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Drôle de pari

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Gwena
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Résumé

Prologue Noah Rush n’avait jamais connu l’échec. Pas à l’école, pas en affaires, et surtout pas avec les filles. Il suffisait d’un regard, d’un sourire et le monde pliait. Enfin, presque tout le monde. Elara Lane, elle, avait ce don agaçant de lui résister comme si son charme glissait sur elle. Ni ses yeux bleus, ni ses répliques millimétrées n’avaient le moindre effet. Et ça, pour Noah, c’était une première. Une claque monumentale pour son ego doré à l’or fin. Noah : Je te parie que tu tomberas amoureuse de moi avant la fin du mois. Elara, levant un sourcil : Et moi, je te parie que tu vas t'étouffer avec ton égoïsme. Noah : Juste un mois, tu me suppliera. Elara : Moi ? Je survivrai sans perdre la tête. Noah, sourire en coin : Oh, crois-moi, tu vas adorer perdre la tête… Elara : Pas avec toi, Noah. J’ai des goûts plus… raffinés. Un pari. Un simple jeu, pensaient-ils. Mais certains jeux ont le don de bouleverser les règles. Et quand l’amour s’invite là où il n’était pas le bienvenu, même les plus arrogants peuvent tomber… très, très fort.

les contraires s'attirentromantiquemilliardairedominantpossessifmauvais garçonBG

Chapitre 1

***Elara***

Le bus démarre dans un soupir fatigué. Je m’installe près de la fenêtre, mon sac posé contre mes jambes, mon diplôme encore trop neuf pour paraître réel. Fin de cursus. Vingt-et-un ans. Et aucune idée précise de ce que je fais de ma vie… à part rejoindre ma mère dans une maison qui n’est pas la mienne. Je regarde la ville s’éloigner. Ici, j’ai étudié, respiré, grandi un peu. Là-bas, il y a cette immense maison, trop blanche, trop parfaite, trop riche. Et moi, au milieu, la fille de la gouvernante. L’idée me crispe. Je n’ai rien contre le confort, ni contre l’argent en soi. Ce que je déteste, c’est ce qu’il crée entre les gens. Une ligne invisible. Un avant et un après. Ceux qui possèdent, et ceux qui servent. Ma mère travaille pour les Sinclair depuis des années. Pendant les vacances, je les rejoins parfois. Ils sont polis. Gentils, même. Jamais un mot déplacé. Jamais un regard de travers. Mais malgré ça, je le sens. Je ne suis pas chez moi. Je suis tolérée. Le bus roule, les paysages changent. Champs, routes, silence. Je soupire. Maman m’a appelée ce matin, toute heureuse. Tu verras, Elara, ils seront ravis de te revoir. Ravis. Bien sûr. Comme on est ravi d’un objet familier qu’on remet à sa place. Je ferme les yeux un instant. Je me répète que ce n’est que temporaire. Quelques semaines. Le temps de réfléchir à la suite. Le temps de respirer. Le temps de ne pas penser à ce que je veux vraiment. Quand le bus s’arrête enfin, je descends avec ma valise. L’air est différent ici. Plus calme. Trop calme. Et puis je la vois. Maman. Elle sourit comme si tout allait bien. Comme si le monde n’était pas injuste. Comme si être gouvernante dans une maison de milliardaires était une bénédiction.

- Elara, tu as bonne mine.

- Toi aussi, maman.

Je mens un peu. Elle a l’air fatiguée. Toujours digne, toujours douce. Elle prend ma valise sans me laisser protester.

- La voiture nous attend.

Bien sûr qu’elle nous attend. Je monte, je m’attache, je regarde la route défiler jusqu’à ce que la maison apparaisse. Immense. Imposante. Magnifique, oui. Et terriblement intimidante. Je sais déjà une chose :

je n’appartiens pas à cet endroit. Et pourtant… c’est ici que tout a commencé. La maison m’avale comme à chaque fois. Le gravier crisse sous les pneus, la façade blanche brille trop sous le soleil, et les grandes fenêtres donnent l’impression que tout le monde peut voir à travers moi. Comme si j’étais transparente. Je descends de la voiture avant même que le chauffeur n’ouvre ma portière. Mauvaise habitude. Ou bonne. J’aime faire les choses moi-même.

