Chapitre 4
Ma tête me fait tellement mal que j’ai l’impression qu’on me frappe le crâne avec un marteau. Je gémis faiblement avant d’ouvrir difficilement les yeux. Pourquoi la lumière est aussi forte… ? Je cligne plusieurs fois des paupières en essayant de reprendre mes esprits. Mon corps entier est lourd. Mes bras. Mes jambes. Même respirer semble compliqué. Puis soudain... Le mariage. Mon mariage. Je me redresse brutalement dans le lit avant de grimacer à cause du vertige violent qui me frappe immédiatement.
— Merde…
Mon regard tombe sur l’horloge. Et mon cœur s’arrête. Midi. Midi ? NON. Mon mariage devait commencer à dix heures à l’église. Je saute presque hors du lit malgré mes jambes tremblantes.
— Non non non non…
La panique explose immédiatement dans ma poitrine. Pourquoi personne ne m’a réveillée ?! Je sors de la chambre en courant, toujours en pyjama, les cheveux complètement en bataille.
— DORIA ! crié-je.
Aucune réponse.
— DORIA !
Je descends les escaliers presque en trébuchant avant de tomber sur deux domestiques dans le salon. Elles sursautent en me voyant. Puis leurs visages deviennent confus. Très confus.
— Mademoiselle Doria… ? demande l’une d’elles.
Je la regarde comme si elle était devenue folle.
— Où est Doria ?!
Les deux femmes échangent un regard incompréhensible.
— Mais… madame Orphélia est déjà partie à l’église ce matin…
Mon sang se glace. Quoi ?
— Qu’est-ce que vous racontez… ? C'est moi Orphélia.
— Vous êtes revenue ? demande l’autre avec hésitation. Nous vous avons pourtant vue quitter la maison ce matin avec votre robe…
Je recule lentement. Mon cœur commence à battre beaucoup trop vite. Non. Non non non. Je monte les escaliers en courant malgré le vertige qui me déchire la tête avant d’ouvrir brutalement la porte de mon dressing. Et là… Le vide. Ma robe a disparu. Les bijoux aussi. Même mes chaussures. Je reste figée quelques secondes. Mon cerveau refuse complètement de comprendre ce que mes yeux voient. Puis soudain… Tout revient. Les cafés. Le sommeil. Les vertiges. Les disputes avec Christiane. “Cette fille cache quelque chose.” Un frisson d’horreur traverse tout mon corps.
— Non…
Je recule lentement avant de me précipiter hors de la pièce. Je descends les escaliers en courant pendant que les domestiques m’appellent derrière moi mais je ne les écoute même plus.
Je attrape les premières clés que je trouve dans le garage avant de monter dans une voiture. Mes mains tremblent tellement que j’ai du mal à démarrer.
— Non non non…
Les larmes brouillent déjà ma vision. La route jusqu’à l’église ressemble à un cauchemar flou. Je grille presque un feu rouge. Je manque de heurter une voiture. Je tremble tellement que mes doigts glissent sur le volant. Et quand j’arrive enfin devant l’église… Le monde s’écroule. Des invités sortent déjà du bâtiment.
Certains se retournent immédiatement vers moi avec des expressions choquées.
Évidemment. Je ressemble à une folle. Pyjama. Cheveux emmêlés. Yeux rouges. Mais je m’en fiche. Je cours vers les grandes portes ouvertes. Puis je la vois. Et mon cœur se brise tellement violemment que j’ai l’impression de mourir sur place.
Doria. Dans MA robe. Portant MES bijoux. Mes cheveux. Mon maquillage. Mon sourire. Elle est accrochée au bras d’Asher. Mon fiancé. Non. Mon mari maintenant. Parce qu’au moment où je les vois… Ils sortent justement de l’église sous les applaudissements. Comme un couple parfait.
Le monde devient silencieux autour de moi.
Complètement silencieux. Je regarde Asher rire doucement avant de tourner la tête vers elle. Vers Doria. Et il ne remarque même pas que ce n’est pas moi. Il ne remarque rien.
Ma poitrine se serre si fort que j’ai du mal à respirer. Doria relève finalement les yeux. Et elle me voit. Pendant une seconde… Une seconde entière… Son sourire vacille.Puis elle serre un peu plus le bras d’Asher. Comme si cette place lui appartenait déjà.
Je manque de m’effondrer.
— Asher… soufflé-je d’une voix brisée.
Mais personne ne m’écoute.
Parce qu’aux yeux de tout le monde… La vraie Orphélia… C’est elle.
Je crois que mon cœur s’arrête réellement pendant quelques secondes. Le monde entier devient flou autour de moi. Les invités. Les fleurs. Les chants. Les regards. Tout disparaît. Il ne reste plus qu’elle. Doria. Debout devant l’autel dans MA robe. Mes bijoux autour du cou. Mes talons, mon voile, mon fiancé à son bras. Mon existence entière portée par quelqu’un d’autre. Je reste figée au milieu de l’église avec mes cheveux en bataille, mon vieux pyjama froissé et mes mains tremblantes. Puis la panique explose enfin dans ma poitrine.
