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03

Partie 3 :

Choquée et éberluée, je me suis levée du lit d’un mouvement brusque. J’étais sous l’emprise de la colère et de la consternation à un point où ma respiration était devenue saccadée. Je n’étais pas une personne violente de nature, mais il me fallut faire appel à tout le sang-froid dont j’étais capable pour ne pas ruer de coups l’énergumène qui se trouvait en face de moi. Dire que je lui avais consacré une année de ma vie, en repoussant les avances de tous les bons partis qui s’étaient présentés à moi ! Sur le coup, j’en voulais plus à moi-même qu’à Thierno. Tout cela était de ma faute. J’avais trop donné à ce mec, je lui avais trop pardonné en laissant beaucoup trop de choses passer, et là nous venions clairement d’atteindre un point de non-retour. Cet homme ne m’aimait pas, tout simplement. Sinon, quelle autre raison expliquerait son comportement envers moi, ses propos hargneux à chaque fois qu’il s’emportait, et enfin sa proposition indécente ?

Rassemblant le peu de dignité qui me restait jusque-là, j’ai pris mes quelques affaires (sac, classeur, sandales…) éparpillées çà et là, et entrepris de sortir de sa chambre. Mais c’était sans compter sur Monsieur qui apparemment tenait coûte que coûte à avoir sa partie de jambes en l’air.

_Thierno : Soua, tu vas où ? Je ne rigole pas du tout. C’est soit ça, soit tu peux tirer un trait sur notre histoire. Tes excuses n’ont que trop duré, puis…

_Moi : MAIS TA GUEULE ! Non mais tu ne m’as pas respecté là, Thierno ! Tu es un salaud de la pire espèce. COMMENT OSES-TU ? Notre histoire, tu peux te torcher le derrière avec, parce que pour ma part, j’en ai fini.

Il ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, surpris par ma violence verbale. C’était la première fois qu’il me voyait dans cet état. Je n’avais jamais auparavant haussé le ton devant lui. Il a dû se dire « téy sama dof bi, fippou na » (=Madame a décidé de jouer au dur, aujourd’hui), parce qu’il s’est radouci de suite en minaudant :

_Thierno : Mais qu’ai-je fait, donc ? Je ne te demande qu’une seule preuve, en une seule fois. Et si tu veux même, on ne le refait plus jusqu’au mariage. Tu verras, avec le temps, ce sera comme si on ne l’avait jamais fait.

En guise de preuve, je lui fis un doigt d’honneur royal, et sortis de la pièce. La bouffée d’air frais me fit le plus grand bien. Au lieu de rentrer directement chez moi, j’ai déambulé dans le campus, telle une âme en détresse. Je n’arrivais toujours pas à réaliser ce qui venait de se passer. Non seulement Thierno venait de m’asséner un coup fatal en me proposant de coucher avec lui, mais je venais aussi de mettre fin à notre relation, malgré moi. Même si c’était une décision que le bon sens dictait, je ressentais une douleur lancinante au ventre. J’avais mal au plus profond de mon être, mais je n’allais pas me lamenter sur mon sort, en versant des larmes amères. Non, je n’étais pas une pleurnicheuse, ni une grande sensible. Mais diable, quelle sensation d’horrible peine ! Le brouhaha familier des étudiants qui se précipitaient pour aller se restaurer, me ramena à la dure réalité. M’obligeant à me ressaisir dare-dare, je me suis levée et partis prendre mon bus afin de rentrer chez moi.

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Un mois environ après

Les jours passaient, monotones, se ressemblant les uns les autres. Mon chagrin d’amour ne s’était toujours pas encore dissipé, et je dois avouer que Thierno me manquait atrocement. La pilule serait mieux passée, si Monsieur s’était manifesté quelques jours après, pour me dire qu’il se repentait, mais que dalle ! Son silence me faisait plus mal que son acte de la dernière fois, puisque cela signifiait clairement qu’il ne tenait pas à moi au point de supporter l’abstinence que notre relation lui imposait. Pour me sentir mieux, je me disais qu’il ne me méritait guère. J’essayais de me convaincre du fait qu’il ne fallait pas que je regrette une étoile perdue, puisque le ciel était plein d’autres étoiles, et si jamais aucune de ces étoiles ne m’était réservée, peut-être bien que c’est la lune qui m’est destinée, en fin de compte. Pour faire court, je m’accrochais à ce genre de raisonnement bidon typique à toute rupture amoureuse douloureuse. De plus, je m’étais repliée lourdement sur moi-même, consacrant la majeure partie de mon temps aux études. Ce qui portait plutôt ses fruits, puisque je me classais première de la classe en terme de notes…

Les choses ont commencé à se décanter quand je me fis remonter les bretelles un jour par Oumou, durant notre pause :

_Oumou : Soua, tu abuses. Ce mec n’en vaut pas la peine. Sors de ta torpeur, et fréquente d’autres mecs, voyons ! Tu penses que c’est en restant dans ton coin, à passer en boucle toute cette histoire, que tu vas zapper Thierno? Tu te trompes lourdement, ma belle…

_Moi : Mais tu veux que je fasse quoi ? Tu connais le remède-miracle pour l’oublier, toi ? Si oui, je suis bien preneuse.

