CHAPITRE 2
L'aube se levait sur Guro-gu en grise, sale, indifférente. Yoon Da-eun ouvrit les yeux à six heures vingt-trois, comme chaque matin depuis trois ans, sans avoir besoin de réveil. Son corps connaissait l'heure. Son corps ne dormait jamais vraiment.
Elle resta une longue minute à fixer le plafond moisi de son studio de huit mètres carrés. Le tuyau qui fuyait depuis novembre laissait une auréole brunâtre s'étendre comme une marée nocturne. Le propriétaire avait promis de la réparer. Il avait surtout encaissé son loyer.
Dans sa main droite, une douleur sourde. Elle releva sa paume devant ses yeux. Le bandage, qu'elle avait fait elle-même la veille à la pharmacie de garde, était propre. La coupure était profonde, mais nette. Elle survivrait. Elle survivait toujours.
Elle se leva. La marche jusqu'à la salle de bain commune au bout du couloir prenait sept pas. Elle les compta. C'était devenu une habitude, depuis l'enfance — compter les choses qui ne changent pas. Les pas. Les marches. Les jours jusqu'à la fin du mois. Les billets qui restaient dans la boîte en fer-blanc.
Sur le coin de la petite table de cuisine, deux objets posés côte à côte la regardaient comme deux yeux.
Une mise en demeure.
Une carte de visite ivoire.
La mise en demeure venait du propriétaire. *Loyer impayé. 1 870 000 wons. Sous quinze jours.* Da-eun avait laissé échapper un soupir hier soir en la trouvant dans sa boîte. Les douze cents wons gagnés au gala l'aideraient à peine à acheter du riz pour la semaine.
La carte de visite, elle, venait d'un fantôme.
PARK JI-HOON, lisait-elle en lettres dorées discrètes. *Directeur, JH Capital Partners. Investissements stratégiques. Séoul – New York – Singapour.*
Sept ans. Sept ans à se demander parfois ce qu'il était devenu. Et c'était cela. Un costume qui valait sa vie entière. Un sourire qui se vendait au plus offrant.
— Tu n'es plus rien pour moi, dit-elle à la carte, à voix basse.
Elle la prit entre deux doigts, marcha jusqu'à la poubelle, ouvrit la pédale.
Elle ne lâcha pas.
Une longue seconde. Deux. Le couvercle béait, attendait. La carte tremblait au bout de ses doigts.
Da-eun ferma les yeux. Quelque chose, en elle, un instinct qu'elle ne comprenait pas encore, lui disait : *Garde-la. Pas par amour. Par stratégie.*
Elle referma le couvercle. Glissa la carte dans le tiroir où elle gardait les factures urgentes. Et partit prendre sa douche.
À huit heures dix, Da-eun nouait son tablier devant le restaurant Hansik où elle servait depuis dix-huit mois, dans une ruelle étroite du quartier de Daerim. Madame Oh, la patronne, leva les yeux par-dessus ses lunettes.
— Tu es en retard.
— De deux minutes, ma tante.
— Dix-huit secondes de plus que la semaine dernière.
— Pardon, ma tante.
— Et qu'est-ce que tu as fait à ta main ?
Da-eun cacha sa paume bandée derrière son dos.
— Rien. Une coupure.
Madame Oh n'insista pas. Elle insistait rarement. Elle avait recueilli Da-eun, deux ans plus tôt, alors que la jeune femme dormait dans la rue derrière le restaurant. Elle ne lui avait jamais posé de questions. Elle ne lui en avait jamais épargné non plus. C'était sa manière à elle de tenir les gens en vie : sans pitié, mais sans abandon.
— Le client de la table cinq attend depuis dix minutes. Va.
Da-eun saisit le menu, traversa la petite salle à manger pleine d'hommes en costume avalant leur bibimbap matinal, et arriva à la table cinq.
Elle s'arrêta net.
Kang Min-jun était assis là, droit comme une lame, un journal financier ouvert devant lui, une tasse de café fumant à sa droite, et son regard noir levé sur elle.
— Bonjour, mademoiselle Yoon.
