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chapitre 4

Chapitre 4

Arnold Miller

Il tournait en rond dans le vaste salon, incapable de tenir en place. Ses pas nerveux résonnaient sur le marbre clair, rythme inquiétant du père qui se retenait de perdre la tête. Cela faisait des heures qu’il n’avait pas fermé l’œil, des heures qu’il guettait le moindre bruit, la moindre vibration de son téléphone, la moindre ombre dans le couloir.

Son cœur cognait dans sa poitrine comme un poing qui refusait de se calmer.

*Où était-elle ? Pourquoi ne répondait-elle pas ?*

Son souffle devenait court. L’adolescence… oui, certainement la chose la plus difficile qu’il avait eu à gérer dans sa vie, lui qui affrontait pourtant sans trembler des criminels organisés, des trafiquants armés, des dirigeants corrompus.

Mais sa fille… sa fille était un autre univers. Sa faiblesse. Son point faible. Son cœur à nu.

Il repensa aux heures précédentes, à la panique qui l’avait envahi lorsque ses gardes étaient revenus bredouilles.

— Monsieur, nous avons vérifié tous les lieux habituels.

— Vérifiez encore ! avait-il hurlé, terrorisé malgré lui.

Il avait envoyé trois équipes. Rien.

*Mon Dieu… si quelqu’un l’a touchée…*

L’idée seule lui donnait envie de tout brûler.

Il attrapa son téléphone, encore, son doigt prêt à appeler, au risque d’être insistant, au risque d’aggraver la situation. Mais il ne pouvait pas rester sans rien faire. Pas quand il s’agissait d’elle.

Juste au moment où il s’apprêtait à appuyer sur l’écran, la porte d’entrée s’ouvrit.

Il se figea.

Son cœur fit un bond dans sa poitrine en la voyant franchir le seuil. Elle semblait… vivante. Entière. Pas blessée. Pas terrorisée. Seulement fatiguée, l’air un peu perdu mais lucide.

Il sentit ses jambes se dérober sous lui, littéralement. Un soulagement brutal envahit chaque parcelle de son être.

— Viviane ! s’exclama-t-il en se précipitant vers elle.

Il la saisit par les épaules, comme pour vérifier qu’elle n’était pas une illusion.

— Où étais-tu ? Pourquoi tu ne m’as rien dit ? Tu sais que je me suis rongé les sangs ?

Elle baissa les yeux, soumise, presque gênée.

— Papa… excuse-moi. J’étais juste… j’étais allée prendre un verre avec ma meilleure amie.

Un *verre*. Le mot résonna étrangement dans l’air.

Il fronça aussitôt les sourcils en s’approchant davantage d’elle, et une odeur d’alcool lui sauta au visage. Pas agressive, mais bien présente.

Son expression changea du tout au tout.

La colère remplaça l’inquiétude. Pas une colère violente. Une colère inquiète, celle des parents qui aiment trop fort.

— Viviane…, souffla-t-il d’une voix grave. Je t’ai répété combien de fois de ne pas boire ? De ne PAS te mettre en danger ? Tu crois que j’exagère ? Tu crois que je t’interdis des choses pour rien ?

Elle se mordit la lèvre, honteuse.

— Je sais… je sais, papa. Je suis désolée.

Mais il ne pouvait pas s’arrêter. Il avait trop eu peur.

— Tu n’écoutes jamais ! Tu ne réalises pas les risques ! Les délinquants, les criminels… tu crois que le monde est gentil ? Tu crois que tu es en sécurité parce que tu es ma fille ?

Il passa une main tremblante dans ses cheveux, luttant pour retrouver son calme.

— À partir de maintenant, dit-il finalement, sa voix redevenue plus froide, tu ne sors plus sans chauffeur. Ni sans garde. Et tu me préviens avant. C’est clair ?

Viviane hocha immédiatement la tête.

— Oui, papa. Je… je te promets que ça n’arrivera plus.

Il la contempla longuement, cherchant une faille, une ombre dans son regard. Mais elle semblait sincère. Fatiguée. Peut-être un peu perdue.

Alors il finit par l’attirer contre lui, la serrant dans ses bras.

— J’ai eu peur, murmura-t-il en posant un baiser sur sa joue. Très peur. Va prendre ta douche et va te reposer.

