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CHAPITRE 4. MES PROPRES LUTTES

CHAP 4. MES PROPRES LUTTES

De même que les gouttes d'eau inondent lentement la pierre, de même la maladie me rongeait lentement mais sûrement. Je devrais me battre sur deux fronts tout aussi insolite : la maladie de Letti-Love et la mienne.

Un certain cinq avril, jour mémorable. Cinq jours après notre internement, je ne parviens pas à quitter mon grabat. Aux environs de quinze heures, ma petite fille quoique malade, voyant que je me débattais et gémissais, eut de la compassion et me pria d'aller m'étaler sur son lit. Je ne me le fis pas dire deux fois. J'étais en extrême faiblesse et la sueur marquait des sillons mon visage. j'étais comme une éponge gorgée d'eau qu'on aurait pressée. Mon état général se dégradait.

La divine Providence qui avait juré de ne point me délaisser et de ne point m'abandonner tint parole. Elle remit sur mon chemin trois personnes qui me firent d'une aide inoubliable .

la première c'est mon épouse. j'ai difficile de parler de cette femme qui est mienne, si ce n'est pour dire la profondeur et l'étendue de sa délicatesse. Elle marche par instinct divin.Généralement, elle venait nous rendre visite vers neuve heures après ses travaux ménagers à domicile. Son instinct la poussa à briser la tradition cette fois ci. Après sa dévotion matinale, elle obéit à sa voix intérieure qui la pressait de nous rendre visite .Toutes affaires cessantes elle atterrit à l'hôpital et me voyant, elle s'exclama :

- qu’est-ce qui t'est arrive chéri? Tu n'es plus le même, ton regard est vide . En plus tu tremblotes et sues abondamment. Ta chemise est toute trempée .

A cet instant ,je réunis toutes mes forces et lui demande de me mouiller la tête avec un gobelet d'eau, car je grillais sous la chaleur. Après avoir répondu à cette requête sans délai, elle va mander un médecin stagiaire, les spécialistes répondant toujours aux absents permanents. Le blanc bec qui vint ,me scruta du regard et dit tout bonnement :

- Excusez-moi madame, je n'y peux rien car il n'est pas notre malade. je vous conseille de le conduire au dispensaire.

C'est alors qu'interviendra la deuxième personne, qui viendra pour remettre mon destin sur les rails . ONCTION DE DIEU est son nom. Pasteur de son état, il paissait le peuple de Dieu dans une église non loin de l'endroit où nous fûmes internés.

Au deuxième jour de notre hospitalisation, je l'avais appelé à une pensée pieuse pour ma petite-fille et moi. En ce jour pathétique, il venait aussi de terminer sa dévotion matinale et son chemin le conduisit la où nous étions.

Après avoir imploré le secours du ciel pour moi, par une courte prière, il se tourna vers ma femme pour discuter de la suite à donner aux événements saugrenus qui assombrissaient mon destin.

Tout à coup vint la troisième personne qui s'est amené sous le couvert du médecin responsable de la gestion des urgences dans cet hôpital . Sans savoir ce qui l'amenait dans notre salle, il vint et se retrouvera avec nous et l' une de ses connaissances de longue date : le pasteur ONCTION DE DIEU.

- Bonjour homme de Dieu, qu'est-ce qui vous a conduit ici? Dit-il

- Bonjour Docteur, répond le Pasteur, l'homme qui est alité ici est un ami et un condisciple. Il est garde malade, seulement , vois dans quel état il se trouve.

Le toubib me consulte et demande un tensiomètre. Un stagiaire à côté prélève ma tension et s'écrie :

- Pas possible Docteur, l'appareil indique zéro.

Sur le champ le Docteur ordonne:

- Il y a urgence. Vu qu'il n y a pas de civière, nous devons le prendre à bras le corps et le conduire aux urgences.

Quelques secondes plus tard, je suis transporté vers les urgences. Soudain j'entends une maman qui s'exclame :

- C'est pas vrai! Le papa Pasteur est décédé. Et là elle parlait de moi.

Après quelques minutes de marche, je serai admis aux urgences. Là il y a deux salles contiguës de dix lits chacune. L'une pour les hommes et l'autre pour les femmes. En terme de sanitaire, il n y avait qu'un seul en commun . La nuit, les malades faisaient la file devant l'unique lieu d'aisance toujours occupé.

Dès mon arrivée, on me prit pour la deuxième fois la tension qui indiqua encore "zéro". On m'ausculta avec un stéthoscope, le constat fut que mon cœur battait à peine. un troisième examen des urgences decela que j'étais dans un état hypoglycemique avancé.

