Chapitre 3
Sous le choc, la jeune femme mit quelques secondes avant de remarquer la main qui lui était tendue. Elle ne la serra pas pour autant. Elle fixait toujours le nouveau venu tout en se demandant s’il était vraiment réel.
L’homme ne la quittait pas non plus des yeux. Il remarqua que les traits de la jeune femme se durcissaient au fur et à mesure que le temps avançait. La colère se lisait maintenant sur son visage et elle ne faisait rien pour le cacher.
Elle lui tourna le dos et reprit place sur sa chaise. Santiago abaissa lentement sa main et se tourna vers ses collègues.
Karl, que cette situation rendait perplexe, brisa le silence qui pesait maintenant dans la salle.
—On n’attend plus que vous pour la signature, Monsieur le directeur, dit-il en lui présentant un stylo.
Santiago récupéra le stylo et s’avança vers les documents à signer qui se retrouvaient en face de la directrice général de KAD’s corp. Il apposa sa signature sur les documents tout en observant le regard hostile qu’elle arborait à son égard.
—Eh bien, tout est fait maintenant si je puis dire, ajouta Angela en joignant les mains. Les deux sociétés sont maintenant liées par ce contrat. Mlle Kadona, vous avez quelque chose à ajouter ?
Cette dernière n’eut pas le courage de répondre. La présence du directeur lui coupait toute envie de se prononcer. Et son cœur battait si follement dans sa poitrine alors qu’elle prenait une fois de plus conscience de ce qui venait de bouleverser sa vie. Il était là, juste à quelques pas d’elle.
—Mlle, vous allez bien ? fit de nouveau Angela qui venait de poser sa main sur son épaule.
—Qu…Quoi ? s’efforça-t-elle de dire malgré les battements effrénés de son cœur.
—Voudriez-vous ajouter quelque chose, Mlle Kadona ? demanda cette fois ci Karl.
—Euh oui…oui, bien sûr. Maintenant que nous sommes associés, je souhaite plus de prospérité à ces deux entreprises. Je suis sûre que cette collaboration sera des plus fructueuses.
—Qu’il en soit ainsi, mentionna Karl.
Karl et Angela, tout en discutant de leurs prochaines activités, sortirent de la salle.
Pour une raison qu’elle ignorait, Kita n’osait pas bouger de sa chaise. Elle n’osait plus affronter le regard de l’homme qui se trouvait assis à quelques pas d’elle. Elle semblait très perturbée par cet homme. Elle ne s’attendait pas à le voir dans son entreprise. Cela faisait huit ans qu’elle ne l’avait plus revu.
Le jeune homme observait tous ses faits et gestes. Soutenant qu’il était temps d’entamer une discussion, il se leva de sa chaise. Mais il fut surpris de voir la jeune femme faire de même. Elle prit ses documents qu’elle se hâta d’enfouir dans son sac et se dirigea presqu’en sprintant vers la sortie. Santiago, comme s’il s’y attendait, se dépêcha de la retenir par le bras.
—Attends.
—Lâchez moi !
—Ecoute moi, Kita.
—Fichez-moi la paix ! Je n’ai rien à faire avec vous !
—S’il te plait…
—Vous êtes sourd ? l’interrompit-elle violemment.
Elle essaya de le repousser avec force, mais Santiago maintint son emprise sur son bras. Elle le piétina soudainement avec son escarpin. L’homme la libéra sous le coup de la douleur.
—Kita ! Attends, s’il te plait ! cria-t-il d’une voix douloureuse en la regardant s’en aller en courant.
Il prit la ferme résolution de la suivre malgré son refus. Mais à peine eut-il franchit la porte menant au parking, qu’il la vit démarrer sa voiture en trombe et s’en aller sans lui adresser le moindre regard.
—Elle doit vraiment me détester.
—C’est le moins qu’on puisse dire, dit une voix dans son dos.
Sa secrétaire le rejoignit. Santiago resta toujours dans la même posture, les yeux fixés sur la route que venait d’emprunter Kita avec sa voiture.
