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chapitre 3

Chapitre 3 – Le Goût de la Chute

Londres Résidence Calloway 48 heures plus tard

Amaya fuyait.

Pas dehors. Pas loin. Elle n'avait nulle part où aller, aucun argent, aucun numéro à appeler. Dix-huit ans d'enfermement ne préparent pas à la liberté. Ils préparent à obéir, à encaisser, à se taire.

Alors elle fuyait à l'intérieur.

Elle nettoyait. Astiquait. Récurer les sols qui brillaient déjà, épousseter les meubles qu'on venait de cirer. Les vrais domestiques la regardaient avec un mélange de pitié et d'agacement.

« Laissez, mademoiselle, c'est notre travail. »

« Je veux être utile. »

Mentait. Elle ne voulait pas être utile. Elle voulait ne pas penser. Ne pas sentir cette brûlure entre ses cuisses qui revenait dès qu'elle croisait son ombre. Ne pas revoir ses doigts sur son cou, sa main sur sa cuisse, ses yeux qui la déshabillaient comme si elle était déjà à lui.

À lui.

Zayn Calloway n'était pas là.

Deux jours sans le voir. Deux jours à retenir son souffle à chaque bruit de pas, à chaque porte qui s'ouvrait. Parfois, elle croyait sentir son parfum cuir et bois brûlé et son ventre se nouait, son sexe se serrait, ses jambes devenaient coton.

Mais il ne venait pas.

Et cette absence était pire que sa présence.

Le deuxième soir, elle craqua.

Dans sa chambre, après avoir vérifié trois fois que la porte était verrouillée (maintenant elle vérifiait, toujours, et elle détestait d'avoir à le faire), elle s'allongea sur ce lit trop grand et regarda le plafond.

Sa main glissa sur son ventre.

Non.

Elle retira sa main. La posa sur son cœur qui battait trop vite.

« Tu apprendras ce que ton corps veut vraiment. »

Elle ne voulait pas apprendre. Elle voulait redevenir celle qu'elle était avant. La fille pure. La vierge sans tache. Celle qui ne savait pas que ses doigts pouvaient provoquer des vagues entières de sensation juste en effleurant sa peau.

Mais on ne désapprend pas le feu.

Sa main revint.

Cette fois, elle ne l'arrêta pas.

Sa chemise de nuit remonta sur ses cuisses. Ses doigts rencontrèrent la toison douce, les lèvres déjà humides. Elle n'avait pas besoin de fantasme. Son corps se souvenait tout seul. Les yeux de Zayn. Sa voix grave. La promesse dans son regard quand il avait dit : « C'est ce qui va te défoncer. »

Elle glissa un doigt.

Haleine coupée.

Puis deux.

Son dos se cambra. Sa bouche s'ouvrit sur un silence qu'elle ne savait pas remplir de cris. Elle bougeait ses doigts sans savoir comment, par instinct, cherchant quelque chose qu'elle ne connaissait pas mais que son ventre réclamait.

La vague monta.

Lentement. Sourdement. Comme une marée qu'on ne peut pas arrêter.

Elle allait

La porte s'ouvrit.

Amaya hurla.

Pas de verrou. Elle avait oublié de verrouiller. Dans sa hâte, dans son besoin, elle avait oublié.

Zayn se tenait sur le seuil.

Son regard tomba sur ses cuisses écartées. Sur ses doigts encore glissants. Sur la flaque sombre qui s'étalait sur les draps de soie noire.

Le silence dura une éternité.

« Continue. »

Sa voix n'était qu'un murmure rauque.

« Qu… quoi ? »

« Continue, Amaya. » Il fit un pas dans la chambre. Referma la porte. Ne verrouilla pas elle était déjà à l'intérieur. « Je veux te voir. »

La honte la submergea. Elle tira sa chemise, croisa les jambes, voulut disparaître, mourir, se dissoudre dans le matelas.

« Non… s'il te plaît… pas comme ça… »

« Comme ça est exactement ce que tu voulais. » Il s'approcha du lit. Ses yeux brûlaient. Son pantalon était tendu. Il ne s'en cachait même pas. « Tu t'es touchée en pensant à moi. J'ai vu ton corps se préparer pour mon regard. Alors ne me fais pas l'affront de jouer la vierge effarouchée. Pas maintenant. Pas après ce que tu viens de faire. »

Elle pleurait. Des larmes silencieuses qui coulaient sur ses joues tandis que ses mains tremblaient sur sa chemise.

Zayn s'assit sur le bord du lit.

Le matelas s'enfonça sous son poids. Il était si proche qu'elle sentait sa chaleur, son odeur, son souffle.

