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Chapitre 6

Une semaine s'était écoulée depuis la réunion clandestine dans la cave de l'entrepôt désaffecté. Une semaine durant laquelle Julien avait fait preuve d'une discrétion absolue, disparaissant des radars, ne répondant à aucun appel, laissant ses alliés dans une attente fébrile. Il avait besoin de temps. Il avait besoin de recul. Mais surtout, il avait besoin de se rendre là où personne ne songerait à le chercher : Bukavu.

La ville s'étendait au bord du lac Kivu, blottie entre les collines verdoyantes et les eaux calmes qui reflétaient un ciel d'un bleu presque irréel. C'était une ville de contrastes, où les villas cossues des commerçants côtoyaient des quartiers populaires grouillants de vie, où l'air était à la fois chargé d'humidité et de promesses. Julien aimait Bukavu. Il aimait son atmosphère paisible, ses routes qui serpentaient au flanc des montagnes, ses marchés colorés où se mêlaient les parfums d'épices et de poisson frais. Mais ce n'était pas pour le plaisir qu'il avait fait le voyage.

Il était venu chercher une arme. L'arme la plus redoutable qui soit.

Le soleil commençait à décliner lorsqu'il arriva devant l'hôtel Résidence, un établissement chic perché sur les hauteurs de la ville, offrant une vue imprenable sur le lac. Les murs blancs de l'édifice brillaient sous la lumière dorée du crépuscule, et des bougainvilliers aux couleurs éclatantes cascadaient le long des balcons. Julien coupa le moteur de son véhicule de location, un 4x4 noir sans aucune marque distinctive, et resta un instant à contempler l'entrée. Des hommes en costume sombre montaient la garde devant le portail, mais leur présence était suffisamment discrète pour ne pas effrayer la clientèle aisée qui fréquentait les lieux.

Il sortit du véhicule, ajusta sa veste de costume gris perle, et pénétra dans le hall de l'hôtel. La climatisation l'enveloppa d'une fraîcheur bienvenue, tandis que ses semelles crissaient sur le marbre poli. La réceptionniste, une jeune femme au sourire professionnel, leva les yeux vers lui.

— Bonsoir, monsieur. Puis-je vous aider ?

— Je suis attendu par Vanessa Kaur, dit-il d'une voix neutre.

La réceptionniste consulta son écran, puis hocha la tête.

— Madame Kaur vous attend dans son appartement. C'est l'appartement 412, au quatrième étage. Je vais vous indiquer le chemin.

— Inutile, je connais.

Julien se dirigea vers l'ascenseur, ses gestes délibérément lents, presque nonchalants. Mais derrière cette apparente sérénité, son cœur battait la chamade. Il n'avait pas revu Vanessa depuis leurs années d'université en Belgique, et il savait que le temps n'avait fait qu'accentuer ce qui rendait cette femme si exceptionnelle, si dangereuse, si parfaite pour ce qu'il avait en tête.

L'ascenseur monta en douceur, et la porte s'ouvrit sur un couloir tapissé d'un moelleux velours beige. Il longea les murs, compta les portes, et s'arrêta devant celle du 412. Un instant, il hésita. Puis il frappa.

Deux coups, secs et assurés.

La porte s'ouvrit, et Julien eut la sensation que l'air lui manquait soudain.

Elle était là, devant lui, comme une apparition.

Vanessa Kaur se tenait dans l'embrasure de la porte, vêtue d'une simple robe longue en lin blanc qui tombait avec une élégance fluide le long de son corps. Ses pieds étaient nus, ses cheveux d'un noir d'encre dénoués, tombant en cascade sur ses épaules jusqu'à la naissance de ses reins. La lumière tamisée de l'appartement dessinait des ombres douces sur ses traits d'une perfection presque irréelle.

Elle avait hérité de son père indien des yeux sombres, immenses, en amande, où brûlait une intelligence acérée. De sa mère, une commerçante d'Afrique centrale au caractère de feu, elle tenait une peau mate aux reflets cuivrés et des pommettes hautes qui structuraient son visage comme une œuvre d'art. Mais ce qui frappait d'abord chez Vanessa, ce n'était pas tant la somme de ses héritages que la manière dont ils se fondaient en une harmonie unique. Elle était belle, certes. Mais elle était bien plus que cela. Elle était magnétique.

— Julien, dit-elle avec un sourire qui découvrit des dents parfaites. Tu es exactement à l'heure. J'aime les hommes ponctuels.

— Vanessa, répondit-il en s'inclinant légèrement. Tu es encore plus belle que dans mes souvenirs. Et mes souvenirs étaient déjà impitoyables.

Elle eut un rire léger, un rire qui ressemblait à un ruisseau courant sur des galets, et s'effaça pour le laisser entrer.

— Entre. Ne reste pas là à dire des banalités. Nous avons beaucoup à nous dire.

L'appartement qu'occupait Vanessa était à l'image de celle qui l'habitait : raffiné, lumineux, empreint d'une élégance naturelle qui n'avait besoin ni de faste ni de clinquant pour s'imposer. De grandes baies vitrées donnaient sur le lac Kivu, dont les eaux paisibles reflétaient les dernières lueurs du couchant. Le sol était recouvert d'un parquet en bois clair, et quelques meubles choisis avec soin : un canapé en cuir blanc, une table basse en teck, des étagères chargées de livres et d'objets d'art, meublaient l'espace sans jamais l'encombrer. Sur une console, un bouquet d'orchidées sauvages exhalait un parfum subtil.

Julien s'approcha des baies vitrées, les mains dans les poches, et contempla le spectacle qui s'offrait à lui. Au loin, les montagnes de la Rive Sud se découpaient en ombres bleutées sur un ciel qui virait lentement à l'orange.

— Tu vis ici ? demanda-t-il.

— Quand je suis à Bukavu, oui. Je loue cet appartement à l'année. Cela m'évite les allées et venues dans les hôtels. Et puis, j'aime cet endroit. Il est calme, discret et parfait pour réfléchir.

Elle s'approcha de lui, deux verres à la main, et lui tendit une coupe de vin blanc qui perlait de fraîcheur.

— Un Chardonnay de Bourgogne, précisa-t-elle. Tu m'avais dit, en Belgique, que c'était ton préféré.

Julien prit le verre, surpris qu'elle s'en souvienne après toutes ces années. Il but une gorgée, laissant le liquide frais et fruité glisser sur sa langue.

— Tu n'as pas changé, dit-il, toujours aussi attentive, toujours aussi… précise.

— La précision est une qualité rare, répondit-elle en s'asseyant sur le canapé, les jambes repliées sous elle. C'est peut-être pour cela que je t'ai accepté si vite quand tu as appelé. Tu es un homme précis, Julien. Tu ne viens jamais sans raison. Et quand tu viens, c'est que tu as quelque chose d'important à me proposer.

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