— ASHER !
Ma voix résonne brutalement dans toute l’église. Tous les regards se tournent vers moi. Asher fronce immédiatement les sourcils. Son regard me traverse avec confusion. Comme s’il ne comprenait pas ce qu’il voit. Je cours presque jusqu’à eux.
— Asher c’est moi ! C’est moi Orphélia !
Des murmures éclatent partout autour de nous. Je me tourne vers Doria avec des yeux remplis d’incompréhension.
— Dis-leur ! Dis-leur la vérité !
Mais Doria me regarde avec un air… triste. Presque inquiet. Comme si ELLE me prenait pour une folle.
— Orphé… murmure-t-elle doucement.
Non. Non non non. Pas ce regard. Pas cette voix. Je secoue violemment la tête.
— Arrête ça !
Asher s’avance légèrement devant elle avec méfiance.
— Doria… qu’est-ce qu’elle fait ici ?
Mon souffle se coupe brutalement. Doria. Il vient de m’appeler Doria. Je le fixe avec horreur.
— Asher… ?
Il ne me reconnaît pas. Mon Dieu. Il ne me reconnaît vraiment pas. Doria serre doucement son bras comme une épouse inquiète.
— Je suis désolée… dit-elle d’une voix tremblante. Elle recommence encore…
Je la regarde comme si un monstre venait soudainement de prendre son visage.
— Quoi… ?
Elle baisse tristement les yeux.
— Ma cousine Doria ne va pas bien depuis quelque temps…
Un silence choqué tombe immédiatement dans l’église. Puis les murmures explosent encore plus fort. Mon sang se glace entièrement. Non. NON.
— Tu es malade ?! crié-je. C’EST MOI ORPHÉLIA !
Doria recule légèrement contre Asher comme si elle avait peur de moi. Cette salope. Cette putain de salope est en train de voler ma vie sous mes yeux.
— Elle se drogue parfois… murmure doucement Doria aux invités. Je pensais qu’elle allait mieux…
Je sens quelque chose exploser dans ma tête.
— TU MENTIS !
Je me jette presque sur elle mais deux gardes me retiennent immédiatement.
— LÂCHEZ-MOI !
Je me débats violemment.
Mes yeux cherchent Asher. Il doit comprendre. Il DOIT comprendre.
— Asher regarde-moi ! C’est moi ! Tu me connais !
Mais il me regarde comme on regarde une étrangère dangereuse. Pire. Comme on regarde quelqu’un qui fait peur. Cette expression détruit quelque chose à l’intérieur de moi.
— Faites-la sortir, dit froidement un homme derrière nous.
— NON !
Je hurle presque maintenant.
— Je suis Orphélia ! CETTE FEMME EST UNE IMPOSTEURE !
Mais les invités me regardent déjà avec malaise. Avec pitié. Comme si j’étais réellement folle. Puis une nouvelle voix tombe derrière moi.
— Pardonnez-la…
Je me fige immédiatement. Tante Josy. La mère de Doria s’avance avec un air honteux parfaitement joué. Cette femme devrait recevoir un oscar. Elle pose une main dramatique contre sa poitrine avant de regarder les invités.
— Ma fille Doria traverse une période difficile…
Je la fixe avec horreur.
— Tante Josy…
Elle ne me regarde même pas.
— Depuis quelque temps elle confond parfois la réalité et ses obsessions… Mes jambes deviennent faibles. Non. Non non non. Pas elle aussi.
— Tu sais très bien que je suis Orphélia ! soufflé-je avec désespoir.
Enfin, elle tourne les yeux vers moi. Et dans son regard… Je ne vois absolument aucune hésitation. Seulement du mépris. Froid, ancien, profond.
— Emmenez-la.
Les gardes me tirent brutalement malgré mes cris. Je continue de me débattre. De hurler. Doria reste accrochée au bras d’Asher pendant qu’il me regarde partir sans bouger. Sans me reconnaître. Et ça… Ça me détruit plus que tout le reste.
Le trajet jusqu’à la maison ressemble à un cauchemar. Je tremble tellement de rage que mes dents claquent presque. Les gardes me lâchent finalement dans le grand salon avant de partir. Puis le silence tombe. Quelques secondes plus tard… Josy entre lentement dans la pièce. Et cette fois… Son masque disparaît complètement. Plus aucun sourire doux.
Plus aucune gentillesse. Elle me regarde comme on regarde quelque chose qu’on déteste depuis longtemps.
Je recule légèrement.
— Pourquoi… ?
Josy laisse échapper un petit rire méprisant.
— Enfin.
Elle retire calmement ses gants avant de s’asseoir. Comme si cette conversation était prévue depuis des années. Peut-être que c’est le cas.
— Depuis toute petite, Doria a été préparée pour ça.
Mon souffle se bloque.
— Quoi… ?
— Tu crois que cette ressemblance est arrivée par hasard ? demande-t-elle froidement. Tu crois que je n’ai pas vu une opportunité ?
Je la fixe sans comprendre.
