Chapitre 5
Le trajet jusqu’à la maison ressemble à un cauchemar. Je tremble tellement de rage que mes dents claquent presque. Les gardes me lâchent finalement dans le grand salon avant de partir. Puis le silence tombe. Quelques secondes plus tard… Josy entre lentement dans la pièce. Et cette fois… Son masque disparaît complètement. Plus aucun sourire doux.
Plus aucune gentillesse. Elle me regarde comme on regarde quelque chose qu’on déteste depuis longtemps.
Je recule légèrement.
— Pourquoi… ?
Josy laisse échapper un petit rire méprisant.
— Enfin.
Elle retire calmement ses gants avant de s’asseoir. Comme si cette conversation était prévue depuis des années. Peut-être que c’est le cas.
— Depuis toute petite, Doria a été préparée pour ça.
Mon souffle se bloque.
— Quoi… ?
— Tu crois que cette ressemblance est arrivée par hasard ? demande-t-elle froidement. Tu crois que je n’ai pas vu une opportunité ? Je la fixe sans comprendre. Mon cerveau refuse presque d’écouter la suite. Mais elle continue. Calmement, cruellement.
— Pendant que ta mère vivait dans le luxe avec ses entreprises et son mari parfait… moi je regardais ma fille manquer de tout.
Sa voix devient plus dure.
— Alors oui. J’ai élevé Doria pour qu’elle devienne toi.
Un frisson monstrueux traverse mon corps.
— Non…
— Les mêmes manières. Les mêmes goûts. Les mêmes expressions. Tout. Mes mains commencent à trembler violemment. Les souvenirs reviennent brutalement dans ma tête. Les vêtements identiques. Les jeux d’enfance. Les “blagues” où on échangeait nos places. Mon Dieu. Mon Dieu.
— Même ses cafés pour dormir… continue Josy avec un sourire glacial. Ça a beaucoup aidé ces derniers mois. Je sens mon estomac se retourner.
— Vous m’avez droguée…
— Tu dormais tellement facilement.
Les larmes montent brutalement dans mes yeux.
— Pourquoi… ?
Josy me regarde avec une froideur terrifiante.
— Parce que ta vie devait être celle de ma fille depuis le début. La richesse, la gloire et ton fiancé.
Puis elle sourit légèrement. Un sourire monstrueux.
— Et maintenant… elle l’a enfin prise.
Je reste immobile pendant plusieurs minutes après le départ de Josy. Ou peut-être plusieurs heures. Je ne sais même plus. Mon cerveau refuse toujours de comprendre ce qui vient de se passer. Toute ma vie… Toute ma putain de vie était un piège. Je regarde lentement autour de moi. Cette maison. Les tableaux. Les escaliers. Les souvenirs. Même ici… je ne me sens plus chez moi. J’ai l’impression d’être une étrangère dans ma propre existence. Mes jambes finissent par céder et je tombe à genoux sur le sol.
Puis les larmes explosent enfin. Violentes. Incontrôlables. Je pleure tellement que ma poitrine me fait mal. Asher ne m’a pas reconnue. Cette pensée me détruit encore et encore. L’homme qui connaît chaque détail de moi.
L’homme qui devait devenir mon mari. Il m’a regardée droit dans les yeux… Et il a choisi elle. Je serre mes mains contre mon visage en essayant de respirer. Mais le cauchemar n’est même pas terminé. Quelques heures plus tard, deux hommes entrent dans le salon accompagnés de Josy. Je relève immédiatement la tête. Et mon sang se glace. Des dossiers. Des papiers. Des documents juridiques. Josy affiche un sourire satisfait.
— Grâce au mariage, Doria possède désormais les accès officiels aux comptes et aux entreprises sous l’identité d’Orphélia.
Mon souffle se coupe.
— Non…
— Et vu ton “état mental”, personne ne te laissera approcher cette fortune. Elle imite bien ta signature tu ne crois pas ?
Je me relève brutalement.
— C’EST MA VIE !
— Plus maintenant.
Elle s’approche lentement de moi.
— Tu aurais dû rester endormie gentiment.
Puis elle fait un signe aux deux hommes.
— Attachez-la.
La panique me frappe immédiatement.
— Ne me touchez pas !
Je me débats violemment mais ils sont beaucoup plus forts que moi.
Quelques secondes plus tard mes poignets sont attachés.
— Vous êtes malades ! hurlé-je.
Josy me regarde avec un calme monstrueux.
— Demain matin tu seras admise dans un établissement psychiatrique privé. Et honnêtement… avec la scène que tu as faite aujourd’hui, personne ne doutera du diagnostic.
Je sens la terre entière s’effondrer sous mes pieds. Un asile. Ils veulent réellement me faire disparaître définitivement. La voiture roule depuis presque vingt minutes. Mes poignets me brûlent à force de tirer sur les liens. Deux hommes sont avec moi à l’arrière pendant que le chauffeur conduit en silence. Je regarde discrètement autour de moi. Respire, Orphélia. Réfléchis. Tu ne peux pas finir enfermée. Pas comme ça. Mes doigts bougent lentement contre les liens. Encore. Encore un peu. Puis soudain… Le nœud lâche. Mon cœur bondit violemment. Maintenant. Je me jette brusquement vers l’avant.
— HEY !
Ma main attrape le volant pendant que l’autre frappe le chauffeur au visage. La voiture dévie brutalement. Les hommes derrière moi crient. Puis tout devient chaos. CRASH. Le bruit est monstrueux. Le véhicule percute violemment quelque chose.
