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CHAPITRE 5. UN ESPRIT EN ÉBULLITION

Après le réfectoire, chacun regagna sa chambre pour la nuit. Moi, fidèle à mes habitudes, je m’installai confortablement sur mon lit, allumai mon téléphone et me lançai dans une partie de Candy Crush. C’était mon rituel pour évacuer la fatigue de la journée et apaiser mon esprit.

Niveau après niveau, j’étais absorbé, mon pouce glissant sur l’écran avec précision, enchaînant les combinaisons sucrées et les explosions colorées. J’étais tellement pris dans le jeu que je faillis ne pas remarquer la notification qui venait d’apparaître en haut de mon écran.

Un message de Charline.

— Tu es encore réveillé ?

Toujours concentré sur ma partie, je ne pris même pas la peine d’ouvrir l'application. Je me contentai d’une réponse rapide, directement depuis le panneau de notification :

— Oui.

J’appuyai sur Envoyer sans vraiment prêter attention à la conversation. Un deuxième message surgit immédiatement après :

— Ne ferme pas ta porte à clé.

Je levai instinctivement la tête, mon cœur battant un peu plus vite. Ne pas fermer ma porte à clé ? Là, mon jeu n’avait plus aucune importance. Je posai mon téléphone, m’assis sur mon lit et fixai l’écran, le front plissé. Pourquoi une telle demande ?

Je lui répondis aussitôt :

— Pourquoi ?

Aucune explication. Elle se contenta d’insister :

— Ne la ferme juste pas.

Mon cerveau se mit immédiatement à cogiter. Que voulait-elle dire par là ? Était-ce un simple conseil ou une invitation implicite ? Avait-elle une bonne ou une mauvaise intention ? Et si quelqu’un d’autre essayait de me piéger en se servant de son téléphone ?

J’hésitai un instant. Puis, sans pour autant vouloir être trop dur avec elle, je descendis du lit, me dirigeai vers la porte et remuai la clé pour la débloquer. Un petit clic métallique confirma que la porte n’était plus verrouillée. Je retournai sur mon lit, repris mon téléphone et tentai de me replonger dans mon jeu.

Mais cette fois-ci… Impossible de me concentrer. Mon esprit était ailleurs. Chaque bruit dans le couloir me paraissait plus fort. Chaque seconde qui passait me rendait plus curieux… et plus nerveux.

Que préparait Charline ?

Une dizaine de minutes s’étaient écoulées. J’étais toujours sur mon lit, le téléphone en main, tentant vainement de me concentrer sur mon jeu. Mais en réalité, mon esprit était ailleurs. Le message de Charline tournait en boucle dans ma tête. Pourquoi voulait-elle que je laisse ma porte ouverte ? Avait-elle réellement l’intention de venir ? Ou bien était-ce juste un jeu, une manière de me troubler, de tester ma réaction ? Et si c’était un piège ? Et si quelqu’un d’autre entrait ?

Je secouai la tête, tentant de chasser ces pensées. Mais soudain... Le bruit d’une main sur la poignée. Un frisson glacial me traversa l’échine. Mon cœur s’emballa, cognant violemment dans ma poitrine. Mon regard se fixa sur la porte. Elle s'ouvrit. Lentement. Avec précision. Et dans l’encadrement, sous la faible lueur du couloir… Charline.

Elle se tenait là, dans une robe de nuit légère, presque flottante, qui dessinait ses courbes avec une grâce troublante. Ses cheveux tombant en cascade autour de son visage lui donnaient un air à la fois mystérieux et déterminé. Elle posa un doigt verticalement sur ses lèvres, un geste silencieux pour m’intimer de ne pas parler. Mon souffle se coupa. Tout se passa si rapidement et pourtant si lentement à la fois.

Sans un mot, elle avança. Elle referma la porte avec soin, sans un bruit. Son regard plongea dans le mien. Un regard brûlant, indéchiffrable. J’avais l’impression qu’elle lisait en moi. J’aurais pu parler. J’aurais pu lui demander ce qu’elle faisait ici, pourquoi elle agissait de cette manière. Mais je n’en fis rien.

