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CHAPITRE 5. LE LANCINANT PARCOURS D’UN VIEILLARD

CHAP.5.LE LANCINANT PARCOURS D’UN VIEILLARD

Le jour après ma sortie de la clinique, je me réveillai d'un air angoissant, et pour cause?

Tout le temps qu'à duré ma crise, tout le monde avait ignoré Letti-Love. Comment évolue sa maladie?

D'autant plus que j'achetais ses médicaments chaque jour.

Son Médecin soignant avait insistépour une bonne prise en charge ,sur ce fait ,disant qu'elle ne puisse jamais rester à cours des produits pharmaceutiques . C'est le coeur battant la chamade que j'arrive ce matin à l'hôpital. Letti-Love m'aperçoit de loin, vient en courant vers moi et m'embrasse.

- Tiens! dis-je, quelle bonne mine ma chérie .

Elle m'adresse un sourire lancinant , compatissant, courtois, plein de bonne amitié. Elle me parle ensuite avec assurance :

- Grand-père, je suis guérie,je vais bien, et toi? Dit-elle d'un ton empli d'une certitude réconfortante.

Je me frotte le menton où ma barbe n'en finit pas de croître. J'ai encore oublié de me raser ce matin. Ça me rappelle un ami, qui chaque fois que je le rencontre, il est toujours pas rasé de deux jours. Avec une telle constante que cela tient du prodige,Je scrute attentivement ma petite-filleet d'un ton apaisé :

- Je me porte bien comme tout nègre dans son pays.

Bras dessus, bras dessous nous nous dirigeons vers cette lugubre sale qui héberge les pauvres malades mentaux. En plus des malades que j'avais laissés , d'autres sont venus s'ajouter au lot.

Il y a particulièrement une femme quia attiré mon regard . Elle se mettait au sol rampant aussi vite qu'un serpent.

Un homme surnommé "Pasteur" passait son temps à prêcher son message de prédilection :

- Celui qui cache son argent s'appauvrit, mais celui qui donne libéralement s'enrichit. Vous n'aurez pas cinq cents francs à me donner au nom de Jésus-Christ, mon frère ?

Je suis accueilli comme un revenant, surtout par ceux avec qui on s'était entendu pour écrire aux autorités.On m'informe que l'infirmier chef a été remplacé par une infirmière : Maman Sophie.

Cette femme m'a marqué par sa disponibilité. Je me souviens qu'un jour de passage dans notre salle, elle avait usé de patience pendant une demi-heure pour que Letti-Love puisse accepter une injection dans la veine . Par contre l'infirmier chef qui ne réfléchissait pas aux caprices des malades,s'impatientait et administrait les produits dans les muscles, sachant bien que ma petite-fille ne réagirait pas. Pour moic'était du gaspillage de tant des sueurs, tant des sacrifices, pour avoir les produits pour les soins de la mignonne petite-fille.

Ce que je n'oublierai jamais c'est qu'après mon transfert aux urgences, les médecins stagiaires s'étaient cotisés pour payer les produits à ma petite-fille. Cette solidarité de chez nous ne manquera jamais partout où les urgences sont signalées. Pendant mon absence ma petite-fille n'a manqué de rien, même ses repas, les nones et mes associés de circonstance y pourvoyaient . Cet encadrement spontanéa fait que ma petite -fille puisse se rétablir rapidement. Il semblerait que pendant un laps de temps, elle était devenue mélancolique et soucieuse, car elle s'imaginait que je l'avais abandonnée . Heureusement que les filles médecins stagiaires, l'avaient presque adoptées.

La divine Providence n'a pas manqué à sa promesse : " Je ne t'abandonnerai point...."

Ma petite-fille me parlera de l'évolution de sa maladie avec des mots dépassant tous les maux qu'elle a vécu. Elle retroussases manches pour me montrer les séquelles laissées par les piqures. Les bras et les pieds étaient couverts d'ecchymoses, les veines durcies et dolores. Tout ce dont elle avait besoin maintenant c'était le repos. En effet, elle dormait profondément comme un loir et mangeait comme un ogre ,au risque de se faire éclater l'estomac.

Ce jour là, nous avons tenu une réunion à six; deux hommes et quatre femmes tous gardes malades. A l'unanimité nous avons conclu que seul avec nos malades, nous n'allons pas nous en sortir. Chaque jour nous dépensionspas moins de dix mille francs rien que pour les produits pharmaceutiques . Quant aux frais d'hospitalisation, j'avais déjà une note salée de Cent nonante mille cinq cents francs. Les autres en avaient au delà de leurs revenus dans un pays où l'épargne est nulle , ou la couverture de santé universelle est un voeu pieux.

Une maman qui gardait sa fille s'arrachait les cheveux car elle devait Cent dix mille francs. Mon Dieu ,mon Dieu, disait-elle, où voulez-vousque j'aille chercher cet argent? Je suis veuve et vivant d'un petit champ à la campagne. Qui acceptera de m'avancer cette somme ? Moi qui me suis déjà endettée pour payer les médicaments.

