Chapitre 2
Depuis la haute fenêtre de sa chambre, Kita observa le départ de celui avec qui elle venait de discuter dans le jardin.
Elle avait vu de la déception dans son regard, mais il y avait aussi de la colère. Dave ne s’attendait sûrement pas à ce qu’elle rejette sa demande en mariage.
Nikki entra dans la chambre dont la porte était préalablement entrouverte et surprit sa grande sœur près de la fenêtre.
—Kita ? Que regardes-tu par la fenêtre ?
—Dave vient de partir, déclara-t-elle en lui faisant face.
—Ah bon ? Vous avez parlé ?
—Je lui ai dit que je ne pouvais pas l’épouser.
—Et comment l’a-t-il pris ?
— Devine. Je l’ai déçu. Il essayait de le cacher, mais ça se voyait qu’il m’en voulait.
—Tu dois le comprendre. Ça fait mal d’être repoussé.
—Sans doute, mais j’espère qu’il saura me pardonner. Je ne veux pas perdre notre amitié.
—Ça reste à voir, Kita. Il ne faut pas oublier que si vous vous séparez, il faudrait mieux lui donner du temps afin qu’il se fasse une raison.
Kita croisa les bras sur sa poitrine. Elle sembla soudainement pensive. Sa petite sœur crut même un instant apercevoir un brin de tristesse sur son visage.
— Tu penses à quoi ? demanda Nikki.
—Oh…Rien, juste des bêtises comme toujours.
—Allez, qu’est-ce qui te tracasses cette fois ?
—Je me posais juste cette question qui me faisait réfléchir depuis que Santiago est parti.
—Pourquoi il t’a abandonnée ?
—Oui. Pourquoi m’avoir laissé tomber; pourquoi être parti sans aucune raison. Je n’ai jamais trouvé de réponse malgré la lettre qu’il a laissée.
Nikki posa sa main sur son épaule. La voix de Kita reflétait la peine qui lui serrait le cœur.
—Tu devrais l’oublier. Il te fait trop souffrir. Tu devrais même plus garder sa lettre. Ça fait 08 ans bon sang !
—Si seulement c’était si simple, Nikki. Si seulement.
****
Le lendemain matin vers 07h30, toute la famille se retrouva à table pour le petit déjeuner.
—Kita, les documents sont-ils prêts pour la signature avec la société Sainz ? demanda son père.
—Oui, papa, tout est fin prêt. Mais je trouve que nous n’avons pas assez d’informations sur eux.
—Comment ça ? Je te rappelle que nous avons discuté à de nombreuses reprises par vidéoconférence avec le PDG pour parler du contrat.
—Nous connaissons le PDG, mais pas le reste des membres de Sainz.
—J’ai obtenu un rendez-vous avec le PDG et le directeur général. Il semble que le PDG est un as. Il est très influent dans notre milieu. J’attends avec impatience de les rencontrer et de faire affaire avec eux. Quant au directeur général, j’ai juste entendu dire que c’est un jeune homme vraiment talentueux et un génie des affaires.
—Plus talentueux que notre Dave ? demanda Gemma à son mari.
—Dave est un garçon vraiment talentueux, aimable et un bon fils, répondit-il en fixant Kita.
Voyant où il allait en venir, la jeune femme se dépêcha de changer de sujet :
—Quand aura lieu exactement cette réunion ?
—Elle aura lieu dans environ une heure, affirma-t-il en s’empressant de finir son café; le temps que nous prenions la route pour le bureau.
—Quoi ? C’est aujourd’hui qu’elle a lieu ?
—Oui, je ne te l’avais pas dit ? dit-il en lui lançant un coup d’œil.
—Non, je pensais que ce serait dans au moins deux mois vu qu’on n’a pas encore réussi à glaner un max d’infos.
—Eh bien, maintenant tu es prévenue, trésor. J’ai eu à analyser avec nos partenaires l’offre que cette entreprise nous a proposée. Nous avons conclu qu’elle était très intéressante. Avec un peu de chance, nous signerons ce contrat dès aujourd’hui.
—Mais, papa, tu aurais dû me le dire plutôt pour que je me prépare en conséquence, rétorqua-t-elle en déposant sa fourchette.
—Mais non, tu es parfaite, ma chérie.
—Armando, dit Gemma, Kita a raison. Imagine qu’elle se plante devant eux.
—Maman, je crois que Kita maîtrise la situation, intervint Nikki. C’est la femme d’affaire la plus talentueuse que je connaisse.