—Que fais-tu là, Angela ?
—Je t’ai vu te hâter dans les couloirs et je t’ai suivi. Vous avez parlé ?
—Pas vraiment. Elle ne m’a pas laissé le temps.
—Tu ne peux pas lui en vouloir et puis c’est une bonne chose, ajouta-t-elle en posant sa tête sur son épaule et en l’entourant avec ses bras.
Il desserra gentiment les bras de la jeune femme et lui fit face. Son regard n’avait absolument rien d’un homme sûr de lui.
—C’est vrai ce que je dis, poursuivit-elle. Ce que vous avez vécu était il y a fort longtemps. Elle a certainement déjà tourné la page maintenant.
—Qu’est ce qui te fait croire ça ?
—Je me suis renseignée à son sujet et je sais de source sûre qu’elle a quelqu’un dans sa vie. Pourquoi n’essayerais-tu pas de faire de même ?
—Je ne peux le croire, Angela. Je ne peux croire que Kita m’ait oublié.
Santiago était optimiste. Pour lui, Kita l’aimait toujours.
—Santiago, tu dois l’oublier et passer à autre chose. Moi, je suis là.
—Que veux-tu dire par là ?
—Je t’aime, Santiago. Je t’aime et je t’aiderai à oublier Kita.
—Qu’est-ce que tu me racontes ? Tu es comme ma sœur.
—Non, arrête avec ça. Je t’aime depuis que tu es arrivé à la maison et tu le sais bien.
—Attends, c’est pour ça que tu as voulu me suivre ici tout en te faisant passer pour ma secrétaire ?
—Non !
Santiago arqua un sourcil.
—Bon d’accord je l’avoue, finit-elle par dire en grimaçant.
—Et ton père le sait ?
—Oui t’imagine.
—Ce n’est pas un jeu, Angela.
—Je sais. Je ne voulais juste pas être séparée de toi. Et puis, je voulais aussi venir ici en France et admirer tous ces beaux paysages, déclara-t-elle souriante. Bon, tu viens ? Il y a plein de choses à voir pour ton nouveau bureau, ajouta-t-elle avant de l'entraîner à l’intérieur.
Kita s’arrêta dans un coin de la rue. Elle porta une main sur le cœur et souffla à plusieurs reprises. Son cœur battait depuis un moment déjà à un rythme irrégulier. Et puis elle avait mal. Elle avait si mal. Les larmes commencèrent à se déverser sur ses joues. Que faisait-il là ? Et pourquoi ? Comment pouvait-il oser se tenir debout en face d’elle après tout ça ? Comment pouvait-il lui parler après tout ce qu’il avait fait ? Il y a maintenant 08 ans qu’il l’avait jetée aux oubliettes; 08 ans qu’il était parti sans rien lui dire; 08 ans qu’elle essayait de comprendre ce qu’elle avait bien pu faire de mal.
Il lui avait écrit une lettre de séparation; une lettre dans laquelle il parlait de s’être trompé sur leur relation, qu’il ne l’aimait plus et qu’elle devait l’oublier. Pourquoi était-il donc revenu ?
Lorsqu’elle gara une demie heure plus tard sa voiture devant sa maison, elle prit le soin de retoucher son maquillage avant de sortir. Elle fut soulagée de ne remarquer personne dans le séjour. En voulant cependant monter les marches de l’escalier, elle fut interceptée par sa mère qui en descendait.
—Pourquoi es-tu si vite de retour ?
—C’est parce qu’on a fini la réunion plus vite que prévu.
—Comment s’est-elle passée ? Et ton père ?
—Papa a été pris par une affaire urgente et n’a pas pu y assister. La réunion s’est bien déroulée.
—Tu es sûre, trésor ? Pourtant, tu as une mine affreuse. On dirait que tu as pleuré, constata Gemma en posant la paume de sa main sur sa joue.
—J’ai juste de la poussière dans l’œil. Ne t’inquiète pas.
