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Chapitre 7 : Une rencontre un peu trop formelle

Nous reprenions la route, et cette fois, le village était en vue. Les maisonsétait petites, dispersées, certaines en bon état, d’autres visiblement abandonnées. Il ne semblait pas désert, mais l’atmosphère était lourde, presque méfiante. Quelques villageois nous observaient de loin, arrêtant leurs tâches en nous voyant approcher. Kenshiro ne parla pas immédiatement, son regard balayant la place principale.

- Nous devrions trouver l’ancien du village. Ou alors… voir si un temple existe encore ici.

Puis, il me jeta un regard.

- Tu ressens quelque chose ?

Il n’attendait pas une réponse immédiate. Il savait que ma perception était différente de la sienne.

- Je suis un membre de la famille impériale, quand je vais quelque part pour une mission officielle, je dois d'abord me présenter. Je vais demander audience au daimyo local. M'accompagne-tu ?

Asahina Kenshiro hocha la tête sans hésiter.

- C’est la bonne démarche, Seppun-dono. Un Seppun ne peut arriver dans un fief sans se présenter officiellement.

Il ajusta le pli de son kimono, adoptant une posture plus droite, l’attitude d’un bushi de la Grue en mission.

- Je t’accompagne. Ne serait-ce que pour voir comment le daimyo réagit à ta venue.

Il laissa ses mots en suspens, mais je comprenais ce qu’il voulait dire. Si le daimyo de Kaigawa savait quelque chose sur Shinsei no Koji, il ne pourrait pas totalement cacher son trouble en ma présence. S’il ignorait tout, alors son attitude nous le confirmerait. Et si ma venue m'inquiétait… c’est qu’il avait peut-être des raisons de se méfier.

Le village de Kaigawa n’était pas grand, mais il possèdait bien une demeure seigneuriale, une modeste résidence fortifiée sur une butte légèrement surélevée, permettant d’avoir une vue dégagée sur les terres alentours. Nous avancions à un pas mesuré, et rapidement, des gardes en armure légère du Clan du Lion apparaissent devant l’entrée, les mains sur le pommeau de leur katana, mais sans dégainer. Un officier, probablement le responsable de la sécurité locale, s’avança et s'inclina avec respect, mais son regard était mesuré, analysant la situation avec attention.

- Seppun-dono, vous honorez humblement notre village par votre présence. Quel est le motif de votre visite ?

Sa posture était correcte, mais il ne masqua pas une légère crispation. Asahina Kenshiro, à mes côtés, garde le silence, me laissant mener les présentations officielles.

Je m’inclina, faisant usage de l’étiquette et du protocole en vigueur, comme appris au cours de ma formation au Kudden Seppun. L’officier du Clan du Lion observait mon mouvement avec une discipline stricte. Je sortis de ma besace ma missive officielle et la présenta, comme d’usage dans cette situation. Lorsqu’il vit le sceau impérial sur la missive que je présentais, son attitude changea subtilement. Il s’inclina plus profondément cette fois, respectant mon rang et la nature officielle de ma venue.

- Veuillez patienter un instant, Seppun-dono.

Il prit la missive avec précaution, sans jamais manquer au protocole, et fit un signe discret à un autre garde qui s'éloignait rapidement vers l’intérieur de la demeure.

Asahina Kenshiro ne disait toujours rien, mais je pus sentir sa vigilance. Il observait les gestes des soldats, les mouvements autour de la résidence, cherchant des signes de tension ou d’anormalité.

Quelques instants plus tard, le garde revint et hocha la tête à son supérieur. L’officier du Lion s’inclina à nouveau et fit un geste vers l’entrée.

- Le seigneur de Kaigawa vous recevra immédiatement, Seppun-dono. Veuillez me suivre.

L’intérieur était simple mais digne, reflétant la rigueur du Clan du Lion. Aucune décoration superflue, mais un ordre impeccable, des tatamis bien entretenus, des bannières du Lion bien alignées. On nous guida jusqu’à une salle d’audience, où un homme d’âge mûr, vêtu d’un kimono aux couleurs du Lion,était assis en tailleur sur un tatami, une posture droite, un regard perçant. Son expression était impénétrable, mais tje ressentis immédiatement une autorité affirmée. L’officier s’agenouilla respectueusement et annonca mon nom avec toute la solennité requise :

- Seppun Akkoragon-dono, shugenja impérial, porteur d’une mission officielle.

Le daimyo inclina légèrement la tête, marquant le respect dû à mon rang, mais il ne fit pas d’excès de politesse. Un Lion reste un Lion.

- Seppun-dono, votre présence ici est un honneur pour mon humble fief. À quoi devons-nous le privilège de votre visite ?