A cet instant je sombre dans le noir, le corps entier tout ruisselant de sueur...

Je ne pouvais plus ouvrir mes yeux. J'entendais très bien tout ce que le Docteur disait, en plus je sentais mon corps qui se refroidissait .

- Maman, dit encore le toubib à mon épouse, faut aller payer la fiche d'urgence, elle coûte quatre mille cinq cents francs

- Mais Docteur, je n'ai que l'argent pour mon transport de retour, je ne m'attendais pas à cette situation.

- Maman, sans fiche nous ne pouvons rien faire. Je vous informe que le cas est grave. Nous devons agir rapidement pour le récupérer.

Mon intelligence est en veilleuse, je flotte dans une demi-torpeur. J'ai l'impression d'avoir piqué ma tête dans une machine à battre. Je m'escrime comme une mouche sur du papier collant. Je parviens à lever ma main , les yeux toujours fermés . Le Docteur le remarque et je l'entends dire:

- Maman, Papa voudrait certainement vous dire quelque chose.

Je me fais violence et indique une de mes poches , puis murmure :

- J'ai de l'argent dans cette poche.

Comme si j'avais fourni mon dernier effort, je plonge dans le noir. Alors quelque chose de fantastique et d'inoubliable se passe. Je me retrouve soudain dans un endroit où règne un silence des sourds. Un lieu paisible se profile devant moi et je suis entouré des nuages. J'observe ma main gauche, elle a la même couleur que les nuages. J'essaye d'avancer pour voir ce qu'il y a au delà des nuages, mais je ne parviens pas à lever le pied. Soudain une joie profonde qui dépasse tout entendement inonde mon coeur. J'ai perdu la notion des choses. Je ne pense ni à ma femme, ni à mes enfants,ni à ma maladie non plus. Je ne me sens même plus malade.

Ma préoccupation majeure était de savoir quoi faire pour avancer plus avant où je sentais que la paix serait totale . Je n'ai pas peur, je ne m'inquiète de rien. Je suis très calme me disant: je veux peut-être recevoir un ordre me demandant d'avancer, alors je pourrais marcher. C'est dire que je sentais la présence invisible du Prince de la paix, mon Seigneur et Sauveur . Je m'attendais à un évènement... Et tout à coup, j'entends distinctement quelqu'un en train de prier :

" Seigneur pas cet homme,souviens toi de lui à la chaire..."

Cette dernière phrase me bouleverse dans mon coma. Je demande de quoi on parle? N'est-ce pas de moi?

Car toute ma vie, je sers Dieu à la chaire. Sortant de ma torpeur, je sens une chaleur intense sur mon front. J'ouvre mes yeux et je réalise que mon ami ONCTION DE DIEU m'a imposé la main sur le front en adressant au Seigneur une prière pour moi.

Je remarque que je suis sous perfusion avec ma chère épouse à côté de mon lit, les yeux éblouis. je réponds "AMEN" à la fin de la prière du Pasteur.

Je souris à ma dulcinée en lui rassurant que tout ira bien et que ce n'est pas encore l'heure de mon départ. Sur ce, je décroche les wagons et retourne au pays des songes.

Je m'endors d'un sommeil paisible, un sommeil de juste. Le réveil m'étreint lorsqu'on change la pochette de mon sérum . Un goutte à goutte me distille un cocktail antibiotique-glucose-serum physiologique dans les veines.

A côté de ma femme,se trouve ma fille Sissi, les yeux rougis des larmes. De ma bouche rien ne sort pour consoler les miens. Ma main tendue vers ma fille la remet d'aplomb.

Pendant mon séjour dans cet hôpital, ma fille va pourvoir à toutes les demandes des médecins. Trois recettes de perfusion me remirent en état quoique faible. Je réalise que Dieu m'a assisté en toute chose.

Puis vint le moment quand le Docteur me conduisit par les infirmiers

interposés jusque dans la salle des hommes .

Une des infirmières viendra m'aider et chemin faisant elle demande à ma femme :

- Maman, celui-ci n'est-il pas mon papa?

- Explique-toi ma fille ?

- N'est-ce pas papa Kasongo, le pasteur ?

J'ai le courage de répondre :

- C'est moi ma fille.

Alors elle ajoute joyeuse

- Papa, vous étiez notre enseignant au culte matinal dans notre église. Un jour vous aviez prié pour moi sur une intention que Dieu avait exaucé. Depuis lors je ne vous ai jamais rencontré pour vous remercier. En guise de reconnaissance je prends en charge votre séjour ici.

Ainsi Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Il nous mène où il veut par des chemins sinueux.

