise. Un vrai gentleman en plus.

-Merci.

-Alors, fait-il après s’être assis à son tour, ça va ?

Je pose mon téléphone sur la table entre nous deux. Je détaille Roger avec plus d’attention. Il porte une chemise de marque, simple mais assez chic sur un jean slim. C’est pas mal pour un type qui fait dans la dentelle. Il tient une grande boutique de vente de sous-vêtements. C’est d’ailleurs là qu’on s’est rencontré pour la première fois.

-Je vais bien, merci de t’en inquiéter. Toi par contre tu dois être aux anges.

Il est intrigué par ma remarque.

-De quoi tu parles ?

-Il parait que tu as demandé Adèle en mariage.

Son air intrigué laisse place à l’embarras.

-Euh tu sais…La dernière fois que je t’ai appelé, tu as été vraiment froide avec moi. Ça m’a fait mal.

-Cela ne devrait pas t’étonner. J’ai toujours été ainsi et tu le sais.

-C’est vrai, mais je n’en pouvais plus. Tu m’as brisé le cœur, Hannah.

Roger m’a toujours aimé d’après ses dires. Depuis qu’on s’était rencontré, il n’a jamais cessé de me faire des avances. Mais j’étais déjà en couple avec Théo et ce dernier était beaucoup plus riche. Je n’avais pas à réfléchir. Adèle est apparue après ça. Esther nous a présenté. Mais Adèle m’a détesté à la seconde où elle m’a vu. Plus tard, j’ai su que Roger et elle sortaient ensemble. Ça ne m’a fait ni chaud ni froid.

-Serais-tu entrain de dire que tu ne l’as demandé en mariage juste que pour te venger de moi ?

Il ne répond pas et baisse la tête. J’ai déjà la réponse, mais je souhaite qu’il me le dise à voix haute. C’est important.

-Roger ?

-Oui Hannah. C’est vrai. Si j’ai demandé Adèle en mariage, c’était juste pour attirer ton attention. Je ne l’aime pas cette fille et je n’ai aucune intention de faire d’elle ma femme. C’est toi que j’aime. Depuis le début.

-Pourquoi es-tu en couple avec elle dans ce cas ?

-Je ne sais pas. C’est elle qui m’a fait des avances. Au début, je l’ignorais, mais si j’ai fini par accepter c’était juste dans le but de te rendre jalouse.

Et tu n’y es même pas arrivé mon pauvre. Même pas un petit peu. Je feins de compatir.

-Je suis désolée. Je ne savais pas que tu souffrais autant.

Comme s’il n’attendait que ça, il me prend la main.

-Donne-moi une chance Hannah. Je saurai te rendre heureuse. Théo ne sait pas ce qu’il a perdu.

Je fronce les sourcils. Comment a-t-il appris pour Théo ? Comme s’il avait lu en moi, il ajoute :

-J’ai entendu une dispute entre Adèle et sa grande sœur Esther. Adèle aurait envoyé un enregistrement à Théo pour te créer des problèmes.

Je retire vivement ma main.

-C’est vrai. Nous ne sommes plus ensemble Théo et moi. Mais cela ne veut pas dire que je sortirai avec toi Roger.

-Pourquoi pas ?

-Tu n’as pas ce que je veux.

-Que veux-tu alors ? Dis-le-moi et j’irai te le chercher. Je ferai tout ce que tu voudras.

Je détourne les yeux, agacée. Malgré moi ces mots me touchent. Si je n’avais pas autant besoin d’argent, peut-être aurais-je accepter sa demande. Mais pour l’heure, il n’en est pas question. Il n’est pas pauvre, mais il n’est pas aussi riche que je le voudrais.

Je me lève brusquement et attrape mon sac.

-Que fais-tu ? me questionne-t-il. On n’a pas fini de discuter.

-Moi si.

