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Chapitre 6 : Une histoire au gout amer

Je stoppa mon shirokaze et pris le temps d’étirer mes muscles encuiloser par la route Elle avait été longue et bien que je pensais être un plutôt bon cavalier je n'avais ni l'habileté ni l’expérience D’Ashima Kenshiro qui ralentit immédiatement en me voyant stopper Shirokaze. Il ne posa pas de question, comprenant instinctivement que la fatigue s'accumulait. Il descendit de sa propre monture, s’étirant lui aussi, bien que son mouvement fut fluide et calculé, comme celui d’un guerrier qui connaît son corps et ses limites.

- Une pause est une bonne idée. Même les meilleurs cavaliers savent qu’il faut ménager sa monture autant que son corps.

Il tapota légèrement l’encolure de sa jument, puis jeta un regard autour de nous. Le paysage avait changé. Sans gros sabot, mais avec la délicatesse d’une estompe. Les arbres était plus serrés, la route semblait moins fréquentée. L’air était plus humide, signe que nous approchions de zones boisées ou de rivières. Le silence était plus lourd, pas menaçant… mais différent. Il observa les environs, calculant inconsciemment l’environnement avant de se tourner vers moi.

- Nous sommes proches de Kaigawa. Une heure de chevauchée tout au plus. C’est une bonne idée de s’étirer maintenant avant d’entrer dans le village.

Il s’approcha légèrement de moi, un brin d’amusement dans la voix :

- Et puis, je suppose que ton cheval n’a pas encore tout à fait accepté mon existence. Elle semble me tolérer, mais je doute qu’elle me laisserait la monter si elle en avait l’occasion.

Shirokaze souffla doucement, relevant la tête vers Kenshiro avant de tourner légèrement la tête, l’ignorant avec une élégance bien calculée. Kenshiro ria doucement, croisant les bras.

Je suis définitivement sous surveillance.

- C’est moi lui ai demandé. lui disais-je avec un petit sourire en coin. Shirokaze et moi somme lié, un lien tissé auprès des kamis. Et tu sais que les animaux sentent et ressentent bien plus que nous. C'est pour ça que je t'ai dit que je ne voyageais pas seul hier soir autour du feu.

Asahina Kenshiro m’écouta avec un sourire en coin, ses yeux suivant le mouvement de Shirokaze, qui semblait pleinement consciente de la conversation. Il croisa les bras, penchant légèrement la tête, comme s’il analysait mes mots avec attention.

- Un lien tissé auprès des kamis… Je comprends mieux.

Il observa Shirokaze un instant, plus respectueusement cette fois, comme s’il percevait enfin sa véritable place à mes côtés. Puis, il me regarda plus directement, son ton légèrement amusé, mais avec une pointe de sérieux sous-jacente :

- Tu dis que les animaux ressentent plus que nous ? Intéressant. Peut-être est-ce pour ça qu’elle ne m’accorde que son silence pour l’instant."

Il fit une pause, puis ajouta avec un léger sourire plus sincère :

- Ou peut-être sait-elle simplement que certaines vérités prennent du temps à être révélées."

Il passa une main dans ses cheveux, observant l’horizon avant de reprendre d’un ton plus neutre :

- Tu ne voyages donc pas seul, en effet. Mais cela signifie aussi que ton voyage n’est pas ordinaire.

Il jetta un dernier regard vers la route, son instinct de guerrier clairement en éveil. Puis, il me demanda plus calmement :

- Puisque nous avons pris cette pause, veux-tu profiter de ce moment avant d’atteindre Kaigawa ? Si tu as un pressentiment, c’est maintenant qu’il faut l’écouter.

- C'est une bonne idée. Parle moi de Kaigawa. Je demanderais au kamis de guider tes mots avec le vent de ce que tu portes.

Asahina Kenshiro haussa légèrement un sourcil, intrigué par ma proposition. Il ne répondit pas immédiatement, mais je put voir qu’il pesait mes mots. Puis, avec un léger hochement de tête, il accepta.

- Très bien, Seppun-dono. Si les kamis du vent souhaitent guider mes paroles, alors que leur souffle porte la vérité.

Il s’agenouilla légèrement, s’installant de manière stable, comme un guerrier qui sait que les mots ont parfois autant d’importance qu’un duel. J’inspirais profondément, fermant les yeux un instant. Je n’imposais rien aux kamis, leur offres mon souffle, leur laissant la liberté de laisser passer ce qui doit être dit. L’air autour de moi frissonna légèrement. Le vent s'élevait, caressant les feuilles, jouant doucement avec les mèches de mes cheveux. Un souffle discret, un murmure invisible, mais bien présent. Ils était là. Kenshiro prit une longue inspiration, puis commença à parler.

- Kaigawa est un village insignifiant pour beaucoup. Trop éloigné des grandes routes, oublié des cartographes, à peine une note sur les registres impériaux. Mais malgré son anonymat… il n’a jamais été un endroit sans importance."

Il marqua un temps, les yeux dans le vide comme pour encrer ses propres mots en lui.

