Chapitre : 03
Liam s’arrêta, leva les yeux vers une Mercedes-Benz qui passait juste devant eux. En regardant la voiture, la scène lui revint en tête.
- Qu’est-ce qui te fait dire que j’ai rencontré une fille ?
- Mon intuition, Liam. Ou peut-être que j’en fais trop et…
Elle s’interrompit en apercevant le bras de Liam. Ses yeux s’écarquillèrent.
- Quoi ? Tu t’es blessé ? s’agita-t-elle. Qu’est-ce qui t’est arrivé au bras ?
- Ce n’est qu’une égratignure, ne t’inquiète pas pour moi. J’arrangerai ça quand je serai à la maison.
- Tu es sûr que ça va ?
- Je vais bien, Édith. Tu n’as pas à t’en faire.
- Si tu le dis, je me sens rassurée.
Un silence s’installa entre eux. Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent devant une petite concession : c’était la maison de Liam. Sur la pelouse, sa mère rangeait quelques affaires.
- Bonsoir, maman, dit Édith.
- Édith ! répondit la mère en souriant. Comment vas-tu ?
- Je vais bien, maman.
- Et ta mère ?
- Elle va bien.
- Dis-lui que je passerai la voir ce soir pour l’affaire dont nous avons parlé hier.
- Je le ferai. Liam, fit Édith en se tournant vers lui, à tout à l’heure.
- Oui, à tout à l’heure.
Elle lui adressa un large sourire avant de rebrousser chemin.
- Chéri, comment s’est passée ta journée ? demanda la mère de Liam.
- Ça a été, maman. Tu es seule ?
- Oui. Ton père est déjà parti au travail, et ton frère joue avec les enfants du quartier.
- Pourquoi ? Il aurait pu t’aider, non ?
- Tu le connais mieux que moi.
- Je vais me changer et venir t’aider à ranger.
- Non, chéri, prends un bain, mange et va te reposer. Je finirai ma tâche.
- Comme si j’avais le choix, taquina Liam.
Il déposa un baiser sur la joue de sa mère et se dirigea vers la maison. Au moment de franchir la porte, elle l’arrêta.
- Qu’as-tu au bras ? demanda-t-elle en s’approchant.
- Oh ! En rentrant tout à l’heure, je me suis cogné à quelque chose, mais t’inquiète, maman, je vais m’en occuper.
- Laisse-moi faire.
- Non, maman, ne t’inquiète pas, je vais gérer ça.
- D’accord. Je passerai voir tout à l’heure si j’ai fini.
Liam sourit et entra. L’intérieur était modeste : deux canapés usés, une vieille télévision, et une petite table. Sa chambre, située à quelques mètres de celle de ses parents, contenait un simple lit deux places qu’il partageait avec son frère. Contrairement à la majestueuse chambre d’Isabella, celle de Liam ressemblait à un abri de sans fortune. Même si tout y était bien rangé, la différence était flagrante.
Il déposa son sac sur la petite table où s’entassaient ses livres, retira ses vêtements, prit sa serviette et sortit pour aller se laver. La douche se trouvait à l’extérieur. Saut à la main, il s’approcha du puits, y plongea le récipient et tira plusieurs fois avant de remplir son seau. Il se rendit ensuite sous la douche, prit son bain, puis revint dans sa chambre.
Il appliqua une pommade sur sa blessure, la recouvrit d’un bandage, puis se laissa tomber sur son lit.
- Isabella, murmura-t-il.
Lentement, il se laissa emporter par Morphée.
***
Assis dans la salle de réunion avec ses employés, documents en main, Aaron, le père d’Isabella, un homme élégant et toujours soigné, présidait la rencontre. PDG de Delmonté Finance Group, l’entreprise familiale qui fut autrefois l’une des plus respectées du pays, il faisait désormais face à une crise sans précédent. Les dettes s’accumulaient, et la chute semblait inévitable.
- Vous voulez me faire comprendre que si nous ne trouvons pas un investisseur au plus vite, nous serons obligés de fermer ma boîte ? demanda-t-il en se levant brusquement.
- Oui, monsieur, répondit le comptable. Nous avons tout tenté pour contenir la crise économique, mais c’est fichu.
- J’ai du mal à croire qu’on en soit arrivé là ! répliqua Aaron, la voix tremblante. Monsieur Nico, vous nous aviez pourtant assuré que le marché boursier resterait stable !
- Oui, monsieur, répondit Nico, le conseiller financier de l’entreprise. Moi aussi, je suis surpris par la tournure des choses.
- Nous parlons de combien ? demanda Aaron.
- Cinquante milliards de dollars, monsieur, répondit le comptable.
- Monsieur, écoutez, je…
- Quoi, monsieur Nico ? Que voulez-vous que je fasse ? Que j’appelle les investisseurs pour leur dire que nous avons perdu leurs capitaux ? Hein ? Ce n’est pas possible !
La tension monta d’un cran. Aaron ne savait plus où donner de la tête. Le travail de toute une vie était sur le point de s’effondrer. Même s’il vendait tous ses biens, il ne parviendrait pas à rembourser les dettes. Lentement, il desserra sa cravate et fit le tour de la salle, observant chacun de ses collaborateurs comme si la solution se trouvait dans leurs yeux.
- Y a-t-il quelqu’un qui désire acheter nos actions ? demanda-t-il finalement.
- Je suis désolé de vous le dire, monsieur, répondit William, mais depuis ce matin, les acheteurs se sont retirés. Les rares offres restantes ne valent rien.
- Quelle est la porte de sortie, maître William ?
- La seule option qui s’offre à nous, c’est de mettre l’entreprise en vente, ou du moins une partie, afin de rembourser les dettes, expliqua l’avocat.
- Vous venez d’apprendre que nos actions n’ont plus de valeur sur le marché, maître. C’est inutile. Monsieur Nico ?
- Je propose que nous cherchions un investisseur solide, quelqu’un capable de redresser la société et de ramener la confiance des marchés.
- C’est sans doute la meilleure option, ajouta le comptable. Si nous trouvons un investisseur majeur, nous pourrons sauver la boîte.
- Maître, qu’en pensez-vous ?
- C’est une très bonne idée. Vous n’avez pas vraiment le choix : il faut partir à la recherche d’un partenaire financier. Seriez-vous prêt à vendre l’entreprise ?
