Chapitre : 02
Assise à l’arrière, elle repensait à l’accident, au geste héroïque du jeune homme, à ce contact, à leurs regards et un sourire involontaire se dessina sur ses lèvres.
Le chauffeur, l’ayant remarquée dans son rétroviseur, engagea la conversation.
- Pourquoi souriez-vous ? demanda-t-il.
- Oh ! Je viens de me rappeler quelque chose qui m’a fait rire.
- D’un amoureux ?
- Un amoureux ? Non !
- Si, répondit le chauffeur en lui jetant un coup d’œil. Votre regard vous trahit, mademoiselle. Ce genre de sourire n’apparaît que quand on pense à quelqu’un qu’on aime.
- Et que savez-vous de l’amour, vous ? répliqua-t-elle avec un petit sourire.
Le chauffeur rit doucement, comme s’il s’attendait à la question.
- L’amour ? répéta-t-il calmement. Tout le monde en parle, mais peu le comprennent vraiment.
- Et vous, vous le comprenez ? demanda-t-elle.
- J’en ai connu les joies, les peines, les illusions, assez pour savoir que ce n’est pas ce qu’on croit. L’amour, mademoiselle, ce n’est pas juste dire “je t’aime”, c’est rester quand tout devient difficile.
Isabella se redressa.
- À vous entendre, on dirait un homme blessé.
Le chauffeur sourit tristement.
- Vous avez raison. Je n’en parle pas souvent, mais ça fait mal de ne pas avoir su dire “je t’aime” avant qu’elle ne parte. Ne faites pas cette erreur.
- Je suis désolée, murmura Isabella.
- Ne le soyez pas.
Un silence s’installa. Isabella tourna la tête vers la fenêtre et observa le paysage qui défilait.
Quelques minutes plus tard, le taxi s’arrêta devant une grande villa.
- C’est ici ? demanda le chauffeur.
- Oui, c’est ici.
Elle sortit un billet de cent dollars de son sac et le lui tendit.
- Gardez la monnaie. Ce fut un plaisir de vous rencontrer.
- Merci beaucoup, mademoiselle.
Isabella descendit, referma la portière, et le taxi s’éloigna après un coup de klaxon.
Elle s’avança vers le portail et appuya sur la sonnette. Après quelques secondes, il s’ouvrit sur une propriété majestueuse. Deux piscines, un vaste jardin, un parking où reposaient trois voitures étincelantes.
Le gardien, un homme d’une soixantaine d’années, l’accueillit chaleureusement.
- Bonne arrivée, patronne.
- Merci, Nicodème, répondit-elle en souriant.
Isabella entra dans la maison. L’intérieur était encore plus impressionnant : meubles dorés, lustres scintillants, décoration luxueuse. À peine avait-elle franchi le seuil que sa petite sœur et son frère se précipitèrent dans ses bras.
- Bonne arrivée, grande sœur !
- Merci beaucoup. Vous n’êtes pas allés à l’école aujourd’hui ?
- Nous venons juste de rentrer, répondit son petit frère.
- Je vais me reposer un peu.
Elle monta les marches jusqu’à sa chambre. Au moment d’insérer sa clé dans la serrure, une voix familière l’arrêta.
- Maman !
- Bonne arrivée, ma chérie. Peux-tu m’expliquer pourquoi tu as dit au chauffeur que tu irais à l’université seule ? Et pourquoi ton numéro ne passait pas ?
- Juste comme ça, maman, répondit Isabella. Je voulais changer un peu d’air.
- Je peux comprendre. Et ton portable ? J’ai eu peur.
- Mon portable a eu un petit souci. En descendant les marches de l’université, un étudiant m’a bousculée et il est tombé, improvisa-t-elle.
Connaissant bien sa fille, la cheffe de maison la regarda avec cet air de “je sais que tu mens”.
- D’accord, maman, tu as gagné...
- Que s’est-il passé ?
- J’ai eu un accident.
- Un accident ? Où ? Comment ? demanda-t-elle en se précipitant vers sa fille.
- Calme-toi maman, je n’ai rien. J’ai été sauvée par un jeune homme.
- Tu vois ? Si tu n’avais pas dit à ton chauffeur que tu irais seule et que tu rentrerais seule, tout cela ne serait pas arrivé !
- Je suis désolée, maman. J’ai été imprudente, et ça n’arrivera plus, je te le promets.
- Tu imagines si quelque chose t’était arrivé ? Ton père m’aurait tenue pour responsable. Tu connais ton père, n'est-ce pas Isabella ?
- Je suis sincèrement désolée, maman.
- Et ce jeune homme qui t’a sauvée ?
- Il va bien, lui aussi. Mais s’il n’était pas intervenu, je serai...
- Non, ne termine pas ta phrase, coupa sa mère. Quand tu reverras ce jeune homme, remercie-le de ma part.
- Je n’y manquerai pas, maman.
- Je sors tout à l’heure, je te prendrai un nouveau téléphone. Et ton père ne doit rien savoir de tout ça.
- Je ne lui dirai rien, maman.
- Tu es sûre que tu n’as rien ?
- Oui, maman, je vais bien.
- Très bien. Va te reposer, ma chérie.
Sa mère déposa un baiser sur sa joue avant de redescendre. Isabella introduisit la clé dans la serrure, la tourna deux fois, et la porte s’ouvrit sur sa chambre, un véritable petit paradis avec ses décors raffinés.
Après avoir retiré ses baskets, elle s’écroula sur son lit, épuisée.
- J’espère que je te reverrai encore un de ces jours, murmura-t-elle.
Elle se redressa soudain.
- J’aurais dû lui demander s’il était dans mon université, regretta-t-elle. Tant pis, demain, je verrai comment m’y prendre.
***
Seul sur le chemin du retour, Liam n’arrêtait pas de se remémorer la scène de tout à l’heure. Il revoyait encore son geste héroïque, la manière dont il s’était jeté devant cette voiture pour sauver la jeune demoiselle, et ce qu’il avait ressenti à cet instant : son cœur s’était serré, comme si c’était la première fois qu’il rencontrait une fille aussi magnifique. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua même pas Édith, sa meilleure amie du quartier, qui essayait de l’interpeller depuis un moment. Ce fut seulement lorsqu’elle se précipita vers lui pour le toucher qu’il sortit enfin de sa rêverie.
- Bon sang, Liam ! lança-t-elle. Tu dormais ou quoi ?
- Excuse-moi, Édith, j’avais la tête ailleurs.
- Je pensais que tu avais des écouteurs, mais non, monsieur n’avait rien.
- Je n’étais pas ici.
- Tu étais où ? C’est les examens qui approchent qui te stressent comme ça ou quoi ?
- Les examens ? Non, loin de là. Tu me connais, inutile de me mettre la pression comme si ma réussite en dépendait.
- Alors quoi ? Ah ! Tu as rencontré une fille, n’est-ce pas ?
