Chapitre 4
Dave afficha un air perdu et fronça légèrement les sourcils.
—Je ne comprends pas. Quoi Santiago ?
—Santiago Torres. C’est le directeur de Sainz.
—Quoi ? Santiago Torres est le directeur général de Sainz ?
—Oui.
—Le même Santiago que tu as connu autrefois ?
—Oui. C'est complètement insensé.
Dave resta figé un moment, toujours sous le choc de la nouvelle. Kita commençait même à s’inquiéter. Il ajouta perplexe :
—Comment est-ce possible ? N’avait-il pas disparu ? Tu es sûre que c’était lui ?
—C’était Santiago. Je le reconnaitrais entre mille.
—Mais qu’est-il venu faire ici ? Pourquoi est-il revenu ?
—Je ne comprends pas moi-même. La seule chose que je sais est qu’il est le directeur de Sainz, l’entreprise avec laquelle nous venons de signer un contrat de partenariat. J’ai toujours du mal à réaliser.
—Dis-moi, qu’as-tu ressentie quand tu l’as revu ?
La jeune femme planta ses yeux dans les siens. Dave semblait prendre cette affaire trop à cœur. Mais n’était-ce pas normal ? Ils étaient sortis ensemble pendant près de deux ans, ce n’était pas rien.
Kita se plongea dans ses souvenirs pour essayer de déceler le sentiment qui l’avait le plus animé quand elle s’était aperçut que Santiago était le fameux directeur. De la surprise et de l’effarement, ils y en avaient eu. Mais elle nota aussi de la peine, beaucoup de peine. Elle avait eu si mal. L’avoir vu lui avait immédiatement rappelé le jour où il était parti et qu’elle avait découvert sa lettre devant sa porte. C’était une lettre de rupture et d’adieu. Tout ce qui pouvait lui déchirer le cœur.
—J’ai ressentie de la colère. Beaucoup de colère.
—Je suppose que tu lui en veux terriblement pour ce qu’il t’a fait subir alors.
—Il m’a abandonnée. Il n’a même pas cru bon de m’en parler en face.
Il regarda longuement la jeune fille et comprit que l’arrivé de Santiago l’avait complètement déboussolé. Il pouvait aisément sentir son désarroi. Et malgré qu’il essayât de se convaincre du contraire, il savait au fond de lui que Kita aimait toujours Santiago Torres et ce malgré la colère qu’elle semblait éprouver à son égard.
—Promets moi que tu ne retourneras pas avec lui.
—Qu'est-ce que tu racontes ? Jamais je ne retournerai avec ce type !
—Je suis rassuré alors.
—Mais je ne serai pas avec toi non plus, s’empressa-t-elle de clarifier.
—Pourquoi pas ?
—C’est comme ça. Je te l’ai déjà dit.
Il voulut encore insister mais connaissant Kita, ce ne serait pas une mince affaire. Elle changeait rarement d’avis une fois qu’elle avait pris une décision. Il décida de laisser passer pour le moment.
—On peut quand même rester amis ?
—Bien sûr, fit-elle avec un pâle sourire. Comme on l’a toujours été d’ailleurs, enfin, avant que tout ne déraille entre nous.
—Je ne vois pas les choses de la même façon, mais bon.
Il sourit à son tour et se leva par la suite.
—Je te laisse. J’ai des choses à faire. Prends soin de toi.
—Prends aussi soin de toi Dave.
Elle retourna dans sa chambre après le départ de Dave. Une heure plus tard, on frappa à sa porte.
—Qui est ce ?
—Salut sœurette, dit Nikki en passant sa tête dans l’entrebâillement de la porte.
—Alors comment ça s’est passé ?
—Bien
—Bien ? c’est tout ?
—Ben oui. C’est juste que j’ai peur de le perdre.
—Mais non. Cela n’arrivera pas. Par contre attends toi à te faire gronder par maman demain.
—Je vois. A propos, comment s’est passé la réunion d’aujourd’hui ?
—Horrible pour tout te dire.
—Ah bon ? Pourquoi horrible ?
Nikki vint s’assoir sur le lit à côté de sa sœur.
