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Chapitre 2

Le bruit des tissus qu’on déplace, des talons qui claquent et des voix excitées finit par me donner mal à la tête.

— Celui-là est magnifique !

— Non celui-ci !

— Oh mon Dieu Orphélia essaye celui-là immédiatement !

Je laisse échapper un petit rire fatigué pendant qu’une vendeuse ajuste encore une robe contre moi. Depuis ce matin, ma vie ressemble à une attaque organisée de dentelle et de satin. Les préparatifs du mariage avancent beaucoup trop vite.

Dans moins de deux mois… je vais devenir la femme d’Asher. Cette pensée suffit encore à faire battre mon cœur plus fort.

Asher et moi sommes fiancés depuis l’enfance. Nos familles étaient proches, presque fusionnelles. Quand nous étions petits, les adultes plaisantaient déjà sur notre futur mariage pendant qu’on se disputait pour des bonbons.

Et puis avec les années… ce n’est plus devenu une blague.

Je souris doucement en regardant la bague brillante autour de mon doigt.

Malgré tout ce qui s’est passé après la mort de mes parents, Asher est resté là. Toujours. Même quand je devenais insupportable. Même quand je m’enfermais pendant des jours. Même quand je refusais de parler à qui que ce soit.

Il attendait simplement devant ma porte avec une patience presque inhumaine.

Christiane s’écroule soudainement sur le canapé du salon privé avec un soupir dramatique.

— Je vais mourir ici.

Je tourne la tête vers elle en levant un sourcil.

— Tu exagères.

— Non. Ces femmes m’ont fait essayer quatorze robes alors que ce n’est même pas MON mariage.

Doria laisse échapper un petit rire élégant derrière nous.

— Personne ne t’a forcée à toutes les essayer.

— Si ! Mon âme me l’a demandé !

Je ris doucement pendant que Christiane attrape une bouteille d’eau comme une survivante du désert.

Doria, elle, reste calme comme toujours. Assise près de la fenêtre, jambes croisées, parfaitement maquillée, parfaitement coiffée. Même après plusieurs heures ici, elle ressemble encore à une publicité pour le luxe.

Parfois je me demande si cette fille transpire réellement comme les humains normaux.

Une vendeuse arrive finalement avec une nouvelle robe immense.

— Mademoiselle Orphélia, votre fiancé vient d’envoyer un message. Il dit qu’il passera peut-être vous voir.

Mon visage s’éclaire immédiatement sans que je puisse le contrôler.

Christiane pousse aussitôt un cri étouffé.

— Regardez-la ! Elle sourit comme une adolescente dans une série romantique ridicule !

Je lui lance un coussin.

— Tais-toi.

— Non mais c’est vrai ! Dès qu’on parle d’Asher tu deviens incapable de fonctionner normalement.

Doria nous observe silencieusement pendant quelques secondes avant de sourire légèrement.

— Ils sont mignons ensemble.

Christiane tourne aussitôt la tête vers elle. Pas agressivement. Mais ce petit froid entre elles apparaît encore une fois.

Christiane n’a jamais vraiment aimé Doria. Elle reste polie parce qu’elle sait à quel point ma cousine compte pour moi… mais je le vois bien. Quelque chose la dérange. Quand je lui ai demandé une fois pourquoi, elle a simplement répondu :

“Je ne sais pas. J’ai juste un mauvais pressentiment.” Ridicule. Doria est la personne la plus présente dans ma vie depuis toujours. Elle m’a aidée à survivre après la mort de mes parents. Elle prend soin de moi. Elle me protège. Alors oui… parfois je trouve étrange que Christiane soit aussi froide avec elle.

Mais elles font quand même des efforts pour moi.

Même maintenant.

— Bon, dit soudainement Christiane en se levant, si le futur mari arrive ici je refuse d’assister à une scène romantique gênante.

Je ris doucement.

— Tu es jalouse parce que tu es célibataire.

— Faux. Je suis libre, indépendante et magnifique.

— Et seule.

— Exactement.

Doria éclate doucement de rire cette fois. Et pendant quelques secondes, tout paraît normal. Simple. Paisible. Je ne remarque même pas le regard silencieux que Doria pose sur ma bague de fiançailles. Un regard calme. Beaucoup trop calme.

Je pensais sincèrement que cette journée allait être calme. Juste une dégustation de gâteaux de mariage. Du sucre. Des robes. Des discussions inutiles sur des fleurs hors de prix. Bref… un enfer normal de future mariée. Mais évidemment, l’univers adore se moquer de moi.

Nous sommes installées dans un salon privé d’une pâtisserie luxueuse pendant qu’une femme nous présente des dizaines de modèles de gâteaux gigantesques. Franchement, certains ressemblent plus à des immeubles qu’à des desserts.