Sans lui laisser le temps d’en placer une, je récupère mon téléphone et sort du restaurant. Dans le taxi pour le retour, je déverrouille mon téléphone et mets fin à l’enregistrement audio. Ce rendez-vous m’a donné plus que je ne voulais. Roger s’est bien confié. Je me demande quelle tête va faire Adèle quand je vais lui envoyer l’audio. Je jubile en y pensant.

Deux jours plus tard…

Couchée sur le dos dans mon lit, je regarde sur l’écran de mon téléphone le bouton qui me permettra de détruire le bonheur d’Adèle en un seul clic. Je suis sur le point de lui envoyer l’enregistrement, mais j’hésite pour je ne sais quelle raison. J’utilise un faux numéro. Elle ne peut pas savoir avec exactitude que c’est moi qui le lui ai envoyé, mais néanmoins je souhaite qu’elle en soit convaincue. Qu’elle sache que c’est la monnaie de sa pièce pour avoir brisé mes plans. D’un geste décisif, je clique et c’est parti.

Quelques heures plus tard, alors que je prends mon diner à table, on cogne à ma porte. Qui ça peut bien être à 8h du soir ?

J’ouvre et je suis surprise.

-Roger ? Que fais-tu ici ?

-Je peux entrer ?

Je lui cède le passage à contre-cœur.

Il porte un regard circulaire sur les lieux.

-C’est donc ici que tu te caches, lance-t-il en me refaisant face.

-Que fais-tu là ? Et comment as-tu su où j’habites ?

-Esther m’a donné ton adresse.

Elle va m’entendre celle-là. Elle sait bien que je déteste montrer mon appartement aux hommes qui me courtisent.

-Ce que t’as fait, c’était pas sympa Hannah.

Oh…alors la bombe a déjà explosé.

-Adèle était dans tous ses états, poursuit-il. Elle est venue chez moi pour me faire une scène. Elle m’a balancé ma bague de fiançailles à la figure.

-Un moment que j’aurais aimé voir, ricané-je.

-Elle a pleuré devant moi. Je me suis senti mal pour elle.

-Eh bien pas moi, relevé-je assez fort. Elle n’a que ce qu’elle mérite.

Il me regarde un moment en silence. Je me demande à quoi il peut bien penser.

-Je sais que tu as agis ainsi pour te venger de ce qu’elle t’a fait. Je ne vais donc pas la défendre.

-Tant mieux alors. Cela m’évitera d’avoir des migraines.

-Mais j’insiste sur un fait, dit-il en souriant. Puisque maintenant je me retrouve de nouveau célibataire, je veux que tu deviennes ma copine, Hannah.

Je soupire d’agacement. Il me les casse à insister autant.

-Non Roger. Je n’ai pas envie d’être ta copine. Et ne me demande plus pourquoi.

-Mais…

-Ça suffit. On ne peut pas être ensemble. Esther ne verra pas ça d’un très bon œil que je sorte avec l’ex de sa petite sœur. C’est mon amie je te rappelle.

-Hannah, pour l’amour du ciel.

-Non et non ! Va-t’en, s’il te plait. J’aimerais finir mon diner en paix.

Il jette un coup d’œil sur la table et semble déçu.

-Désolé, je ne savais pas que tu dinais. Je vais partir.

D’un pas lent, il se dirige vers la sortie. Lorsqu’il est hors de l’appartement, il se retourne alors que je m’apprêtais à fermer la porte.

-Tu as mon numéro si tu changes d’avis.

Je referme la porte pour aller retrouver mon diner. Adèle sait maintenant qu’il ne faut pas se frotter à moi. Si elle était restée dans son coin, je ne serais jamais allée aussi loin. Bien que Roger me manifeste toujours de l’intérêt alors qu’ils sont en couple, je n’avais jamais songé à faire ça. Esther doit m’en vouloir d’avoir réduit le bonheur de sa petite sœur en miettes. Mais ce n’est pas grave, je ne regrette rien.

Le lendemain, je me rends chez Esther. Ou tout du moins chez son mari. Elle est déjà mariée. Esther contrairement à moi, vient d’une famille aisée. Son mari l’est tout autant. Je toque à la porte de leur grande maison. C’est class sans être extravagant. La porte s’ouvre sur son mari.