—Oui, aucun souci. C’est assuré ce contrat, dit Armando.
—En parlant de talentueux et de talentueuse, ne pensez-vous pas qu’il serait temps que Kita et Dave joignent leurs talents ? demanda Gemma aux convives.
Aussitôt une voix venue de l’extérieur leur parvint aux oreilles :
—Ce serait absolument merveilleux.
Tous tournèrent la tête vers le hall. Dave se rapprocha de la famille à table.
—Dave, dit Gemma toute enjouée, ah te voilà enfin. On parlait justement de toi.
—Bonjour tout le monde.
—Bonjour fiston, comment tu vas ? lui demanda Armando.
—Très bien, Monsieur.
—Tu veux bien prendre le petit déjeuner avec nous, Dave ? lui demanda Gemma.
—Merci, mais je ne voudrais pas déranger, affirma-t-il tout souriant.
—Mais tu ne nous dérange pas du tout, voyons, répondit Gemma avant de s’adresser à la servante qui se tenait debout à côté d’eux. Sonia, apporte un couvert pour Dave, s’il te plait.
—Tout de suite, Mme, répondit-elle avant de se diriger vers la cuisine.
—Assieds-toi, Dave.
Dave prit place sur une chaise à côté d’Armando, mais Gemma lui lança aussitôt :
—Non, pas là ! Assieds-toi à côté de Kita. Tu verras, c’est plus confortable.
Dave s’exécuta. Sonia, de retour, lui posa son couvert.
—Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a d’inconfortable auprès de papa, marmonna Nikki à voix basse mais suffisamment fort pour se faire entendre de tous.
—Nikki, arrête de me contredire tu veux, chérie ? répliqua Gemma souriante. Sers toi, Dave, je t’en prie.
—Comment vas-tu, mon amour ? dit Dave en se tournant vers Kita.
Quoique surprise par son air joyeux, cette dernière répondit :
—Je vais bien, merci.
—Tu m’as beaucoup manqué, tu sais ?
De plus en plus confuse, elle se tut et se contenta d’afficher un faux sourire.
—Ils forment un couple vraiment merveilleux ! s’exclama affectueusement Gemma en les contemplant. Tu ne trouves pas, Nikki ?
—En ce qui me concerne, je préfère ne pas donner mon avis.
Gemma pinça légèrement la joue gauche de sa fille benjamine.
—Maman ! se plaignit cette dernière en caressant sa joue malmenée.
—Dis-moi, Dave, ça fait longtemps que vous êtes ensemble. N’avez-vous jamais envisagé la possibilité de vous marier ? demanda Armando.
Kita, mal à l’aise, posa lentement son regard sur Dave. Ce dernier sourit de nouveau.
—Euh, enfin, nous prenons notre temps, Monsieur. Les affaires sont en cours. Nous voulons profiter au maximum de notre vie de jeune avant de nous unir pour la vie.
—Mais vous pourriez le faire après le mariage non ? proposa Gemma.
—Les enfants ont déjà fait leurs choix, dit Armando à sa femme, puis se tournant vers Dave et Kita, ajouta, mais que ça ne dure pas trop quand même.
—C’est promis, répondit Dave.
L’assurance dont faisait preuve le jeune homme mit Kita en alerte. Elle commença à se faire du souci. Ils venaient il n’y a pas si longtemps d’avoir une discussion où elle lui avait demandé à ce qu’ils arrêtent la relation. Pourquoi agissait-il donc comme si de rien n’était ?
—Kita, ça va ? Tu ne dis plus rien, lui fit remarquer sa mère.
—Euh si…en fait, je me préparais pour mon discours.
—Je suis sûre que tu vas les épater.
—Merci, maman.
—En parlant de ça, nous sommes très en retard. Il faut qu’on y aille, fit remarquer Armando.
Il se leva pour prendre son sac.
—À ce soir alors, dit Gemma en se levant pour aider son mari à arranger sa cravate.
Kita se leva à son tour. Elle fit une bise à sa mère et une autre à Nikki. Elle se tourna par la suite vers Dave.
—Au revoir, Dave.
Puis elle lui tourna le dos.
—Attends, Kita ! dit-il en se levant à son tour.
La jeune femme lui refit face. Il s’approcha d’elle, l’enlaça quelques secondes avant de la relâcher.
—Je voulais juste te souhaiter une bonne journée à ma manière.