—Je vais vous laisser, lança vivement Nikki en descendant les escaliers à son tour. Je sors.
—Pour aller où ? demanda Gemma soudainement méfiante.
—Voir George, répondit-elle d’un air enjoué.
—Nikki ! Je ne le connais même pas ce George. Tu le connais, Kita ?
—Oui, répondit cette dernière. Je l’ai déjà rencontré.
—Alors comment est-il ?
—Beau, gentil et adorable, clama amoureusement Nikki.
—Jeune fille ! Tu veux bien laisser ta grande sœur répondre ?
—Bah quoi ?
—Il est travailleur et c’est un mec sympa, déclara Kita. C’est quelqu’un de bien, maman.
—Hum, fit Gemma pensive.
—Tu vois, maman ? George est celui qu’il me faut.
—Je n’ai pas encore dit mon dernier mot, Nikki.
—Mais enfin que faut-il faire pour que tu l’acceptes ? demanda-t-elle désespérée.
—Que fait-il dans la vie ?
Nikki se tut. Kita lui jeta un coup d’œil avant de répondre.
—Il travaille dans une boulangerie.
Gemma eut l’air choqué.
—Quoi ? Tu sors avec un boulanger, Nikki ?
—Et alors ? Ce n’est pas un crime, s’exclama-t-elle défiante.
—Attends un peu que ton père l’apprenne. Il sera fou de rage.
—Maman, tu sais que tout ne tourne pas autour de l’argent ? dit Kita en croisant les bras sur sa poitrine.
—Je ne comprends pas pourquoi les filles de nos jours manquent d’ambition.
—Maman ! dirent simultanément ses filles, outrées par ses propos.
—Quoi ? Toutes les deux vous suivez le mauvais chemin. C’était d’abord toi Kita avec ce Santiago et maintenant Nikki avec un boulanger. Mais que voulez-vous à la fin ?
Nikki soupira. Sa mère ne la comprendrait jamais.
—Kita, je te laisse, lança-t-elle en lui faisant une bise.
Elle en fit une aussi à sa mère avant de se diriger vers la porte de sortie.
—Et elle s’en va sans m’écouter ! s’écria Gemma en la regardant partir.
—Je suis fatiguée, déclara Kita. Je vais dans ma chambre.
****
Kita se tourna et se retourna plusieurs fois dans son lit. Le sommeil tardait à venir.
Santiago était le directeur de Sainz. Kita essaya de s’imaginer la réaction de ses parents en apprenant la nouvelle. Allaient-ils apprécier ? Sûrement pas. Kita ne les connaissait que trop bien. Ils seraient furieux. Surtout son père qui n’avait jamais aimé Santiago, même pas quand ils sortaient ensemble. Et Dave n’apprécierait pas non plus.
Quelques heures plus tard, elle descendit dans le séjour. Elle y remarqua Dave.
—Salut Princesse, dit ce dernier à sa vue.
—Salut. Quand es-tu arrivé ?
—Il y a environ 10 minutes. Je ne voulais pas te déranger alors j’ai attendu que tu descendes.
Kita ne dit plus un mot, irritée. L’attitude de Dave dépassait l’entendement.
—Où est maman ? demanda-t-elle en jetant un coup d’œil autour d’eux.
—Elle est dans la cuisine.
—Il faut qu’on parle, Dave.
—D’accord, parlons, consentit-il en prenant un air sérieux.
—Pas ici. Allons dans le jardin.
Ils marchèrent jusqu’à s’arrêter au milieu du jardin.
—Que voulais-tu me dire ?
—Pourquoi fais-tu tout cela, Dave ?
—Que suis-je en train de faire ? dit-il d’un air si innocent que Kita leva les yeux au ciel.
—Tu t’imposes. Tu sais bien que je ne veux pas d’une relation, mais tu sembles si confiant et si assuré que …
—Que ?
—Que je me demande si tu ne serais pas en train de mijoter quelque chose.
