Chapitre : 04
- Non ! Mon père s’est battu pour bâtir cette société. Je ne la vendrai jamais !
- Dans ce cas, répondit l’avocat, concentrez-vous sur la recherche d’investisseurs potentiels. C’est la seule voie possible.
- Très bien. Monsieur Nico, évaluez le marché immobilier actuel. Voyez si, parmi nos clients, certains souhaitent vendre des biens susceptibles qui nous rapportera des bénéfices.
- Je m’en charge, monsieur.
- Maître, préparez des contrats au cas où nous trouverions des partenaires fiables. Quant à vous autres, contactez les entreprises et faites-leur des propositions. Peut-être trouverons-nous une issue.
- C’est noté, monsieur, répondirent-ils à l’unisson.
Ils se levèrent à tour de rôle et quittèrent la salle de réunion. Dès que la dernière personne sortit, Aaron saisit son téléphone et tenta de joindre plusieurs connaissances, cherchant désespérément un soutien. Mais les réponses furent toutes décevantes :
- « Je veux bien t’aider, mais ton entreprise ne m’apportera rien. Je risquerais de tout perdre. »
Abattu, il se laissa tomber dans son siège. Jamais il n’aurait imaginé affronter une telle crise. Il avait toujours cru qu’en cas de difficulté, il trouverait une solution, mais cette fois, il était au bout du rouleau. Sans un miracle, il risquait de tout perdre : sa villa, ses voitures, ses comptes bancaires, et surtout sa réputation.
- Je refuse de perdre cette entreprise, murmura-t-il.
Il se leva, fit les cent pas dans la pièce, mais aucune idée ne venait. Il avait tout tenté. Ses amis les plus proches s’étaient détournés. Qui, en effet, prendrait un tel risque ?
- Si c’était moi, je n’hésiterais pas, murmura-t-il, essayant de se convaincre.
Finalement, il remit sa cravate, reprit son sac et prit l’ascenseur jusqu’au parking. Son chauffeur, un homme d’une trentaine d’années, accourut vers lui.
- Amenez-moi directement à la maison, ordonna Aaron.
- D’accord, monsieur.
Le chauffeur ouvrit la portière arrière et Aaron s’y installa. Quelques minutes plus tard, la voiture démarra, direction la villa.
Durant le trajet, Aaron restait silencieux, perdu dans ses pensées. Il pensait à ses employés, à tous ceux qui faisaient vivre leurs familles grâce à lui, et qui allaient bientôt tout perdre.
- Patron, tout va bien ? demanda le chauffeur, inquiet.
- Oui, je vais bien. Pourquoi dis-tu ça ?
- Je vous sens ailleurs depuis tout à l’heure. On dirait qu’un poids vous écrase.
- C’est vrai. Je traverse un moment très difficile. Ce n’est pas la joie. Je suis à bout de force.
- Vous êtes l’un des meilleurs patrons que j’aie connus, monsieur. Travailler pour vous est un honneur. Vous êtes juste, humain. J’ai la conviction que, peu importe le problème, vous trouverez une solution.
Un léger sourire se dessina sur les lèvres d’Aaron, mais il s’effaça aussitôt. Il était touché par les paroles de son chauffeur.
- Merci, c’est très gentil de ta part.
- Vous méritez de l’entendre, monsieur. Et je suis sûr que tous ici pensent la même chose.
- Traite bien tes employés, et tu seras bien traité, répondit Aaron.
- C’est vrai.
La voiture s’arrêta enfin devant la villa. Le portail s’ouvrit, laissant place à une vaste cour. Aaron descendit, saisit son sac et entra, sans attendre que le gardien s’en charge.
Pendant ce temps, le chauffeur discutait avec celui des enfants.
- Le patron est étrange aujourd’hui, dit-il. On dirait que son entreprise a pris un sale coup.
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
- Je ne l’ai jamais vu aussi abattu. À ton avis, qu’est-ce qui peut mettre un homme dans un tel état ?
- Une femme ou l’argent.
- Ici, c’est sûrement l’argent.
- Alors, espérons que tout s’arrange.
À l’intérieur, Aaron était assis sur le lit, un verre de whisky à la main. Il essayait d’oublier, cherchant dans l’alcool un refuge temporaire. Soudain, la porte s’ouvrit : sa femme venait de rentrer.
- Ah, tu es déjà là ? demanda-t-elle en s’approchant.
- Oui, chérie. Je suis rentré tôt aujourd’hui.
- Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne rentres jamais à cette heure. Il y a un problème à l’entreprise ?
- Non, chérie. Je voulais juste passer un peu de temps avec vous, mentit-il.
- Non, je ne te crois pas. Tu bois, tu n’as même pas enlevé ton costume. Dis-moi ce qui se passe vraiment.
Aaron vida son verre et tenta de se resservir, mais sa femme l’en empêcha.
- Arrête de boire et dis-moi la vérité, dit-elle fermement.
Aaron soupira, se détacha, puis s’assit sur le lit. Sa femme vint s’asseoir à côté de lui, posant doucement une main sur son bras.
- Dis-moi tout.
- Mon entreprise a fait faillite, lâcha-t-il dans un souffle.
- Quoi ! s’exclama t'elle. Faillite ? Mais, qu’est-ce qui s’est passé ?
- Nous avons investi dans la bourse comme d'habitude, et depuis quelques jours, les pertes s’accumulent. Aujourd’hui, nous avons tout perdu.
- Tout ? De combien parle-t-on ?
- Cinquante milliards, répondit-il, la voix brisée.