Elle ne dit mot et partit. Dave prit congé du reste des membres de la famille. Gemma et Nikki demeurèrent les seules à table. Gemma en profita pour questionner sa fille.
—Dis-moi, est-ce que par hasard il y aurait un problème entre Dave et Kita ?
—Euh non pas du tout, répondit-elle en secouant la tête. Je ne crois pas. Pourquoi ?
—Je les ai trouvés un peu bizarres; surtout Kita qui n’arrêtait pas d’afficher un air étonné face à tout ce qui se disait.
—Non, maman, tu te fais des idées, c’est tout. Et puis tu devrais les laisser faire leur choix eux-mêmes.
—Un peu d’aide n’est pas de refus. Et toi, que comptes-tu faire aujourd’hui ?
—Eh bien, pas grand-chose. Je vais aller voir George chez lui. Il m’a dit de passer.
—Pourquoi faire ?
—Pour passer plus de temps ensemble, voyons.
—Ton père n’appréciera pas d’apprendre que tu sors avec un inconnu. Tu le connais d’où ?
—George n’est pas un inconnu, maman, répliqua-t-elle en se levant. Et puis laisse papa en dehors de ça, s’il te plait.
—Je vais le voir et lui dire de te laisser tranquille.
—Ah non ! fit Nikki en prenant la direction des escaliers.
—Oh que si ! rétorqua sa mère aussi fortement que possible pour qu’elle l’entende.
Une fois arrivés dans l’entreprise, Kita et son père se dirigèrent vers la salle de réunion. C’était une grande salle ornée de beaux chefs d’œuvres. Ils y surprirent quelques employés disposer sur la grande table les différentes commodités choisies pour l’occasion.
Tout semblait être prêt pour la réunion. Kita attendit que la salle se vide avant de se tourner vers son père.
—Je suis toujours d’avis que tu aurais dû me mettre au courant depuis le début. Et si je n’assure pas ?
—Mais non chérie, tu vas assurer, dit-il en ébauchant un sourire.
—C’est facile à dire, affirma-t-elle en croisant les bras. Tu aurais dû me prévenir à temps pour que je me prépare comme il se doit.
—Kita, tu es une fille très brillante et ce n’est pas pour rien que je te donne carte blanche sur tout. Tu es mon successeur dans cette entreprise. Tu es ma fille.
—Je suis ta fille, mais pas au même rang que Nikki, déclara-t-elle avec une mine de tristesse.
—Peu importe. Tu es ma fille et je t’aime, dit-il en lui caressant la joue.
Une larme glissa sur la joue de la jeune fille. Elle sourit à son père.
—J’aurais tellement aimé être votre fille pour de vrai.
—Mais tu l’es. Allez, fit-il en essuyant du bout des doigts sa joue, arrête de pleurer sinon je vais m’y mettre aussi.
—C’est juste que je ne peux m’empêcher de me dire que j’ai beaucoup de chance de vous avoir. Si je ne vous avais pas rencontré, Dieu seul sait ce que je serais devenue.
—Moi je suis sûr que tu serais toujours Kita, la brillante et sublime jeune fille que tu as toujours été.
Le téléphone d’Armando sonna dans la poche de son costume.
—Mais qui ça peut bien être, se demanda-t-il avant de décrocher. Oui, c’est à quel sujet ?
Kita remarqua que la mine de son père changeait au fur et à mesure qu’évoluait son appel. Il semblait légèrement contrarié.
—Que se passe-t-il ? demanda-t-elle après qu’il eut raccroché.
—Une urgence. Il paraît que la commande n’est pas arrivée à bon port. Je dois absolument y aller.
—Je comprends, mais et la réunion ? fit-elle avant de fixer sa montre. Il ne reste plus beaucoup de temps avant que les représentants de l’entreprise Sainz ne se pointent chez nous.
—Je ne pourrai pas y participer. Tu diras à ceux qui seront présents et principalement au PDG que j’ai été retenu pour une urgence. De toute façon, nous avons déjà abordé toutes les clauses du contrat lors des vidéoconférences. Cette rencontre, c'est juste de la paperasse. Tu signeras à ma place.
Il fit une bise au front à sa fille avant de prendre la sortie.