—Je vais te dire quelque chose mais pour le moment tu ne dois le dire à personne.
—Motus et bouche cousue, lança Nikki surexcitée. T’as ma parole.
—Imagine toi que le directeur général de Sainz c’est en vérité Santiago.
Nikki cligna à plusieurs reprises des yeux.
—Tu veux dire Santiago Torres ?
—Oui.
—Ah vraiment ? Et tu lui as parlé ?
—En fait on ne s’est pas dit grand chose. J’étais tellement en colère que je ne lui ai pas donné le temps de s’expliquer. De toute façon, je ne veux plus le voir.
—Il faut reconnaitre qu’il t’a fait beaucoup de mal comme ça, commenta-t-elle en prenant sa main.
—J’en étais triste. J’en avais les larmes aux yeux.
—C’est parce que tu l’aimes toujours.
—Oui malheureusement.
—Tu vas te remettre avec lui ?
—Bien sûr que non Nikki. Non jamais !
—Dave est au courant ?
—Oui, je lui en ai parlé. Il était tout aussi surpris que toi.
—Les parents le savent aussi ?
—Non. Suite à un imprévu, papa n’a pas pu assister à la réunion d’aujourd’hui. D’autant plus que même après être rentré à la maison, il est reparti aussitôt. Mais il finira par le savoir de toute façon.
—Oui tu as raison. Il est le PDG de KAD’s corp après tout.
Le lendemain matin, Gemma croisa dans le séjour Kita qui s’apprêtait à partir au bureau.
—Kita, tu ne veux pas prendre le petit déjeuné ?
—Euh non maman. Je suis pressée.
—Mais Dieu du ciel ! s’exclama-t-elle après avoir jeté un coup d’œil sur la grande horloge murale. Il est presque 08h.
—Tu vois ? Je suis hyper en retard.
—Pourquoi ne t’es-tu pas vite levée ? Tu ne te sens pas bien, c’est ça ? demanda sa mère visiblement inquiète.
—Mais non. Je suis juste un peu fatiguée. Je n’ai pas vraiment bien dormi hier.
—Tu as donc des soucis…
—De bureau, maman. Bon, je te laisse. A ce soir.
Lorsqu’elle franchit la porte d’entrée de l’ascenseur de l’entreprise, Kita se retrouva avec Santiago. Un sourire radieux illumina le visage du jeune homme à sa vue. Elle en fut furieuse et décida de l’ignorer. Elle ne répondit même pas à sa salutation.
—Je sais que tu m’en veux, mais laisse-moi t’expliquer ce qu’il s’est passé.
Elle faisait un effort pour rester de marbre et pria pour que l’ascenseur atteigne vite le 4em. L’ascenseur s’arrêta enfin et les portes commencèrent à s’ouvrir. Mais au moment où elle pensait pouvoir enfin échapper à ce supplice qu’était sa présence, Santiago vint se positionner devant elle et se dépêcha de refermer l’ascenseur.
—Non mais ça ne va pas la tête ? fulmina-t-elle en tentant de le dégager.
Mais Santiago ne bougea pas d’un pouce. On aurait dit qu’elle tentait de déplacer un mur de pierre. Il se retourna et lui fit face.
—Désolé, mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour pouvoir te parler, déclara-t-il d’un calme qui l’exaspéra.
Il la contempla pendant un court instant.
—Pourquoi me fixez-vous comme ça ?
—Je constate juste que tu es demeurée la même; celle que j’ai toujours aimé.
—Que sait une personne telle que vous au sujet de l’amour ?
—Tu veux bien arrêter de me vouvoyer s’il te plait ?
—Ecoutez, je n’ai pas le temps de jouer à ce petit jeu débile avec vous. Alors dégagez le passage !
Santiago fit un pas en avant. Elle fit aussitôt un pas en arrière.
Il se rapprocha de plus en plus tandis qu’elle reculait toujours. Elle se retrouvait maintenant dos au mur avec Santiago qui n’avait maintenant qu’à faire un pas en avant pour se retrouver collé à elle. Elle n’aimait pas cette proximité. Cela lui rappelait de bons souvenirs mais aussi des mauvais.