- Il y a vingt ans, quelque chose s’est produit là-bas.

Le vent semblait se renforcer légèrement, comme s’il portait ces mots avec plus de poids. Kenshiro continua, son regard fixé sur l’horizon, mais sa voix se faisait plus posée, presque absorbée par l’instant.

- Un clan mineur y avait établi une présence. Des samouraïs… mais aussi des moines. C’était un endroit de passage, un lieu de méditation et d’enseignement. Jusqu’à ce que quelque chose change.

Son expression se durci légèrement.

- Un incident. Une nuit qui a tout fait basculer. Ce qui s’est réellement passé… personne ne le sait exactement. Ou du moins, ceux qui savent ne veulent pas en parler. Il y a eu des morts. Des disparitions. Et ceux qui ont survécu ont préféré fuir plutôt que de témoigner.

Le vent fit bruisser doucement les feuilles autour de nous, comme s’il effleurait le passé.

- Depuis cette époque, Kaigawa est devenu un lieu où l’on ne reste pas. Un village où les nouvelles générations ne posent pas de questions… et où les anciennes refusent de répondre.

Il tourna alors enfin son regard vers moi, son ton plus grave.

- Je n’y suis allé qu’une seule fois, il y a quelques années… et je peux te dire ceci : il y a quelque chose qui pèse sur cet endroit. Un poids invisible. Une attente.

Le vent se calma soudainement, comme si les kamis eux-mêmes avaient entendu suffisamment de mots pour aujourd’hui.

Kenshiro remarqua le changement, mais ne commenta pas. Il attendit, me laissant interpréter ce que les kamis avait choisi de me révéler à travers lui.

- Et ton histoire a toi, pourquoi t'as elle conduit ici et pourquoi te guide t elle encore une fois ? Quel est ton lien avec cette histoire ?

Lui demandais-je caressant l’encolure d’une brosse simple se Shirokaze Asahina Kenshiro quand a lui resta silencieux un instant, son regard toujours fixé sur un point invisible à l’horizon. Je ressentais une tension sous-jacente, une hésitation qu’il n’avait manifestée jusque-là. Puis, lentement, il prit une inspiration, comme si le vent lui-même l’aidait à formuler ses mots.

- Mon lien avec cette histoire… Disait’il fermant un instant les yeux, puis les rouvrant, plus décidés. Il y a plusieurs années, alors que j’étais encore jeune bushi, j’ai accompagné un petit détachement de samouraïs du Clan de la Grue vers Kaigawa. Officiellement, c’était une mission d’observation. Officieusement…

Il passa derechef une main sur son katana, non par réflexe cette fois, mais par mémoire.

- Nous devions retrouver un homme. Un ancien samouraï, devenu moine, qui aurait trouvé refuge là-bas." Son regard sombrit légèrement, mais il continua. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons découvert un village marqué par la peur. On nous a dit que l’homme que nous cherchions était parti quelques jours plus tôt… mais personne n’a voulu nous dire pourquoi. Ni comment. Il ne restait de lui que des traces. Des objets brûlés, un nom effacé des registres, des regards qui fuyaient les questions. Notre mission a échoué. Nous avons rebroussé chemin sans avoir trouvé de réponses. Mais quelque chose m’a marqué ce jour-là.

Il relèva les yeux vers moi, et cette fois, il ne cachait plus rien.

- Je suis le seul à être revenu. continua t il. Tous les autres… ont disparu.

Le vent se lèva à nouveau, comme s’il portait le poids de cette vérité. Kenshiro inspira profondément, reprenant son calme.

- Aucun corps. Aucun message. Rien. Juste une absence… et un village qui n’a rien voulu dire.

Il me fixa avec une intensité nouvelle, comme si ces mots lui coûtaient quelque chose.

- Alors je reviens à Kaigawa, Seppun-dono. Parce qu’une question sans réponse est une dette non payée.

Un silence s’installait. Le vent tourbillonnait légèrement autour de nous, mais cette fois, ce n’est plus un murmure du passé. C’était un appel vers l’avenir.

Kaigawa était proche, et avec lui, les réponses que Kenshiro cherchait… et peut-être celles que je n’avais pas encore commencé à poser. Toujours attelé à brosser Shirokaze, je prenais le temps d’assimiler ces nouvelles informations.

- Et quel est le lien que tu as avec Shinsei no Koji ?

Asahina Kenshiro ne réagi pas immédiatement, à ma question, il restait immobile, son regard fixé sur un point invisible au loin. Puis, lentement, il relâcha une légère inspiration, comme un homme qui savait que l’on venait de toucher une corde sensible. Il ne me fuyait pas du regard, mais je ressentais qu’il choisissait soigneusement ses mots.

- Shinsei no Koji…

Il répèta le nom, comme s’il pesait son poids, comme si l’acte même de le prononcer faisait partie d’une vérité qu’il n’avait pas envie d’admettre.

- Ce moine… c’est lui que nous cherchions à Kaigawa, il y a des années.

Il tourna enfin la tête vers moi, et pour la première fois depuis que je le connaissais, j’y vu autre chose que du contrôle ou de l’ironie. Un léger trouble.