Da-eun cligna des yeux. La langue, soudain, sèche.
— Vous... comment savez-vous mon nom ?
— J'ai demandé hier soir, après votre départ. Asseyez-vous.
— Je travaille, monsieur.
— Asseyez-vous. J'ai parlé à madame Oh.
Da-eun jeta un œil par-dessus son épaule. La patronne, derrière son comptoir, lui adressa un signe sec du menton. Ordre.
Elle s'assit, le tablier roulé sur les genoux.
Min-jun referma calmement son journal.
— Comment va votre main ?
— Bien.
— Vous mentez mal.
— Bien, je vous remercie, *monsieur*.
Il eut, alors, le plus léger des sourires. Le coin de sa bouche à peine relevé. Mais c'était un sourire — et Da-eun comprit, en le voyant, qu'il en distribuait peu.
— Je ne resterai pas longtemps, dit-il. Je vous fais une proposition. Vous avez le droit de la refuser.
— Je vous écoute.
— J'ai besoin d'une assistante personnelle. Discrète. Honnête. Qui n'appartient à aucune famille du milieu. Le poste est à pourvoir aujourd'hui. Le salaire de départ est de quatre millions de wons par mois. Avec logement de fonction, si vous le souhaitez.
Da-eun resta sans bouger.
Quatre millions par mois. Trois fois ce qu'elle gagnait en cumulant ses deux emplois. Logement.
Et un piège. Forcément un piège.
— Pourquoi moi ? demanda-t-elle.
— Parce que hier soir, vous saviez exactement combien d'invités regardaient pendant qu'on vous humiliait, et vous n'avez pas pleuré. Parce que vous avez ramassé le verre brisé avant même qu'on vous le demande. Parce que je suis entouré de gens qui me méprisent et que je ne peux faire confiance à personne dans mon entourage.
— Je ne vous connais pas.
— Et moi non plus. C'est précisément pour cela.
Da-eun fit glisser ses mains sur ses cuisses, lentement, pour cacher leur tremblement.
— Monsieur Kang. Je suis serveuse. Je n'ai pas fait d'études supérieures. Je...
— Vous avez fait deux ans de gestion à Hankuk. Avant d'abandonner pour des raisons financières. Et vous avez été major de votre lycée à Suwon.
Elle le regarda longuement.
— Vous avez enquêté sur moi ?
— J'ai fait mes vérifications, oui. Cela vous offense ?
— Cela m'inquiète.
— Bien. Vous avez raison de l'être. Je ne suis pas un homme bien placé, mademoiselle Yoon. Mais je ne suis pas non plus un homme malhonnête. C'est, croyez-moi, une distinction qui compte.
Il sortit de sa poche intérieure une enveloppe blanche, la posa devant elle.
— Voici un contrat. Lisez-le. Si vous acceptez, vous commencez demain matin à neuf heures. Sinon, vous brûlez le contrat, et je ne reviendrai plus.
Il se leva. Posa un billet sur la table — bien plus que ce que coûtait son café.
— Monsieur Kang.
Il se retourna.
— Pourquoi votre femme vous trompe-t-elle ? demanda Da-eun, sans savoir d'où venait l'audace.
Il la regarda longtemps. Puis, sans sourire :
— Parce qu'elle a épousé l'argent de mon nom et pas l'homme. Et parce que je l'ai laissée faire trop longtemps. Mais ce qui finit hier soir ne reprendra pas, mademoiselle Yoon. Le monde le saura bientôt.
Il sortit.
Da-eun resta à la table cinq, les yeux baissés sur l'enveloppe blanche, son souffle ralenti. Quand elle releva les yeux, madame Oh l'observait depuis le comptoir, les bras croisés sur sa large poitrine.
— Lis-le, ce contrat, dit la vieille femme. Et dis-moi ce que tu en penses.
— Vous le connaissez, ma tante ?
— Kang Min-jun. Tout Séoul le connaît. Le mari de Lee Yoo-jin. Celui qu'on appelle le *gendre maudit* dans les colonnes mondaines.
— Et... il est honnête ?
Madame Oh haussa les épaules.