Kita resta figée sur place. Le stress commença à prendre possession d’elle. Elle devait, seule, mener la réunion avec le PDG de Sainz et ses hommes. Elle fit des aller-retours dans la salle, histoire de se donner du courage. Elle se calma enfin et s’assit à sa place, à l’autre bout de la grande table. De son sac, elle sortit des documents qu’elle arrangea sur la table pour la réunion. Elle se leva ensuite et se dirigea vers la fenêtre en verre. Elle remarqua à travers la fenêtre, en bas, deux personnes qui venaient de sortir d’une luxueuse voiture limousine, un jeune homme et une jeune femme, tous deux vêtus de blanc.
Quelques minutes plus tard, la réceptionniste l’informa par téléphone de leur arrivée.
—Très bien. Fais-les entrer.
Du côté de la réceptionniste…
—Vous pouvez y aller. Elle vous attend dans la salle de réunion, leur dit-elle. Elle se situe au 4ème étage, au fond à droite.
—Merci, fit la jeune femme.
Ils entrèrent dans l’ascenseur.
—Dis, est-ce qu’il t’a dit pourquoi il a préféré venir un peu plus tard ? demanda l’homme à sa collègue.
—Non et ça m’intrigue si tu veux tout savoir, répondit cette dernière.
Lorsque la porte de la salle de réunion s’ouvrit, Kita vit ces mêmes personnes qu’elle avait aperçues en bas. Elle se leva pour les accueillir.
—Bonjour à vous. Soyez les bienvenues à KAD’s corp, dit-elle en tendant la main à l’homme.
Il porta la main de la jeune femme à ses lèvres, ce qui étonna Kita qui s’attendait plutôt à une salutation des plus classiques.
Puis ce fut le tour de la femme. Elle et Kita se serrèrent la main.
—Asseyez-vous, je vous prie, déclara Kita aux invités.
Après qu’ils se soient tous les trois assis, l’homme prit la parole :
—Je crois que des présentations s’imposent. Je m’appelle Karl Ruiz et je suis responsable de ce projet. Elle, ajouta-t-il en désignant de la main la jeune femme, c’est Angéla Pela, l’assistante du directeur général.
—Enchantée, je m’appelle Kita Kadona, directrice générale de KAD’s corp. Mais dites-moi, n’étions-nous pas censés accueillir votre directeur général ainsi que le Président ?
—Oui c’est ce qui était prévu, mais le directeur a eu un empêchement et de ce fait m’a envoyée à sa place, déclara Angéla.
—Notre président n’a pas pu se déplacer, ajouta Karl. Une affaire urgente l’a retenue aux Etats-Unis.
—Je comprends. Voyez-vous, le président de cette entreprise a eu un empêchement lui aussi. Mais nous aurons besoin de la signature de l’un des votres pour le contrat.
—Ne vous en faites pas, assura Angela. Le directeur général nous rejoindra d’ici une heure.
—D’accord. Si vous ne voyez pas d’inconvénient, j’aimerais débuter la réunion.
—Oui allez-y, fit Karl en sortant quelques documents de son sac qu’il déposa sur la table.
Une heure plus tard…
—Maintenant que les termes du contrat sont établis, lus et approuvés, déclara Karl, il ne manque plus que la signature des deux parties.
—Eh bien, en tant que directrice générale de KAD’s corp, je commence, déclara Kita en prenant son stylo.
Elle tira les documents jusqu’à elle et y apposa sa signature. La sonnerie de la combine interrompit leur échange. Kita décrocha l’appel et fut informée par la réceptionniste de l’arrivée du directeur général de la société Sainz.
—Je vais enfin pouvoir faire sa connaissance.
—Oui, vous verrez, ajouta Angéla, c’est quelqu’un de vraiment talentueux.
—C’est incroyable. Tout le monde n’arrête pas de le dire, affirma Kita d’un air amusé.
—Il doit être déjà là, dit Angéla avant de se lever et de prendre la direction de la porte.
Elle croisa le directeur dès qu’elle eut franchi le couloir.
—Bonjour Monsieur, dit-elle avec un sourire narquois. Nous n’attendons que vous pour tout finaliser. Suivez-moi, je vous prie.
Kita s’était déjà levée pour accueillir le nouveau venu avec le sourire. Angela entra dans la salle, suivie par le fameux directeur général de Sainz.
La vue du directeur ôta cependant le sourire du visage de Kita. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle le regarda avancer et crut pendant quelques secondes apercevoir un mirage.
—Mlle Kadona, dit Angela en indiquant de la main celui qui l’accompagne. Permettez-moi de vous présenter le directeur, Monsieur…
—Santiago Torres pour vous servir, compléta le directeur général de Sainz en tendant la main à Kita. C’est un honneur de vous rencontrer.