« Écoute-moi. » Sa main attrapa son menton. La força à lever les yeux. « Tu n'es plus au couvent. Tu n'es plus une enfant de Dieu. Tu es une femme, Amaya. Un corps. Des besoins. Et je vais te montrer qu'il n'y a rien de mal à ça. »

« C'est un péché… »

« Ton dieu n'existe pas dans cette chambre. » Sa voix glaciale. Définitive. « Ici, la seule chose qui compte, c'est toi. Et moi. Et ce que ton corps me crie depuis que tu as posé les pieds chez moi. »

Sa main quitta son menton. Glissa sur sa joue humide. Effaça une larme du pouce.

« Maintenant, allonge-toi. »

Elle ne bougea pas.

« Allonge-toi, Amaya. C'est la dernière fois que je le dis gentiment. »

Ses jambes se déplièrent. Son dos toucha l'oreiller. Sa chemise remonta d'elle-même ou ses mains à elle, elle ne savait plus.

Zayn la regarda. Pendant une longue minute, il ne fit que la regarder. Ses yeux parcouraient chaque centimètre de peau offerte. Ses seins menus sous le coton blanc. Ses côtes qu'on voyait trop. Ses hanches étroites. Cette toison brune entre ses cuisses, humide, luisante, prête.

« Tu es magnifique. »

Elle n'avait jamais entendu ces mots. Personne ne lui avait jamais dit qu'elle était belle. Pas comme ça. Pas avec cette voix qui tremblait un peu, comme si même lui, le prédateur, était touché.

Sa main descendit.

Effleura son ventre. Ses doigts tracèrent un cercle autour de son nombril. Descendirent encore.

Elle retint son souffle.

Ses doigts rencontrèrent ses lèvres. Pas à l'intérieur. Juste à l'entrée. Un contact à peine.

Amaya gémit.

Un vrai son. Pas ce souffle étouffé de la dernière fois. Un gémissement aigu, étranger, qui sortit de sa gorge sans qu'elle le contrôle.

« Tu entends ça ? » murmura Zayn. Ses doigts bougeaient, doucement, en cercles lents autour de ce petit bout de chair qu'elle avait découvert la veille. « C'est toi. Ta vraie voix. Pas celle que les bonnes sœurs t'ont fabriquée. »

Ses doigts pressèrent un peu plus.

Ses hanches se soulevèrent.

« S'il te plaît… »

« S'il te plaît quoi ? »

« Je… je ne sais pas… »

« Tu sais. » Il accéléra. Juste un peu. Juste assez pour que la vague revienne, plus haute, plus forte. « Ton corps sait. Dis-le. »

« Plus… s'il te plaît… plus… »

Il sourit. Un vrai sourire, pas ce ricanement froid. Quelque chose de presque doux.

Et il obéit.

Ses doigts glissèrent à l'intérieur. Un seul. Elle était si serrée qu'il eut du mal à entrer, même trempée comme elle l'était. Son visage se crispa pas de douleur, pas vraiment. De l'invasion. Quelque chose d'étranger à l'intérieur d'elle, qui bougeait, qui la remplissait.

« Respire. »

Elle inspira. Il enfonça plus profond.

« Encore. »

Elle inspira. Il ajouta un second doigt.

Cette fois, elle cria. Pas fort. Un son étranglé, mi-plaisir mi-panique. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses propres cuisses.

Zayn ralentit. Ses doigts allaient et venaient, lents, profonds, méthodiques.

« Regarde-moi. »

Elle leva les yeux. Ses prunelles noires. Ses pommettes hautes. Sa bouche entrouverte, comme s'il retenait aussi quelque chose.

« Tu es à moi maintenant, Amaya. » Il accéléra. Ses doigts martelaient cette chose en elle, ce point qu'elle ne connaissait pas, qui lui faisait voir des étoiles. « Pas par contrat. Pas parce que je l'ai dit. Parce que ton corps vient de me choisir. »

La vague explosa.

Elle n'avait jamais rien senti de pareil. Ses muscles se contractèrent autour de ses doigts, encore et encore, des spasmes qu'elle ne contrôlait pas. Ses cris remplirent la chambre. Son dos se cambra. Ses yeux roulèrent.

Elle jouit.

Pour la première fois de sa vie.

Sous les doigts d'un homme qui l'avait regardée faire.

Quand les vagues s'apaisèrent, elle resta là, pantelante, les cuisses tremblantes, le souffle haché.

Zayn retira ses doigts lentement. Les porta à ses lèvres. Les lécha.

Ses yeux ne la quittaient pas.

« Tu as bon goût, mon innocente. »

Il se leva. Son érection était douloureusement visible sous son pantalon. Mais il ne toucha pas à sa ceinture. Ne lui demanda rien de plus.

« Dors bien, Amaya. Demain, on recommence. »

Il sortit.

Laisse la porte ouverte.

Cette nuit-là, elle ne toucha pas son chapelet.

Elle toucha l'endroit où il l'avait remplie.

Et elle sourit.

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