_Oumou : Il n’ya pas de solution-miracle. C’est super simple : pour oublier un mec, il faut tout simplement sortir avec un autre.

_Moi : Tu crois ? Je ne me sens vraiment pas de me relancer dans une autre relation. Et puis, il n’ya personne qui me plait dans mon entourage.

_Oumou : Bah ouais, je te jure, c’est la chose à faire ! Pourquoi ne pas essayer quelque chose avec Kéba ? Il est gentil, drôle, et assez friqué… ça te changera les idées.

_Moi : Bof ! Franchement, je ne suis pas trop dans ce délire de sortir avec des mecs jeunes qui ont mon âge. Je préfère les hommes matures, par exemple, le Yoro Bah que nous avions rencontré l’autre jour, il ne cesse de me relancer. Peut-être devrais-je lui donner sa chance…

_Oumou : Il est un peu vieux, je trouve. Je te vois mieux avec Kéba. Et puis, Kéba veut sortir avec toi depuis des lustres, bien avant ce Yoro, donc le mérite lui revient.

Donne-lui sa chance, ma puce.

Jeune et naïve à l’époque, j’étais plutôt influençable. Du coup, je m’étais laissée emporter par le vent des conseils d’Oumou. D’une certaine manière, elle était la seule amie que j’avais au lycée, puisque étant de nature réservée et timide, toutes les filles de ma classe me taxaient de « prétentieuse antipathique ». Par conséquent, presque aucune d’elle ne m’appréciait, et mon statut de « première de la classe » ne m’aidait nullement à monter dans leur estime. Oumou, contrairement à elles, avait appris à me connaitre, en sachant me donner ma chance, et percer ma carapace. Bref, ma conversation avec Oumou m’avait monté à la tête, et j’avais décidé de forcer le destin, en essayant quelque chose avec Kéba. Après tout, c’était un jeune homme assez sympa, et surtout prévenant et attentionné. Seul hic : Kéba n’était pas du tout studieux, et négligeait par ailleurs ses études. Ce serait un miracle, s’il arrivait à décrocher son bac.

Mais bon, peut-être que je pourrais éventuellement changer ce trait de caractère chez lui.

La seule tâche du tableau, c’était que sûrement découragé par mes refus incessants, ce dernier avait arrêté de me relancer depuis quelque temps. Il était devenu distant, et m’adressait à peine la parole, depuis le jour où cet idiot de Thierno s’était pointé au lycée. Tourmentée par ma rupture, je n’y avais pas prêté attention. Comment allais-je faire pour que Kéba s’intéresse de nouveau à moi ? Et si Monsieur avait décidé de tourner définitivement la page ? Et si par malchance, il s’était mis en couple entre-temps ? Autant de questions qui me revenaient durant le cours d’Histo-Géo de cet après-midi-là. Je notais à peine ce que le professeur disait. A la fin du cours qui me parut interminable, je pris mon courage à deux mains, et je me suis approchée de Kéba pour lui parler.

Il était, comme à son habitude, le point de mire des regards de son cercle d’amis. Kéba était le rigolo de service, l’ami de tout le monde en gros. Il était certainement aussi l’un des mecs les plus populaires du lycée, à cette époque.

_Moi : Salut. T’as une minute, STP ?

_Kéba : Ouais, bien-sûr ! Eh, les gars à demain alors, bye !

Il dit au revoir à ses potes qui faisaient des sous-entendus à mon propos, mais je les ignorais superbement. Reportant mon attention sur Kéba, je pris pour une fois, le temps de VRAIMENT l’observer : il avait le teint d’une noirceur d’ébène, et était extrêmement grand et musclé. Je pouvais passer pour une naine, à ses côtés. Kéba n’était pas une beauté à faire pâlir d’envie, mais sa carrure était impressionnante et il avait un charme fou. Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Il n’était pas si mal que ça, en fin de compte.

_Kéba : Alors, il se passe quoi ?

Mon Dieu, je ne savais même pas quoi lui dire. Je croyais que la conversation viendrait naturellement, mais apparemment, il s’attendait spécifiquement à ce que j’évoque un sujet particulier.

_Moi : Euh en fait, euh….

J’avais l’air d’une idiote à bafouiller comme cela. Il me sourit avec indulgence, puis me demanda :

_Kéba : Vas-y, tu peux tout me dire, Soua. Tu as besoin de quelque chose ?

_Moi : Mais non, voyons. Je n’ai besoin de rien. Je veux juste euh… te parler de…nous.

Il avait l’air déconcerté. Autant lui dire carrément ce que j’avais en tête, sinon j’allais passer pour une demeurée.

_Moi : Eh bah, en fait, je suis prête à me mettre avec toi. Enfin, si tu veux toujours de moi, bien-sûr !

A suivre.

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