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Le calvaire de Émilie

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ALISSON
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Résumé

Ce n'est un secret pour personne. Les relations belle-mère et belle-fille sont généralement des plus houleuses. Celle d'Émilie avec sa belle-mère, n'en fait pas l'exception. Jeune femme douce et obéissante, Émilie a le malheur d'être tombée sur une belle-mère, qui semble ne vivre que pour faire de sa vie un enfer. Heureusement qu'elle a le soutien de son mari. Cependant, la bataille transcende le monde physique pour le spirituel. Pour cette méchante belle-mère, tous les moyens sont bons pour punir cette belle-fille qui n'a commis qu'une seule faute, aimer son fils.

contrat de mariageamour tristeromantiquesuspenseles contraires s'attirentMariage arrangéamour triangulairerelation douteuse

Prologue

Prologue : Survivants

« Sentinelle que dis-tu de la nuit ? La nuit est (très) longue mais le jour vient » S.O

******** Eli******

Je ne peux pas décrire ce qui se passe actuellement dans ma tête ni dans mon cœur.

Je balaie du regard cette magnifique suite qui m’a quand même couté une petite fortune. En réalité ça fait un moment que je ne m’inquiète plus pour mes dépenses. Et pour cause, j’ai déjà vu de quoi est capable la fameuse « dame faucheuse » ; et je sais donc que demain ne nous appartient pas.

Je ne compte plus mes dépenses tant que je peux me le permettre, je n’hésite pas. La seule condition c’est de me faire plaisir et de faire plaisir aux miens. Est-ce-que c’est une manière de compenser ces années passées où trouver à manger était un miracle ? De toutes les façons, je ne sais pas pourquoi je dois me justifier surtout que c’est MON ARGENT. Et cet argent, je l’ai gagné dignement : ce sont des nuits et des nuits blanches, des larmes, de la fatigue, de privation et de l’acharnement.

Ce jour sera le jour le plus important de ma vie depuis une vingtaine d’années. Et demain le sera encore plus parce que je vais retrouver ma terre togolaise et tous les miens.

Il faut alors que tout soit parfait. J’ai passé toute une année entière à préparer ces deux jours alors je ne résigne pas sur les moyens.

Une suite comme celle-ci sur paris je comprends que c’est de la folie pour certains, mais pour moi c’est un mérite !

Assise près de la fenêtre de la suite, je peux regarder les dernières feuilles mortes tombées. L’un des avantages de cette suite est la vue : elle est juste MAGNIFIQUE.

J’aime le mois d’octobre, j’aime le silence qu’il y a dans cette suite. Il me rappelle mon appartement. Le silence est synonyme de paix pour moi. Dire que certaines personnes pensent qu’il n’est pas bon de vivre seule (rire).

Par le passé, une dizaine d’années plus tôt, je pensais me marier un jour et fonder une famille. Non pas parce que c’était un rêve pour moi mais, parce que j’ai grandi dans un environnement où c’était la logique de la vie.

Se marier, avoir des enfants est synonyme de l’accomplissement de soi. Cette logique n’était pas la mienne mais je l’avais accepté par habitus. Je ne savais pas qu’on pouvait faire autrement !

Ma seule prière était de tomber sur une belle-mère méchante et aigrie comme celle qu’on a connue. Je voulais la même voire pis. Vous allez sans doute pensez que je suis folle mais je voulais faire payer à ma belle-mère toutes les souffrances de ma mère. Il fallait juste que la mère de mon mari soit pareille que celle de ma mère. Elle allait payer le prix fort pour chaque famille brisée, chaque souffrance, chaque larme qu’une femme aurait versée à cause des espèces de son genre. C’était ça ma consolation à cette logique qui n’était pas mienne.

Puis, je suis venue en France, j’ai côtoyé la solitude, je l’ai aimée de toutes mes forces. Elle est devenue mon alliée et ma plus grande force. Il n’y a pas cette pression qu’on pourrait avoir chez moi quand on est une femme seule. J’ai donc compris qu’on pouvait faire autrement : Rester seule.

La porte s’ouvre me faisant sursauter et sortir de mes pensées par la même occasion.

Elle est là, elle est devant moi ! Mon cerveau a bugué je crois. Je veux avancer vers elle, mais mes membres ne répondent plus. Il y a moins de 2 (deux) mètres qui nous séparent mais je n’arrive pas à avancer. Elle s’avance vers moi.

Eke (me regardant) : Eli

Moi (faiblement) : Ekem

Elle me touche le visage comme pour se convaincre que j’étais bien réelle. Une vague de fraicheur se diffuse dans mon corps.

Je me reprends enfin et l’enlace assez fort comme pour rattacher tous les os de son corps qui ont été brisé dans son corps par les coups de la vie. 10 (dix) ans, mon Dieu ! Dix longues années que je n’ai pas vu ma soeur.

Ekem est ma sœur jumelle ; tout comme moi, elle s’appelle Elikem. Nous avons un prénom commun alors pour nous différencier, il faut utiliser des diminutifs : moi c’est Eli et elle et bah c’est Ekem tout simplement.

