Chapitre 8 : De formelle à inconfortable
Il testait certainement ma loyauté envers mon ordre de mission. Voulait-il savoir si j’étais ici pour servir l’Empire… ou pour chercher une vérité qui dérange ? S’il avait peur d’une enquête impériale, il pourrait choisir de fermer certaines portes… ou d’en ouvrir d’autres. Asahina Kenshiro ne disait rien, mais il m'observait. Je sentais dans son regard qu’il s’agissait d’un moment clé.
- Daimyo sama, comme vous l'avez dit, l'empire ne c'est pas intéressé à ce lieu depuis des décennies. Au point même où je ne connais pas votre nom. Et pourtant aujourd'hui je suis là, moi un gardien de l'empire. C'est ce village qui a rapporté auprès de la cour impériale des évènements inhabituels. Je ne suis pas là pour juger. Mon mandat est clair, je suis là pour identifier, protéger, rapporter des informations. Ses informations vous les avez pas moi. Ce n'est pas à moi de vous dire ce que vous devez en faire. Si Asahina Kenshiro, est là c'est parce qu'il a un lien avec ceci, avec moi, avec ce village, avec cet homme. Et peut-être même avec vous.
Le daimyō de Kaigawa ne broncha pas immédiatement. Mes mots résonneaint dans la salle, porteurs d’une vérité qu’il ne pouvait ignorer. J’avais placé le poids de la situation sur ses propres épaules. Je ne l’accusais pas. Je ne le menaçais pas. Mais je lui rappelleais que l’Empire s’est tourné vers Kaigawa, et que sa propre position dépend désormais de la manière dont il choisira d’agir. Un silence tendu s’installa. Puis, lentement, le daimyo inclina la tête, comme un joueur de go reconnaissant un coup bien placé. Il croisa les bras, regardant cette fois non plus comme un seigneur recevant une visite, mais comme un homme face à une réalité qu’il ne pouvait plus éviter.
- Alors l’Empire a entendu les murmures de Kaigawa…
Sa voix était plus basse, moins détachée qu’auparavant. Il fixa un point invisible devant lui, puis me regarda à nouveau.
- Mon nom est Ikoma Kaede.
Son ton était plus personnel cette fois. Il avait compris que j’étais ici pour la vérité, et que repousser cette vérité ne ferait qu’attiser les soupçons. Il poussa un léger soupir, puis il m'observa à nouveau, cette fois avec plus de sincérité.
- Vous avez raison, Seppun-dono. J’ai des réponses. Et vous avez raison de dire que ce n’est pas à vous de juger. Mais il y a des vérités qui doivent être portées avec prudence.
Il marqua une courte pause, puis :
- Shinsei no Koji a marqué Kaigawa d’une empreinte que nous n’avons jamais pu effacer. Il a laissé derrière lui des fidèles, des ombres et des doutes.
Son regard se posa sur Asahina Kenshiro.
- Si vous voulez comprendre pourquoi vous êtes ici, Seppun-dono… vous devez commencer par ceux qui se souviennent encore de lui.
Il se redressa légèrement, comme s’il prenait une décision.
- Je vais vous envoyer voir l’ancien du village. Il a vu Kaigawa avant… et après. Si quelqu’un peut vous guider vers les réponses que vous cherchez, c’est lui.
Il fit signe à un garde.
- Préparez une escorte pour Seppun-dono et son compagnon. Qu’ils soient menés à l’ancien du village immédiatement.
Le garde s’inclina profondément, quittant la salle rapidement. Ikoma Kaede me regarda une dernière fois.
- J’ai fait ma part, Seppun-dono. À vous de voir ce que vous ferez de ce que vous apprendrez.
- Avant de partir Ikoma Kaede sama, j'ai une demande a vous formulé. Y a t'il un shugenja du vide dans ce village ? Et si oui pourrait-on le rencontrer également.
Ikoma Kaede haussa légèrement un sourcil à ma question. Son regard, d’abord neutre, se durcit imperceptiblement lorsqu’il entendit le mot "shugenja du Vide." Il ne répondit pas immédiatement, prenant le temps de m’évaluer, comme s’il pesait non seulement ma demande, mais aussi les implications de cette dernière. Puis, lentement, il hocha la tête.
