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CHAPITRE 6. DEMAIN JE CONTINUERAI MA LUTTE

CHAP.6.DEMAIN JE CONTINUERAI MA LUTTE

Je rentre à la maison pour affûter mes armes. Le lendemain après ma courte dévotion matinale, je prépare mes documents et m'engage sur la route. Hier cette route m'a conduit dans un mur, aujourd'hui je ne sais où elle me mènera. Qu'importe ou j'irai, ma détermination me garde encore la tête sur mes épaules .

Et les peines, la sueur qui coulent de mon front ,ne feront pas chavirerma barque d'espérance.

Peut -être l'échelon supérieur sera plus clément envers moi.

Il m'en souvient que le ministre de la santé, combine également le ministère des affaires sociales. Je suis décidé à jouer sur cette dernière corde. Quel son donnera-t-elle ?

Néanmoins, j' ai pris la résolution de toquer à toutes les portes de la hiérarchie. A coeur vaillant, rien d'impossible. Impossible n'est pas croyant. Sans ignorer les multiples défis qui jalonnent mon chemin, je me lance à la poursuite des solutions.

Comme le ministère de la santé est à un jet de pierre de l'hôpital ou ma petite fille est internée , j'y fait un crochet pour m'enquérir de son état de santé. Comme à l'accoutumée depuis sa guérison , Letti-Love me voyant de loin, court vers moi et se jette dans mes bras. On s'en fait péter une demi douzaine des baisers sur les deux joues.

- J'ai une bonne nouvelle à t'annoncer grand -père ...,

- Vas -y : tu as gagné le jackpot ?

- Non... le médecin m'a dit que la semaine prochaine je pourrais rentrer à la maison..

Alors là, je suis agréablement surpris.

- Ça tient du miraculeux ma chérie. On m'a raconté ceux de Lourdes et de Fatima, je les ai trouvés fabuleux mais ce que je vis est encore plus chouette.

Elle rit de bon cœur, cette petite fille, hier agressive.

- Grand père dit-elle, il paraît que tu iras voir le ministre de la santé en personne ce matin ? Prends courage car notre facture est à deux cent quarante mille cinq cents francs et c'est pas fini.

- Tu vois ma petite, je dois demander de l'aide, sinon demain nous serons sous la rampe des médias publics et des réseaux sociaux : quelle honte pour la famille ? Mais cela ne nous arriverapas.

A mon optimisme, elle répondit par un "AMEN" de conviction.

- Grand -père, j'ai failli oublier, maman Régine voudrait aller avec toi au ministère.

Je fronce le sourcil . cette inconnue de la dernière heure sera-t-elle cet oiseau de bonne augure que le destin voudrait encore mettre sur mon chemin pour me faciliter la tâche?

C'est comme si mon intuition le confirmait .

- Qui est maman Régine ?

- Ah! oui, c'est la belle-mère de ma voisine de lit. Elle a entendu parler de tes démarches et voudrait faire partie de votre équipe. Qu'en penses-tu ?

Avant que je ne réponde , Maman Elisée, une des cosignataires, s'amène avec une autre inconnue . Maman Elisée après m'avoir souhaité le bienvenu fait les présentations.

- Maman Régine, garde malade ;Pasteur Aubert, le grand-père de Letti-Love.

Nous nous enchantons et nous complimentons mutuellement.

Maman Régine m'aborde.:

- Papa Aubert, Y-a-t-il pas moyen de m'ajouter sur votre liste ? je voudrais insister sur ma demande.

- Hélas? Maman, j'ai déjà déposé les lettres, c'est tard.

- Qu'à cela ne tienne, puis -je aller avec vous au ministère de la santé? J'ai une connaissance qui y travaille.

- Pas de souci, dis-je à la maman. Nous pouvons y aller de ce pas. Je dois voir le secrétaire du ministre.

Chemin faisant ,j'apprends de Maman Régine que c'est une veuve. Elle s'occupe de sa belle fille, qui a des troubles de comportement, et dont le mari est absent.

Arrivé au ministère, je lui suggère qu'on aille d'abord voir sa connaissance. Étant de la boîte, celle-ci pourra nous introduire.

Maman Régine ne connait pas le bureau de cette dernière; nous sommes obligés de nous renseigner chez un huissier.

- Papa, dit Maman Régine, nous sommes venus voir Monsieur Eric.

Comme faisant face aux revenants, l'huissier nous toise

- Vous avez pris rendez-vous ?

- Non, seulement, c'est mon fils.

Le visage de l'huissier s'éclaire comme l'enseigne d'une boutique la nuit.

- Suivez-moi dit-il.

Nous le suivons comme l'aveugle derrière son guide. Il nous indique une porte.

- C'est son secrétariat, adressez-vous là.

Je jette un rapide coup d'œil à l'inscription sur la porte, c'est écrit :

" M.I.P :Médecin Inspecteur Provincial et Chef de Division Provinciale de la Santé".