On aurait cru que nos parents ne se sont pas gênés pour nous trouver des prénoms différents. Mais en réalité ma mère nous a donné le même prénom sciemment.

Nous sommes les benjamines d’une fratrie de 10 (dix) enfants : 7 (sept) filles et 3 (trois) garçons. Oui vous avez bien entendu 10 enfants de même mère et de même père. Il fut un moment où je me suis demandée aussi comment maman a pu faire autant d’enfants.

Mais, au fil des années j’ai compris ! J’ai compris que chacun d’entre nous avait sa place. Chacun était là pour lui-même et pour les autres. Nous avions tous un rôle a joué les uns pour les autres.

Délali et Enam viennent nous retrouver dans cette position. Je m’écarte d’Ekem et m’approche de Délali. Mon cœur s’emballe, 11 ans que je ne l’ai pas vu non plus.

Trop d’émotions pour mon petit cœur, c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai laissé Enam aller toute seule à l’aéroport. Je ne voulais pas me donner en spectacle.

Ekem vit aux Etats Unis de même que Déla, elles vivent dans des états différents.

Enam qui vit à Bruxelles est montée sur Paris ce matin. Bruxelles étant à coté j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’aller la voir.

Je n’habite pas à Paris non plus, j’habite à Rennes (une chouette ville d’ailleurs). On a choisi de se retrouver à paris parce que demain matin on a un vol à prendre de Charles de gaulle pour notre pays le Togo.

Leurs maris et enfants nous rejoindront dans une semaine. Pour le moment, nous avons besoin de nous retrouver.

Nous avons dormi à 4 sur le même lit, la gorge nouée même si j’ai pris une suite avec 4 chambres. Personne ne parlait, on avait décidé d’attendre demain quand on sera au complet pour laisser libre cours aux ressentiments.

-------- Aéroport Internationale Gnassingbe Eyadema Lomé-Togo------

J’ai gardé ma nationalité pendant tout ce temps ; contrairement à mes sœurs, j’ai une double nationalité. J’ai passé assez rapidement les formalités de contrôle, je suis donc sortie la première. Je me suis empressée de sortir en réalité.

Un courant d’air chaud presque étouffant me frappe le visage. Je ferme les yeux et respire, je voulais qu’il remplisse mes poumons. Je suis chez moi, je le sais, et tout mon corps le sait. Cette vague de chaleur qui me souhaite la bienvenue, ce ciel qui me regarde, ces gens dehors : c’est ici chez moi. Une paix intense me saisit, j’ai juste envie de tomber sur mes genoux et de crier : Home, sweet Home.

Comme tu m’as manqué ma terre, je t’ai porté dans mon cœur et comme une sentinelle je suis revenue pour toi. Je reviens ici pour revivre ta chaleur …

Voix : madame Elikem ??

Moi (sortant de mes pensées) : euh oui ??

Voix : je vous ai reconnu car il y a vos photos sur les murs de Madame Mawusse. Je suis le chauffeur

Moi : ah ok…

Les autres arrivent pendant ce temps, le chauffeur nous a aidés à rentrer nos bagages dans la voiture. Mes bagages en réalité car les autres ont voyagé léger. Leurs maris viendront dans une semaine avec leurs bagages.

On pouvait sentir une mouche voler dans la voiture, je pouvais entendre la respiration de mes sœurs et je peux comprendre leur appréhension. Aujourd’hui ne sera pas comme les autres jours. Ce jour sera gravé dans nos cœurs, dans notre histoire et même dans les cieux avec pour légende : nous avons survécus.

Beaucoup de chose ont changé ici en 10 ans, mais la route que le chauffeur prend, je veux dire ce chemin ? Non, je ne pouvais pas l’oublier. Je regarde mes sœurs qui ont l’air aussi surprises que moi jusqu’à ce que le chauffeur gare devant cette maison. Elle a été rénovée certes mais c’est bien cette maison.

Je ne comprends pas, quand Esse (Mawusse) nous avait dit qu’on allait acquérir une maison qui nous servira de maison familiale, nous n’avions pas posé de questions. Pour nous c’était une bonne idée d’avoir une maison qui porte notre nom, nous n’avons pas hésité à envoyer l’argent. Elle ne nous a pas dit que c’était celle-là!

Enfin nous rentrons dans cette maison, marchant au ralenti, marquées par tous ces souvenirs. Au salon, ils étaient là, ils sont tous là. Le temps s’est arrêté pour nous, personne ne parle, nous n’avons pas besoin de mots.

Nous nous tenons la main en cercle comme maman nous l’avait appris. Elle nous disait, face à l’adversité tenez-vous les mains ; formez un cercle car ensemble, rien ne pourra vous atteindre. Dieu et votre fraternité sont votre force. Elle se mettait au milieu du cercle et priait, puis à la fin elle disait qui es-tu Elikem ? En ce moment il n’y avait plus d’Eli ou d’Ekem. Elle nous parlait comme une seule et même personne. Et en cœur nous récitons le « qui nous sommes » qu’elle nous a appris rien que moi et Ekem.

