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Chapitre 3 : La Première Apparition Publique

Trois jours.

C’est tout ce qu’il avait fallu à Auriane pour comprendre que vivre avec Amèdée Hounye relevait du supplice psychologique.

Trois jours de silences pesants dans un penthouse grand comme un terrain de tennis.

Trois jours où elle croisait son ombre dans le couloir et où il détournait le regard.

Trois jours où elle mangeait seule, dormait seule, et mentait à Chloé au téléphone en disant que “tout allait bien”.

Et maintenant, il fallait qu’elle joue la fiancée éperdument amoureuse devant tout le gratin de la finance française.

“Vous êtes prête ?”

La voix d’Amèdée la fit sursauter. Il était dans l’encadrement de sa porte, costume sombre, cravate argent, regard impassible. Il ne l’avait pas regardée dans les yeux depuis la mairie.

Auriane se tourna vers le miroir. La robe. Une Chanel noire, prêtée, vertigineusement chère, qui épousait sa taille et tombait en cascade jusqu’au sol. Ses cheveux étaient relevés, son maquillage parfait. Elle ressemblait à une femme qu’elle n’était pas.

“Non,” dit-elle franchement. “Je ne suis pas prête à mentir devant 300 personnes.”

“Ce n’est pas un mensonge. C’est du théâtre.” Il entra dans la chambre. S’arrêta à deux mètres d’elle. “Et vous êtes une bonne actrice. Vous l’avez prouvé à la mairie.”

Le rappel du baiser sur sa joue fit monter la chaleur à son visage. Elle s’accrocha au miroir.

“Ne me regarde pas comme ça.”

“Comme quoi ?”

“Comme si j’étais un problème à résoudre.”

Il ne répondit pas. Il tendit la main. Un écrin noir.

“Votre bague de fiançailles.”

Auriane ouvrit l’écrin. Le souffle lui manqua. Un diamant. Énorme. Taillé en poire. Froide, lumineuse, obscène.

“Combien ça coûte ?”

“Ce n’est pas à vendre.”

“Tout est à vendre, Amèdée. Même moi.”

Ses yeux bleus se durcirent. “Passez-la.”

Elle hésita. Puis glissa l’anneau à son doigt. Il était lourd. Trop lourd. Comme le poids de ce mensonge.

“Parfait,” dit-il. “N’oubliez pas de la montrer aux photographes.”

Il fit demi-tour.

“Amèdée.”

Il s’arrêta.

“Si je m’effondre ce soir, tu me rattrapes ?”

Cette fois, il se retourna. Et pendant une seconde, son masque de glace craqua. Il y eut quelque chose dans son regard. Pas de la tendresse. Mais de… l’attention.

“Vous ne vous effondrerez pas,” dit-il. “Parce que je ne vous laisserai pas tomber.”

Puis il sortit.

Auriane resta seule, le diamant brûlant à son doigt, et une phrase qui tournait en boucle dans sa tête : _je ne vous laisserai pas tomber_.

---

Le Grand Palais. Miroirs, dorures, lustres immenses. Le gala annuel de HOUNYE Corp.

Tout le CAC 40 était là. Ministres, banquiers, actionnaires. Et la presse.

“Restez près de moi,” murmura Amèdée en posant sa main dans le bas de son dos. Le contact était brûlant à travers la soie. “Souriez. Regardez-moi comme si vous m’aimiez.”

“Je ne sais pas faire.”

“Alors regardez-moi comme si vous me haïssiez. Ça passera pour de la passion.”

Auriane leva les yeux vers lui. Et ce fut facile. Parce qu’elle le haïssait. Pour son arrogance. Pour son contrôle. Pour le fait qu’il l’ait achetée.

Son regard s’enflamma.

Amèdée tressaillit. Imperceptiblement. “Parfait,” murmura-t-il. “Continuez.”

Ils avancèrent dans la salle. Les têtes se tournaient. Les murmures aussi.

“C’est elle ? La journaliste ?”

“Il a vraiment épousé une roturière ?”

“Regardez la bague… 2 millions, minimum.”

Auriane serra les dents. Elle redressa le menton. Si elle devait jouer un rôle, elle le jouerait jusqu’au bout.

Amèdée l’entraîna vers un groupe. “Ministre, permettez-moi de vous présenter ma fiancée, Auriane Toukon.”

Elle serra la main du ministre. Sourit. Dit les bonnes phrases. Pendant tout ce temps, la main d’Amèdée ne quitta pas son dos. Chaude. Possessive.

Puis vint le discours.

Amèdée monta sur scène. Auriane resta en bas, entourée de Claire et de deux gardes du corps. Elle le regarda parler de croissance, de stabilité, d’avenir. Il était magnétique. Autoritaire. Terrifiant.

Et quand il conclut par : “Et je tiens à remercier la femme qui illumine désormais ma vie, Auriane, pour son soutien indéfectible”, tout le monde se tourna vers elle.

Elle dut monter sur scène.

Les marches étaient hautes. La salle, immense. Elle sentit ses jambes flancher.

Et là, la main d’Amèdée se referma sur la sienne. Discrète. Ferme. Il la tira doucement vers lui.

Elle monta.

Il l’attira contre lui, sous les projecteurs. Le micro était proche.

“Dis quelque chose,” murmura-t-il à son oreille.

Son souffle lui chatouilla la peau. Auriane eut un frisson.

Elle prit le micro.

“Bonsoir,” dit-elle. Sa voix tremblait. “Je… je suis honorée d’être aux côtés d’Amèdée. Il m’apprend chaque jour ce que signifie la force. Et la loyauté.”

Des applaudissements. Polis.