- Non.
Son ton était particulièrement ferme, sans hésitation.
- Il n’y a aucun shugenja du Vide ici.
Puis, il ajouta après un instant, son regard plus appuyé.
- Et il n’y en a jamais eu à Kaigawa.
Il ne développa pas davantage. Pas de justification, pas d’explication. Mais son silence en disait long. Il n’y en avait pas… mais la question le mettait sur ses gardes. Il n’y en avait jamais eu… mais il voulait que cette idée soit claire. Et surtout : il ne voulait pas que cette conversation continue. Il inclina légèrement la tête, marquant la fin de l’échange, avant d’ajouter.
- Si vous n’avez pas d’autres requêtes, Seppun-dono, vos réponses vous attendent ailleurs.
Le message était particulièrement clair. Asahina Kenshiro, à mes côtés, garda un regard neutre, mais je perçu sa tension subtilement accrue. Il avait compris la même chose que moi. Il me laissait décider si je voulais insister… ou accepter cette réponse et partir vers l’ancien du village.
Je m'inclina, je recula et récupèra mes affaires et je sortis avec tout le respect du protocole et de ma position. Ikoma Kaede hocha légèrement la tête en me voyant respecter l’étiquette impériale. Lorsque je me reculas avec maîtrise, puis récupèras mon éventail de fer et mon étui vide, le daimyo ne me quitta pas du regard, veillant à ce que chaque geste reste parfaitement contrôlé. Une fois à la sortie de la demeure seigneuriale, les gardes s’inclinaient respectueusement tandis que nous franchissions le seuil vers l’extérieur.
En quittant la demeure seigneuriale, Asahina Kenshiro marchait en silence à mes côtés. Ce n’est qu’une fois dehors, alors que l’air frais nous enveloppait, qu’il tourna légèrement la tête vers moi.
- Tu as réussi à lui faire parler. Bien joué, Seppun-dono.
Un léger sourire en coin apparaissait, mais il disparut aussi vite qu’il est venu.
- Mais tu l’as entendu. Des fidèles, des ombres et des doutes.
Il dirigea son regard vers l’horizon, vers la maison de l’ancien.
- Ceux qui se souviennent encore de Shinsei no Koji… ne seront peut-être pas ravis de nous voir.
Une fois dehors, l’atmosphère semblait plus lourde, moins protocolaire, mais plus tendue. Le silence de la rue semblait peser davantage, et tu ressentais un changement subtil dans l’air. Puis, Asahina Kenshiro lâcha un léger souffle, croisant les bras.
- Tu l’as vu aussi.
Ce n’était pas une question. Il n’avait pas besoin d’expliquer. Ikoma Kaede a catégoriquement refusé l’idée qu’un shugenja du Vide ait pu être ici. Il avait répondu trop rapidement. Trop précisément. Ce n’était pas juste une absence. C’était une certitude qu’il voulait imposer. Kenshiro tourna son regard vers moi, un éclat sérieux dans les yeux.
- Ce village cache quelque chose. Ça, on le savait déjà.
Il inspira profondément, puis hocha la tête vers l’endroit où les gardes nous attendaient pour nous mener à l’ancien du village.
- Mais maintenant, on sait qu’il y a des vérités qu’ils veulent nous empêcher de poser.
Il plisse les yeux légèrement, pensif.
- Alors la vraie question est… est-ce que nous sommes sur la bonne piste, ou est-ce que nous venons de déranger quelque chose qui aurait préféré rester enterré ?
- Si j'ai vu ? lui répondit-je avec une certaine légèreté. Un aveugle aurait vu, soit il ment, soit il ne veux pas savoir.
Je fis un signe à peine perceptible a Asahina Kenshiro san en direction des gardes. Nous ne devions rien dire de plus ici. Asahina Kenshiro capta immédiatement ce que je sous-entendais. Son expression ne changea pas, il ne réagit pas brusquement, mais je vis dans ses yeux qu’il avait déduis là même chose que moi. Il hocha légèrement la tête, comme si nous parlions d’un sujet anodin. Puis, il tourna simplement le regard vers l’horizon, feignant l’indifférence.
- Alors allons voir l’ancien du village. Il nous en dira peut-être plus.