Ailleurs, dans une autre famille, les sommes d'argent qui nous causaient des insomnies n'étaient que pour des cacahuètes. Des modiques sommes que les enfants de nos gouvernants dilapidaient sans savoir que la plèbe galerait sous la vie de chair et de festin de leurs parents .

D'autres gardes malades démunis, abandonnaient tout simplement leurs malades. Si jamais ces malades parviennent à s'échapper, ils vont s'ajouter au lot déjà saturé des fous ambulants dont la société se plaint. Beaucoup des destins brisés qui peuvent être epargnés à temps finissent ainsi sous le regard indifférent des services sociaux qui ont cessé de fonctionner dans nos pays aux potentialités énormes .

Devant la nécessité de sauver les meubles, après échange des vues, il me revient à moi la tâche de mener des démarches jusqu'au bout , en commençant par la lettre ci-dessous :

" Excellence Monsieur le Gouverneur de la Province,

Nous venons auprès de vous pour vous alerter sur le sort des malades mentaux dont nous sommes parents, amis et connaissances qui relèvent d'un cas social.

A l'hôpital où nous sommes, nous gardons nos malades dans des conditions d'une extrême insalubrité.Nous nous battons contre les odeurs nauséabondes de nos latrines, les moustiques et l'insuffisance des soins pour alléger nos peines.

Nos malades, vu leurs conditions, sont traités de tous les maux alors qu'ils ont aussi le droit de guérir vite et de devenir utile à la société.

L'assistance pour nous est une denrée rare. Les soins coûtent chers et le traitement est long. Conséquence, nous avons fait faillite quant à nos obligations pécuniaires pour répondre à nos engagements.

Pour toutes ces raisons, nous venons demander l'aide financier de votre gouvernement pouvant nous permettre de nous acquitter de nos factures qui s'accumulent chaque jour , sinon bénéficier d'une exemption pour les cas sociaux que nous vous présentons.

Avec l'intime conviction que vous ne resterez pas insensible à notre requête ; veuillez agréer, Excellence Monsieur le Gouverneur, l'expression de notre haute considération ".

Le lendemain je me rends à l'hôpital et l'équipe de cinq apposa les signatures au bas de la lettre. Sans tarder, la lettre et ses copies furent déposées selon les destinataires et ceux mis en copie pour information.

La première réaction nous vint de la direction de l'hôpital qui nous hébergeait avec nos malades.

J'arrive samedi à l'hôpital, le groupe de cinq plus ma petite fille sont en émoi :

- Grand-père me dit Letti-Love, la direction a fait une enquête. Elle est convaincue que le meneur c'est toi.Et pour ce fait l’A.G tient à te voir.

- Sois calme ma petite, dis-je, c'est pas la fin du monde et y a pas de feu en demeure. Ce qui l’A.G?

Un infirmier qui était là et ayant les oreilles qui traînent m'informe : C'est l'administrateur gestionnaire. Il me montre son bureau.

- Ok dis-je, j'y vais de ce pas.

Sitôtdevant le bureau de l'A.G , la porte est close. Je m'annonce au secrétariat de la direction et promet de repasser le lundi matin.

A la première heure ce lundi, je me pointe au bureau de l'A.G. Ce dernier après m'avoir identifié, me demandera que je revienne avec les cosignataires de la lettre.

Je regagne la salle, sur les cinq cosignataires , il n y a que trois mamans qui acceptent de venir avec moi . l'A.G nous conduit chez le Médecin Directeur. Il y entre seul et nous laisse faire le pied de grue pendant un quart d 'heure.

Enfin, nous sommes introduit dans le Saint des saints. Décidément on nous y attendait. Le Médecin Directeur trône derrière son bureau. Il a l'air d'un lion prêt à bondir . Deux autres personnes occupent le bureau, il y a l'adjoint au Medecin Directeur , qui a l'air, de la manière dont il nous dévisage, de vouloir prendre partie pour son supérieur,quoiqu'il arrive. Par contre la deuxième personne c'est l'A.G. ,Lui est à cheval sur les deux parties. Il connait notre position pour avoir partagé avec nous, et bien entendu il connaît également la position de la direction comme membre du comité de gestion. Il a l'air de vouloir chercher un terrain d'entente entre les deux parties.

On nous fait asseoir sur des chaises préparées d’avance.

D'entre de jeu, le Médecin Directeur nous attaque :

- J'ai tenu à ce que nous discutions sur le contenu de votre lettre. Vous êtes libre d'écrire aux autorités pour quémander de l'aide. Là où je ne suis pas d'accord, c'est lorsque vous stigmatisez que la salle est insalubre et que les sanitaires laissent à désirer. C'est un tissu de mensonge.

