chapitre 2
Chapitre 2 – La Bête dans la Cage
Londres Résidence Calloway Même nuit
Amaya n'avait pas fermé l'œil.
Sa chambre était aussi grande que l'étage entier du couvent. Un lit aux draps de soie noire. Une salle de bain en marbre avec des robinets qui brillaient comme des bijoux. Et un miroir.
Un miroir.
Elle s'était regardée pour la première fois depuis des années. Vraiment regardée. Ses yeux verts, trop grands pour son visage. Ses lèvres trop pleines, trop roses. Ses cheveux bruns qui tombaient sur ses épaules comme une cascade qu'on n'avait jamais coupée.
« Tu es intacte. »
Les mots de Zayn tournaient en boucle dans sa tête.
Elle avait cru qu'il était une métaphore. Un de ces hommes dont parlaient les sœurs, ceux qui « profitaient des innocentes ». Mais son regard n'avait rien de métaphorique. C'était une promesse. Une menace. Un appétit qu'elle venait de réveiller sans le vouloir.
Pourquoi moi ?
La question la rongeait depuis trois heures, allongée dans ce lit trop grand, trop doux, trop tout. Elle aurait dû prier. Son chapelet était là, sur la table de nuit. La Bible aussi. Mais ses doigts refusaient de les toucher.
Parce qu'entre ses cuisses, cette chose ne s'était pas arrêtée.
La chaleur.
Elle l'avait sentie en quittant le salon. Cette humidité honteuse qu'elle ne connaissait pas. Les sœurs n'avaient jamais parlé de ça. Personne ne lui avait dit que le corps d'une femme pouvait répondre comme ça, sans permission, sans contrôle.
Ses propres draps étaient froissés là où elle s'était retournée cent fois.
Elle avait glissé sa main entre ses jambes, une fois. Juste pour comprendre. Juste pour vérifier que ce n'était pas une blessure.
Ses doigts étaient revenus… glissants.
Et elle avait senti son cœur s'emballer d'une façon qu'elle ne reconnaissait pas.
Péché, avait hurlé une voix dans sa tête. La voix de Mère Supérieure. Celle de Dieu peut-être.
Mais il y avait une autre voix, plus petite, plus profonde, qui chuchotait : Encore.
Un bruit.
Amaya se figea.
Le couloir. Des pas. Lourds. Déterminés. Pas ceux d'un domestique qui passe non. Ceux de quelqu'un qui cherche.
La poignée tourna.
Elle n'avait pas verrouillé la porte. On ne verrouille pas sa porte quand on a grandi dans un couvent où les seules clés sont celles de la chapelle.
Le battant s'ouvrit.
Zayn.
Sa silhouette noire découpée contre la lumière tamisée du couloir. Il portait encore son costume, mais la cravate était défaite, les premiers boutons de sa chemise ouverts. Ses cheveux sombres retombaient sur son front.
Il était ivre.
Pas de l'alcool de quelque chose d'autre. Ses yeux brillaient d'une lueur fébrile, et sa mâchoire serrait comme s'il retenait une bête en laisse.
« Tu ne dors pas. »
Ce n'était pas une question.
Amaya se redressa contre la tête de lit. Les draps remontés jusqu'à son menton, comme s'ils pouvaient la protéger.
« Je… je n'arrivais pas à… »
« À quoi ? » Il entra. Referma la porte derrière lui. Un clic de verrou qu'elle n'avait pas actionné lui, de son côté. « À dormir ? À prier ? À te toucher ? »
Son souffle se bloqua.
« Comment… »
« Je sais tout de toi, Amaya. » Il s'approcha. Pas vite. Comme un fauve qui aime voir sa proie trembler. « Je sais que tu n'as jamais été embrassée. Que tu n'as jamais vu un homme nu. Que tu crois encore que les enfants viennent par la grâce du Saint-Esprit. » Un ricanement. Pas méchant affamé. « C'est si mignon que ça m'en fait mal. »
Il s'arrêta au bord du lit.
De là-haut, elle dut lever les yeux pour croiser son regard. Il était immense. Pas juste en taille en présence. Comme s'il remplissait toute la pièce de son ombre, de son odeur, de cette chaleur animale qui la faisait trembler sans qu'elle sache pourquoi.
« Pourquoi êtes-vous… pourquoi vous êtes-vous engagé ? » Sa voix n'était qu'un souffle.
Il se pencha. Une main sur le matelas, à côté de sa hanche. L'autre qui attrapa le bord des draps.