Maman Régine s'annonce :

- Je voudrai voir Papa Éric

- C'est pas le jour d'audience, maman, à moins que vous ayez rendez-vous, dit la secrétaire.

- Je suis sa mère, dites-lui que maman Régine voudrait le voir.

Soudain le visage impassible de la secrétaire s'éclaire d'un sourire de l'affiche de Colgate.

- Ah! Bon. Dans ce cas attendez une minute. Prenez place.

Avant même que nous prenions place,la porte du fond s'ouvre et un jeune svelte avec un front qui décrit à peine son âge sort. Il voulait quitter le secrétariat sans un regard pour ceux qui l'occupent, maman Régine l'interpelle .

- Papa Éric !

L'homme sursaute et la decouvre.

- Bonjour maman, t'es venu pour moi? Alors, sois là bienvenue, entre dans mon bureau.

Maman Régine lui emboîte les pas et moi derrière elle.Le Médecin Inspecteur, car il s'agit de lui, nous fait asseoir. Il est courtois et accueillant, puis il dit:

- Heureusement, vous êtes arrivés à point, je partais pour une course. Quel bon vent vous amène Maman ?

- Papa Éric, la femme d'Anicet est hospitalisée à la psychiatrie dans le grand hôpital à côté de votre bureau. Les médicaments coûtent cher en plus du séjour, je ne m'en sortirais pas sans aide. Raison pour laquelle je suis venu te voir en tant qu'autorité de la santé pour une prise en charge si possible. Le papa ici présent est dans le même cas . Il a déjà écrit au ministre.

Le M.I.P me dévisage comme s'il venait à peine de me découvrir.

- Avez-vous la copie de ladite lettre ? dit-il.

- Oui Docteur, dis-je.

Je lui tends la lettre, il la lit en diagonale,s'attarde sur la liste des cosignataires, puis dit :

- Maman Régine, ton nom ne figure pas dessus.

- Quand nous avons constitué la liste maman Régine n'était pas là. Qu'à cela ne tienne, le dernier de la liste est sorti, nous pouvons le remplacer par maman Régine, précise -je .

- D'accord , répond le M.I.P, en effet ça doit coûter cher. Je vais en parler au ministre.

Il fait quelques annotations sur notre copie puis déclare :

- Je vais écrire au ministre et je vais demander cinq millions de francs pour six personnes. Ça peut aller,?

A l'unisson, nous crions :

- Oh! oui ça ira. Merci docteur.

- Comme il en est ainsi, continue le médecin Inspecteur, veuillez repasser dans deux jours pour retirer votre copie, pour faire le suivi.

Nous sortons du bureau le coeur en fête. Chacun s'imagine avoir mal entendu le montant de l'aide nous destiné: "Cinq millions de francs".

De retour à l'hôpital, nous informons les autres . Je vous assure que c'est le "Banbula" qui s'annonce. Cette nuit, la plupart d'entre nous vont rêver des billets de banque...

Deux jours plus tard nous sommes au rendez-vous chez le médecin inspecteur qu'on appelle M.I.P, ici. Il nous accueille avec la même chaleur dans son amabilité légendaire . Il nous dit par contre que rien n'avait été entrepris entre temps, il sort son portable et appelle :

- Allô! tu es déjà de retour en ville? Je t'attends au bureau, il y a un travail urgent .

Puis s'adressant à nous, le M.I.P nous rassure :

- C'est mon secrétaire, il était en mission à l'intérieur du pays. Il est en route pour le bureau. Dès qu'il sera ici, c'est votre lettre qu'il va saisir en premier. Revenez cet après -midi où demain matin pour votre copie.

A notre sortie, il y a conciliabule entre Maman Régine et moi.

- Qu'en penses-tu Maman , nous repassons cet après -midi où demain matin ?

- Papa, il faut battre le fer quand il est encore chaud. Revenons cet après -midi.

- Parfait, dis-je. Pas d'objection.

A quinze heures, cette même journée , nous nous pointons au Secrétariat du M.I.P. La Secrétaire tout aussi aimable et accueillant comme son Chef, nous fait lire la lettre après nous avoir indentifiés.

Grande fût notre déception en remarquant que la somme demandée est d'un million de francs et non cinq millions. Nous insistons pour revoir le montant à la hausse et lui se dit désolé car il suit à la lettre les instructions du patron.

- Avez-vous notre copie? demande-je . Le M.I.Py a fait des annotations et la somme est notée dessus.

Il entre au bureau du M.I.P ,et y ressort avec la copie, en effet c'est la somme de cinq millions de francs qui est marquée dessus.

- Vous avez raison, dit la Secrétaire, en tout cas, moi le patron m'a parlé d'un million, je ne peux pas passer outre. Écoutez, de toute façon, il n'a pas encore signé la lettre. Je vais lui en parler, repassez demain.