Là je ne me retiens pas, quoique j'aie souhaité de lui tailler un costume dans ce tissu. Je l'interrompt.

- Ah! Bon, la salle où les gardes malades dorment sur les sommiers et dans laquelle les moustiques font la fête, ça ne vous émeut pas?

- Monsieur, dit-il, piquer au vif, dans le monde entier on ne s'occupe pas des gardes malades.

Je reprends la parole sans m'y faire inviter, car la moutarde me monte au nez.

- Monsieur le Directeur , j'ai gardé ma fille à l'hôpital d'Anvers, on m'y avait donné un matelas.

Certes j'avais été en stage à Anvers mais n'avais jamais gardé qui que ce soit dans un hôpital. je voulais tout simplement impressionner mes interlocuteurs.

Dommage que le Médecin Directeur , lui aussi n’était pas né de la dernière pluie, son adjoint non plus.

- Monsieur, moi, dit-il j'ai fait toutes mes études à Liège et là on ne s'occupait pas des gardes malades.

Et au Médecin Directeur Adjoint de renchérir :

- Même en Afrique du Sud où j'avais été, rien n'est prévu pour les gardes malades.

Me voyant sur un terrain glissant, je tourne la page de cette polémique.

- Ok, dis-je, évoluons. Et les moustiques dans la salle, et les toilettes qui laissent à désirer , ça.aussi c'est un tissu des mensonges ?

- Écoutez, dit le Directeur, avez vous été une fois voir un membre de notre direction pour exposer ce cas? Car en ce qui concerne les moustiques, nous pouvons distribuer des moustiquaires...

Comble de ridicule , nous ferons deux mois dans cet hôpital, jusqu'à notre sortie, les moustiquaires n'avaient jamais été distribués. Pire changement, les gardes malades s'accaparaient des matelas chaque fois qu'un malade quittait la salle et l'infirmière chef laissait faire.

Les toilettes étaient toujours sales, malgré la présence des femmes de ménage. Dans une société où les gens sont demotivés à outrance, la conscience et la volonté se taisent donnant lieu à un capharnaüm inédit.

Au Directeur d'enchaîner :

- A propos, il semblerait que vous ne voulez pas payer votre séjour à l'hôpital. Vous devez vous acquitter car c'est avec cet argentque nous payons les fonctionnaires et les médicaments. En plus , soyez reconnaissant pour les soins dont bénéficient vos malades.

Mon sang se mit à bouillonner et je vis rouge.

- Monsieur le directeur, dis-je, je crois que vous êtes mal informé, ou vous n'avez pas compris le fond de notre lettre. Nous avons demandé une aide financière pour palier à nos difficultés. Il y a deux volets dans notre demande : le paiement de l'hôpital et des médicaments. Comprenez Monsieur le Directeur, nos malades ont un discours dérangés, ce qui fait fuir ceux qui peuvent nous donner un coup de main. Vous êtes sans ignorer que les produits pharmaceutiques coûtent chers et le traitement est long. Seul nous ne pouvons nous en sortir.

- D'accord avec vous, rétorque le Directeur, mais ce que je ne comprends pas c'est comment vous avez conduit vos malades à l'hôpital sans disposer des moyens pour payer. Même quand on va au marché, on se prépare en conséquence. N'est-ce pas les mamans ?

Mon intérieur était comme un vin qui n'a pas d'issue ; comme les vieilles outres qui vont éclater. J'ettouffais , il faut que je leur dise mes quatre vérités et l'on se quitte tant bien que mal.Je n'aurai point égard aux titres, n'étant jamais flatteur, je n'amadouerai personne. Mon adreline prend l'ascenseur.

J'en étais las de mes réflexions, lorsque l'A.G. s'adresse à moi en m'appelant " Pasteur".

Ceci me ramène les deux pieds sur terre et je réponds de ma mission. Je prends la résolution de ne plus ouvrir la bouche, quoique nous ayons raison et sommes dans notre droit.

" En des temps comme ceux-ci , le sage se tait pour ne pas tomber dans les provocations de l'homme ordinaire".

Je reste coin, retirant ma main du cambouis.

Remarquant cela, le Directeur se mit à parler aux mamans et de toute façon ce n'était que du rabachage.

Nous sommes sortis déçus de cet entretien car le Directeur tirait la couverture de son côté sans soucis de l'autre partie et sans chercher un compromis. Les mamans se lamenterent . L'atout espoir de prise en charge était voué à l'eau.

" Adieu vache, veau, couvée...".

N'acceptant pas la décadence, je reprends du poil de la bête et déclare à qui veut l'entendre :

" Ainsi va la vie. Perdre une bataille aujourd'hui n'hypotheque notre victoire avant la fin de la guerre . Mon Waterloo n'est pas pour demain".

Demain je monterai plus haut, je dérangerai la quiétude du ministère en charge de la santé publique et ma voix sonnera au carrefour des voix de ceux qui luttent pour un monde de droit et de justice.

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