—Kita, je t’en prie. Donne-moi une chance de t’expliquer les choses telles qu’elles sont vraiment.
—Désolée de vous décevoir, mais vous n’avez rien à m’expliquer.
Santiago soupira face à sa détermination. Mais il ne pouvait pas abandonner aussi facilement.
—Je vous préviens, poursuivit-elle avec détermination, l’ancienne Kita n’est plus. J’ai changé. Celle que vous avez connu autrefois n’existe plus.
—Je comprends que tu m’en veux. Je sais que j’ai mal agis.
—Laissez-moi passer ! J’ai du travail qui m’attend ! Vous pouvez vous amusez comme vous le voulez et jouer au con comme vous savez si bien le faire. Mais moi j’ai plein de travail qui m’attend !
Elle avait dit cela avec mépris. Son regard était tellement méprisant, que le jeune homme eut à des moments donnés du mal à garder le contact visuel.
—Kita…
—Vous avez eu le culot de revenir après toutes ces années. Vous ne m’avez pas donné le choix à cette époque alors je vous demanderais de ne pas en attendre de moi. Je sais que vous avez tout manigancer afin que KAD’s corp et Sainz se retrouvent en partenariat. Mais si cela ne tenait qu’à moi, ce contrat n’aurait jamais vu le jour. Puisque je ne peux pas me débarrasser de vous, restez à l’écart de moi et ne m’importuner plus jamais !
Elle le détestait vraiment. Ce constat blessa profondément Santiago. Il savait déjà qu’il lui serait difficile d’obtenir son pardon, mais voir à quel point elle lui en voulait lui fit perdre tout espoir.
Il débloqua l’ascenseur et se décala sur le côté pour la laisser sortir. Une fois hors de cet endroit qui avait été momentanément une cage, Kita croisa Karl et Angela qui attendaient à l’entrée. Elle se sentit mal à l’aise dès que Santiago apparut derrière elle.
—Bonjour Monsieur Torres, Mlle Kadona, dit Karl.
—Bonjour Monsieur Ruiz, fit-elle en essayant de garder son calme.
Angéla fut irritée de voir Santiago sortir de cet ascenseur avec Kita. D’autant plus qu’elle avait remarqué que l’ascenseur tardait à s’ouvrir. Elle bouillonnait maintenant de jalousie en comprenant qu’ils étaient restés ensemble pendant tout ce temps. Elle parvint néanmoins à se reprendre et à arborer une mine sereine.
—Les documents concernant la consommation sont déjà prêts, Monsieur le directeur.
—Merci Angela. Vous me l’apporterez dans mon bureau, fit Santiago avant de se tourner vers Karl. Venez avec moi.
Karl et Santiago hors du périmètre, il ne restait plus que Kita et Angéla sur place.
—Je vais dans mon bureau. Prévenez-moi s’il y a du nouveau, Angela.
—D’accord Mlle Kadona.
Dans son bureau, après la pause déjeuner, Kita se posa mille et une question. Cette proximité avec Santiago ne lui disait rien de bon. Elle ne voulait plus le sentir. Il lui avait causé du tort. Il l’avait abandonné. Pourquoi était-il revenu ? Pourquoi voulait-il lui fournir des explications ? Pensait-il que ces explications changeraient quelque chose ? Elle le détestait et ne voulait plus rien avoir à faire avec lui.
Elle reprit ses esprits dès qu’elle entendit quelqu’un frapper à sa porte.
—C’est moi Mlle kadona, dit Angela en ouvrant la porte.
Angela tenait en main un attache-casier contenant des documents.
Kita alla prendre place derrière son bureau. Elle invita Angela à s’assoir et cette dernière s’exécuta non sans la remercier.
—Je voulais vous remettre ces documents à signer, dit Angela en lui tendant l’attache-casier. Ils sont importants.
Kita prit les documents et les parcourut.
—D’accord, finit-elle par répondre. Je les lirai attentivement plus tard.
Angela se leva et fit semblant de s’en aller, mais elle se retourna après avoir fait quelques pas.
—Euh Mlle Kadona ?
Kita leva la tête et croisa son regard. Angela donnait l’impression de beaucoup hésiter.