Elle hocha encore la tête avant de monter dans sa chambre, ses pas traînants sur les escaliers.

Quand elle disparut à l’étage, Arnold resta immobile quelques secondes, les muscles enfin relâchés. Puis il poussa un long soupir, un souffle de soulagement qui secoua tout son corps.

« Merci… merci mon Dieu », souffla-t-il presque silencieusement.

Viviane était saine et sauve. C’était tout ce qui comptait.

Il leva les yeux vers le plafond, comme s’il adressait une prière silencieuse.

Ce que personne ne devait jamais savoir…

C’était qu’il avait une fille.

Aucun ennemi. Aucun rival. Aucun de ceux qui voulaient sa chute.

Il devait protéger ce secret coûte que coûte.

*Du moins… jusqu’à ce qu’il se débarrasse définitivement de cette pourriture de dealer.*

Viviane Miller

Viviane était réveillée depuis plus d’une heure. Peut-être deux.

Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit.

Elle avait passé ce temps assise devant son ordinateur portable, la lumière bleue éclairant son visage inquiet.

Elle cherchait des informations.

Des traces.

Un nom.

Une photo.

N’importe quoi qui pourrait lui permettre d’en savoir plus sur le dealer.

Mais rien.

Absolument rien.

C’était comme s’il n’existait pas. Comme s’il avait été créé par sa tête, comme une hallucination dangereuse, trop charismatique pour être réelle.

Ses doigts glissaient nerveusement sur le pavé tactile tandis qu’elle actualisait encore et encore les mêmes pages.

*Comment quelqu’un d’aussi… imposant peut-il ne laisser aucune trace ?*

Elle pensa à lui.

À ses yeux.

À sa voix.

À son parfum qui l’avait enveloppée comme un piège.

À son attitude froide, dangereuse, presque… hypnotisante.

Elle posa une main sur son front.

— Je deviens folle…, murmura-t-elle pour elle-même.

Ce n’était pas normal de réagir ainsi.

Pas normal de sentir encore son cœur se serrer rien qu’en repensant à son regard.

Pas normal d’avoir l’impression qu’il hantait encore la pièce.

Elle referma brusquement son ordinateur.

*Non. Stop. Il faut que je me reprenne.*

Il était un danger.

Il aurait pu la tuer.

Il pouvait encore la tuer.

Ce genre d’homme ne voulait rien d’autre que le contrôle, la domination, le chaos.

Et pourtant…

Pourquoi sa peau se souvenait-elle encore de la sienne ?

Elle inspira profondément, décidant qu’elle avait besoin de se calmer.

Un bain. Oui. Un long bain.

Elle fila dans la salle de bain, laissant l’eau chaude couler sur ses bras tendus.

Cela lui fit du bien. Un peu.

Juste assez pour respirer de nouveau normalement.

Une fois prête, elle enfila l’ensemble de combinaison qu’elle aimait bien : moulant, chic, confortable, accompagné de ses sandales préférées.

Elle descendit à la salle à manger où elle trouva son père, assis à la table du petit-déjeuner.

Une odeur de café fraîchement moulu flottait dans l’air.

— Bonjour, papa, dit-elle d’une voix douce.

Il releva la tête, l’air déjà plus apaisé que la veille.

— Bonjour, ma chérie. Tu as bien dormi ?

Elle hocha la tête. Mensonge. Mais un mensonge nécessaire.

Ils discutèrent simplement, de tout et de rien. Son père retrouvait son calme, et elle aussi. C’était agréable… presque normal.

Mais soudain, le téléphone d’Arnold vibra.

Il décrocha.

Viviane observa son expression changer progressivement.

Un froncement de sourcils.

Un léger redressement du dos.

Une ombre passant dans son regard.

— Très bien, dit-il à son interlocuteur. Continuez. Je vous rappelle.

Il raccrocha.

Puis ses yeux se posèrent sur elle.

Des yeux durs.

Froids.

Accusateurs.

Viviane sentit son ventre se nouer.

— Viviane…, dit-il d’une voix qu’elle ne lui connaissait pas ce matin-là. Où étais-tu hier ? Et je te prie… de ne pas me mentir.

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