CHAPITRE 5
Il était cinq heures cinquante-huit du matin quand Da-eun, recroquevillée sur le canapé d'un petit appartement de fonction au troisième sous-sol de l'hôpital — Choi Min-soo avait insisté pour qu'elle dorme là plutôt que de rentrer à Guro-gu —, fut réveillée par le vibreur insistant d'un téléphone.
Pas le sien. Sa vieille coque rayée gisait, éteinte, sur la table basse. Un autre. Un téléphone neuf, dernier modèle, posé près d'elle dans la nuit, avec une carte de crédit à son nom et une enveloppe contenant trois millions de wons en liquide. Choi Min-soo avait laissé un mot : *Ce sont les outils de votre nouvelle vie. Le téléphone sonnera. Décrochez. Min-soo.*
Le téléphone vibrait depuis plusieurs minutes déjà.
Elle décrocha.
— Mademoiselle Yoon. Le Président me demande de vous prévenir. La presse coréenne a sorti l'histoire cette nuit. Toutes les unes. Tous les sites. Tous les portails. Restez à l'hôpital. Ne sortez sous aucun prétexte. J'envoie quelqu'un avec des vêtements et un café.
— Quoi ?
— Ouvrez votre tablette, mademoiselle. Vous comprendrez.
Il raccrocha.
Da-eun, le cœur cognant, alluma la tablette qui reposait sur la table basse. Le navigateur s'ouvrit sur la page d'accueil de Naver.
Le portail entier brûlait.
LA FILLE CACHÉE DU CHAEBOL : LE SCANDALE QUI ÉBRANLE HANSUNG.
Trois photos. Une d'elle, en uniforme noir au gala des Lee, prise par un téléphone d'invité. Une deuxième, d'archives, de Choi Mi-sook au piano à vingt ans. Une troisième, son visage de carte d'identité — comment l'avaient-ils obtenue, elle ne savait pas. *« Yoon Da-eun, 26 ans, serveuse à Daerim, reconnue cette nuit par Han Tae-sung lui-même comme sa fille biologique. Le testament aurait été signé dans la chambre 2401 du service cardiologique de l'hôpital Asan. »*
Plus bas : commentaires, déjà des milliers. *« C'est une opportuniste »*, *« Han Seo-yeon doit pleurer »*, *« Comment a-t-elle survécu vingt-six ans sans qu'on la trouve ? »*, *« 42 000 milliards de wons à une serveuse, c'est un film coréen ? »*
Da-eun se leva. Trop vite. Sa tête tourna. Elle se rattrapa au dossier du canapé.
Un petit coup à la porte.
— Mademoiselle ? Madame Park, gouvernante. On m'envoie avec des affaires.
Une femme dans la cinquantaine, tablier impeccable, entra avec deux housses sur le bras. Tailleur sombre. Chemisier blanc. Sous-vêtements neufs. Chaussures à talons modérés. Une trousse de toilette de chez Hera. Une trousse à maquillage discrète. Et un café noir, fumant, dans une tasse de porcelaine fine.
— Le Président va mieux, dit madame Park doucement. Il a passé une bonne nuit. Maître Jang vient à neuf heures. La conférence de presse a lieu à onze heures.
— La quoi ?
— La conférence de presse, mademoiselle. Le Président a annoncé qu'il s'adresserait personnellement à la nation à onze heures depuis sa chambre. C'est diffusé en direct sur YTN, KBS et tous les portails. Vous n'êtes pas obligée d'y être visible, mais on a préparé vos vêtements au cas où.
Da-eun s'assit. Fixa la tasse. Le café était trop chaud, mais elle but quand même. Ça brûlait moins que tout le reste.
— Madame Park.
— Oui ?
— Y a-t-il un endroit ici où je pourrais... pleurer, en silence, pendant trois minutes, sans déranger personne ?
La gouvernante eut un sourire d'une douceur qui ne s'apprend nulle part.
— La salle de bain est juste là, mademoiselle. Je ferai mine de ne rien entendre.
À sept heures vingt, son téléphone neuf vibra à nouveau. Numéro masqué.
— Allô ?
— Da-eun.
Elle se figea.
Park Ji-hoon.
— Comment as-tu eu ce numéro ?
— J'ai mes méthodes. Ne raccroche pas. Trois minutes.
— Trente secondes.
— Tu vas être attaquée ce matin. Par tout le monde. Par les Han, par les médias, par les actionnaires. Tu vas avoir besoin de quelqu'un qui sait comment ce monde fonctionne. Quelqu'un qui te connaît, *toi*. Pas tes ancêtres.
— J'ai déjà ce qu'il me faut, Ji-hoon.
— Min-jun ? Mais Min-jun est l'homme le plus seul de Séoul, ma douce. Il ne pourra même pas se sauver lui-même de ce qui s'annonce. Sa femme va le détruire. Sa belle-famille va le détruire. Toi, tu vas être détruite. Vous serez deux noyés en train de chercher la bouée l'un sur l'autre. Cela fait rarement une bonne histoire.
Da-eun ne répondit pas.
