Chapitre 5
Santiago s’agenouilla à côté du corps de la jeune femme avant de la prendre dans ses bras. Kita avait perdu connaissance. Il lui tapota désespérément les joues pour la réanimer.
—Réponds-moi, je t’en prie ! Kita !
Il paniqua en voyant qu’elle demeurait inerte. Un monde fou envahit bientôt les lieux. L’auteur de l’accident, également présent, répliqua :
—Elle est sortie de nulle part. Je ne l’avais pas vu sur mon chemin.
Des passants aussi s’en étaient mêlés. On pouvait s’attendre à tout propos :
—Elle va bien ?
—Que se passe-t-il ici ?
—T’as vu ? Une jeune fille s’est faite renverser.
—Comment est-ce arrivée ?
—Elle a dû subir un choc. Que quelqu’un appelle vite une ambulance !
—Qui l’a renversée ?
—Elle est morte ? demanda un petit garçon apeuré à sa mère. Elle ne bouge pas.
—Non, elle respire encore, déclara Santiago après avoir examiné son pouls. Mais elle ne réagit pas du tout. Appelez l’ambulance !
Quelques temps plus tard, l’ambulance vint cueillir la jeune femme. Kita fut prise en charge et conduite aux urgences.
Deux heures plus tard, le docteur apparut enfin hors du couloir. A sa vue, Santiago se précipita vers lui.
—Comment va-t-elle, docteur ?
—Elle a une petite lésion au cerveau. C’est dû à la chute. Nous avons aussi noté une petite fracture sur son bras droit.
—Vous pensez qu’elle pourra vite s’en sortir ?
—Nous faisons de notre mieux pour ça, jeune homme. Mais dites-moi et sa famille ?
—Je vais les tenir informer.
—Il le faut car s’il y a des décisions à prendre…Vous êtes un parent ?
Santiago ne savait pas exactement quoi lui répondre. Il était parti depuis si longtemps. Il avait sans doute perdu depuis longtemps sa place à ses côtés.
—Jeune homme, reprit le docteur ?
—Je suis un ami. Un vieil ami.
—Très bien. Je vous tiendrai informé s’il y a du nouveau.
—Merci docteur.
Santiago récupéra le téléphone de Kita et appela la dernière personne à qui elle avait parlé au téléphone.
—Oui Kita, répondit une voix que Santiago n’eut pas de peine à reconnaître.
—Nikki ? C’est Santiago à l’appareil.
—Santiago, c’est toi ? Mais que fais-tu avec le téléphone de ma sœur ?
—Kita a eu un accident sur la route. Vous devriez venir.
—Quoi ? Elle va bien ? Où êtes-vous ?
—Dans la grande clinique de la ville.
—Je préviens tout le monde et on arrive sur le champ.
Quelques heures plus tard, toute la famille, avec en plus Dave, débarqua à l’hôpital. Santiago alla à leur rencontre.
—Santiago, comment va-t-elle ? demanda Nikki d’un air inquiet.
—Le docteur affirme qu’elle a une lésion au cerveau et le bras droit fracturé.
—Que Dieu la protège, fit Gemma en faisant un signe de croix.
Santiago et Armando se toisèrent à de nombreuses reprises. Le docteur apparut de nouveau.
—Elle récupère petit à petit, mais elle est encore faible. On a réussi à gérer la lésion au niveau du cerveau. Mais nous avons au vu des analyses détecter qu’elle souffrait d’anémie. Ceci explique son malaise et pourquoi elle est aussi faible. Je vais lui prescrire des médicaments riches en fer. Vu son état, je conseillerais de lui faire une transfusion sanguine dans les plus brefs délais. Elle a une santé fragile.
—C’est d’accord, déclara Gemma.
—Nous n’avons plus son groupe dans notre banque de sang, fit savoir le docteur. La patiente en a pourtant urgemment besoin. Si vous connaissiez un possible donneur compatible, c’est le moment d’en parler.
—Aucun de nous ne sommes compatibles pour lui donner du sang, ajouta Armando.
—Prenez le mien, docteur, proposa Santiago.
—Et pourquoi ça, Santiago ? grogna Dave.