Nous quittons la secrétaire, déçus et depassés. Un espoir différé rend toujours le coeur malade.

- Un million de francs pour six c'est presque rien dit Maman Régine. Avec ça, nous ne sommes pas à bout de nos peines . Je vais tenter de sonner Papa Éric.

Nous nous séparons la mort dans l'âme. Elle rentre à l'hôpital et moi vers mes courses avant de rentrer à la maison.

Le jour après, avec appréhension,je commence par une visite à Letti-Love dans salle d'hôpital. Que dirais-je aux autres qui rêvent des millions. Comme d'habitude, Letti-Love m'aperçoit court vite vers moi avec un accolade.

- Grand -père, hier, maman Régine a téléphoné au ministère et d'après elle l'a lettre a été corrigée. Elle a demandé à ce que tu ailles retirer la copie car elle, ne viendra pas aujourd'hui.

Je ne me fais même pas prier deux fois . Content de trouver une occasion pour échapper au questionnement de l'équipe, je cours vite au ministère. J'entre sans protocole au secrétariat ou je retrouve devant moi, une secrétaire, sourire aux lèvres, un sourire malicieux.Il me tend la lettre , où je lis avec des yeux écarquillésqu'en lieu et place de ce un million de francs de misère, siège majestueusement la somme dedix millions de francs ,plus que les cinq millions que nous appelions de tous nos vœux.

Parfois le destin nous réserve plus meilleur que notre impatience réclame. Au finish , nous passons à côté des plans que la divine Providence nous réserve.

- Les autres ne me croiront pas. Puis-je avoir une copie de cette lettre ?

- Volontier fit-il, le patron m'a recommandé de vous en remettre une pour suivre le circuit. Moi même je l'expédie aujourd'hui.

Avant de me congédier, la secrétaire me tendit la copie de la lettre que voicien luminaire :

" Excellence Monsieur le Ministre de la santé et Affaires sociales,

J'ai reçu dans mon bureau la délégation des gardes malades des personnes ayant des troubles de comportement internés dans le plus grand hôpital de notre province demandant une assistance, demande formulée dans la lettre ci-referencée dont copie vous a été réservée.

Étant donné que les produits qu'on leur administre sont coûteux et le traitement de longue durée, je viens auprès de votre responsabilité solliciter une assistance financière d'une valeur de dix millions de francs pour résoudre ce problème social d'autant plus que la plupart de ses familles sont démunies et pauvres."

Dans cet euphorie, je cours vite à l'hôpital. je fais lire la lettre aux quatre cosignataires. J'ai peur que quelqu'un puisse tomber dans l'apoplexie. Bien au contraire, d'aucun croit à une correspondance montée de toutes pièces. Il faut toute mon assurance de pasteur pour les persuader de la véracité des faits. Une explosion de joie s'en suivra. Voire ma petite fille qui assistait à cette scène ne me croit pas.

- Grand-père, n'es-tu pas entrain de bricoler des lettres comme c'est à la mode pour rouler ta plèbe dans la farine ? Avec les ordinateurs qui pullulent à chaque coin de rue, la contrefaçon, on peut tout.

- Ma foi m'ecriais-je, aurais-je eu le temps matériel pour monter une cabale et pour quel intérêt ?

- Ah! ça, hesite-t-elle, c'est une partie de manche . De toutes les façons la vérité se saura. Attendons voir! Je t'informe que la facture est à deux cent soixante cinq mille cinq cents francs. Elle continue à galoper . Si Monsieur le Ministre ne fait aucun geste, où trouveras-tu cette somme Grand-père ?

- Mon Dieu pourvoira, on l'appelle Jéhovah Jiré.

Cette fois-ci, elle ne me donne pas un "AMEN", se contentant de me considérer d'un regard sceptique et elle change carrément de sujet.

De retour à la maison, ,je partage avec mon épouse, elle est catégorique :

- Papa, sois fier de ce qu'après ta lutte, le pouvoir public prendra en charge le séjour de Letti-Love à l'hôpital, en ce qui concerne le peze, croyez-moi vous n'aurez même pas un rond. On vous fera marcher jusqu'à ce que vous serez fatigués et vous supplierez le ciel de tomber sur vos têtes. Crois-moi.

- Ma chérie, dis-je, c'est la première fois que je suis confronté à l'administration, sois sûre ,là tu me connais, que j'irai jusqu'au bout. Je vais pas lâcher prise. Je serai une sangsue étant sans-le-sou .

- Je connaiston endurance dit-elle, seulement ici le morceau est dur, tu risques ton Waterloo. Tous ceux qui verront passer cet argent, essayerons d'y ponctionner à leur profit.

N'oublies pas que dans ce pays nous avons des fonctionnaires habitués au raquettage et à la magouille. Ils sont habiles dans l'art du pouvoir et des feintes . Malgré tout ça ,que Dieu t'assiste dans tes démarches.

- Amen, dis-je avec conviction.

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