la promesse
Alix
Je n'ai pas compris ce qui vient d’arriver… j'allais sauter par-dessus la barrière, quand je me suis sentie tirer en arrière d'un coup et attirer dans des bras.
Je suis totalement en larmes, tremblante, ma respiration est saccadée tellement j'ai mal à la poitrine, tandis que des bras me serrent tellement fort contre ce corps, que je ne sais pas bouger. Mais surtout… je n'ai aucune volonté en cet instant.
Un des bras se déplace et commence à caresser mes cheveux, pendant que je pleure de rage de ne pas pouvoir me calmer, étant sur ce corps étranger.
— Calme-toi...
Cette voix... Non ce n'est pas possible ? Pourquoi serait-ce lui ? Pourquoi serait-il là ?
J'essaie d’inhaler profondément, voulant me calmer à tout prix… Cependant, je ne vois que cette ruelle à nouveau. Pourquoi suis-je en vie ? Je voulais simplement mourir… Je me sens si salie, humiliée et bafouée… Je pleure encore sans qu'il ne me dise un mot. Il reste là à me tenir contre lui, me berçant et sa main dans ses cheveux commencent à m’apaiser contre toute attente.
Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi, mais je finis par ne plus avoir de larmes à verser et je reprends peu à peu ma respiration. Elle est toujours saccadée, mais je peux entendre les battements de son cœur contre mon oreille et je commence à respirer au rythme de ceux-ci.
Nous restons à nouveau un moment ainsi, avant que son bras qui me serre contre lui se déplace sur le sol tout comme sa main qui caresse mes cheveux, et je frissonne d'un coup, comme si on m'avait enlevé la chaleur qui m'apaisait.
Je comprends à cet instant que je dois me lever… ou du moins me déplacer. Je me mouve du mieux que je peux, étant tout engourdie et m'assieds la tête entre les jambes à côté de lui sans lever un instant mon regard.
Derek
J'ai vraiment cru que je ne l'attraperais pas à temps… ou que sa capuche allait lâcher avec la force que j'ai mise pour la tirer vers moi. Ça fait deux fois en quelques heures qu'on se retrouve dans cette position, mais cette fois, j'ai vraiment eu du mal de la lâcher. Peut-être est-ce parce que Félicie n'est pas là…
Je reste allongé par terre les bras le long de mon corps alors qu'elle se déplace, et je sens la froideur de la nuit me tomber dessus regrettant un instant de l'avoir lâchée.
Mon t-shirt est totalement inondé de ses larmes, mais je m'en fous… car à cet instant, je suis en train de me battre avec moi-même pour ne pas la reprendre dans mes bras.
Je suis fou de penser ainsi, et cela même si elle n'avait pas subi cette humiliation plus tôt… elle est trop jeune pour que je pense ce genre de chose. Ce n'est qu'une gamine comme me l'a fait remarquer Félicie ; une gamine qui vient de subir la pire chose qu'une femme puisse vivre, et je ne sais pas comment la consoler pour qu'elle ne pense plus à se faire du mal.
Je jette un coup d'œil vers elle tout en passant la main dans mes cheveux qui me tombent sur les yeux, m’empêchant de la voir convenablement. Elle est assise, la tête cachée entre ses jambes sans un bruit… grelottante.
Ses longs cheveux noirs pendent sur son visage, ceux que je caressais il y a quelques minutes en essayant de l'apaiser.
Je sors mes cigarettes de ma poche toujours allongé et m'en allume une en regardant les étoiles dans le ciel, tout en essayant de chasser cette sensation que j'ai ressentie en la serrant contre moi. Pas un désir, ni une envie… plutôt de la peur, la terreur de ne pas la revoir un jour si je la lâche.
Alors que je tire un nouveau coup sur ma cigarette, elle essaye de se lever, et j'attrape fermement sa main sans la regarder, ce qui arrête son mouvement.
— Si tu veux qu'on se revoie, tu dois rester en vie, dis-je fermement.
Je regrette déjà ce que je viens de lui dire. Je ne pourrai quand même pas la revoir.