-Bonjour Rick, dis-je en souriant.

-Hannah, comment tu vas ?

-Bien merci. Esther est là ?

-Oui. Entre. Elle est dans le séjour.

Je la retrouve effectivement dans le séjour, assise dans un canapé en train de taper sur son ordinateur. Elle lève les yeux et me voit.

-Salut Esther.

Elle ne dit mot et se contente de me regarder. J’avance et prend place à ses côtés.

-Ça fait longtemps, ajouté-je pour engager la conversation.

Mais elle ne dit rien et me regarde toujours. Apparemment elle a décidé de devenir muette.

-Ok, c’est bon. Je comprends que tu m’en veuilles. C’est ta sœur après tout.

Elle secoue la tête et pose l’ordinateur dans un coin.

-Je ne sais même pas pourquoi je suis encore ton amie, finit-elle par dire. Je sais que tu as fait ça dans un but de revanche et je comprends. Adèle ne s’est pas bien conduite non plus.

-Et c’est elle qui a commencé. Ne l’oublie pas.

-Mais ça ne justifie pas ce que tu as fait. Elle est inconsolable depuis qu’elle a vu l’audio.

Je me retiens de lui dire que ça me fait plaisir. Heureusement que nos pensées sont personnelles, tiens.

-Je comprends, marmonné-je enfin.

-Tu sais, j’ai moi aussi écouté l’audio. En vérité le seul fautif dans cette histoire c’est Roger. C’est lui qui te court après alors qu’il sort avec elle. Comment a-t-il pu lui faire ça ?

-De toute façon, les choses n’ont jamais été cool entre Adèle et moi. Tu sais bien qu’elle ne m’a jamais apprécié. Je ne sais même pas pourquoi.

-En fait Hannah, j’ai eu une petite discussion avec elle après tout ce qui s’est passé. Elle m’a avoué la raison pour laquelle elle t’a toujours détesté.

-Pourquoi alors ?

-QUE FAIS CETTE FILLE ICI ???

Je manque de sursauter à l’entente de cette voix remplie de colère et de rage. Esther a une moue de stupeur et porte instinctivement la main sur le cœur. Nous nous retournons toutes les deux et voyons Adèle, le visage déformé par la colère. Elle me fixe intensément. Je peux voir de la haine dans son regard. Bien qu’elle ne m’ait jamais montré de la sympathie, je dois avouer que c’est la première fois qu’elle me regarde avec autant de haine. S’en est presque flippant.

Elle avance rageusement vers nous et se tourne vers sa sœur.

-Que fait-elle là ? lui demande-t-elle en me pointant du doigt.

-Elle est venue me voir, répond calmement Esther.

-Comment peux-tu la recevoir après ce qu’elle m’a fait ?

-Elle a dit être désolée, Adèle. Elle s’est excusée en plus.

-Quoi ? m’écrié-je à l’encontre d’Esther. Quand me suis-je excusée ?

Esther me donne un coup de coude. Je comprends où elle veut en venir, mais je n’ai pas envie de jouer le jeu. Cette Adèle a besoin d’une bonne leçon. Je me lève, défiante et la fixe aussi intensément que possible. On s’affronte du regard.

-Euh les filles…commence Esther.

-Je veux que tu sortes de cette maison, sale trainée ! me crache-t-elle au visage.

-Tu es sûre que c’est moi la trainée ici ? N’est-ce pas toi qui cours après un mec qui n’en a rien à faire de toi ?

Je remarque que sa main se lève. Je lui attrape le poignet avant qu’elle ne m’ait vraiment donné une gifle. Esther se lève pour nous séparer.

-Lâche-moi, salope ! grogne Adèle en se débattant.

Mais je tiens fermement son poignet. Elle ne peut pas se défaire. Bien qu’on ait le même âge, j’ai plus de force qu’elle.

-Lâche-là s’il te plait Hannah, intervint Esther. Arrêtez ça !

Son mari apparait en courant dans le séjour.