—J’ai le même groupe sanguin, répondit-il en se tournant vers les parents. Je peux l’aider.
—Peut-être que Santiago sera compatible, ajouta Nikki. Laissez-le essayer.
—Décidez-vous, s’il vous plaît, fit remarquer le docteur. Le temps presse.
—Il n’y a pas de temps à perdre, trancha la voix autoritaire de Gemma. Prenez celui de Santiago, docteur. Avec un peu de chance, il n’y aura aucun problème.
—Très bien. Suivez-moi dans ce cas, dit ce dernier à Santiago. Nous allons vous faire passer quelques examens pour nous assurer que tout est en ordre.
Santiago suivit donc le docteur pour s’assurer qu’il était bien compatible et s’il pouvait dans ce cas donner son sang à Kita. Ce fut un moment d’angoisse pénible pour toute la famille car ils n’étaient pas sûrs de trouver une personne compatible pour elle.
—J’espère que Kita s’en sortira, dit Gemma.
—Kita est très forte. Cependant, je doute que Santiago lui soit d’une très grande aide, commenta Armando avec amertume.
—Papa, tu ne devrais pas dire ça, répliqua sèchement Nikki. On a aucune nouvelle, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucune chance.
—Néanmoins, pourquoi a-t-elle eu cet accident ? dit Dave.
—Dave, dis-moi, savais-tu que Santiago Torres était de retour ? lui demanda Armando.
—Oui monsieur. C’est Kita qui me l’a dit.
—Et il a fallu qu’il tombe sur elle, ce moins que rien, poursuivit-il tout énervé. C’est sûrement de sa faute si elle a eu cet accident.
—Armando, je t’en prie ! répliqua Gemma. Ce n’est pas le moment !
Dave fut heureux de constater la haine que Armando vouait à Santiago. Il l’avait toujours détesté. Dave et Kita étaient des amis inséparables depuis l’enfance, mais leur amitié avait connu quelques difficultés à partir du moment où Santiago apparut dans la vie de Kita. Depuis lors, il trouva Kita distante de lui et plus proche de Santiago. Voyant sa meilleure amie et celle qu’il aimait en secret le délaisser pour Santiago, il n’eut pour ce dernier que du mépris et dû supporter d’apprendre qu’ils sortaient ensemble. Il fut tout de même content du départ soudain de Santiago il y a 08 ans et en profita pour avouer ses sentiments à Kita. Cette dernière, désespérée par l’abandon de Santiago et se sentant coupable d’avoir blessé Dave, accepta de sortir avec lui quelques années plus tard…
Santiago, de retour, fit savoir avec joie à la famille qu’il était compatible et avait pu donner son sang à Kita.
—Dieu soit loué, soupira Gemma.
—Ma sœur est sauvée, renchérit Nikki.
—Je te remercie Santiago pour ton aide, déclara Gemma en lui souriant chaleureusement.
—Ce n’est rien, Mme. Je ferai tout pour elle.
Armando et Dave cachèrent leur frustration face à cette déclaration. Le docteur réapparut quelques heures plus tard.
—Alors docteur ? s’enquit Dave.
—Elle va mieux maintenant, mais elle est toujours faible. Nous lui avons posé un plâtre sur son bras droit. Ses blessures ont aussi été soignées.
—Pouvons-nous la voir ? fit Armando.
—Elle dort profondément, mais vous pouvez aller la voir un à un. Peut-être vous entendra-t-elle.
—Je vais y aller, déclara Santiago en se levant de son fauteuil.
—Non, c’est à moi d’y être le premier, répliqua Dave en faisant face à Santiago.
—Je confirme, renchérit Armando, heureux de briser les espérances du jeune homme. Dave a ce droit. Après tout, ils sont ensemble donc c’est tout à fait logique.
Dave fut conduit par une infirmière dans la chambre de Kita. Tout semblait comme le docteur l’avait dit. Kita dormait profondément. A son bras droit fracturé fut posé un plâtre. Elle avait aussi quelques égratignures au visage. Dave l’observa avec un petit sourire sur les lèvres.