Son ton était poli, mais mesuré. Je sentais qu’il était déjà en train d’analyser mes mots et mes gestes avant même que je ne parles. Asahina Kenshiro, resté en retrait, observait tout avec la même intensité.

Je déposa mon éventail de fer ainsi que mon rouleau de parchemin, Je m'inclina puis j'avanca d’un pas neutre.

- Demio sama, je suis ici pour une affaire sur ordre de l'empire.

Je tendis de ma seule main la missive que m’avait rendu le garde

- Je suis accompagnée de Asahina Kenshiro- san.

Le daimyo de Kaigawa observait chacun de mes gestes avec une précision militaire. Lorsque je posais mon éventail de fer et mon étui vide de parchemin, je vis un léger plissement de ses paupières, un détail infime, mais révélateur : Il analysait non seulement mon protocole, mais aussi les symboles que je présentais. Lorsque j'avançais et lui tendis la missive impériale, il prit un instant avant de la saisir, comme pour marquer le poids du geste. Il l’ouvra ensuite avec méthode, ses yeux balayant chaque ligne avec la précision d’un stratège lisant un rapport de bataille. Le silence était total dans la salle. Asahina Kenshiro gardait une posture parfaite, les mains posées sur ses cuisses, mais son regard ne quittant pas le visage du daimyō. Une fois la lecture achevée, le seigneur de Kaigawa referma lentement la missive, la posant devant lui. Puis, enfin, il releva les yeux vers moi.

Son expression ne trahissait aucune émotion forte, mais son ton était plus pesé, plus sérieux.

- Ainsi, l’Empire envoie l’un des siens pour s’intéresser à Kaigawa. Voilà qui est… inattendu.

Il tourna son regard vers Asahina Kenshiro, l’évaluant avec un œil plus appuyé.

- Et vous, Asahina-san… qu’est-ce qui vous amène en ces terres du Lion ? Accompagnez-vous Seppun-dono en tant que protecteur, ou avez-vous une raison plus… personnelle ?

Le bushi de la Grue ne sourcilla pas, mais je remarquais que son expression se fermait légèrement, comme s’il s’attendait à cette question. Il inspira doucement, puis répondit avec un respect étudié :

- Seigneur de Kaigawa, je suis venu de mon propre chef. Mais il semblerait que nos routes se croisent.

Le daimyō ne réagi pas immédiatement, laissant planer un silence lourd. Puis, il me regarda à nouveau, son ton toujours aussi mesuré :

- Dites-moi, Seppun-dono, quelle est la première chose que vous souhaitez examiner ici ?

Je m'incline une nouvelle fois. Prenant le temps de reflexion. J’avais appris que répondre trop vite a une question d’un seigneur local pouvait être prit pour de la défiance

- Daimyo sama, Maintenant que je suis ici, puis-je vous demander ce qu'il en ai. Je ne suis qu'un jeune Shugenja et comme vous le savez les document officiel manques. Comme cette missive. Si nous voulons mener à bien cette quête, j'ai besoin d'en savoir plus.

Le daimyō de Kaigawa observait mon inclinaison avec attention, notant le respect dans mon ton, dans mes gestes et dans mes silences. Mais lorsqu’il entendit ma dernière phrase, ses doigts se referment légèrement sur la missive posée devant lui. Un détail subtil, mais révélateur. Son regard, jusqu’alors neutre et protocolaire, se fit plus perçant.

- Ainsi, Seppun-dono, vous cherchez à comprendre ce qui manque dans les documents officiels.

Il fit tourner lentement la missive entre ses doigts, comme si le fait même qu’elle soit incomplète était une vérité à analyser. Puis, il posa son regard sur moi, cette fois avec une curiosité plus affirmée.

- Ce que je vais dire maintenant n’est pas un refus, ni une opposition à votre mission. C’est un fait.

Il marqua un silence, laissant chaque mot peser avant de poursuivre :

- L’Empire ne s’est pas intéressé à Kaigawa depuis des décennies. Ce village est une ombre sur une carte, un nom que peu de samouraïs connaissent encore.

Il croisa les bras, droit et rigide, comme un soldat faisant un rapport.

- Et pourtant, aujourd’hui, vous êtes là. Avec une missive officielle qui parle d’un moine dont nous ne parlons jamais.

Il m'observa encore un instant, puis son regard glissa vers Asahina Kenshiro, puis revint à moi.

- Vous voulez savoir ce qu’il en est ?

Sa voix était plus basse, plus posée, et je sentais qu’il choisissait ses mots avec une extrême prudence.

- Alors dites-moi, Seppun-dono… selon vous, que recherche exactement l’Empire à travers votre présence ici ?

Ce n’était pas une question anodine. Le daimyō ne savait peut-être pas tout, mais il savait que Kaigawa est un secret oublié.

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