Chapitre 3
— Elle est super belle ! Répond-elle sans hésiter.
— Je l’ai achetée très cher, tu sais ? Ta maman a travaillé avec des objectifs clairs et aujourd’hui, ils sont atteints. Regarde cette maison, regarde notre voiture. Et en plus, j’ai payé le bus scolaire : il viendra te chercher ici chaque jour et te ramènera.
— Merci maman..
Je suis resté silencieux tout ce temps. Après le repas, je dis à Triner d’aller se coucher pour pouvoir parler seul à seul avec sa mère.
— Qu’est-ce que tu veux encore ? J’ai eu une longue journée, j’ai besoin de repos, me répond-elle aussitôt, sèchement, dès que je lui propose de discuter.
— Je voulais juste te remercier de m’avoir amené ici, dans ta maison, et te féliciter pour l’achat. Franchement, aujourd’hui, sans toi, on aurait été humiliés.
— “ON” ? Non Ardy. C’est toi qui aurais été humilié, pas moi.
Pour la première fois, elle m’appelle par mon prénom. D’habitude, elle m’appelle “MON MARI ” ou “MON AMOUR ”, mais aujourd’hui, elle me dit juste “ARDEM”.
— Martina, tu as beaucoup changé..
— Ah bon ? Dis-moi, j’ai changé de quelle couleur ? Rose ? Bleue ? Médicament ? J’étais noire, je le sais bien. Mais j’ai commencé à me dépigmenter depuis trois mois. Maintenant, on m’appelle Martina la Blanche. Alors je ne sais pas de quoi tu parles.
— Laissons ça de côté.. Tu les as eues où, toutes ces sommes pour tout payer ?
— Bonne nuit Ardy.
Elle me tourne le dos et s’en va.
La nuit est lourde pour moi. Je reste là à réfléchir encore et encore à ce comportement nouveau de ma femme.
Le lendemain matin, je me suis levé pour préparer le petit déjeuner. Tout était déjà dans le frigo, donc ça n'a pas été difficile. Triner s'est préparé seul pour l’école. Le bus scolaire est arrivé à l’heure pour la récupérer.
Je suis assise au salon, je vois ma femme qui veut déjà partir au travail.
— Martina..
Je l’appelle pendant qu’elle s’apprête à franchir la porte.
— Qu’est-ce que tu veux encore Ardy ? Je suis déjà très en retard.
— Oh.. D’accord. On parlera plus tard.
Je la laisse partir.
Je passe toute la journée seul à la maison, sans rien faire.
Cette vie d’oisiveté m’épuise, je fais de mon mieux pour m’en occuper, mais c’est difficile.
J’ai essayé de postuler à des emplois, mais rien n’aboutit à cause du scandale de détournement d’argent qui me poursuit.
Ce samedi, ma femme a organisé une fête à la maison. Je ne sais même pas pour quelle occasion. Mais bon, c’est sa maison. Je n’ai rien à dire.
— Tu es sûr d’avoir mis du papier toilette dans les toilettes ? me demande-t-elle.
— Oui, tout est en ordre..
Les invités commencent à arriver. Je reconnais plusieurs de ses amies. Leurs tenues ne me plaisent pas du tout, vraiment pas. Il y a aussi de jeunes hommes, certains que je connais, d’autres non.
— Hé ! On a besoin de glace ici ! me lance un jeune homme.
Franchement, il avait au moins cinq ans de moins que moi, et pourtant il me donne des ordres.
C'est comme ça que je suis devenu serveur, tout simplement parce que ma femme l’a décidé ainsi.
Je comprends que ce ne sont pas toutes les personnes qui acceptent qu’on profite librement de ce qu’elles possèdent. Et c’est exactement ce que je ressens désormais avec ma femme.
Je continue à leur servir de mon mieux. La nuit s’est vite étirée, et j’étais si épuisé que je finis par m’assoupir sur la table de la cuisine.
— Papa.. papa..
C’est Triner qui s’est réveillée et m’a cherché jusqu’à la cuisine. Ses petits pas résonnent encore dans mes oreilles fatiguées.
— Mais pourquoi dors-tu ici ? Va dans ta chambre papa.
— Aaah oui, j’y vais. Mais pourquoi es-tu encore debout ?
— Tu m’avais dit d’attendre que tu m’aides à mes devoirs.. mais je les ai déjà terminés. Repose-toi maintenant papa.
Peu à peu, ma conscience se dégage du brouillard du sommeil. La musique vibre toujours depuis l'étage.
— Ça veut dire qu’ils dansent encore, hein ?, demandai-je.
— Maman a trop bu.. papa, je trouve que t'es épuisé, va te reposer.
— D’accord, retourne dans ta chambre.
Je me sens coupable de ne pas passer du temps avec ma fille ce soir-là, alors je décide de la raccompagner jusqu’à sa chambre.
À peine avons-nous commencé à monter l’escalier que la voix ivre de ma femme retentit derrière nous :
— Hé Ardem ! s’écrie-t-elle en riant.
Je me retourne. Je la regarde dans les yeux, ils sont alourdis, voilés par l’ivresse, avec une démarche chancelle.
— Tu montes là-haut comme si tu avais une chambre là-bas, poursuit-elle en riant aux éclats. Vous les hommes d’aujourd’hui, vous aimez engraisser avec l’argent des femmes ! Allez, apporte encore à boire et de la viande !a
Je voulais que Triner n’entende pas ces mots, mais c'est trop tard. Ses yeux se voilent de tristesse.
— Va dormir maman, s’il te plaît.. murmure-t-elle avant de s’éclipser.
Ça se voit qu'elle est blessée.
La honte et la colère me brûlent. Je redescends, tire ma femme à l’écart jusqu’à la cuisine et je ferme la porte.
— Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Tu ne vois pas que tu m’humilies ?
— Humilier ? éclata-t-elle de rire. Dis-moi, tu ne vis pas bien dans ma maison !?