— Je resterai en vie, murmure-t-elle.
J'hésite un instant, souffle ma fumée de cigarette et la lâche à contre cœur.
Ce sera la dernière fois que nous nous verrons et l'unique fois où je l'aurai touchée.
Alix
Je retraverse le parc en me remettant à pleurer.
Non parce que je pense à la ruelle, mais à Derek, l'homme aux tatouages que je ne reverrai sûrement plus jamais.
Je l'ai entendu dans sa voix, même s’il a essayé d'être ferme, celle-ci a résonnée en moi comme une supplication de sa part.
Arrivée à l'appartement, je file dans ma chambre, dans laquelle j’observe par la fenêtre afin d’apercevoir la Ducati passer devant l'immeuble en Wheeling. Ce son de moto qui disparaît dans la rue me fend totalement le cœur et je m'écroule sur mon lit, à nouveau en pleurs en me focalisant sur ses tatouages pour m’apaiser.
Marina
Il est neuf heures quand je débarque à l'appartement d'Alix, et je suis furieuse car je n'ai pas réussi à la joindre la nuit dernière, et je n'ai pas osée venir jusqu’ici de peur d'effrayer sa mère si elle n'était pas rentrée. J'entends les verrous de l'appartement s'ouvrir et Alix apparaît en training noir, les cheveux trempés et une tête à faire peur à un mort.
— Mon Dieu ! m'exclamé-je, Qu'est-ce qui t'es arrivée ?
Je panique totalement en voyant l'état dans lequel elle se trouve. Il a dû se passer quelque chose de grave hier soir pour qu'elle soit dans cet état. Alix ne me répond pas et entre dans sa chambre où elle s’installe à son bureau et se met à dessiner comme si je n'étais pas là.
— J'ai essayé de te sonner, mais je n'ai pas su te joindre, dis-je alors que je regarde sa chambre.
Son lit, son bureau et le sol de sa chambre est rempli de dessin éparpillé partout.
— J'ai perdu mon portable, murmure-t-elle en continuant à dessiner.
Je prends quelques feuilles de dessin qui traînent par terre et ne comprend qu'en voyant le troisième ce qu'elle dessine.
La feuille que je tiens en main représente un visage tibétain tirant la langue entourée de Mandala et je fais le lien avec le tatouage du motard d'hier.
— Ce sont les tatouages du mec à la Ducati, affirmé-je fascinée par les détails.
Alix ne me répond pas, mais la connaissant depuis longtemps, je sais qu'elle ne me dira rien et qu'elle passera sa peine ou sa colère en dessinant.
Cependant, je suis contente de savoir qu'elle est bien vivante, car je me suis imaginée des tas de scénarios tous aussi monstrueux les uns que les autres cette nuit.
Je reste dans la chambre près d'elle dans le silence pendant toute la matinée, attendant qu'elle veuille me raconter ce qui se passe… mais en vain.
Derek
C'est le dernier jour des vacances, et il n'y a pas un moment où je n'ai pas pensé à cette fille aux cheveux noirs et aux yeux verts.
Pas un jour où je n'ai pas son image dans cette ruelle, de son regard en larmes complètement tétanisée par ce qu'elle venait de subir.
Pas un jour où je sens encore son corps tremblant dans mes bras.
J'arrive à Brooklyn comme tous les soirs depuis ce fameux jour, espérant croiser cet enfant de putain et lui rendre la monnaie de sa pièce de ce qu'il lui a fait subir.
— Tu es encore là ? demande Félicie, Tu ne commences pas demain ?
— Si. Mais je n'arrivais pas à dormir, réponds-je en prenant une Corona dans le bac.
J'ouvre la bouteille avec mes dents et bois une gorgée en faisant le tour des gens autour de nous.
— Je ne pense pas qu'il soit là aujourd'hui non plus. Je ne pense pas qu'il oserait remettre les pieds ici, fait Félicie en scrutant mon visage.
Je plisse mon regard en signe de dédain.
— Tu as vraiment mauvaise mine, tu devrais aller te reposer, continue-t-elle en voyant que je ne cesse de chercher.