—Mon amour, dit-il en lui caressant les cheveux, ne t’inquiète surtout pas. Je ne laisserai personne se dresser entre nous. Et surtout pas Santiago. Il ne te mérite pas. Je vais te donner le temps nécessaire pour te remettre de son apparition. Après cela, nous allons redevenir le beau couple que nous aurions toujours dû être.
Il rejoignit tranquillement les autres dans la salle de réception.
—Elle est réveillée ? lui demanda Nikki.
—Non, elle dort toujours.
—À mon tour, fit Gemma en se levant. J’y vais maintenant.
—Maman, pourquoi ne laisserais-tu pas Santiago y aller, déclara Nikki. Après tout c’est grâce à lui si Kita va bien.
—Hum, dit-elle dubitative en observant à tour de rôle Santiago et la mine peu enjouée de Dave. Très bien, tu peux aller la voir, Santiago.
—Merci Mme, dit ce dernier qui prenait déjà la direction du couloir.
—Stop Santiago ! s’écria Armando, méconnaissable. Je ne te permettrai d’aller la voir qu’en dernier !
Dave eut un petit rire qu’il essaya de dissimuler sous un raclement de gorge.
—Mais monsieur…
—C’est à prendre ou à laisser !
—Papa, laisse Santiago y aller, intervint Nikki. Il veut juste la voir.
—Ce n’est pas grave, dit Santiago d’un air résolu. J’irai en dernier.
Santiago attendit donc que tout le monde soit parti pour s’y rendre à son tour. Arrivé à son chevet, il fut pris d’émotion en la voyant allongée sur le lit d’hôpital. Il s’approcha d’elle, prit sa main gauche et la garda dans la sienne.
—Je suis désolé pour ce qui t’es arrivé. C’est de ma faute. Je n’aurais jamais dû te dire tout ça. Je voulais juste te montrer que je tenais toujours à toi. Je n’ai jamais voulu te faire du mal. Si tu savais comment toutes ces années ont été dures sans toi à mes côtés. J’en ai tellement bavé…
Le jeune homme se tut soudainement, le souffle court. Il baissa les yeux sur leurs mains liées. La main de Kita venait de presser légèrement la sienne. L’espoir renaissait dans son cœur. Il se pencha au-dessus d’elle et déposa un baiser sur son front. Il s’assit à côté d’elle encore un moment avant de se décider à s’en aller.
—Elle dort toujours ? s’enquit Gemma.
Il hocha la tête avant de se rassoir à sa place. Dave se releva aussitôt et se tourna vers lui.
—Tu peux t’en aller maintenant, Santiago. Elle n’a plus, je crois, besoin de toi.
—Moi j’ai besoin d’elle, répliqua Santiago sans même lever la tête.
—Et pourquoi ? demanda Armando d’une voix qui trahissait une fois de plus son mécontentement.
—Je l’aime.
—Tu l’as abandonnée pendant huit longues années. Elle ne te le pardonnera pas. Kita ne t’aime plus, Santiago.
—N’en sois pas si sûr, papa, intervint Nikki.
—Ce que je dis est vrai !
—Écoutez, pourquoi n’attendons-nous pas le réveil de Kita pour connaître son avis sur cette affaire ? proposa Gemma, lasse de les voir se chamailler autant.
—Tu n’as vraiment pas de honte, Santiago, après ce que tu lui as fait endurer ? s’insurgea Dave.
—La situation n’était plus entre mes mains, répondit le jeune homme.
—Disparaît de la vie de ma fille, ajouta Armando. Dave saura guérir la blessure que tu lui as causée.
—Cette blessure dont vous parlez vient pourtant de vous, monsieur Armando, répliqua Santiago en lui faisant face.
—Comment ça, Armando ? demanda Gemma en fronçant les sourcils.
—De quoi il parle, papa ? ajouta Nikki.
—Ne l’écoutez pas ! répondit—il interloqué. Il divague complètement.
Santiago garda par la suite le silence, ne voulant pas aggraver les choses. Quelques heures plus tard, le docteur vint leur annoncer le réveil de Kita.
—Oh Dieu merci, dit Gemma avec soulagement. Merci beaucoup, docteur.
—De rien, c’est mon devoir. A propos, elle aimerait voir quelqu’un.
—C’est moi ? demanda Dave avec espoir.
