Chapitre : 06
Surpris, le jeune homme s’arrêta et chercha du regard l’origine de la voix.
- Liam, c’est moi ! lança Isabella en ouvrant la portière. Tu ne me reconnais pas ?
- Isabella ? s’étonna-t-il.
- Oui, c’est bien moi ! Comment vas-tu ?
- Je vais bien, et toi ?
- Ça va, merci beaucoup pour hier.
- Oh, tu n’as pas à me remercier. J’ai simplement fait ce que toute personne aurait fait.
- Et ton bras ?
- Je me suis occupé de ça.
- Où vas-tu comme ça ?
- À l’université.
- Quelle université ?
- Helston Business & Leadership Academy.
- C’est mon université aussi !
En effet, Helston Business & Leadership Academy était une université prestigieuse, réservée à la classe bourgeoise. Liam, lui, y étudiait grâce à la mention excellente qu’il avait obtenue, ce qui lui avait valu une bourse.
- Je ne le savais pas, dit Isabella, étonnée. Si ça ne te dérange pas, monte, je t’y dépose.
- Merci, mais je préfère finir à pied.
- J’insiste.
N’ayant pas le choix, Liam monta à ses côtés. En route, les deux décidèrent de mieux se connaître.
- Hier, on n’a pas eu le temps de discuter.
- C’est vrai. Avec l’accident et tout, ce n’était pas le moment. Sinon, tu fais quoi à l’université ?
- Je suis en marketing commercial. Je compte succéder à mon père très bientôt. Et toi ?
- Je veux devenir ingénieur pétrolier.
- Pourquoi ce choix ?
- Parce que c’est un monde de puissance. L’énergie fait tourner la planète, j’ai envie d’en comprendre les rouages et, peut-être un jour, de créer les miens.
- Tu veux dire bâtir un empire pétrolier ?
- Oui, devenir un grand ingénieur pétrolier, incontestable.
- Wouah ! C’est un rêve immense.
- Merci.
Les deux se turent. Isabella n’arrêtait pas de le regarder. Elle avait envie de lui demander s’il avait une petite amie, mais hésitait : ce n’était peut-être pas le bon moment. Elle était perdue dans ses pensées quand la voiture s’arrêta devant le portail.
Le gardien, comme à son habitude, se précipita pour ouvrir.
- Bonne arrivée, demoiselle.
- Merci, monsieur.
Liam était déjà dehors. Isabella se pencha vers le chauffeur.
- Ne passez pas me chercher cet après-midi, ordonna-t-elle.
- Votre mère a dit de ne plus vous laisser rentrer seule, répondit le chauffeur.
- Je ne suis pas ma mère.
- Si je n’obéis pas, je risque de perdre mon emploi, madame.
- Très bien, passez donc me chercher alors.
- Merci, patronne.
Il mit le moteur en marche et partit, tandis qu’une autre voiture prenait sa place. Isabella rejoignit rapidement Liam.
- Tu m’attendais ? demanda-t-elle.
- Oui, je voulais te remercier de m’avoir déposé.
- Ce n’est rien, comparé à ce que tu as fait pour moi hier. Si tu veux, je peux te ramener ce soir.
- C’est déjà beaucoup pour moi.
- Moi, ça ne me dérange pas.
Elle vit là une occasion qu’elle n’allait pas rater : hier, elle avait regretté de ne pas lui avoir demandé son numéro.
- Donne-moi ton numéro, pour qu’on puisse garder contact.
- Je suis désolé.
- Pourquoi ? Tu ne donnes pas ton numéro à…
- Non, ce n’est pas ça, la coupa Liam. Mon téléphone a l’écran cassé, et il me faut cinquante dollars pour le réparer. Je l’ai donc rangé pour l’instant.
- Et comment tu fais pour suivre les actualités de l’université ?
- J’utilise celui de ma mère, quand je rentre.
Isabella resta un moment silencieuse. Comment un garçon aussi charmant, étudiant dans une université aussi prestigieuse, pouvait-il manquer d’argent pour réparer un téléphone ? Elle ne savait pas quoi penser.
- Ce n’est pas grave, dit-elle. Je sors à seize heures.
- Moi, à dix-sept heures.
- Ce n’est pas un problème, je t’attendrai.
- Mais…
Sans lui laisser le temps de finir, elle tourna les talons et prit la direction de sa salle de cours.
Liam, lui, resta planté là, songeur. Pourquoi cette fille lui montrait-elle autant d’attention ? Et pourquoi se sentait-il aussi bien à ses côtés ?
- Suis-je en train de tomber amoureux ? Non, on s’est juste rencontrés hier. C’est sûrement une illusion, pensa-t-il.
La sirène retentit. Il sursauta et se dépêcha de rejoindre sa salle.
Assise à sa place habituelle, Isabella avait l’esprit ailleurs. Ses pensées ne cessaient de tourner autour de Liam. Elle voulait le revoir, entendre à nouveau sa voix, revoir son sourire. Sans s’en rendre compte, un large sourire se dessina sur ses lèvres.
- Mademoiselle Delmonté, dit le professeur, pouvez-vous nous dire ce qui vous fait rire ?
- Euh, excusez-moi, monsieur. Je repensais à une scène d’hier soir dans mon quartier, et je n’ai pas pu m’empêcher de sourire.
- Si je comprends bien, vous êtes distraite dans mon cours ?
- Non, monsieur, pas du tout.
- Alors, qu’est-ce que c’est ?
- Je m’excuse, monsieur.
- Vous allez sortir et vous rendre chez le surveillant général pour l’exécution d’une corvée.
Sans protester, Isabella se leva sous le regard moqueur de ses camarades et quitta la salle.
De son côté, Liam vivait la même scène. Lui qui d’habitude restait concentré, ne cessait de rêvasser. Il n’entendit même pas la question du professeur.
- Vous pensez à quoi, monsieur Liam ?
- Je suis désolé, monsieur.
- Pas la peine de vous excuser. Rendez-vous à la surveillance, ils vous donneront de quoi être désolé. C’est la première fois que je vous vois dans cet état. Inutile de vous laisser. J’espère que ce sera la dernière.
Liam sortit calmement. Arrivé à la surveillance, on lui confia le nettoyage des toilettes des hommes. Il obéit sans discuter. En plein travail, il entendit une douce voix de l’autre côté du mur. Intrigué, il s’approcha, mais à peine eut-il voulu ouvrir la porte qu’elle s’ouvrit brusquement, et il se retrouva dans les bras d’Isabella.
Les deux restèrent figés, leurs cœurs battant à toute allure. Ce fut Liam qui réagit le premier.
- Désolé, Isabella, s’excusa-t-il en se détachant.
- Non, tu allais tomber si tu ne t’étais pas accroché à moi. Dis-moi, que fais-tu ici ? Laisse-moi deviner tu as été renvoyé aussi ?
- Comment tu le sais ? Non… ne me dis pas que…