—C’est que…en fait, je ne sais pas comment vous en parler.
—Il s’est passé quelque chose ?
Angela vint reprendre place devant elle.
—En fait, j’aimerais juste savoir si…
Kita attendit patiemment qu’elle se décide à finir sa phrase.
—Aimez-vous Monsieur Torres ?
Kita fut décontenancée par cette question inattendue et plutôt personnelle.
—Pourquoi me demandez-vous ça ?
—C’est juste que le fait de vous voir tous les deux aujourd’hui dans cette situation…Enfin cela m’intrigue un peu.
Kita l’observa avec attention. Elle se demanda ce qui reliait Santiago à cette jeune femme et pourquoi cette dernière tenait tant à savoir si elle aimait Santiago ou pas. Kita finit tout de même par être gênée par ces yeux qui la fixaient avec insistance.
—Non.
Angela poussa un soupir de soulagement et sourit pour la première fois depuis qu’elle était rentrée dans son bureau. Kita ne put alors s’empêcher de lui demander à son tour :
—Et vous ?
—Oui, énormément. Ma famille et moi sommes très chanceuses de l’avoir rencontré.
Kita lui sourit, mais au fond, cette conversation ne lui plaisait pas du tout. Elle regretta même de lui avoir poser la question.
—Je sais que vous vous connaissez depuis longtemps et que vous avez eu une relation.
—Une minute, lança Kita en fronçant les sourcils. Comment le savez-vous ? Il vous en a parlé ?
—Oui, il m’a tout dit. Depuis que je le connais, il est passé par d’innombrables situations. Il a traversé de nombreux obstacles pour être ce qu’il est aujourd’hui.
—Comment ça ?
—En fait, mon père l’a rencontré dans la rue. Santiago était à cet époque un pauvre jeune mendiant.
Les mains de Kita se crispèrent sans qu’elle ne s’en rendit compte sur le document qu’elle tenait dans ses mains.
—Un mendiant vous dites ?
—Il a beaucoup souffert après la mort de son père. Quand il a débarqué aux USA, il était sans un sou et sans abris.
—Il a donc souffert, déclara Kita faiblement.
Angéla l’observa en souriant. Kita venait d’apprendre une sacrée nouvelle sur Santiago.
—Ce n’était pas beau à voir. Il vivait dans la rue et n’avait rien sur lui. Apparemment, il s’était fait voler tous ses affaires quand il a débarqué aux Etats-Unis. Mon père l’a pris sous son aile par la suite. Nous l’avions hébergé et nourri. Grace à mon père, il a pu reprendre ses études. Et c’est ainsi qu’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui.
—Je ne savais rien de tout ça. Il a souffert vous dites ?
—Oui, mais appelez-moi Angéla et tutoyez-moi s’il vous plait.
—D’accord Angéla. Tu peux aussi me tutoyer.
—Pas de problème Kita. Nous avons presque le même âge non ?
—Je ne sais pas. Moi j’ai 23 ans.
—Moi aussi, déclara Angela, sourire en coin. En plus de cela, on est né le même jour. Le 27 mai.
—C’est une sacrée coïncidence.
—J’ai été tout aussi surprise que toi quand Santiago me l’a dit. Il m’a beaucoup parler de toi Kita.
—Pourquoi il aurait fait ça ?
—La vérité c’est qu’il t’aime toujours, avoua Angela sans cacher sa déception.
Kita n’en revenait pas. Santiago l’aimait toujours ? Cela lui aurait apporter beaucoup de joie s’il ne l’avait pas abandonné il y a 08ans de cela. Maintenant, elle voulait juste l’oublier. Néanmoins, apprendre que sa vie après sa disparition n’avait pas été du tout rose lui faisait quelque chose. Elle le sentait bien dans son cœur.
—Oh je suis en retard, ajouta vivement Angela en se redressant sur son siège. Je dois joindre les associés pour le marketing. Il faut que je te laisse.
Kita voudrait bien continuer la conversation pourtant. Mais elle n’osa rien demander. Angela se leva pour partir.
—A bientôt et merci.
—Pourquoi me remercies tu ?
