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Chapitre 6: Vanessa Asseye
****Emilie *****
Mawusse (montrant un doigt) : Savez-vous ce qu’il y a un ? Savez-vous ce qu’il y a un ?
“Il n’y a qu’un seul Dieu qui règne dans les cieux”
Yesutô (montrant 2 doigts): Savez-vous ce qu’il y a deux ? Savez-vous ce qu’il y a deux ?
“Il y a deux testaments, l’ancien et le nouveau oh oh oh…”
Klenam (montrant 3 doigts) Savez-vous ce qu’il y a trois ? Savez-vous ce qu’il y a trois ?
Il y a trois personnes en Dieu, le père le fils le saint Esprit
Il y a deux testaments l’ancien et le nouveau oh oh oh
Il n’y a qu’un seul Dieu qui règne dans les cieux
J’essaye de me concentrer au maximum sur mes enfants et notre séance de chant mais, je ne peux pas.
Pour cause, ma belle mère bavarde depuis le matin sur moi. Je ne dis mot, mais je dois avouer que ça commence à m’irriter. Il fait très chaud dans la chambre et même si mon mari travaille à la CEET, l’air conditionnée, on préfère aller doucement dessus. Je refuse d’ailleurs de tout le temps enfermer mes enfants dans la chambre, dans ma propre maison.
Ce matin, Enam a éternué et communément dans notre langue on dit #Oguin le wo sime (littéralement ça veut dire, tu es tombé de leurs mains). Et depuis ce matin, ma belle-mère m’insulte parce que selon elle, je la traite de sorcière, que je pense qu’elle tient mon enfant spirituellement et c’est pourquoi je dis que ma fille est tombée de sa main.
J’ai quatre enfants dans cette maison et j’ai toujours dit ça à chaque fois, je ne sais pas pourquoi aujourd’hui ma belle-mère pense que c’est contre elle.
Je me suis excusée, mais rien. Donc depuis je ne la calcule pas. Elle a quand même mangé ma nourriture à midi, mais cela ne l’a pas calmé.
Mme Agbodjan : où est l’enfant même qu’on va tenir là ? Même pas foutue de faire un garçon!
Vanessa (derrière elle) : la vieille, j’ai fait un garçon ce n’est pour autant que tu m’aimes mieux. Pour toi, c’est juste de la méchanceté.
Je lève les yeux vers Vanessa et souris. Anita et Yayra qui sont ces enfants courent vers les filles.
Moi : tu es déjà là !
Vanessa : je suis là ma belle, je vois que la vieille est toujours d’attaque !
Mme Agbodjan : ta mère vieille ! C’est moi qui suis plus vieille que ta p*te de mère ?
Vanessa (riant) : c’est arrivé jusque-là, belle maman ! Tu as raison, la vieillesse est synonyme de sagesse et de bienveillance ce que tu n’as jamais eu ! Sinon une femme de ton âge n’aurait jamais ce langage, encore moins devant ses petits enfants.
Mme agbodjan (tapant dans ses mains) : Emilie, non seulement tu me traites de sorcière ce matin, mais tu appelles aussi les gens, pour qu’ils viennent m’insulter chez moi !
Moi : mais maman, c’est qui tu appelles les gens ? Tu ne connais plus Vanessa Asseye ? ta belle-fille ? La femme de ton fils Michel ?
Mme Agbodjan : une irrespectueuse comme ça!
Vanessa : le respect se mérite et surtout c’est dans les deux sens ma chère belle-mère. Tu n’as pas honte de t’acharner sur Milia tous les jours dans cette maison ? Tu n’es pas fatiguée ? Ou tu veux épouser tes fils toi-même ! #tchooo nou kê be gna yeo ? (c’est quoi même ?)
Rachelle (sortant de nulle part) : et toi ? Toi la chienne de vanessa, ma mère n’est pas ton égale, tu comprends ?
A peine termine-t-elle sa phrase, que Vanessa se déchausse rapidement et lui envoie sa chaussure en plein visage.