— Donne-moi trente minutes, plus tard cette semaine. Café neutre. Pas d'engagement. Juste deux vieux amis. Je peux t'aider à survivre les six premiers mois. Après, tu n'auras plus besoin de moi. Tu pourras me jeter à nouveau. Mais d'ici là...
— Tu m'as déjà jetée, Ji-hoon. Avec une efficacité dont je ne te remercierai jamais.
— Oui. Et c'est précisément pour cela que tu peux me faire confiance, cette fois. Je n'ai plus rien à voler. Tu as tout. Je n'ai plus aucun intérêt à te trahir. Au contraire.
Da-eun eut un rire bref, sans joie.
— Tu mens encore mieux qu'avant.
— Réfléchis-y. À bientôt.
Il raccrocha.
À huit heures, la porte de la chambre VIP de Han Tae-sung s'ouvrit et Da-eun entra. Le vieil homme, redressé sur ses oreillers, tourna la tête vers elle. Son visage avait repris quelques couleurs. Maître Jang était là, et un homme en costume sombre que Da-eun ne connaissait pas — chef de la communication de Hansung, lui dirait Min-soo plus tard.
— Tu as dormi, ma fille ?
— Un peu. La presse...
— Je sais. C'était inévitable. La fuite vient de ma propre famille, je le crains. Han Seo-yeon. Ou plus probablement sa mère. Peu importe. Le mal est fait. Maintenant, on agit.
Maître Jang ouvrit son cartable.
— À onze heures, mademoiselle Yoon, le Président tiendra une conférence de presse depuis cette chambre. Il y reconnaîtra publiquement votre filiation. Il annoncera que vous prenez à compter de ce jour le rang d'héritière directe au premier degré et qu'il a l'intention, à terme, de vous transmettre la direction du groupe. Le but n'est pas de vous mettre en danger. Le but est, au contraire, de vous protéger.
— Me protéger ? Mais je vais être traquée.
— Vous serez traquée de toute façon, dit le Président. La question est : traquée comme une fille illégitime cachée — auquel cas tout le monde se croit autorisé à vous écraser — ou traquée comme l'héritière publiquement reconnue d'un homme encore vivant — auquel cas la moindre attaque vous concernant retombe sur ceux qui osent. Le secret est ton ennemi, ma fille. Pas l'exposition.
Da-eun médita un instant.
— Et... vous voulez que je sois à la conférence ?
— Si tu en as la force. Pas pour parler. Pour exister. Pour qu'on te voie, pour qu'on apprenne ton visage, pour qu'on s'habitue à ton nom dans le même temps qu'au mien.
Da-eun ferma les yeux.
— D'accord.
— Da-eun.
Elle ouvrit les yeux.
— Tu n'es pas obligée. Vraiment.
— Si je ne le fais pas aujourd'hui, je ne le ferai jamais. Et vous m'avez donné votre nom. Le moins que je puisse faire, c'est d'aller le porter en pleine lumière, pour me débarrasser de la honte.
Le vieil homme la regarda, longtemps. Puis hocha lentement la tête.
— Tu as les yeux de ta mère. Mais tu as quelque chose à moi aussi, je crois. Une certaine façon de ne pas reculer.
À onze heures précises, la porte de la chambre 2401 s'ouvrit en grand. Une trentaine de journalistes accrédités, encadrés par la sécurité, se ruèrent en silence pour ne pas se faire éjecter. Caméras. Micros. Flashs.
Han Tae-sung, en pyjama d'hôpital de soie crème, redressé dans son lit, serein, tenait la main de sa fille debout à côté de lui. Da-eun, en tailleur sobre, cheveux noirs ramassés en chignon bas, n'avait pas de maquillage de pacotille. Juste son visage. Juste ses yeux gris-noir. Juste sa cicatrice à la paume gauche, soigneusement bandée d'une fine gaze blanche, visible comme une blessure de guerrière.
— Mes chers compatriotes, dit Han Tae-sung d'une voix ferme. Pendant vingt-six ans, on m'a menti. On m'a dit que mon enfant était mort. On m'a dit qu'elle n'avait jamais existé. Aujourd'hui, je vous présente ma fille.
Les flashs claquèrent comme un orage.
— Yoon Da-eun, héritière du sang Han, future présidente de Hansung Group. Et la prochaine personne qui essaiera de lui faire du mal, je l'écraserai personnellement. Dans la limite de mes forces. Et au-delà.
Les journalistes hurlaient déjà des questions. Da-eun ne bougea pas. Elle regardait l'objectif de la première caméra, droit, sans baisser les yeux, comme elle ne l'avait jamais fait au gala des Lee.
Et quelque part dans Séoul, dans un bureau au quarante-deuxième étage d'une tour différente, Kang Min-jun, qui regardait l'écran depuis son fauteuil, posa lentement sa tasse de café.
Son cœur fit un bond qu'il ne s'expliqua pas tout de suite.
Sa femme, dans la pièce à côté, hurla : *« CETTE PUTAIN DE SERVEUSE EST UNE HÉRITIÈRE ?! »*
Min-jun, lui, sourit pour la première fois depuis trois ans.