Amèdée se pencha vers le micro. “Auriane est… une femme exceptionnelle. Elle a changé ma vision des choses.”

Le mensonge était si bien joué qu’Auriane en eut la nausée.

Puis il se tourna vers elle.

Et avant qu’elle comprenne, il posa sa main sur sa nuque. Et il l’embrassa.

Pas sur la joue. Sur la bouche.

Un baiser. Court. Ferme. Public.

Le Grand Palais retint son souffle.

Auriane resta pétrifiée. Le goût du whisky, l’odeur de son parfum, la pression de sa main dans sa nuque… tout lui vrillait le crâne.

Il rompit le baiser. Sourire parfait pour les caméras.

La salle explosa en applaudissements.

---

Dans la voiture, personne ne dit un mot.

Auriane fixait ses mains. Ses lèvres brûlaient encore.

“Pourquoi ?” lâcha-t-elle finalement.

Amèdée regardait par la fenêtre. “Parce que c’était nécessaire.”

“Tu m’avais dit : sur la joue.”

“Les plans changent.”

Elle se tourna vers lui, furieuse. “Tu n’as pas le droit de m’embrasser sans prévenir !”

“Le contrat stipule ‘contact physique lors d’obligations médiatiques’. J’ai respecté le contrat.”

“C’était pas dans le contrat !”

“Si.” Son regard se posa enfin sur elle. Froid. Implacable. “Vous n’aviez juste pas lu l’annexe C.”

Auriane ouvrit la bouche. Puis la referma. Elle avait signé sans tout lire. Idiote.

“Tu es un monstre,” dit-elle.

“Peut-être.” Il se détourna. “Mais je suis votre monstre, Madame Hounye. Pour les six prochains mois.”

Le reste du trajet se fit dans un silence électrique.

---

De retour au penthouse, Auriane fila dans sa chambre et claqua la porte.

Elle se démaquilla violemment, arracha la bague, la jeta sur la coiffeuse.

Elle venait de l’embrasser. Devant tout Paris. Et le pire, c’est qu’une partie d’elle avait aimé ça.

Un coup à la porte.

“Entrez,” dit-elle, la voix rauque.

Amèdée entra. Il avait enlevé sa veste, déboutonné sa chemise. Il tenait deux verres.

“Du whisky ?”

“Non.”

“Tant pis.” Il posa un verre sur sa table de nuit. Garda l’autre.

Il s’approcha du lit. S’assit au bord, sans la toucher.

“Je suis désolé,” dit-il.

Auriane cligna des yeux. “Pardon ?”

“Pour le baiser. Je n’aurais pas dû improviser.”

Elle ne s’attendait pas à des excuses. Surtout pas de lui.

“Pourquoi tu l’as fait ?”

“Parce que quand vous m’avez regardé tout à l’heure… avec cette haine dans les yeux… c’était la chose la plus vraie que j’aie vue depuis des années.” Il but une gorgée. “Et j’ai eu envie de goûter à ça.”

Auriane sentit son cœur s’emballer. “Tu es fou.”

“Probablement.” Il se leva. “Bonne nuit, Auriane.”

Il sortit.

Elle resta seule, le verre de whisky intact, les lèvres encore en feu.

Et cette nuit-là, pour la première fois, elle rêva de lui.

Pas du Glacial. Pas du PDG.

Mais de l’homme qui avait dit “je ne vous laisserai pas tomber”.

---

Le lendemain, la presse était en délire.

“AMÉDÉE HOUNYE, LE GLACIAL, FONDS POUR UNE JOURNALISTE”

“LE BAISER QUI A FAIT TREMBLER LA BOURSE”

“QUI EST AURIANE TOUKON, LA NOUVELLE FIANCÉE DU MILLIARDAIRE ?”

La vidéo du baiser tournait en boucle.

À 9h, Claire entra dans sa chambre, le téléphone à la main. “Madame, Monsieur Hounye vous demande au bureau.”

Auriane descendit. Le cœur battant.

Amèdée était devant son écran. Il ne se retourna pas.

“Regardez.”

Il lança une vidéo. C’était elle. Hier soir. Au ralenti. Le baiser. Son expression. Choquée. Puis… quelque chose d’autre. Quelque chose qui ressemblait à du désir.

“Effacez ça,” dit-elle.

“Impossible. 12 millions de vues.”

Elle s’adossa au mur. “Tu as détruit ma vie.”

“Non.” Il se tourna enfin vers elle. “Je viens de vous rendre célèbre. Et avec la célébrité vient le pouvoir.”

“Je ne veux pas de pouvoir. Je veux ma vie d’avant.”

“Votre vie d’avant ne pouvait pas payer l’opération de votre sœur.”

Coup bas. Efficace.

Auriane baissa les yeux. “Que veux-tu de moi, Amèdée ?”

“Ce que je veux ?” Il s’approcha. Si près qu’elle sentait sa chaleur. “Je veux que vous arrêtiez de me regarder comme si j’étais votre ennemi.”

“Et si vous l’êtes ?”

Il leva la main. Effleura sa joue du bout des doigts. Un contact si léger qu’elle en eut la chair de poule.

“Alors nous avons un problème, Madame Hounye. Parce que j’ai l’impression de commencer à aimer que vous me haïssiez.”

Il retira sa main. Se détourna.

“Le gala de charité est samedi. Tenue de soirée. Ne soyez pas en retard.”

Et il retourna à son écran, comme si rien ne s’était passé.

Auriane resta plantée là, la joue encore brûlante de son toucher, le cœur battant trop vite.

Elle venait d’embrasser le diable.

Et le pire, c’était qu’elle en voulait encore.

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