—Non, une fille. Nikki.
—C’est moi Nikki, répondit cette dernière en se rapprochant de lui.
Nikki entra dans la chambre de Kita. Cette dernière sourit faiblement à sa vue.
—Tu nous a fait peur.
—Je suis désolée, sœurette.
—Ce n’est pas grave. Repose-toi maintenant.
—Et les parents ?
—Tout le monde est là. Même Dave et Santiago.
—Santiago est là ? demanda-t-elle, prise de stupeur.
—Oui et il semble s’inquiéter pour toi. Je crois qu’il t’aime encore.
—Et papa ? Comment a-t-il réagi quand il l’a vu ?
—Oh comme d’habitude. Ils se sont disputés. Tu aurais dû voir la tête de papa quand je lui ai annoncé que Santiago m’avait appelée pour m’annoncer que tu avais eu un accident. J’ai cru un instant qu’il allait avoir un infarctus. Maman n’a pas été dure avec lui. Quant à Dave, il doit vraiment le détester pour lui parler comme il l’a fait.
—Ils se sont donc disputés. Nikki, s’il te plait, dit-elle en prenant sa main, j’aimerais que tu demandes à Santiago de partir.
—Comme tu veux. Mais repose toi d’accord ?
—D’accord.
—Au fait, comment as-tu eu cet accident ? Tu n’avais pas ta voiture avec toi ?
—Un des pneus était crevé. J’ai dû marcher un peu.
—Tu as marché ? répéta-t-elle avec un sourire narquois. Tu en es sûre ? N’étais-tu pas plutôt avec Santiago ?
Le sourire de Nikki s’élargit de plus en plus lorsqu’elle se rendit compte à travers l’air embarrassée de sa grande sœur qu’elle avait vu juste.
—Cette affirmation est infondée, tenta pourtant Kita de se justifier.
De retour parmi les autres, Nikki se rapprocha de Santiago. Elle remarqua qu’il était mort de fatigue mais s’efforçait de tenir le coup.
—Santiago, tu es fatigué. Tu devrais rentrer te reposer.
—Ce n’est pas grave. Je vais rester encore un peu.
—Mais j’insiste. Rentre s’il te plait. Kita ne sera pas contente de te voir dans cet état.
—Elle veut que je parte, c’est ça ?
—Euh, comment dire…En fait, elle est un peu perdue en ce moment. Je crois qu’elle a besoin de temps pour se remettre de tout ce qui s’est passé entre vous.
—Je comprends. Je vais m’en aller, mais dis-lui bien de ne pas s’inquiéter. Et si elle a besoin de quelque chose, bah je suis là.
—Je lui dirai. Ne t’en fais pas.
Santiago prit ses affaires et partit sous les regards méprisants de Dave et d’Armando.
—Au fait, Nikki, tu ne veux pas rentrer te reposer aussi ? lui demanda sa mère.
—Non maman. Je resterai auprès de Kita.
—Mais non, affirma Dave. Regarde-toi. Tu es toute fatiguée toi aussi. Je vais rester avec elle.
—Euh…d’accord, dit-elle à contre cœur lorsqu’elle sentit que ses parents la fusillaient du regard, mais je serai là demain matin.
Tous quittèrent l’hôpital à l’exception de Gemma et de Dave. Ils restèrent à l’hôpital pour prendre soin de Kita.
—Kita, tu te sens mieux ? demanda Gemma, debout à côté d’elle.
—Oui maman, je vais mieux.
—Tu nous as vraiment inquiété. Heureusement que ça va, affirma Dave, assis sur une chaise à côté du lit.
—Je suis désolée de vous avoir causé du souci.
—Ma chérie, le plus important est de te reposer. Je vais voir où est le docteur. Il faut que je lui parle.
Dave profita de l’absence de Gemma pour demander à Kita :
—Pourquoi as-tu demandé à Santiago de partir ?
—Je ne voulais pas que vous vous disputiez.
—Au fait, que s’est-il passé ? Comment as-tu eu cet accident ?
—Je suis fatiguée. Peut-on en parler plus tard, s’il te plait ?
—Bien sûr. Je vais te laisser. Repose-toi bien.