« Parce que je voulais voir ton visage quand tu comprendrais. »
Il tira.
Les draps glissèrent.
Amaya voulut crier, les rattraper, mais ses bras refusèrent de bouger. Pétrifiée. Fascinée. Cette chose entre ses jambes cette chaleur honteuse venait de se réveiller, plus fort, plus brûlante.
Elle portait une simple chemise de nuit blanche. Celle du couvent. Coton épais, boutonnée jusqu'au cou, qui cachait tout.
Mais sous le regard de Zayn, elle se sentait nue.
Ses yeux à elle descendirent le long de son corps. S'arrêtèrent sur ses doigts qui tenaient encore le drap. Puis plus bas, malgré elle, sur l'entrejambe de son pantalon.
Une bosse.
Elle n'avait jamais vu ça. Pas vraiment. Juste des statues d'hommes nus au musée, mais c'était du marbre, pas de la chair. Pas quelque chose de vivant comme ça, tendu contre le tissu.
Son sexe se serra. Involontairement. Et cette chaleur devint une pulsation.
Zayn vit tout. Chaque micro-mouvement de ses yeux. Chaque tremblement.
« Tu sais ce que c'est ? » chuchota-t-il.
Elle secoua la tête. Mentait. Son instinct celui qu'elle ne savait pas avoir le savait.
« C'est ce qui va te défoncer, Amaya. » Sa voix grave, presque tendre. « Pas ce soir. Pas tout de suite. J'aime regarder mes proies avoir peur avant de les dévorer. »
Sa main libre vint effleurer sa joue.
Sa peau brûla.
« Mais tu vas apprendre. » Il approcha son visage du sien. Son souffle tiède sur ses lèvres. « Tu vas apprendre ce que ton corps veut vraiment. Ce que Dieu n'a jamais voulu te dire. »
Ses doigts glissèrent le long de sa gorge. Descendirent. S'arrêtèrent sur le premier bouton de sa chemise de nuit.
Amaya retint son souffle.
Il défit le bouton.
Puis le suivant.
Puis le troisième.
Pas vite. Chaque geste était une démonstration de pouvoir. Chaque centimètre de peau dévoilé un aveu de défaite.
Le col s'ouvrit. Ses clavicules apparurent. Puis le haut de sa poitrine, ce renflement timide que ses mains à elle n'avaient jamais osé toucher autrement que sous l'eau, vite, honteuse.
« Arrêtez… s'il vous plaît… »
« Dis "Zayn". »
« Quoi ? »
« Dis mon nom. Pas "vous". Pas "monsieur". Zayn. »
Sa bouche refusa d'obéir. Appeler un homme par son prénom, comme une égalité, comme une intimité c'était trop.
Il rit doucement. Sa main quitta sa chemise.
Amaya crut à une délivrance.
Mais sa main descendit plus bas. Sur ses cuisses. Sous le drap qu'elle avait remonté sans s'en rendre compte.
Ses doigts effleurèrent l'intérieur de sa cuisse droite.
Elle haleta. Un son qu'elle n'avait jamais fait. Aigu. Honteux. Réel.
« Tu vois ? » murmura Zayn, les yeux rivés sur les siens. « Ton corps me connaît déjà. Il tremble pour moi. Il s'ouvre pour moi. »
C'était vrai.
Entre ses cuisses, elle était trempée. Pas un peu trempée. La chaleur coulait le long de l'intérieur de ses cuisses, imbibait le coton de sa chemise de nuit.
Elle ne savait pas que c'était possible. Elle ne savait pas que le désir pouvait être humide.
Une larme roula sur sa joue.
Pas de tristesse. Pas de peur.
De honte.
Parce qu'au lieu de repousser sa main, ses hanches s'étaient légèrement soulevées. Vers lui. Vers ses doigts. Vers ce qu'elle ne connaissait pas mais que son corps réclamait déjà.
Zayn retira sa main.
Se leva.
La regarda comme on regarde un cadeau qu'on a décidé de ne pas ouvrir tout de suite.
« Bonne nuit, Amaya. »
Il sortit.
Ne verrouilla pas.
La laissa là, le corps en feu, la chemise défaite, les cuisses trempées, et le vide brûlant de ne pas avoir été touchée là où elle en mourait.
Cette nuit-là, pour la première fois de sa vie, Amaya Carter ne pria pas.
Sa main glissa sous la chemise.
Ses doigts tremblants rencontrèrent cette fente humide et brûlante.
Et elle apprit que le péché avait un goût.