—Eh bien, c’est simple. Puisque tu ne ressens plus rien pour lui, je pourrai alors tenter ma chance, répondit Angela avant de prendre la sortie.
Kita arrêta de sourire. Une boule se serra dans son ventre. Imaginer Santiago en couple avec Angela lui donnait des pincements au cœur. L’imaginer en couple avec une autre fille lui causait un mal inouï.
Secouée par tant de nouvelle, elle décida de rentrer chez elle puisqu’il y avait plus grand-chose à faire aujourd’hui.
Apres avoir fermé son bureau, elle se dirigea vers le parking. Lorsqu’elle s’apprêtait à monter dans sa voiture, elle constata que l’un de ses pneus était crevé. Elle appela sans plus attendre un réparateur.
—C’est bien l’agence de réparation ? C’est Kita Kadona, j’ai eu une crevaison. J’ai urgemment besoin de vos services ...oui c’est à l’entreprise…quoi ? Dans deux heures ? Vous ne pouvez pas arriver plus tôt ?
Par hasard, Santiago qui passait par là, la remarqua près de son engin et se rapprocha d’elle.
—Que se passe-t-il ?
L’ayant remarquée, Kita coupa aussitôt son appel.
—Un pneu crevé, lui dit-elle passablement.
—Tu as téléphoné au réparateur ? demanda-t-il après avoir jeté un coup d’œil à la voiture.
—Oui, mais il ne sera là que dans deux heures.
Santiago la regarda soudainement avec des yeux ronds, comme s’il ne la reconnaissait plus.
—Pourquoi est-ce que tu me fixes comme ça ?
—C’est la première fois depuis longtemps que tu me parles sans être en colère.
Kita ne sut quoi dire face à cette affirmation, tant elle était confuse elle-même.
—Eh dire que ce matin tu étais vraiment remontée contre moi parce que j’avais voulu qu’on discute juste tous les deux.
—Ne t’avance pas trop, Santiago.
—Ce n’est pas grave, poursuivit-il tout heureux, je vais te déposer. De toute façon, j’allais aussi rentrer.
—Non, ce n’est pas la peine. J’attendrai le réparateur.
—Il en a pour combien…deux heures non ?
Kita leva les yeux au ciel.
—Je te dépose où ? fit-il en lui ouvrant la portière.
—A un kilomètre de chez moi.
—Pourquoi ne me laisses-tu pas te raccompagner chez toi ?
—Ce n’est pas la peine.
—Décidément, ajouta-t-il en souriant, tu n’as pas changé d’un poil.
Pendant la conduite, aucun des deux n’osa dire un mot. Kita se demandait si elle n’avait pas eu tort de monter dans sa voiture. Après tout, ils n’avaient plus rien en commun. Santiago, de son côté, semblait chercher la cause de son changement de comportement subite à son égard.
—Kita, il faut qu’on parle.
—Pas maintenant.
—Mais quand alors ?
—Demain.
—Sinon puis-je savoir ce qui est dû à ce changement ?
—Quel changement ?
—Tu ne me fuis plus. Tu n’as pas remarqué ?
Elle ne lui répondit pas et se contenta d’admirer la ville au travers de la vitre.
—Je t’aime toujours, Kita, poursuivit-il en espérant croiser son regard.
Mais elle ne tenait pas particulièrement à ce que leurs regards se croisent. Elle se gardait bien de tourner la tête dans sa direction.
—J’ai du mal à te croire.
—Je sais que j’ai été injuste envers toi…
—Injuste ? Le mot est un peu trop faible selon moi. Tu m’as abandonné, je te signale.
—Je m’en veux mais je ne pouvais pas faire autrement.
—Pourquoi m’as-tu abandonné ? Je me suis posée cette question des tonnes de fois.
Santiago gara la voiture dans un coin et relança leur conversation.
—Tu sais, je t’ai envoyé une lettre avant de partir.
—Oui, une lettre dans laquelle tu me demandais de t’oublier. Tu disais que tu partais et ne savais pas quand tu reviendrais, que tu ne m’aimais plus.
—Je t’ai menti. Enfin pas complètement. Je t’ai caché la raison de mon départ. Ce qu’il s’est passé c’est que…
—Que quoi ? Que tu ne m’aimais plus ?