Dave rit face à cette insinuation. Kita se demanda s’il ne se jouait pas d’elle.
—Non, rassure-toi. Je t’aime et je veux juste te le prouver malgré ton refus.
—N'insiste pas s’il te plait.
—Je ne peux pas vivre sans toi. Comprends-moi. Tu es mon souffle de vie, Kita.
—Arrête, ajouta-t-elle avant de lui tourner le dos. Tu te fais du mal à vouloir me forcer !
Elle était excédée qu’il insiste autant. L’amour ne se force pas dit-on.
Dave savait bien ce qu’elle pensait. Il était conscient qu’il courait vers une cause perdue, mais il ne voulait pas abandonner. Il se l’était promis. Il soupira avant de lui lancer :
—Tu comptes me laisser au dehors comme la dernière fois ?
Kita se rappela l’avoir planté dans le jardin la fois dernière, pressée de fuir les conséquences de ses actes. Elle se retourna :
—Mais non, rentre.
Ils retournèrent à l’intérieur et furent accueillis par Gemma.
—Décidément, vous faites un couple formidable les enfants.
—Maman, dit Kita en levant les yeux au ciel pour la deuxième fois dans la même soirée.
—Elle a raison, Kita, dit Armando en apparaissant à leurs côtés.
—Salut chéri, dit Gemma à son mari en lui faisant une bise. Où étais-tu ?
—Une affaire…
—Urgente, c’est ça ?
—Oui, en effet, déclara-t-il avant de se tourner vers Dave.
—Bonsoir Monsieur Armando, fit ce dernier.
—Dave et les affaires ?
—On ne se plaint pas, monsieur.
—Salut papa, dit Kita à son père. Ton affaire est réglée ?
—Oui. En fait, je l’ai ramené à bon port. Ils s’étaient trompés d’adresse. Alors et cette réunion ? Comment s’est-elle passée ?
—Cela s’est bien passé. Nous avons signé le contrat.
—Tu as pu faire la connaissance des autres membres de l’entreprise ?
—Le PDG n’a pas pu venir, mais il a envoyé un responsable de projet, sa fille et le directeur général, affirma-t-elle avec une appréhension cachée.
Le téléphone d’Armando sonna dans sa main et il le décrocha sans peine. Il raccrocha quelques minutes plus tard et regarda sa femme. Elle avait à présent une mine boudeuse.
—Je serai de retour avant minuit, lui assura-t-il.
Il lui lança un regard désolé avant de ressortir. Kita regarda son père s’en aller avec un léger soupir. Elle venait d’éviter un affrontement.
—Toujours ces urgences ! s’écria Gemma avec une voix pleine de lassitude avant de quitter la salle.
Il ne restait plus que Dave et Kita dans le séjour.
—Et Nikki ? Je ne l’ai pas vu, remarqua Dave.
—Elle doit être avec son copain.
—Alors, comment s’est passé la réunion d’aujourd’hui ?
—Euh, peut-on en parler plus tard ? Je ne veux pas parler de boulot pour l’instant.
Dave sourit légèrement.
—Comme tu voudras.
À la fin du dîner, Gemma alla se coucher après s’être jurée de punir Nikki pour son comportement. Il ne resta plus que Kita et Dave qui décidèrent d’aller prendre de l’air ensemble. Ils s’assirent côte-à-côte sur le banc planqué au beau milieu du jardin.
—Il y quelque chose que j’aimerais te dire, Dave. Je ne sais pas comment tu vas le prendre, mais tu le sauras de toute façon tôt ou tard.
—De quoi s’agit-il ?
—Du directeur général de Sainz.
—Je vois. J’avais remarqué que tu avais discrètement éliminé le sujet de la reunion d'aujourd'hui, dit-il d’un air malicieux. Je me demande bien pourquoi.
—En fait, j’ai découvert quelque chose de vraiment pas croyable sur le directeur général de Sainz.
—Qu’est-ce que c’est ?
—C’est Santiago.