Vanessa : maintenant si tu es une fille approche, je vais te montrer que je ne suis pas une chienne mais une louve. #Djimakpla (non éduqué). Milia qu’est ce qui se passe ?
Je lui raconte ce qui s’est passé.
Vanessa : je ne comprends pas cette vieille. On dit que l’enfant est tombé des mains des sorciers. Si tu n’es pas une sorcière, pourquoi ça te touche ? Qui se sent morveux se mouche, c’est tout !
Mme Agbodjan : Emilie, donc tu as appelé des gens pour qu’ils viennent me frapper dans ma propre maison ? J’attends Nathan, je lui dirai tout.
Vanessa (riant) : ta maison ? Laisse-moi rire. Pourquoi tu veux attendre le retour de nathan ? milia, il n’y a pas de téléphone fixe dans cette maison ? Qu’elle appelle son fils, ça sera plus rapide.
Moi : laisse tomber Asseye . Allez les enfants, rentrons dans l’appartement !
A peine nous passons la porte, que je fonds en larme.
Vanessa : tu vas m’arrêter ça, s’il te plaît. Efface-moi ces larmes, sinon tu auras ma deuxième chaussure sur ton visage.
Moi : je n’en peux plus Asseye.
Vanessa : il ne faut pas te laisser marcher dessus Milia, cette maison c’est la tienne, impose tes règles.
Moi : ce n’est pas tout Asseye, j’ai un retard de plusieurs jours. C’est trop tôt pour l’affirmer avec certitude, mais je ne veux plus un bébé pour le moment. Je veux me trouver un travail, sortir de cette maison le matin et rentrer le soir. Au lieu de ça, je ne fais que pondre des enfants
Vanessa (me prenant dans ses bras) : les voies de l’Eternel sont impénétrables. Maintenant, efface-moi ces larmes. Nous avons une sauce à préparer et de l’igname à piler. Michel m’a dit que c’est chaud ici, en plus Nathan est en voyage. Alors je suis venue passer trois jours chez toi, avec les enfants.
Moi (rigolant) : au moins, on sera deux à piler le foufou. Quand Nathan est là, il pile avec moi. Mais quand il n’est pas là, j’évite de faire ce plat, je ne peux pas piler ça pour toute la maison.
Vanessa : tu veux dire que Ruth et Rachelle ne t’aident pas ?
Moi : laisse comme ça, allons-y.
Vanessa : dis, tu ne trouves pas que nos maris voyagent beaucoup ces temps-ci ?
Moi : tchieeeee Asseye, qu’est-ce que tu vas encore chercher comme problème ?
Vanessa : en tout cas, j’espère pour eux que c’est vraiment un voyage d’affaire deh !
Moi : Vanessa, allons-y ! hayiii
Nous préparons dans la bonne humeur. Nous avons appelé Mawusse ma première fille, pour qu’elle rapporte à manger à sa grand-mère.
Quelques minutes plus tard, Ruth arrive.
Ruth : Emilie, je viens chercher mon foufou et celui de Rachelle.
Vanessa : Emilie, Emilie? Elle est ton égale ? Tu ne dis pas s’il te plait, tu viens t’arrêter que tu veux ton foufou. Mon Dieu Milia #Okpenou (tu as trouvé)
Ruth : s’il vous plait, je viens chercher la nourriture.
Vanessa : la sauce est là, on vous a réservé l’igname aussi. Va appeler Rachelle et vous venez piler votre part.
Ruth : quoi ?
Vanessa (la lorgnant) : tu as un souci ?
Elle est repartie sans même répondre, mais ce à quoi je pensais arrive assez rapidement.
Belle-mère (criant) : Emilie, Emilie
Moi : oui
Belle-mère : où est la nourriture de mes filles ?
Vanessa : tout est prêt, il ne leur reste qu’à venir piler l’igname et manger.
Belle-mère : toi Vanessa, t’ai- je sonné ?
Moi : maman, nous avons tout préparé. Elles n’auront qu’à piler leur foufou, c’est tout.
Belle mère : tu veux que mes filles aient des ampoules aux mains ?