Mes yeux se posent sur un blond près de la ligne de départ, et mon sang se glace d'un coup quand il se retourne. Je reconnaîtrais son visage n'importe où.
Je balance la bouteille par terre d'un coup et démarre dans sa direction tout en remontant les manches de mon pull. La rage est en train de me faire voir rouge alors que j'entends Félicie crier derrière moi, mais ça ne sert à rien même elle ne peut pas me calmer et elle sait.
Je pousse les gens qui me séparent de lui et une fois arrivé à sa hauteur, je balance mes lunettes avant de lui mettre mon poing dans la figure, ce qui le fait basculer sur sa moto et tomber.
Tous les autres s'écartent directement de nous, alors que je le prends par le col de son pull pour le redresser et l'amène contre mon visage.
— Comme ça, tu veux jouer au vrai homme, craché-je, Je vais te montrer ce que font les vrais hommes.
J’abats à nouveau mon poing sur sa sale face d'enfoiré, le faisant à nouveau tomber par terre et je me mets dessus pour le cogner sans lui laisser aucune chance de se libérer de mes coups qui attendent ça depuis des semaines.
— Derek arrête ! Arrête !
Ayden m'attrape en dessous des bras avec deux autres pour me faire lâcher cet enfoiré, mais je ne veux pas le libérer et une fois debout je rebondis vers lui afin de lui asséner un coup de pieds dans ses parties génitales.
— Ça c'est pour cette fille ! claqué-je en lui crachant au visage.
Je me retourne sans un regard pour Félicie et Ayden, je rejoins ma moto pour démarrer en trombe.
Alix
Aujourd'hui, nous retournons au Lycée et je n'ai clairement aucune envie de m’y rendre...
Depuis ce fameux soir, je suis restée enfermée dans l'appartement… surtout dans ma chambre à dessiner ses tatouages. Je sais que je ne le reverrai jamais. Je suis tellement obsédée par lui depuis ce jour, que j'ai même l'impression d'entendre le bruit de sa moto la nuit où je l'imagine en Wheeling sur la route.
Mon nouveau portable bipe… C'est Marina pour prévenir qu'elle est là. Étant donné qu'elle a eu son permis début des vacances, elle a décidé de m'emmener au lycée avec elle.
Je lui suis reconnaissante, car elle ne m'a jamais posé de questions sur cette fameuse nuit, mais elle me connaît et sait que je n'aurais rien dit.
— La dégaine ! Si tu veux faire fuir tous les mecs, tu es bien partie, rouspète-t-elle en rigolant alors que je monte dans la Ford.
Je ne réponds pas. Je porte un éternel jeans noir et un long pull noir à capuche qui couvre ma tête et cela limite jusqu'aux yeux. C'est ma façon de m'habiller depuis cette nuit.
Arrivées au Lycée, nous nous rendons en classe directement. Comme toujours, Marina s'assied à côté de moi, mais exceptionnellement je lui demande si je peux prendre la place près de la fenêtre. Elle acquiesce étonnée… mais comment pourrais-je lui expliquer que je veux éviter les contacts, même minime avec les garçons qui se trouvent à coté de nous.
— On a un nouveau prof de math ! Il est trop sexy ! crie une fille en entrant dans la classe.
Je mets mon bras sur le banc tout en y posant ma tête afin de regarder par la fenêtre. J'aurais dû rester à l'appartement pour dessiner.
— Veuillez vous asseoir !
— Oh merde ! s'exclame Marina.
— Mademoiselle, quel joli mot dans votre bouche. Pourriez-vous dire à votre voisin que c'est l'heure du cours de math et pas de la sieste.
Marina me donne des coups de coude et je me retourne vers elle en lui demandant du regard ce qui se passe.
— J'attends que votre voisin enlève sa capuche et se redresse pour commencer le cours.
J’obéis, gardant la tête toujours baissée tout en enlevant ma capuche et relève mon visage en direction du professeur… et alors que nos regards se croisent, je me fige en découvrant ses yeux émeraudes si intenses qui lui appartiennent.
