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Chapitre 2

La question est un coup de poignard. Elle me parle comme à un moins que rien, sans la moindre gêne devant notre fille

Le taxi arrive. On y monte avec nos valises.

Nous arrivons devant le logement. Le taxi s'arrête. Martina refuse de descendre.

— Chérie, qu'est-ce qui ne va pas ? Lui demandé-je.

— Tu ne peux pas être sérieux.. Tu veux vraiment que je vive dans ça ? Ce n’est pas une maison. C’est une décharge. Je n’y mettrai jamais mes pieds.

Je suis choqué. Elle n’a jamais été aussi dédaigneuse. Elle ne faisait pas grand-chose pour la maison, c'est vrai, mais elle me respectait, ou faisait semblant. Aujourd’hui je ne la reconnais plus.

Je descends avec Triner. Nous entrons seuls. Martina reste dans le taxi.

— Papa, on va rester ici ?

— Juste un moment. Tout va s’arranger..

— Mais.. ?

— Je comprends ma chérie.

Je me mets à genoux pour être à sa hauteur.

— Je ne t’ai jamais caché la vérité. Tu sais tout. Comme je te l’ai dit hier, les choses sont difficiles, mais je vais me battre. Je vais chercher du travail. Je te le promets. En ce moment, je n’ai rien. Pas même un point de départ.

Triner est une fille intelligente. Elle m’écoute toujours. Entre sa mère et moi, j’ai toujours été son confident, son vrai repère.

— Mais j’ai faim..

Je souris tristement. Je sors, je ne trouve pas le taxi où était ma femme. Je me demande où elle peut aller.

Je compose son numéro, l’appelle, mais elle ne décroche pas.

Je vais au coin de la rue, j’achète des frites à mille francs et une petite bouteille d’eau. Mon portefeuille est presque vide : il me reste dix huit mille cinq cents francs.

Ma fille et moi dormons sur le sol, des habits étalés comme matelas. Aucun confort.

Le matin, je me réveille tôt. J'aide Triner à se préparer pour l’école, j'essuie ses chaussures, range ses cahiers. Le reste, elle le fait seule, ce n'est pas une gosse. En sortant, nous tombons nez à nez avec Martina, au volant d'une voiture flambant neuve. À ses côtés, un homme à la carrure imposante, en uniforme de sécurité, on dirait un garde du corps.

Je la garde quelques secondes.

— Je t’ai cherché partout. Pourquoi ne répondais-tu pas à mes appels ? Lui demande-je

— Je suis venue chercher ma fille. Elle ne vivra pas dans une décharge.

— Tu es sérieuse ?

— Je ne plaisante pas. Triner, maman est là, viens.

Notre fille la regarde. C'est sûr qu'elle hésite.

— On y va avec papa, répond-elle d'une voix douce.

— D'accord princesse. On part tous ensemble.

Je rentre prendre nos sacs. C’est ainsi que commence notre départ vers une nouvelle vie..

Je reviens, et le voyage commence. Nous arrivons dans un quartier vraiment huppé. Franchement j’en suis impressionné.

— Waouh.. m’exclame-je.

— Je vois que tu commences déjà à faire le spectacle, hein.. me coupe-t-elle aussitôt pour me rabaisser.

Je ne suis pas quelqu’un de très bavard ; la plupart du temps, je suis plutôt silencieux, alors je préfère ne pas entrer dans des disputes inutiles. Je me tais.

La voiture entre dans une maison magnifique, vraiment luxueuse, qui ressemble à une petite résidence hôtelière. Elle est si attirante que je ne peux m’empêcher de rester bouche bée. Il y a un très beau jardin, une aire de stationnement impeccable, en résumé : c’est une maison impressionnante.

— Maman, on va vivre ici ? s’émerveille Triner.

— Oui, et c’est ma maison, donc c’est aussi la tienne..

Ma fille et sa mère se réjouissent, et se prennent dans les bras.

— Tu veux que je te dise aussi de descendre les valises ? me lance ma femme.

Je ne réponds pas. Je me tais, décharge les bagages. J’agis au lieu de parler. À l’intérieur, la maison est tout aussi impressionnante.

— Et notre chambre, c’est laquelle ? Et celle de l’enfant ?

— Notre chambre ? Vraiment ? Bon, celle de Triner, c’est.. viens princesse, je vais te montrer ta chambre.

Ma femme prend notre fille et monte à l’étage. Moi je reste au salon en train de digérer les bagages. Après un moment, elle redescend.

— Il fallait aussi que je te dise de monter les affaires de l’enfant ?

Je tire la valise de ma fille jusqu’à la chambre qu’elle lui a préparée. Ma fille adore Barbie, et sa mère l’a décorée exactement selon ses goûts : plein d’images de Barbie et une dominante de rose.

— Hé toi, suis-moi.. s'adresse-t-elle à moi.

Je la suis, elle redescend les escaliers et me montre une chambre près de la cuisine.

— Et ta chambre, c’est celle-ci, juste à côté de la cuisine.

— Tu veux que je dorme dans la cuisine ?

— Je n’ai pas dit “dans”, j’ai dit “à côté”. Et d’ailleurs, qu’est-ce que ça peut bien te faire ? Si tu as pu dormir dans une décharge, tu ne pourras pas dormir ici ? Tu as le choix : soit tu entres dans cette chambre, soit tu quittes cette maison.

Je n’ai pas d’autre option. J’entre dans la chambre, qui contient juste un lit, une petite table et un fauteuil. Ce n’est pas laid, mais juste modeste.

Je m’assois sur le lit, me demande ce qui arrive à ma femme. Peut-être veut-elle tester ma patience, savoir quel genre de mari je suis, ou alors elle veut autre chose que je n’arrive pas à deviner.

Je me pose mille questions, mais aucune réponse ne vient.

Le soir venu, comme d’habitude, je prépare à manger. On se met à table pour dîner.

— Alors Triner, comment trouves-tu la maison de maman ?

C’est ma femme qui pose la question.

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