Moi : parce que ce ne sont pas avec mes mains, que moi je pile peut-être ?
Belle mère : je vois que madame a poussé des ailes.
Moi : ce n’est pas ça maman, c’est que...
Belle mère (me coupant) : ferme-moi ce qui te sert de bouche. Mes filles ne dormiront pas affamée. Je m’en vais, je te donne quinze minutes pour me piler ce foufou.
Vanessa (se levant) : tu n’as pas besoin de faire l’aller-retour, je t’épargne ça, car elle ne le fera pas. Si elles sont trop belles pour piler l’igname, elles mangeront donc l’igname cuit. Ça se mange aussi comme ça. Personne n’est la bonne de quelqu’un ici.
Belle mère : Emilie ?
Moi : je ne le ferai pas.
Belle mère (hystérique) : ah oui ? Tu es malade ? Nathan entendra tout ça à son retour. Il ira te déposer dans le trou duquel il t’a sorti
Vanessa : on voit que tu ne connais pas l’histoire, s’il y a vraiment un trou c’est Emilie qui vous a tous sortis de là.
Belle mère (criant) : c’est à moi que tu parles comme ça, c’est moi que vous voulez défier ?
Vanessa (rigolant) : calme toi belle-mère, ton cœur n’est pas tout jeune, il faut y aller doucement avec lui
Belle-mère (hurlant) : à l’aide ! Vanessa veut me tuer, elle veut ma mort. Je vous maudis. Je vous maudis toutes les deux, vous et votre descendance.
Moi (choquée) : mais comment tu peux dire des choses comme ça, sur tes petits enfants ?
Vanessa : Emilie, pourquoi ça t’inquiète ? On lui a dit que c’est tout le monde qui maudit ? La nature a ses lois. Ce n’est pas tout ce qui sort de la bouche de n’importe qui, qui est une malédiction. Tu ne peux pas nous maudire. Tu vas souffrir de voir nos enfants grandir et si tu ne changes pas, c’est ta tension seulement là-bas.
Ma belle-mère défait son pagne qu’elle avait noué autour de la taille et enlève son caleçon et nous le jette en signe de malédiction et s'en va.
Vanessa (la suivant avec son caleçon) : en plus c’est tout sale, je t’ai dit tu ne peux pas maudire ohhhhhh. C’est juste un retour à l’envoyeur.
Les larmes coulent de mes yeux.
Vanessa (revenant) : n’importe quoi! Je suis allée jeter son caleçon dans sa chambre... et toi tu arrêtes de pleurer s’il te plaît. Finissons notre foufou. A cause de cette vieille folle, ça a refroidi tsruuuu.
*******Nathan*******
Moi : Il faut qu’on se dépêche Michel.
Michel : tu as la femme la plus géniale au monde mais c’est toi qui es pressé. Moi dès que je rentre, Vanessa va humer tous mes vêtements, et me poser mille et une questions.
Moi (rigolant) : c’est vrai qu’Emilie me fait une confiance aveugle. Elle ne me pose jamais de questions sur nos voyages. Même les jours où je rentre tard, elle ne pose pas de questions
Michel : tu ne veux pas, qu’on échange un peu ?
Moi : jamais de la vie!
Avec michel, on a un appartement à Baguida, dont personne ne connaît l’existence.
Généralement, nos voyages d’affaires ne sont pas vraiment pour des affaires. C’est ici que nous amenons les filles, pour nous détendre.
Baguida est un peu loin de la ville, donc nous faisons nos choses au calme. Les filles ne connaissent pas notre maison et tout le monde est content. J’ai été con de tomber sous le charme de Aicha. Je sens que cette fille ne va me ramener que des problèmes.
On vient d’arriver à la maison, on passe dire bonjour à maman avant d’aller voir nos femmes
Nous : bonjour maman
Maman (le regard dans le vide) :….
Moi : maman ?
Maman :…
Moi : tu nous entends ? Qu’est ce tu as ?
Elle éclate en sanglot, je m’approche d’elle et la prends dans mes bras, je fais signe à michel d’approcher.
Maman : vous êtes sûrs que je suis votre mère ?
