Chapitre : 10
Le cœur de Yagiz se serra. Isabella, amoureuse ? Le verre qu’il s’apprêtait à porter à ses lèvres lui glissa des mains, et un peu de vin se renversa sur lui.
- Oh ! J’ai été imprudent sur ce coup-là.
Isabella se leva, attrapa rapidement un mouchoir et essaya d’aider Yagiz, mais ce dernier la stoppa.
- Non, ne te dérange pas, Isabella. Je me changerai plus tard. Tu parlais d’un amoureux ? Je le connais ?
- Euh non, je ne pense pas. Et si on commençait par toi ? Dis-moi, qui est celle dont tu es amoureux ? Celle qui fait battre ton cœur au point de résister à tant de filles et revenir ici les mains vides ? Ou bien tu es…
- Non, coupa-t-il, je ne suis pas ce que tu penses.
- Alors c’est qui ? Elle fait partie de nos amis en commun ?
- Oui, tu la connais très bien. Elle s’appelle…
- Isabella ! cria une voix de l’autre côté.
Yagiz avala ce qu’il s’apprêtait à dire.
- Ah, c’est ma mère ! Je pense qu’il est l’heure de rentrer. Désolée, on terminera cette discussion plus tard.
Les deux se sourirent tendrement.
- Ravie de t’avoir revu, Yagiz.
- Le plaisir est partagé, Isabella.
Maman Isabella, qui avait interrompu la discussion, s’approcha des deux.
- J’espère que je ne vous ai pas interrompus ? demanda-t-elle.
- Non, madame, mentit Yagiz.
- Yagiz, tu peux passer à la maison quand tu voudras. Ne me dis surtout pas que mes gâteaux ne t’ont pas manqué !
Yagiz sourit.
- Vos gâteaux m’ont beaucoup manqué, madame. Je passerai vous voir un de ces jours.
- Super !
Pendant ce temps, les deux maîtres avaient déjà quitté le bureau et s’étaient aventurés jusqu’à la cour.
- Merci pour l’invitation, remercia Aaron. Et n’oublie pas ce dont nous avons parlé.
- T’inquiète, mon cher ami, je n’oublierai pas, le rassura Amaury.
Après quelques minutes de remerciements, la famille Delmonté prit congé.
Yagiz s’apprêtait à quitter la cour lorsque son père l’arrêta.
- Yagiz, suis-moi, nous devons discuter.
- Papa, si c’est au sujet de l’entreprise, on s’est mis d’accord pour en parler demain, non ? Je suis fatigué, je dois me reposer.
- Oui, mais c’est autre chose, fiston. Je sais que tu es fatigué, mais je ne te retiendrai que quelques minutes.
N’ayant pas le choix, Yagiz suivit son père jusqu’à son bureau.
- De quoi veux-tu me parler, papa ? demanda-t-il en s’installant.
- Je veux te parler de Monsieur Delmonté.
- Monsieur Delmonté ? s’étonna Yagiz. Qu’a-t-il fait ?
- Dis-moi, fiston, as-tu suivi les infos ces derniers jours ? Étant donné que tu es surtout centré sur la finance, tu l’aurais sûrement appris.
- Tu veux parler de la bourse qui aurait chuté, entraînant plusieurs entreprises au bord de la faillite ?
- Oui, fiston. Il se peut que l’entreprise de Monsieur Delmonté en fasse partie.
- Je ne me suis pas trop penché sur la liste, sinon je l’aurais remarqué. De combien parlons-nous ?
- Cinquante milliards, fiston, répondit Amaury.
- C’est une énorme somme, constata Yagiz. Que veut-il ? Tisser un partenariat avec toi ? Ou souhaite-t-il que nous investissions ?
- Oui, fiston, il a besoin d’un coup de main. Le plus difficile dans cette histoire, c’est que je ne peux pas lui donner une réponse sans t’avoir consulté.
- Pourquoi ? Il s’agit de ton entreprise, papa.
- Certes, mais ce ne sera plus vraiment le cas. C’est à toi que reviendra la responsabilité très prochainement. Pour ce faire, la grande décision t’appartient.
- Mais c’est ton ami.
- Fiston, parfois, il est préférable de ne pas mélanger les sentiments avec les affaires, surtout quand il s’agit de la famille, conseilla Amaury. J’imagine qu’on t’a enseigné tout cela en entrepreneuriat. On ne mélange la famille aux affaires que lorsque celle-ci contribue à leur développement, comme dans notre cas. Mais quand certains ne sont là que pour profiter du fruit sans jamais arroser l’arbre ni enlever les mauvaises herbes, la meilleure solution, c’est de les écarter.
- Oui, je connais tout ça, papa. Beaucoup ont fermé leurs entreprises à cause de leur famille.
- L’argent divise ! La femme divise ! Ça aussi, tu ne l’as pas oublié ?
- Non, père. Je suis perdu, je ne sais pas quoi dire dans cette histoire d’investissement.
- Peu importe ta décision, je te soutiendrai. Et tu es libre aussi d’imposer des conditions.
Yagiz se tut. Des conditions ? Il était libre d’en poser ? À ce moment-là, il vit une opportunité : si le père de celle dont il était amoureux avait besoin d’aide, c’était le moment idéal pour en profiter. Il ne devait pas laisser passer cette chance. Il se redressa sur son siège et croisa les jambes, le pied droit sur le gauche.
- Tout, tu dis ? demanda Yagiz.
- Oui, tout. Pourquoi ? As-tu une idée en tête, ou penses-tu que ce serait une mauvaise idée d’accepter d’investir ?
Yagiz se leva, fit le tour du bureau et s’arrêta derrière son père. Il posa lentement les yeux sur l’un des tableaux accrochés au centre de la pièce, celui où il apparaissait. Ce souvenir le ramena aussitôt à un jour particulier : celui où il avait obtenu son diplôme d’entrée à l’université.
- Tu t’en souviens, n’est-ce pas ? demanda Amaury.
- Oui, ça me rappelle de bons moments. J’aimerais tellement revivre cet instant, papa.
- Je ne dirai pas le contraire. C’était un moment joyeux, un moment dont tous les pères rêvent. Rien n’est plus beau que de voir son fils l’honorer.
- Es-tu en train de dire que tu es fier de moi ?
- Oui, fiston, et tu le sais. J’ai toujours été fier de toi. Tu m’as toujours honoré depuis ta naissance. C’est la raison pour laquelle te mettre à la tête de l’entreprise est une excellente décision.
- Je ne te décevrai jamais, père.
- Je suis rassuré.