- Quand j’étais encore jeune, il y avait un homme… un sensei au sein du Clan de la Grue. Pas un guerrier, mais un homme de sagesse. Un maître qui… qui voyait plus loin que les règles, plus loin que ce que nous étions censés être."

Son poing se referma légèrement sur les rênes de sa monture, avant qu’il ne reprenne :

- Il m’a appris des choses que mon clan ne voulait pas entendre. Il m’a montré que l’acier et l’honneur ne sont pas toujours la réponse. Que le bushidō est un chemin… mais qu’il n’est pas le seul.

Un court silence, puis une amertume dans sa voix :

- Il est parti un jour, sans explication. On a dit qu’il avait renoncé à la voie du samouraï. Qu’il s’était tourné vers autre chose.

Un regard plus grave, plus direct :

- C’est lui qui est devenu Shinsei no Koji.

L’air était plus lourd, le vent plus calme. Je comprenais désormais. Asahina Kenshiro n’était pas venu à Kaigawa seulement pour comprendre la disparition de son unité. Il était venu pour comprendre ce que son ancien maître avait laissé derrière lui. Et peut-être aussi pour comprendre s’il a eu raison de le suivre… ou de le rejeter. J'arrêta de brosser Shirokaze pour regarder l’homme en face de moi.

- Ce que je sais c'est, c'est que c'est un membre du clan du lion Koji, un Koji dont l'histoire, tel que dans les documents de l'empire que j'ai appris, racontait qu’il avait un fils. Qu'il voulait que son fils devienne shugenja. Et ce fils c'est toi n'est ce pas ?

Asahina Kenshiro se figea. J’avais touché juste. Son regard, d’abord immobile, devint plus intense, plus profond. Il ne cherchait pas à nier. Il détourna légèrement la tête, fixant toujours un point vide, mais avec une intensité nouvelle, comme si les souvenirs prenaient forme devant lui. Puis, après un silence pesant, il poussa un soupir, mais ce n’est pas un soupir d’exaspération. C’est une acceptation.

- Oui.

Il ne cherchait pas à fuir. Son regard revint vers moi, et pour la première fois, il ne portait aucun masque.

- Mon vrai nom est Koji."

Sa voix était plus basse, plus posée, mais je ressentais le poids immense de cet aveu.

- Je suis né sous ce nom. J’ai grandi sous ce nom. Et j’ai été rejeté sous ce nom. Quand mon père a vu que je n’étais pas ce qu’il espérait… Il a voulu m’envoyer aux Isawa, chez les Phénix. Il espérait encore qu’ils pourraient “réparer” ce qui était brisé en moi.

Un léger sourire amer traversa son visage.

- Mais c’est moi qui ai fait un choix. C’est moi qui ai brisé ce lien avant qu’il ne me brise.

Il passa une main sur son katana, non comme un guerrier, mais comme un homme qui savait qu’il devait se forger sa propre voie.

- J’ai quitté mon nom. J’ai quitté mon clan. Et j’ai rejoint la Grue, car eux m’ont accueilli comme j’étais.

Il me fixe, plus directement avec une réelle intensité.

- Mais ce que je n’ai jamais su… c’est pourquoi mon père, après m’avoir renié, a lui-même quitté son nom.

Un long silence. Puis, sa voix devint presque un murmure.

- Pourquoi lui aussi est devenu Shinsei no Koji ?

Le vent soufflait doucement, comme s’il portait cette question vers un destin qu’il n’avait pas encore trouvé. Kaigawa était juste devant nous. Et avec lui, les réponses que ni moi, ni lui ne savions que nous cherchions.

Je pris le temps de la réfléxion.

- Dans les écrits impérial Shinsei no Koji est devenu moine. Pour qui ou pourquoi je ne sais pas. Peut-être pour chercher des réponses en pèlerinage ou parce qu'il reconnaissait ce qu'il avait fait.

Asahina Kenshiro resta silencieux, mais je vis ses doigts se crisper légèrement sur les rênes de sa monture. Mes paroles l’atteignaient, non pas comme une attaque, mais comme un doute qu’il ne s’était jamais permis d’exprimer.

- Reconnaître ce qu’il avait fait…

Il répétait mes mots, comme s’il cherchait à en comprendre le poids véritable. Son regard se perdant légèrement, et je pouvais sentir que cette phrase avait réveillé quelque chose de profond en lui. Puis, il poussa un léger soupir, mais ce n’était pas de l’exaspération. C’est l’acceptation d’une possibilité qu’il n’avait jamais envisagée.

- Peut-être.

Il relèva les yeux vers moi, et cette fois, je ne voyais plus la même intensité contrôlée qu’avant. Je voyais un homme qui acceptait qu’il n’avait pas toutes les réponses. Puis, avec une légère inclinaison de tête :

- Merci, Seppun-dono. Tu as raison. Chercher, c’est déjà une réponse en soi.

Il passa une main dans le craint de son cheval, reprenant son calme.

- Alors allons voir ce que Kaigawa a à nous dire.

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