Nous (choqués) : mais de quoi tu parles?
Maman (en larmes): Michel et Nathan, il est vrai que vous n’êtes pas sortis de mon vagin, je ne vous ai pas accouché biologiquement mais, Dieu est mon témoin que je vous ai pris comme mes enfants. J’ai dédié toute ma vie, à prendre soin de vous. Michel, quand je suis venue dans votre maison tu n’avais que 7 ans. Je me réveillais le matin pour te laver, je mettais Nathan au dos et je te tenais la main pour t’amener à l’école et revenais te chercher. Je me suis même battue avec une des sœurs à ton papa, qui a osé lever la main sur toi. Nathan, tu as sucé mes seins avant mes enfants. Quand je rentrais dans la maison de ton père tu n’avais même pas d’âge, je suis venue novice je ne connaissais rien aux enfants, mais je vous ai donné tout l’amour que je pouvais. Même si je n’avais pas de lait, tu dormais avec mon sein dans la bouche. Je me suis attelée à prendre soin de vous, comme si vous étiez les miens. Je ne vous compte pas le nombre de nuits blanches que j’ai passé, à veiller sur vous. Vous pouvez m’arrêter, si je ne dis pas la vérité, car aujourd’hui je vous parle la main sur le cœur. Est-ce que je mens ?
Nous : non maman.
Maman : alors, si malgré tout ça je ne vous ai pas mangé, pourquoi aujourd’hui vous permettez qu’on me traite de sorcière ?
Moi : mais c’est quoi cette histoire ? Tu sais que jamais on ne ferait une chose pareille !
Michel : mais de quoi tu parles maman ? Qui t’a traité de sorcière ?
Maman : ce sont les vipères que vous avez amené dans cette famille, qui détruisent notre famille avec leur langue et leur venin.
Michel : mais arrête de parler en parabole et dis-nous exactement de quoi il est question. Parce que là, je ne sais pas si Nathan comprends quelque chose ou pas, mais moi je suis perdu.
Moi : Je ne comprends rien non plus, mais sèche tes larmes s’il te plait et explique-nous ce qui se passe.
Maman : je parle de vos femmes
Moi (choqué) : Emilie et Vanessa t’ont traité de sorcière ?
Michel (roulant les yeux) : mais il s’est passé quoi, pour qu’elles disent que tu es une sorcière ?
Maman (criant) : tu es malade ? Il y a une raison qui justifie le fait qu’on me traite de sorcière ? Ce sont des vipères, ces femmes avec des langues fourchues. Ce sont des loups qui ont revêtues la peau des agneaux. Mais tout ça va finir demain. J’ai convoqué une réunion de famille. Vous direz à vos femmes, qu’elles sont convoquées.
Elle nous plante au salon. J’avoue que je ne comprends pas ce qui se passe.
Moi : elle va m’entendre Emilie.
Michel : derrière ton air de grand homme, tu es juste naïf ! Elle nous manipule, que dis-je ? Elle te manipule. Car moi depuis le début de son discours, je savais où elle voulait en venir.
Si elle avait dit que Vanessa l’a traitée de sorcière, j’y aurais cru sans hésiter, car je sais qu’elle démarre au quart de tour mais, dire que ta femme l’a traité de sorcière ? Il ne faut pas déconner à la fin!
Moi (réfléchissant) : oui tu as raison mon frère, mais maman a convoqué la famille, ce sera sa parole contre la leur.
Michel : j’ai une idée.
Michel m’explique son idée, qui même si ce sera un mensonge, m’a l’air pas mal.
Moi (rigolant) tu t‘es cru dans un film ou quoi ? mais j’avoue que c’est une bonne idée.
Michel (se tordant de rire) : laisse la mère, c’est la vieillesse qui la dérange. Allons manger. Je sais que ta femme a fait la sauce d’adémè, je sens l’odeur d’ici.
Moi : on aura besoin de force pour la réunion…
* Illustration photo : Nathan et Michel
** Crédit photo : Google, Will Smith & Martin Lawrence
*** #XoXo #Afi
