Chapitre 4
Quelques minutes plus tard, Noah semble savourer sa victoire comme si tout ceci était un délicieux jeu. Je commence à sentir mes bras et mes jambes protester contre cette position figée. Mes poignets aussi râlent un peu. L’ennui et la fatigue se mélangent à ma colère. Un coup sec résonne à la porte. Noah hésite, fronçant les sourcils, puis finit par aller ouvrir. Et là, surprise. Julian, son cadet, entre en trombe. Le visage rayonnant, la joie imprimée partout.
- Hé… c’est quoi ça ? Pourquoi… tu es là, enfermée avec lui ?! demande-t-il, étonné.
Je ne peux m’empêcher de sourire intérieurement. Julian a toujours été imprévisible et direct. Je me retiens de rire en voyant la mine mi-surprise, mi-furieuse de Noah.
- Julian… soupire Noah, déjà agacé. C’est… rien.
- Rien ?! s’exclame Julian, les yeux plissés. Tu verrouilles la porte et… et…
- Laisse tomber ! coupe Noah, visiblement agacé, il soupire et détourne le regard.
Je profite de cette distraction pour m’emparer de mon plateau. Rapidement. Je le serre contre moi, prête à fuir.
- Merci, Julian, murmuré-je en passant à côté de lui.
Il me sourit, ce sourire chaleureux de grand frère. Ses yeux brillent d’un amusement sincère. Et puis, sans prévenir, il passe une main rapide dans mes cheveux crépus, comme pour vérifier que tout va bien.
- Toujours parfaite, dit-il doucement, en riant légèrement.
Je roule des yeux, mais le sourire qui se dessine sur mon visage trahit que j’apprécie ce geste fraternel. Même après toutes ces absurdités avec Noah, je retrouve un peu de calme. Je sors de la chambre, plateau en main, et sens déjà mes muscles se détendre.Enfin, un peu de liberté. Mais derrière moi, la présence de Noah reste suspendue comme une menace amusante et irritante. Et je sais, quelque part, que le match n’est pas terminé. La journée s’écoule comme d’habitude. Rien de surprenant. Les employés passent, la maison est bruyante, les rires et les murmures s’entremêlent. Je fais ce que j’ai à faire, j’aide, je discute, je respire. Et puis le soir tombe, doux et calme. Je décide de marcher un peu dans le jardin. C’est devenu mon rituel. L’air frais, le silence, la solitude… tout ce qui me permet de me sentir un peu moi-même. Je m’éloigne, les mains dans les poches, le regard rivé sur le sol. Je ne m’attends à rien. Sauf que je le vois. Noah. Toujours là, dans l’ombre, comme une ombre indésirable. Il se tient droit, torse légèrement penché, le regard fixé sur moi. Je veux faire demi-tour. Immédiatement. Mais avant que je ne puisse reculer, il saisit mon poignet. Ferme. Impitoyable.
- Noah ! lâché-je en tirant dessus. Lâche-moi !
Son regard est sombre, chargé d’un mélange de colère et de défi.
- Julian n’est plus là pour te sauver cette fois. C’est ton moment d’excuser.
Je secoue la tête, mes lèvres se tordent en un sourire mauvais.
- Hors de question. Tu rêves trop.
Il resserre sa prise. Je sens la frustration monter dans sa voix.
- Tu ne bougeras pas avant que tu…
Je ne lui laisse pas le temps de finir. Je plante mes dents dans son biceps, juste assez pour lui faire un peu mal. Il grogne, surpris et irrité. Je profite de sa distraction pour me dégager violemment et courir dans l’obscurité. Le cœur qui bat à toute vitesse, la respiration saccadée, je continue sans me retourner. La nuit m’avale et je savoure cette petite victoire. Noah… je sais qu’il ne va pas oublier ça. Et moi non plus.
***Noah***
Je la vois disparaître au bout du couloir. Je m’élance aussitôt. Elle est rapide. Trop rapide. Elle se faufile dans une pièce et la porte se referme avant que je n’arrive. Je tends la main… trop tard. Merde. Je m’apprête à ouvrir quand une voix familière me coupe net.
- Noah !
Je me retourne, déjà agacé. Julian arrive, un dossier sous le bras, l’air beaucoup trop enthousiaste pour l’heure.
- J’ai besoin de toi. Juste cinq minutes. Pour mon exposé à l’université.
- Julian, pas maintenant.
- Si, maintenant. Sinon je vais oublier. Échouer. Et mourir socialement.
Je soupire.
- C’est sur quoi ?
- Économie internationale.
Je lui donne rapidement quelques exemples. Structure, enjeux, exemples. Et voilà.
- Merci. Tu gères grand frère.
Il sourit, ravi. Puis fronce les sourcils.
- Au fait… pourquoi elle vient de courir ici comme si sa vie en dépendait ?
Je me fige une fraction de seconde.
- Qui ?
Julian sourit.
- Elara. La fille de Margaret.
Je cligne des yeux. Je répète le prénom intérieurement. Il sonne… exactement comme elle. Sec. Vif. Impossible à ignorer.
- Elle a grandi ici, ajoute Julian. Enfin… pas vraiment ici, mais tu vois.
- Oui. Je vois.
Il me regarde, intrigué, mais je ne lui laisse pas le temps de poser d’autres questions. Je monte les escaliers, deux à deux. Dans ma chambre, je ferme la porte et m’appuie contre un instant. Margaret. Douce. Calme. Toujours souriante. Une gouvernante irréprochable. Comment une femme comme elle a-t-elle pu donner naissance à une fille aussi… agitée ? Impulsive ? Insolente ? Je retire mon tee-shirt devant le miroir. Et là, je la vois. La marque. Nette. Encore légèrement rosée. L’empreinte parfaite de dents humaines. Ses dents. Je fronce les sourcils. Je passe mes doigts dessus. Toujours cette même sensation qui me traverse. Pas de douleur. Juste… la surprise. Encore. Personne ne m’a jamais mordu. Personne ne m’a jamais résisté comme ça. Je relève les yeux vers mon reflet. Elara. Je sens déjà que ce prénom va me poser un sérieux problème.