— Honnête, non. Mais pas pourri. Dans ce monde-là, c'est déjà miracle.
Da-eun glissa l'enveloppe contre son tablier et se remit au travail. Pendant deux heures, elle servit, débarrassa, encaissa — mais l'enveloppe brûlait contre sa hanche comme un charbon ardent. Elle n'eut pas le temps de l'ouvrir. Pas le temps de réfléchir.
À onze heures quarante, une berline noire aux vitres teintées s'arrêta devant le restaurant. Da-eun la vit par la fenêtre. Son ventre se serra sans qu'elle sût pourquoi.
Un homme aux tempes argentées, en costume sombre impeccable, descendit du véhicule, traversa la rue d'un pas mesuré, poussa la porte du restaurant. Son regard balaya la salle, s'arrêta sur Da-eun, ne la quitta plus.
— Mademoiselle Yoon Da-eun ?
Sa voix était grave, courtoise, sans sourire.
— Oui ? répondit-elle, le plateau encore en main.
— Mon nom est Choi Min-soo. J'ai un message à vous transmettre. Pourriez-vous m'accorder un instant, en privé ?
Madame Oh fronça les sourcils derrière son comptoir.
— Da-eun ne sort pas de service en pleine matinée.
— Cela ne prendra que cinq minutes, madame, dit l'homme avec un léger inclinement de tête. Je ne lui veux aucun mal. Au contraire.
Quelque chose dans sa voix n'admettait pas le refus. Da-eun posa lentement son plateau, suivit l'homme jusqu'à un banc devant la boutique d'à côté. Il sortit de sa veste une enveloppe — la deuxième de la matinée. Pas blanche celle-là : crème, épaisse, scellée d'un sceau de cire rouge. Da-eun n'avait jamais vu un sceau de cire ailleurs que dans les films.
— Mademoiselle Yoon. Mon employeur sollicite l'honneur de votre présence cet après-midi à quatorze heures. À l'adresse indiquée à l'intérieur. Une voiture viendra vous chercher.
— Votre... employeur ? Qui ?
— Il vous le dira lui-même.
— Monsieur, je ne connais personne qui...
— Mademoiselle, dit l'homme — et sa voix, pour la première fois, vacilla d'une émotion qu'il maîtrisait mal —, je vous en prie. Acceptez. Cela compte plus que vous ne pouvez l'imaginer. Pour beaucoup de monde. Et pour vous-même, surtout.
Il déposa l'enveloppe entre ses mains, inclina la tête avec la précision d'un majordome formé à l'étranger, et retourna à la berline.
Da-eun resta sur le banc, l'enveloppe crème entre les paumes.
Trois objets en moins de vingt-quatre heures. Une carte de visite d'un homme qui l'avait trahie. Un contrat d'un homme qui l'avait protégée. Et maintenant cela — ce sceau de cire rouge, ce papier qui sentait l'argent ancien, ce regard qui l'avait fixée comme on fixe un miracle.
Elle brisa le sceau. À l'intérieur, une seule feuille manuscrite, à la main, encre noire. Une adresse à Hannam-dong. Une heure : 14 h 00. Et, en bas, deux lignes, tracées d'une écriture tremblante mais nette :
*« J'ai cherché ton visage pendant vingt-six ans. Viens. Je t'attendrai. »*
Aucun nom.
Da-eun sentit ses jambes se vider. Elle se leva, tituba un instant, se rattrapa au mur. Vingt-six ans. Son âge exact. Elle lut la phrase, encore. Vingt-six ans.
Sa main s'était mise à trembler sur le papier crème, doucement, comme une feuille en automne.
Madame Oh, derrière la porte vitrée, ne la lâchait pas des yeux.
Et au quarante-deuxième étage de la tour Hansung, Han Tae-sung, son enveloppe identique encore ouverte sur le bureau, regardait la pendule en or de Genève. Il restait deux heures et trente-cinq minutes.
Il n'était plus sûr d'avoir le temps de tenir jusque-là.
Il porta la main à sa poitrine. La douleur, cette fois, mordait jusque dans l'épaule gauche.