Nous avons donné Gloire au Seigneur car il venait de répondre à un besoin alors que le sou manquait pour y faire face.

Merci maman Gisèle , vous êtes venue dans ma vie au temps indiqué pour me tirer de cette faillite fatale.

Merci Docteur Idriss pour tes soins reçus de maître et qui m'ont tiré de l'au-delà.

Mes quatre jours passés aux urgences laissent dans mes souvenirs des moments pathétiques et dramatiques .

Un jour, un homme fut amené de bon matin. Les infirmiers l'installerent à deux lits du mien. Il gémissait , suffoquait et respirait avec peine. En quelques minutes son état empira. Les dispositions d’urgence s'imposeront. L'infirmier de garde demande à la famille d'aller acheter la fiche. La soeur du malade répond:

- Papa, il a reçu un coup de marteau derrière la tête. Vu la gravité de la blessure, nous l'avons conduit d'urgence pour les premiers soins. Ceux qui ont les frais des soins viennent après nous. Traite le Papa, de grâce nous paierons.

- Maman, rétorque l'infirmier, l'administration est stricte. Sans fiche, nous ne pourrons rien faire, nous ne pouvons poser aucun diagnostic sur le blessé.

La famille se retire pour se concerter et se dédouane des frais de la fiche. L'infirmier identifie le malade puis il dresse une ordonnance qu'il tend à la soeur du malade. La soeur tressaille au contact de la prescription comme si elle avait été électrocutée sur une ligne à haute tension.

- Papa, nous avons dit que nous n'avons pas un rond, mais ceux qui pourvoient aux soins viennent après nous. Soigne le quand même. Nous allons tout régler.

- Mais Maman, s'écrie l'infirmier, prenant le ciel à témoin, ici je manque même l'aspirine. Si vous ne vous faites pas violence vous risquez de perdre votre frère. Demerdez-vous! Emprunter, faites quelque chose .

La famille se retire derechef. Un infirmier de passage scrute longuement le blessé et declare :

" Cet homme ne devait pas être ici. Il devait être conduit à la chirurgie. En plus il a besoin qu'on lui place un masque d'oxygène pour lui dégager le sinus".

Il secoue la tête et sort de la salle.

Il est huit heures. J'entends le blessé respirer de plus en plus difficilement. L'inspiration et l'expiration se font attendre... puis silence.

Il est huit heure et demie. Cinq minutes plus tard, la mère et une sœur du blessé arrivent. Elles constatent le décès et se mettent à pleurer. L'infirmier de garde survient et les amadoue avec des paroles mielleuse .

A qui la faute? Encore un destin de plus démoli par la bêtise humaine.

A huit heures quarante cinq, arrive un petit frère du défunt tiré à quatre épingles et sentant le reflet des espèces sonnantes et trébuchantes. Avocat de son état, on l'informe de la situation. Il se recueille sur la dépouille mortelle pour quelques secondes puis sort son portable et va causer dehors. il revient dans la salle accompagné d'un magistrat du parquet. Ce dernier prend quelques notes puis déclare solennellement :

" J'ordonne la levée du corps"

Arrivent deux infirmiers avec un brancard macabre. Le défunt est transporté dessus et le cortège passe à côté de mon lit. L'esprit m'interpelle :

" Qu' as tu fait pour que tu t'en sortes pendant que lui rejoint le séjour des morts".

L'echos de l’esprit me renvoie la réponse :

" C'est la grâce de Dieu".

Il est neuve heures . L'homme est resté près d'une heure, quoique dans un état critique sans assistance. Je crache ma colère sur notre indépendance et j'envie l'époque coloniale.

Chut! je n'ai rien dit, motus et bouche cousue.

Quatre jours après mon internement, on voulait me permuter dans une autre salle. Vu l'état de dégradation avancée de cette infrastructure hospitalière, j'ai préféré regagner mon toit.

A la maison, je passe une nuit très agitée.Je me réveille incapable de tout mouvement, avec des grandes difficultés respiratoires. Je toussais à fendre l'âme et en plus j'avais le hoquet comme un poisson hors de l'eau, qui ne me laissait pas de répit, malgré les prières exorcistes de mon épouse et de mes frères en Christ.Rien n'y fit.

J'étais mort de fatigue comme si j'avais accompli un exercice physique très pénible . Face à l'urgence du cas, mon épouse me fit interner dans une clinique privée. Là, je séjournais dans une chambre à deux lits parfaitement équipée pour des soins intensifs. Un infirmier me veillait jour et nuit. Mon épouse occupait l'autre lit. Étant sorti d'une faiblesse inouie à deux doigts de la mort, ce nouvel environnement me remit d'aplomb.

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