-Que se passe-t-il ? interroge-t-il.

Je lâche pour toute réponse le poignet d’Adèle. Elle recule instantanément tout en tenant son poignet.

-Cette fille est le diable incarné ! hurle-t-elle comme une folle. Elle est là pour détruire notre famille Rick. Chasse-là de cette maison !

Rick me fixe avec incompréhension. Esther se rapproche de lui.

-Ne t’en fais pas chéri, lui dit-elle. Elles se chamaillent comme d’habitude. Tu sais bien qu’elles sont comme chien et chat.

-Non ! proteste Adèle plus furieuse que jamais. Je veux qu’elle parte d’ici !

-Adèle, tente Esther, s’il te plait…

-Ce n’est pas la peine Esther, l’interromps-je. Je m’en vais déjà.

Elle me regarde avec tristesse. Je lui fais un sourire que j’espère rassurant. Je salue Rick avant de partir.

Plusieurs mois sont passés depuis que je suis allée voir Esther. Je peux dire que ma vie est tout juste ennuyant. Entre les appels incessants de Roger que j’évite et les factures à payer…bof ce n’est pas la joie. Je prends des nouvelles d’Esther de temps en temps et elle fait pareil. C’est la seule amie que j’ai après tout. Mon compte en banque se vide chaque jour et je n’ai aucun revenu pour le remplir. Avant c’était Theo qui me donnait de l’argent, mais maintenant je suis à ma propre charge. Ça saoule au max. Il me faut un mec riche.

J’arrive dans un restaurant connu pour être le point de repère des « distributeurs de billets » en version humain et de sexe masculin. C’est Théo qui m’a donné l’idée de cette expression.

Je suis vêtue d’une robe sexy à dos nu qui s’arrête sur mes genoux. Elle est extra moulante et mets mes formes en valeur. Mon décolleté plongeant donne une touche finale à tout ce chef d’œuvre. J’enfile des lunettes noires pour me la jouer femme professionnelle. Et c’est parti !

Je m’assois à une table vide. Les autres sont bien pleines. Il y a du beau monde ici. J’observe parmi eux qui pourrait bien me satisfaire. Certains sont déjà accompagnés par leurs compagnes. Enfin, je suppose que ce sont leurs compagnes. Ils sont donc d’office éliminés. Après quelques minutes passées à épier, je soupire de déception. Aucun n’a ce que je veux. Ni physiquement, ni financièrement. L’un d’eux m’a même fait peur, tellement il manquait d’élégance. Il bavait littéralement devant moi. A ce stade, je préfère Roger.

Je me lève et prend le chemin de la sortie.

-Mlle !

J’entends des pas se rapprocher de moi, mais je ne m’arrête pas. Rien à faire, je ne suis pas intéressée Monsieur.

-Mlle !

Là c’est abusé. Tout le monde a les yeux rivés sur nous à présent. Je me retourne pour éclaircir les choses. Mais ce que je vois m’ôte mes mots. La première chose que mes yeux notent c’est une silhouette masculine très affirmée. Un grand gabarit et des muscles impressionnantes que je devine sous le chemisier sur mesure de celui qui se tient face à moi. Son parfum me percute et je me sens légèrement étourdie. Il sent bon. Je lève enfin la tête pour rencontrer le visage de cet inconnu qui a réussi à brouiller en quelques secondes mes sens. Je tressaille légèrement face à ces yeux de couleurs marrons qui me scrutent étrangement. Ils sont tellement saisissants dans ce visage aux contours parfaits. Purée, ce mec est canon !

-Mlle ?

-Oui ?

Et merde. Ma voix était plus sensuelle que d’habitude. Soyons subtile.

-Vous allez bien ?

-Oui, réponds-je avec un air intrigué. Que puis-je pour vous ?

-Voulez-vous bien me suivre ?

Il accompagne sa phrase d’un sourire charmeur. Je reste impassible, mais mon cœur vient de faire un saut dans ma poitrine. Je n’y comprends rien du tout.