Elle venait de lui faire face et il pouvait lire toute la colère qu’elle éprouvait à ce moment-là dans ses yeux.
—Non, je t’aime depuis toujours et n’ai jamais cesser de t’aimer. Si je suis parti c’est à cause de ton père.
—Qu’est-ce qu’à avoir mon père là-dedans ? demanda-t-elle choquée.
—Il s’est débrouillé pour me faire enlever.
—Mais qu’est-ce que tu dis ? Tu as été enlevé ?
—Oui, à cause de ton père.
—Mon père ne ferait jamais une chose pareille, retorqua-t-elle en fronçant les sourcils.
—Oh que si, crois moi. Il me menaçait de me créer des ennuis si je ne te quittais pas à l’époque. Je ne voulais pas te donner du souci, c’est pour ça que je ne t’ai rien dit. Ton père ne me supportait pas.
—Je sais que mon père ne te supportait pas, mais de là à t’enlever…c’est impossible.
—Ils ont mis de la drogue dans nos affaires. Je ne sais pas comment ils s’y sont pris. C’est arrivé quand j’étais chez moi avec mon père. La police a débarqué, a fait une perquisition et ont sorti une petite quantité de drogue. Ils m’ont coffré.
Santiago semblait maintenant attristé. Il mit quelques secondes avant de continuer :
—C’est là que mon père est mort d’une crise cardiaque.
Kita cligna des yeux à plusieurs reprises. Elle le regardait sans comprendre poursuivre son récit.
—Après m’avoir passé à tabac dans un lieu inconnu, ils m'ont relâché. Quand je suis revenu chez moi, j’ai appris la mort de mon père. Il est décédé des suites d’un infarctus le jour de ma séquestration. Personne n’était là pour lui venir en aide et il a péri. Son corps a été retrouvé sans vie quelques jours plus tard par une de nos voisines qui ne le voyait plus sortir. Je n’ai pas pu le voir, Kita. J’étais fou de colère et de rage quand j’ai appris sa mort. Ceux qui m’avaient agressé m’avaient avoué que c’était ton père l’investigateur de mon enlèvement.
—Non…mon père ne peut pas. Il n’a pas pu...il...il n’a pas pu faire une chose pareille.
—Ton père est celui qui m’a séquestré et qui a ordonné qu’on m’agresse.
—Tu te trompes ! Il n’a pas pu faire une telle chose. C’est impossible !
—Penses-tu que je te dirais tout cela si je n’en étais pas sûr ?
—Quelle preuve as-tu pour étayer cette histoire à dormir debout ? En plus, je ne me souviens pas qu’à cette époque tu avais été enlevé.
—Rappelle-toi. J’avais disparu soudainement pendant plusieurs jours. Et quand je suis revenu mon père était déjà mort.
—Quoi ? Mais tu m’avais dit que tu avais juste voulu t’éloigner un peu de ton père parce que vous vous étiez disputer tous les deux. Souviens-toi !
—Je t’ai menti, Kita. Si j’ai dit ça, c’est parce que je n’osais pas te dire la vérité. En plus pour être honnête avec toi, j’étais traumatisé par la situation et j’avais peur. Je ne savais pas à qui me confier. Et à tout ça venait s’ajouter la mort de mon père, la seule famille qui me restait en ce monde.
—Je ne te crois pas, murmura-t-elle avec la voix tremblante. Mon père n’a pas pu…
La jeune femme était perturbée par tout ce qu'elle venait d'entendre. Santiago voulut lui prendre la main pour la réconforter, mais elle le repoussa fermement.
Elle ouvrit brusquement la portière et sortit de la voiture. Santiago sortit à son tour. Ne voulant pas qu’il l’approche, elle commença une course endiablée en prenant la première voie qui s’offrait à elle. Elle courait sans vraiment savoir où aller. Tout était si confus à présent. Elle bifurqua sur une voie quand tout à coup elle se fit renversée par une voiture sortie de nulle part. Projetée en arrière, elle tomba au sol et roula sur elle-même à plusieurs reprises.
—Kita !
