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Chapitre 5

J’arrive à l’hôpital en courant, essoufflée, trempée de sueur, mes cheveux collés à mon front et mon cœur battant si fort que j’ai l’impression qu’il va sortir de ma poitrine. Je serre l’argent dans ma main comme si quelqu’un allait me l’arracher et je me précipite au guichet sans même reprendre mon souffle, ma voix tremble quand je parle mais je tiens bon parce que je n’ai plus le droit de flancher maintenant, pas après tout ce que j’ai fait pour en arriver là. Je paie les soins sans discuter, je ne regarde même pas ce qu’il reste, parce que chaque billet qui disparaît est une victoire contre le temps qui menace ma mère.

Une fois les formalités terminées, je marche presque en titubant jusqu’à sa chambre, mes jambes sont lourdes, mon corps me supplie de m’arrêter, mais je pousse la porte doucement et je la vois, allongée, fragile, mais vivante, et c’est tout ce qui compte.

— Lucia…

Sa voix est faible, mais elle est là, et ça me suffit pour respirer à nouveau. Je m’approche rapidement, un sourire forcé sur les lèvres, et je prends sa main entre les miennes.

— Je suis là, maman.

Elle me regarde attentivement, ses yeux s’attardent sur mon visage, et je sais déjà ce qu’elle va dire avant même qu’elle ouvre la bouche.

— Tu es toute pâle… est-ce que tout va bien ?

Je secoue la tête aussitôt, presque trop vite, parce que la vérité, je ne peux pas la lui dire, pas maintenant, pas alors qu’elle a déjà assez à supporter.

— Oui, tout va bien. Je suis juste un peu fatiguée, c’est tout.

Elle ne semble pas convaincue, mais elle n’insiste pas, et je m’assois à côté d’elle, gardant sa main dans la mienne comme si c’était la seule chose qui me maintenait debout.

Je sais déjà que je ne retournerai pas travailler au restaurant. J’ai encore enfreint les règles aujourd’hui, je suis partie sans prévenir, et même si j’y retourne, ils ne me garderont pas, pas cette fois. Cette pensée me serre la gorge, mais je n’ai même pas le luxe de m’effondrer pour ça. Je dois trouver autre chose, vite, n’importe quoi, tant que ça rapporte de l’argent.

Pour l’instant, je reste là, assise près d’elle, parce qu’il n’y a personne d’autre, personne pour prendre le relais, personne pour dire “je m’en occupe”. Il n’y a que moi.

Les heures passent lentement, et quand la nuit tombe, je me lève doucement.

— Je vais chercher à manger. Je reviens vite.

Elle hoche légèrement la tête, trop faible pour discuter, et je sors de la chambre en silence.

Dehors, l’air est frais, presque froid, et mon estomac se tord violemment, me rappelant que je n’ai rien mangé depuis le matin, mais ça n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est ma mère. Elle doit manger quelque chose de bon, quelque chose qui lui donne un peu de force.

Je marche jusqu’à un petit restaurant non loin de l’hôpital, celui qui fait du ragoût de poulet, simple mais chaud, réconfortant, et j’achète une portion sans hésiter, ignorant encore une fois la fatigue qui me ronge.

Je ressors avec le sac bien serré dans ma main et je me remets en route. Et puis je la vois. La vieille dame de ce matin. Sauf que cette fois… elle n’a rien à voir avec la femme fragile entourée par la foule. Elle est bien habillée, élégante, propre, presque… imposante. Une voiture est garée à côté d’elle, un chauffeur debout, droit comme un piquet.

Je m’arrête, surprise.

— Vous… ?

Elle se tourne vers moi avec un sourire calme, presque amusé.

— Je me demandais si j’allais te revoir.

Je fronce légèrement les sourcils, encore troublée par ce contraste.

— Ce matin…

Elle soupire doucement, comme si elle revivait la scène.

— J’avais simplement égaré mon portefeuille. Je ne m’en suis rendu compte qu’au moment de payer.

Je cligne des yeux, un peu déstabilisée.

— Donc… vous n’étiez pas…

— Pauvre ? Non.

Un léger sourire traverse ses lèvres.

— Mais ce que tu as fait reste rare.

Je ne sais pas quoi répondre, alors je baisse légèrement les yeux, mal à l’aise.

— Où vas-tu à cette heure-ci ?

Je relève la tête, hésite une seconde, puis réponds simplement, incapable de mentir.

— À l’hôpital. Ma mère est malade.

Son regard change légèrement, plus sérieux.

— Monte, je vais te déposer.

Je secoue immédiatement la tête.

— Non, ce n’est pas nécessaire.

— Je n’ai pas posé une question.

Sa voix est douce, mais ferme, et elle ouvre déjà la portière. Je reste figée un instant, puis la fatigue prend le dessus, et j’accepte finalement sans discuter davantage.

Je m’installe à côté d’elle à l’arrière, le sac de nourriture posé sur mes genoux, et la voiture démarre doucement.

Le silence ne dure pas longtemps.

— Tu t’appelles Lucia, c’est bien ça ?

— Oui.

— Tu vis seule ?

— Non… avec mon père et mon frère.

— Et tu t’occupes de tout ?

Je serre légèrement le sac.

— Oui.

Les questions s’enchaînent, calmes, précises, et je réponds poliment à chacune, sans vraiment comprendre pourquoi elle s’intéresse autant à moi, mais quelque chose dans son regard me pousse à ne pas me fermer. La voiture s’arrête finalement devant l’hôpital.

— Merci…

Je m’apprête à sortir, mais sa voix me retient.

— Attends.

Je me tourne vers elle.

Elle me regarde quelques secondes en silence, comme si elle réfléchissait à quelque chose d’important, puis elle parle enfin.

— J’ai une proposition à te faire.

Mon cœur se serre légèrement.

— Une proposition ?

— Oui.

Elle marque une pause, puis continue calmement.

— Je peux payer l’opération de ta mère. Tous les frais.

Le monde semble s’arrêter autour de moi.

— En échange… tu devras épouser mon fils.

Je la fixe, incapable de parler, persuadée d’avoir mal entendu.

— Quoi ?

— Tu as bien entendu.

Un silence lourd s’installe.

— C’est… c’est impossible.

Je secoue la tête, choquée, perdue.

— Je ne peux pas faire ça.

Elle ne semble ni surprise ni vexée.

— Réfléchis.

Je pousse la portière, mon cœur battant à toute vitesse.

— Non… je suis désolée.

Je descends rapidement, comme si rester une seconde de plus allait m’engloutir dans quelque chose que je ne comprends pas.

— Lucia.

Je me retourne malgré moi.

Elle me tend une carte.

— Au cas où tu changes d’avis.

J’hésite une seconde, puis je la prends.

La voiture démarre presque aussitôt, me laissant seule devant l’hôpital, avec ce morceau de papier entre les doigts, et une pensée qui refuse de me lâcher.

Et si c’était la seule solution ?

Je ferme les yeux un instant, puis je serre la carte dans ma main avant de rentrer à l’intérieur. Pour l’instant… je n’ai pas le droit d’y penser.

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