J’hoche de la tête et il m’invite de la main à lui emboiter le pas. Nous quittons à ma plus grande surprise la salle pour une autre pièce plus petite mais doté d’un intérieur remarquable. Cet endroit se dépeint par un luxe insolent. Au centre se trouve une grande table ronde et deux chaises placées l’une en face de l’autre. Le jeune homme me tire une chaise avec toujours son sourire de tombeur. Je rougirais presque.

-Excusez-moi un instant. Je vais prévenir pour le service.

Je le regarde partir. Je jubile intérieurement qu’il veuille diner avec moi. Physiquement il est au-delà de ce que j’avais espéré. Et à voir ce diner qu’il a organisé, j’en déduis qu’il doit être plein aux as. J’ai trouvé mon distributeur de billets. Et même plus je crois. Mon cœur bat un peu trop rapidement à mon goût et c’est une première. Pourquoi un inconnu me fait de tels effets ? Cela ne m’est jamais arrivé auparavant.

Il revient et m’annonce que les plats vont être bientôt servis. Je m’attends à ce qu’il prenne place sur la chaise d’en face à tout instant. Mais au lieu de ça, il va se camper sur le côté comme un…

-Je vois qu’on m’attend déjà, déclare un homme que je n’ai pas vu arriver.

-Monsieur Taylor, dit respectivement le jeune homme à l’encontre du nouveau venu.

-Andrew, tu vas bien ?

Il s’appelle Andrew.

-Je vais bien, Monsieur. Votre invitée est déjà là.

Quoi ? Son invitée ? Je les regarde à tour de rôle sans comprendre. Monsieur Taylor se tourne vers moi.

-Hannah Marta si je présume ? fait-il en me tendant la main.

Comment connait-il mon nom ? Je serre sa main tendue avec incompréhension.

-Euh oui. Et vous ?

-Rafael Taylor.

Il s’assied devant moi. Mon cœur gonfle soudainement de frustration. Cette place je l’avais réservé dans ma tête pour Andrew.

-Quelqu’un peut m’expliquer ce qui se passe ? demandé-je à ce dernier.

-En fait, votre rendez-vous est avec Monsieur Taylor, me répond-t-il.

Je ne sais pas pourquoi, mais cette nouvelle ne me réjouit pas tant que ça. Je regarde Monsieur Taylor. Il doit avoir la quarantaine. Il n’est pas mal non plus, même si je trouve que sa tête ronde et lisse le rend un peu abrupt. Ni gros, ni mince, je dirais qu’il est au juste milieu. Son costume bleu marine le rend d’autant plus très distingué. Je remarque à son poignet une montre qui d’après mes connaissances doit valoir plusieurs millions d’euros. Monsieur Taylor ne me lâche pas des yeux et attend sûrement que j’engage la conversation.

-On se connait ? lui demandé-je sans plus attendre.

-Je ne pense pas que vous me connaissez, mais moi je vous connais.

-Et comment ?

Il se tourne vers Andrew. Ce dernier répond à sa place :

-Monsieur Taylor vous a repéré il y a de cela deux mois dans un restaurant. Il a voulu en apprendre plus sur vous. Je lui ai fournis toutes les informations que je trouvais à votre sujet.

-Pourquoi ?

-Parce qu’il me l’a demandé. Je fais ce qu’il me demande. Je suis à son service.

Oh non…Donc toute cette fortune, tout cet argent, ce n’est pas pour Andrew ? J’ai l’impression que quelque chose vient de se briser en moi. Peut-être était-ce la petite lueur d’espoir qui m’amenait à vouloir croire qu’Andrew serait un bon choix.

-Vous m’avez séduit dès l’instant où je vous ai vu, déclare Monsieur Taylor. Depuis je n’ai pas cessé de penser à vous Mlle Marta.

-Comment saviez-vous que je serais là aujourd’hui ?

-Andrew vous a suivi. Il me l’a rapporté et j’ai réservé une table pour vous et moi.

Je regarde Andrew et mon cœur s’emballe. Il me suivait ? Vraiment ? Je n’ai rien remarqué.