Christiane mange déjà une troisième cuillère de crème sans aucune honte.

— Celui-là est incroyable.

— Tu dis ça pour tous, soupire Doria.

— Parce que je respecte mon estomac contrairement à certaines personnes qui survivent sûrement grâce au venin.

Je lève immédiatement les yeux vers Christiane. Ça commence. Encore. Depuis le déjeuner de ce midi avec Asher, l’ambiance entre elles est catastrophique. Et je sais exactement pourquoi. Pendant le repas, Doria et Asher parlaient tranquillement du mariage pendant que j’étais au téléphone avec un fournisseur. Rien d’anormal. Absolument rien. Mais Christiane, elle, a immédiatement commencé à regarder Doria bizarrement. Puis après le déjeuner elle m’a prise à part pour me sortir la phrase la plus absurde de l’année : “Ta cousine est beaucoup trop proche de ton fiancé.” Ridicule. Asher connaît Doria depuis l’enfance lui aussi. Évidemment qu’ils parlent normalement. Mais Christiane refuse de lâcher l’affaire. Et maintenant elle recommence avec ses petites piques stupides. Doria repose lentement sa tasse avant de relever les yeux vers elle.

— Tu as un problème avec moi ?

Christiane sourit faussement.

— Oh enfin. Elle parle.

— Réponds à ma question.

— D’accord. Oui. J’ai un problème avec les femmes qui se collent au fiancé de leur cousine comme des sangsues parfumées.

Je ferme immédiatement les yeux. Mon Dieu. Pas ici. Pas aujourd’hui.

— Christiane… commence-je.

Mais elle continue déjà.

— Sérieusement Doria, à un moment il faut avoir un peu de dignité.

Le regard de Doria devient glacé.

Complètement glacé.

— Fais attention à ce que tu racontes.

— Sinon quoi ?

— Christine stop, dis-je rapidement.

Elle tourne brusquement la tête vers moi.

— Non Orphélia. Depuis des semaines je me tais pour toi mais cette fille dépasse les limites.

— Tu es ridicule, lâche Doria froidement.

Christiane éclate d’un rire nerveux.

— Ridicule ? Oh pardon madame la sainte. Tu croyais peut-être que personne ne remarquait tes regards bizarres sur Asher ?

— Tu inventes des histoires parce que tu ne supportes pas qu’un homme puisse regarder ailleurs que ton décolleté cinq minutes.

Le visage de Christiane change immédiatement. Oh merde.

— Répète ça.

— Tu m’as très bien entendue.

Christiane se lève brusquement de sa chaise.

— Espèce de chienne en chaleur.

Le silence tombe brutalement dans le salon.

Même la vendeuse semble sur le point de s’évanouir. Doria se lève à son tour, lentement.

Dangereusement calmement.

— Et toi tu es une pétasse vulgaire qui flirte avec tout ce qui respire.

La gifle part tellement vite que je sursaute.

CLAQUE. Le visage de Doria tourne brutalement sous le choc. Christiane tremble de colère.

— Peut-être. Mais au moins moi je ne bave pas sur le fiancé de ma cousine.

— ARRÊTEZ ! crié-je enfin.

Je me place immédiatement entre elles avant qu’elles ne s’entretuent avec des cuillères à dessert.

Mon cœur bat beaucoup trop vite.

— Vous êtes devenues folles ou quoi ?!

Christiane me regarde encore furieuse.

— Demande-lui pourquoi elle regarde Asher comme ça alors.

— Parce qu’il est le fiancé de MA cousine ! répond Doria avec rage. Évidemment que je lui parle !

— Tu lui parles peut-être un peu trop !

— Ça suffit ! lancé-je presque au bord de la crise.

Le silence retombe quelques secondes.

Je regarde l’une puis l’autre avec incompréhension. Pourquoi cette histoire devient aussi énorme ? Pourquoi elles se détestent autant soudainement ? Doria finit par reprendre son sac avec des gestes secs. Son regard passe sur Christiane avec un mépris glacial.

— Je refuse de rester une minute de plus avec cette folle.

Christiane éclate d’un rire nerveux.

— Oh non la princesse est vexée.

— CHRISTIANE !

Mais c’est inutile. Doria quitte déjà le salon sans même me regarder. La porte claque violemment. Je reste figée au milieu de la pièce avec l’impression d’avoir la migraine du siècle. Christiane croise les bras. Toujours furieuse.

— Cette fille cache quelque chose.

Je pousse un long soupir fatigué.

— Tu te fais des films.

Mais au fond… Une toute petite sensation étrange commence enfin à gratter quelque part dans ma poitrine.

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