- Elara, laisse-le faire, murmure maman.

Je hausse les épaules.

- Je suis encore capable de me débrouiller seule.

Elle sourit. Elle sait. Elle m’a élevée comme ça. À l’intérieur, tout est toujours à sa place. Rien ne dépasse. Rien ne vit vraiment. Ça sent le propre, le cher, le silencieux. Moi, je fais tache. Pas par mes vêtements simples, oui, mais propres non. Je fais tache parce que je ne baisse pas les yeux. Je dis bonjour au personnel. Je connais presque tout le monde. Certains me regardent avec chaleur, d’autres avec cette distance polie que je connais trop bien. Je ne leur en veux pas. Chacun survit comme il peut. Dans ma chambre la chambre d’amis, toujours je pose ma valise et m’assieds sur le lit. Trop moelleux. Trop parfait. Je préfère les choses qui grincent un peu. Je me regarde dans le miroir. Cheveux attachés à la va-vite, regard droit, menton levé. On m’a souvent dit que j’étais belle. Une beauté “presque parfaite”, selon certains. Ça me fait toujours rire. Comme si ça avait la moindre importance. La beauté, ça attire. Le caractère, ça dérange. Et moi, je dérange. Je descends rejoindre maman dans la cuisine. Elle s’active déjà, même si elle n’est pas censée travailler aujourd’hui. Elle ne sait pas rester immobile.

- Tu devrais te reposer, dis-je.

- Je le ferai plus tard. Les Rush dînent tous ensemble ce soir.

Je grimace.

- Tous ?

Elle évite mon regard.

- Oui. Les fils sont là aussi.

- Évidemment.

Je me sers un verre d’eau.

- Ne t’inquiète pas. Je serai sage.

Elle me lance un regard qui dit exactement le contraire de ce qu’elle espère. Je ne suis pas impolie. Je suis juste… incapable de me faire petite. Incapable de prétendre que cette maison me fait rêver. Incapable d’admirer des gens uniquement parce qu’ils sont riches. Je respecte les Rush. Mais je refuse de me sentir inférieure. Je reste dans la cuisine. C’est la seule pièce de cette maison qui me semble vraiment vivante. Ici, ça sent les herbes, le pain chaud, le quotidien. Pas le luxe. La vraie vie.

Je prends un torchon et commence à couper des légumes sans qu’elle me le demande. Maman me jette un regard surpris, puis attendri.

- Tu n’es pas obligée, tu sais.

- Je sais. J’ai envie.

Le silence s’installe, confortable. Le genre de silence qu’on partage quand on s’aime depuis toujours.

Je l’observe à la dérobée. Ses gestes sont précis, trop rapides pour quelqu’un qui est censé lever le pied. Ses mains portent les traces du travail. De longues journées. Trop longues.

- Tu travailles trop, dis-je finalement.

- Ce n’est pas nouveau.

Elle sourit, mais je n’aime pas ce sourire-là. Il est fatigué. Résigné.

- Tu pourrais demander de l’aide.

- J’en ai, Elara.

- Non. Tu as des ordres. Ce n’est pas pareil.

Elle s’arrête un instant. Me regarde vraiment.

- Ces gens sont bons avec moi.

- Je sais. Mais ça ne les empêche pas de te laisser travailler comme si tu étais inépuisable.

Je baisse la voix sans m’en rendre compte. Pas par peur. Par respect pour elle.

- Tu mérites mieux que ça.

Elle pose sa main sur la mienne. Chaude. Rassurante.

- J’ai ce qu’il me faut. Et toi, tu as ton diplôme. C’est ça, le plus important.

Je serre les dents. Toujours moi avant elle. Toujours. Je ne veux pas de cette vie pour toi, maman. Ce n’est pas ta vie. Elle a raison. Et pourtant. Je reprends à couper, plus doucement. Je sais qu’elle ne changera pas maintenant. Mais un jour, je ferai en sorte qu’elle n’ait plus besoin de se lever à l’aube pour s’occuper des maisons des autres. Je le lui dois. Je relève la tête quand une voix résonne au loin. Des pas. Des rires masculins. L’ambiance change, subtilement. Les Rush rentrent. Je souffle, me redresse et essuie mes mains.