-Je sais ce qu’une femme comme vous veut dans la vie, reprend Monsieur Taylor. Je suis prêt à tout vous donner.

Mes yeux fouillent sur son visage pour y déceler la moindre anicroche. Ce genre de choses est rare venant d’un homme que l’on vient à peine de rencontrer. En général, le « Je suis prêt à tout vous donner » on ne l’obtient que dès que l’on se retrouve dans un lit avec eux et qu’ils sont repus de plaisir.

-Vous avez bien dit tout ce que je veux dans la vie ?

-Oui, mais à une condition.

-Quelle condition ?

-Le mariage. Mariez-vous avec moi et vous aurez tout ce dont vous rêvez.

Ai-je bien entendu ? Je cligne des yeux face à cette demande des plus inattendues.

-Vous voulez m’épouser ?

Il hoche de la tête en souriant.

-Mais on se connait à peine, fais-je remarquer. On ne peut pas…

-Nous aurons le temps de nous connaitre. Le mariage ne se fera pas tout de suite, rassurez-vous. Mais de toute façon, de mon côté, ce que j’ai appris sur vous me suffit largement.

-Et qu’avez-vous appris sur moi au juste ? fais-je avec méfiance.

-Oh ne vous en faites pas. Juste le nécessaire. Alors, acceptez-vous de m’épouser ?

-J’ai besoin de réfléchir sur la question, Monsieur Taylor.

-Pas de problème. Je vous donne toute la semaine pour cela.

Un rire léger m’échappe. Il est sérieux ?

-Je crains fort qu’une semaine ne soit pas suffisante. Après tout, je ne sais rien de vous. Qu’est-ce qui me fait croire que ce n’est pas un piège ? Qui demande une fille en mariage quelques minutes après l’avoir rencontré ?

Monsieur Taylor sourit. Il semble amusé par ma remarque. Pourtant je ne crois pas avoir dit une bêtise.

-Vous avez tout à fait raison, Mlle Marta. Excusez-moi pour mon manque de tact.

-Ne vous en faites pas. Ça peut arriver à tout le monde.

-Cependant permettez-moi de vous faire une remarque à mon tour.

-Allez-y.

-Vous savez, lorsqu’une fille reçoit une demande en mariage d’un inconnu, sa réaction immédiate serait de refuser. Mais telle n’a pas été votre cas. Vous avez demandé à y réfléchir. Cela signifie que cette proposition vous avantage quelque part.

Je ne dis mot et baisse les yeux sur mon assiette vide. Il a raison. Je n’ai pas agi comme il le fallait.

-Mais je m’y attendais, Mlle Marta. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas attendu pour vous faire cette proposition. Je vous l’ai déjà dit. Je vous connais assez Mlle.

Je le dévisage longuement. Il me sourit comme si l’on se connaissait effectivement depuis longtemps. Bon sang, comment se fait-il qu’il sache des choses sur moi ? Et quelles choses ? Quelqu’un dans mon entourage aurait balancé des trucs à mon sujet ?

Mes pensées sont interrompues par l’entrée de plusieurs serveurs dans la pièce. Ils déposent différents mets sur la table. Ça sent bon. Les mets sont raffinés et elles ont l’air si savoureuses. Je jette un coup d’œil sur le menu posé devant moi sur la table. Mon Dieu ! Ça coûte une fortune de manger ici ! Chacun des plats coûte les yeux de la tête. J’ai l’impression d’être un client privilégié. Même avec Théo, on n’allait pas aussi loin en commande.

-J’espère que ces plats sauront satisfaire votre palais Mlle Marta, me lance Monsieur Taylor en disposant sa serviette sur ses genoux.

Je lui souris pour toute réponse. Je viens de trouver mon distributeur de billets.

Nous dinons autour d’autres discussions moins intimes. Tout du moins, Monsieur Taylor parle. Moi je l’écoute tout juste et hoche de temps en temps la tête. Je suis encore sonnée par tout ce que je viens d’entendre.

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