Nous étions dans cette position quand cette chanson a commencé à résonner exactement comme il y a 20 ans. La seule différence c’est qu’il y a 20 ans c’était la radio qui la diffusait et aujourd’hui c’est la télé. Une coïncidence ? Le destin ? Je n’en sais rien. Ce que je sais c’est l’effet que cette chanson a sur nous. Nous éclatons tous en sanglot. Je lâche les mains et me laisse choir jusqu’au sol.

Les paroles de cette chanson résonnent dans ma tête et me plongent dans une sorte de bulle. Il y a de ces chansons qui vous transposent, vous transpercent et vous transportent. Mon histoire pour ne pas dire notre histoire ne sera ni la première ni la dernière, mais cette chanson décrivait parfaitement cette histoire. Je ne connais pas l’artiste personnellement mais il avait écrit cette chanson pour nous sans le savoir. Pour certains, c’est peut être une chanson, pour moi c’est ma vie. La chanson est en mina mon dialecte maternel. Elle est de Joe Ray un artiste togolais.

Me yi nô nye fe dzodofe Me tsô zikpi na nyi le ta me boum

Me yi mama nye gbô e gblon gan vovo hawo nam

Bena mim tsio hafi mia tô kouo, Bena mim tsio hafi mia nô kouo

Ame bou ba me wo gbo mia wo mi nô na, Ame bou ba me wo gbo mia wo mi tsi le

Ame bou ba me woe na nou mi mi dou na ; Ame bou ba me woe na vô mi mi ta na

tassi de mougbaleo, nagan de mou gbaleo,navi de m’gableoo

Aya, ayaloo ayaloo aya , aya

//Traduction

Je suis allée dans la cuisine de ma mère, j’ai pris un tabouret et je me suis assise je réfléchissais ; Je suis allée chez ma grand-mère elle me contait beaucoup d’histoires, Elle m’a dit : vous étiez trop jeune quand votre père est mort ; vous étiez très jeunes quand votre mère est morte, Ce sont chez d’autres personnes que vous habitez. Vous avez grandi chez d’autres personnes. Ce sont d’autres personnes qui vous ont nourri. Ce sont d’autres personnes qui vous ont habillés. Il n’y avait plus de tantes maternelles, ni de tantes paternelles ni d’oncle maternels, ni d’oncles paternels. Il ne vous restait que la misère! Rien que la misère !

Après cette chanson on entendait que des reniflements. Même Esse (Mawusse) qui a dû s’endurcir au fil des années a les yeux rouges

Amen (se reprenant) : savez-vous ce qu’il y a un ?

Moi (gros yeux) : tu n’es pas sérieux

Amen (rigolant) : mais si regardez-vous !

aujourd’hui est un jour de joie !essuyons nos larmes

Nous (le regardant) : ….

Amen : allez, allez Esse (Mawusse) tu commences c’est par ordre de naissance et du plus grand au plus petit??

Nous essuyons nos larmes pendant qu’Amen faisait un drôle de bruit disant qu’il arrange sa voix.

Par ordre de naissance je vous présente à travers cette chanson, les 10 enfants d’Emilie et de Nathan.

En cœur : Savez-vous ce qu’il y a un ? Savez-vous ce qu’il y un ?

Mawusse (Esse): Il n’y a qu’un seul Dieu qui règne dans les cieux !

En cœur : Savez-vous ce qu’il y a 2 ? Savez-vous ce qu’il y 2 ?

Yesutô : Il y a deux testaments l’ancien et le nouveau !

En cœur : Savez-vous ce qu’il y a 3 ? Savez-vous ce qu’il y 3 ?

Klenam : Il y a 3 personnes en Dieux le père le fils le saint Esprit

En cœur : savez-vous ce qu’il y a 4?

Enam : il y a 4 évangélistes

En cœur (criant) : savez-vous ce qu’il y a 5, savez-vous ce qu’il y a 5

Edem : il y a 5 livres de Moise

Nunana: il y a 6 jours de travail

Délali : Il y a 7 sacrements

Amen : Il y a 8 béatitudes

Eke : Il y a 9 corps des anges

Eli : Il y a 10 commandements

Nous chantons à tue-tête, nous avons pété le champagne et avons trinqué à nous, à l’avenir.

Nous sommes 10 comme il y a 20 ans. Pour ce soir ils/elles ont laissé leurs enfants et conjoint(e)s chez eux….

C’est ici chez moi, ce sont mes frères, ce sont mes sœurs qui sont mon ‘chez moi’’ où qu’ils se trouvent ce sera chez moi. Je m’appelle Elikem, l’une des deux dernières filles d’Emilie !

Pour comprendre notre histoire, je vous propose de remonter le temps avec moi.

crédit photo: google - #Genevieve Nnajiii