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Chapitre 5

Le jeune homme au crâne rasé écrasa sa cigarette contre le mur d’un geste nerveux.

— Alors par où l’atteindre ? Si elle est si bien protégée, si elle anticipe tout, si elle se méfie de tout le monde… comment la tuer ? Nous n’avons pas les moyens d’un commando militaire. Nous n’avons pas les ressources pour corrompre ses gardes. Nous n’avons pas les contacts pour infiltrer son entourage.

Il y eut un long silence. Les hommes se regardaient, impuissants, comme des joueurs d’échecs face à une position désespérée. Julien, lui, avait un sourire au coin des lèvres. Un sourire mince, presque imperceptible, mais qui ne trompa pas les plus observateurs.

— Vous posez la bonne question, dit-il. Comment ? Comment atteindre une femme qui s’est entourée de tous les remparts possibles, qui a prévu toutes les attaques directes, qui a fermé toutes les portes par lesquelles un ennemi pourrait s’engouffrer ?

Il fit à nouveau le tour de la table, plus lentement cette fois, comme un prédateur qui savoure l’instant avant de bondir.

— La réponse est simple. Elle est même éclatante de simplicité. On ne l’atteint pas par la force, parce que sa force est supérieure à la nôtre. On ne l’atteint pas par la ruse politique, parce qu’elle est plus rusée que nous. On ne l’atteint pas par la corruption, parce qu’elle est incorruptible.

Il s’arrêta au milieu de la cave, face à ses hommes, les bras écartés comme un prêcheur devant sa congrégation.

— On l’atteint par là où personne ne l’attend. Par là où elle est la plus vulnérable, même si elle ne le sait pas, par ce qu’elle ne peut pas contrôler, par ce qu’elle ne peut ni verrouiller, ni anticiper, ni museler.

Kabila fronça les sourcils.

— De quoi parles-tu ? Quel est ce point faible que nous aurions tous ignoré ?

Julien eut un rire sourd, un rire qui fit froid dans le dos des hommes présents.

— Brigitte est forte. Brigitte est intelligente. Brigitte est instruite. Mais Brigitte a un talon d’Achille. Tous les êtres humains en ont un, même les plus puissants. Le sien… c’est qu’elle ne peut pas tout contrôler. Elle ne peut pas contrôler le désir. Elle ne peut pas contrôler l’attirance. Elle ne peut pas contrôler ce qui se passe quand une nature rencontre une autre nature.

Il se rapprocha de la table, posa ses poings sur le bois, et se pencha vers ses alliés comme pour leur confier un secret.

— Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un soldat, ni d’un politicien, ni d’un espion. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une arme d’un autre genre. Une arme qui ne tire pas de balles, qui ne pose pas de bombe, qui n’empoisonne pas le verre. Une arme qui utilise ce que Brigitte ne peut pas voir venir parce que c’est trop subtil, trop profond, trop ancré dans la nature humaine.

Le jeune homme au crâne rasé eut un frisson.

— Une femme, souffla-t-il.

Julien hocha lentement la tête, ses yeux brillant d’une lueur sombre.

— Une femme, pas n’importe laquelle. Une femme d’une beauté saisissante, une femme qui a du charisme, de l’intelligence, de l’ambition. Une femme qui peut s’approcher de Brigitte non pas comme une ennemie, mais comme une alliée. Une femme qui peut gagner sa confiance, s’infiltrer dans son intimité, découvrir ses failles, et, au moment opportun…

Il n’acheva pas sa phrase. Il n’en avait pas besoin.

Les hommes se turent, médusés. L’idée prenait forme dans leurs esprits, monstrueuse et fascinante. Utiliser une femme, non pas pour tuer Brigitte par la force, mais pour la désarmer par la séduction, par la manipulation, par la confiance trahie.

— Une telle femme existe-t-elle ? demanda Mokonzi, le souffle court.

Julien se redressa, un sourire énigmatique aux lèvres.

— Laissez-moi m’occuper de cela.

Il se dirigea vers la porte métallique, puis se retourna une dernière fois, balayant l’assemblée d’un regard qui n’admettait aucune réplique.

— Messieurs, notre combat est juste. Notre cause est noble. Mais pour vaincre un monstre, il faut parfois devenir plus rusé que lui. Brigitte sera notre cible. Et celle qui l’abattra… celle-là, nous l’appellerons notre Delila moderne.

Il ouvrit la porte, laissant entrer un souffle d’air frais et humide.

— Je reviendrai vers vous quand j’aurai trouvé la perle rare. En attendant, gardez le silence. Ne parlez à personne. Et priez pour que notre plan réussisse, parce que si nous échouons…

Il n’acheva pas sa phrase. Il n’était pas nécessaire de dire à des hommes aussi lucides ce qui les attendait en cas d’échec.

Julien disparut dans l’obscurité, laissant derrière lui dix hommes silencieux, médusés, et déjà pris au piège d’un engrenage dont ils ne mesuraient pas encore toute la portée.

Dans la cave, l’ampoule unique continua de vaciller, projetant ses ombres tremblantes sur les visages figés. Dehors, la nuit était toujours aussi noire, aussi muette, aussi complice.

Mais désormais, dans l’air épais de la capitale endormie, flottait une certitude : quelque chose venait de basculer, quelque chose d’irréversible. Et le nom de cette chose, c’était Vanessa.

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