Le bruit est monstrueux. Le véhicule percute violemment quelque chose avant de basculer légèrement sur le côté. Ma tête frappe contre la portière. Une douleur atroce traverse mon crâne. Mais l’adrénaline est plus forte. Je pousse la porte avec difficulté avant de sortir en trébuchant sur la route. Du sang coule le long de mon front. Mes jambes tremblent. Mais je cours. Je cours sans même regarder derrière moi.
Parce qu’il n’y a qu’une seule pensée dans ma tête maintenant. Asher, il doit finir par comprendre. Il doit comprendre. Quand j’arrive finalement devant sa propriété, je suis dans un état catastrophique. Pieds nus. En vêtements sales. Les cheveux complètement emmêlés. Du sang séché sur le visage. Je ressemble réellement à une folle maintenant. Ironique. Je frappe violemment contre le portail.
— ASHER !
Ma voix se brise presque.
— ASHER OUVRE-MOI !
Le garde me regarde avec méfiance. Évidemment.
Puis soudain… Une voiture noire apparaît dans l’allée. Mon cœur bondit immédiatement. Asher descend du véhicule. Et juste derrière lui… Doria apparaît à son bras.
Mon cœur recommence à battre tellement fort que j’ai l’impression qu’il va exploser.
Asher. Il est là. À quelques mètres seulement. Si près… et pourtant si loin. Je cours presque vers lui avant que les gardes ne me bloquent immédiatement.
— Attendez ! crié-je. Asher écoute-moi !
Il recule légèrement en me regardant avec incompréhension. Avec méfiance. Mon Dieu… Ses yeux ne montrent rien. Aucune reconnaissance.
Seulement de la prudence face à une femme sale couverte de sang qui hurle devant chez lui comme un fantôme échappé d’un film d’horreur. Doria serre doucement son bras. Toujours cette comédie parfaite. Toujours ce visage calme.
— C’est encore elle… murmure-t-elle tristement.
Je la regarde avec haine. Une haine tellement énorme qu’elle me brûle la poitrine.
— ARRÊTE DE MENTIR !
Asher fronce les sourcils.
— Qui êtes-vous exactement ?
Cette phrase me détruit. Complètement. Je reste figée quelques secondes avant de sentir les larmes monter brutalement.
— Non… Asher… non…
Ma voix tremble.
— C’est moi… Orphélia…
Il échange un regard avec Doria.
Comme si j’étais folle. Comme si elle était réellement moi.
Puis une autre voix retentit derrière lui.
— Que se passe-t-il ici ?
Madame Diana apparaît sur les marches de la maison avec son élégance froide habituelle.
La mère d’Asher.
La femme qui me connaît depuis l’enfance. Enfin… normalement. Ses yeux se posent sur moi. Puis immédiatement, son visage se crispe avec dégoût et inquiétude.
— Mon Dieu…
Je m’avance aussitôt.
— Madame Diana c’est moi ! Je vous en supplie regardez-moi bien !
Elle recule instinctivement.
— Asher fais partir cette femme immédiatement.
Je secoue violemment la tête.
— Vous me connaissez ! Vous me connaissez depuis que j’ai six ans !
Mais elle regarde déjà Doria avec protection. Comme une belle-fille qu’elle veut rassurer.
Le monde entier devient irréel autour de moi. Puis soudain… Une idée me frappe. La cicatrice. Je relève brusquement la tête vers Asher.
— Le camping.
Il fronce légèrement les sourcils.
— Quoi ?
— Le camping sauvage quand on avait dix-sept ans ! Avec Christine, Doria et les autres !
Je respire vite maintenant.
— Je me suis blessée ce soir-là ! Tu te souviens ? Sur la falaise près du lac !
Quelque chose passe enfin dans son regard. Une hésitation. Oui. Oui bon sang.
— J’ai une cicatrice sur la cuisse gauche ! soufflé-je rapidement. Tu étais avec moi quand c’est arrivé !
Je vois enfin le doute apparaître légèrement sur son visage. Je tourne immédiatement la tête vers les gardes.
— Lâchez-moi !
Je relève brutalement mon pantalon au niveau de ma cuisse avec des mains tremblantes. Et la cicatrice apparaît. Fine mais bien visible. Je regarde Asher avec désespoir.
— Tu vois ?!
Le silence tombe brutalement.
Son visage change légèrement. Il connaît cette cicatrice.
Parce qu’il était là quand je me suis ouverte la peau sur cette roche stupide pendant que tout le monde riait autour du feu. Pendant une seconde… J’ai l’impression que tout va enfin s’arranger. Puis Doria soupire doucement derrière lui.
— Sérieusement… ?
Je tourne immédiatement la tête vers elle. Et mon sang se glace.
Très lentement…
Doria relève elle aussi le tissu de sa robe. Même cuisse. Même endroit. Même cicatrice. Non. Mon cerveau refuse immédiatement ce que je vois. Non non non non. Asher reste figé. Sa mère aussi. Doria baisse tristement les yeux.
— Je savais qu’elle finirait par utiliser ça un jour…
Je la regarde avec horreur.
— Tu…
Ma voix se casse complètement. Doria relève calmement les yeux vers moi.
— Tu pense que je pourrais mentir à Asher ?
Cette folle. Cette malade. Elle s’est blessée exprès. Juste pour me copier. Je commence à reculer lentement.
Mon souffle devient instable. Je vois maintenant le regard des autres. La peur. Le malaise. Ils pensent vraiment que je suis dérangée.