Parce qu’en réalité, je ne savais plus quoi penser. Une partie de moi voulait résister, comprendre, exiger des explications. Mais une autre partie… Une autre partie était envoûtée. Par son assurance. Par cette tension électrique qui flottait dans la pièce. Par le mystère qu’elle représentait. Par ce désir inexpliqué qui, malgré moi, naissait en moi.

Et quand sa robe glissa lentement le long de son corps, quand elle se rapprocha, ses doigts effleurant ma peau… toutes mes pensées s’effacèrent. Il n’y avait plus que l’instant. Brutal. Incontrôlable. Inévitable. Et cette nuit-là, dans cette chambre silencieuse… je compris que, parfois, le désir pouvait être aussi troublant que terrifiant.

À peine une heure s’était écoulée.

Charline s’était éclipsée comme une ombre, avec la même discrétion troublante qui l’avait accompagnée en entrant. La porte s’était refermée sans un bruit, me laissant seul, étendu sur mon lit, le regard perdu dans le vide.

Tout semblait irréel. Un rêve ? Une illusion ? Ou bien cela venait-il réellement d'arriver ? Mon corps portait encore les traces du moment. Ma respiration était encore légèrement saccadée. Mais mon esprit, lui… éparpillé, en feu. Je n’arrivais pas à rassembler mes pensées.

Pourquoi ? Pourquoi avait-elle fait ça ? Pourquoi moi ? Qu’est-ce que cela signifiait pour elle ? Qu’est-ce que cela devait signifier pour moi ? Alors que je luttais avec mes questions, mon téléphone vibra. Un message de Charline.

Je me redressai d’un bond, mon cœur cognant un peu plus fort.

— Désolée si j’ai été un peu brutale.

J’avalai ma salive, sentant un étrange frisson me parcourir. Brutale ? Pourquoi utilisait-elle ce mot ? Avant même que je ne réfléchisse à une réponse, un autre message s’afficha :

— Merci pour ton accord et pour le service rendu.

Le service rendu ? Mes doigts se crispèrent autour du téléphone. De quel service parlait-elle ? Avant que je ne puisse répondre, un dernier message tomba :

— Tu viens de soigner mon cœur.

Là, je fronçai les sourcils. Soigner son cœur ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Était-ce un appel au secours déguisé ? Une manière de combler un vide ? Ou alors… avait-elle prévu tout cela dès le départ ?

Ma gorge se serra. Je voulais lui demander, creuser un peu plus. Mais son dernier message ferma toute porte à la discussion :

— Bonne nuit, Fred. Demain, on sortira un peu. On parlera de tout ça.

Puis, plus rien. Je fixai mon écran, encore plus perdu qu'avant. Tout ceci me dépassait. Tout était allé trop vite. Et pourtant, une chose était certaine… Le lendemain, rien ne serait plus comme avant.

Il était tard. La nuit s’étendait, mais le sommeil m’avait abandonné. Dans l’obscurité de la chambre, mes pensées tournaient sans cesse, comme des vagues battant la rive. Je venais de comprendre quelque chose, une vérité peut-être aussi ancienne que le monde lui-même. On ne peut jamais échapper au désir d’une femme. C’était cette pensée, cette réalisation, qui m’avait frappé comme une évidence.

Je ne savais pas pourquoi Charline m’avait choisi, ou pourquoi tout avait pris cette tournure. Mais il y avait quelque chose de sublime dans sa manière d’agir. Elle n’était ni pressée, ni timide. Elle avait, en elle, une force tranquille qui m’ébranlait. Et pourtant, il y avait aussi une douceur qui effleurait l’âme, une tension inexplicable entre son regard et ses gestes.

J’avais compris qu’elle n’était pas juste une jeune fille de passage. Non, Charline était bien plus. Elle était un mystère, une force de la nature. Elle m’avait promis un beau jour demain. Et dans mon cœur, j’avais hâte que le matin vienne. Le sommeil m’avait quitté, mais une énergie nouvelle m’avait envahi. Le désir de comprendre, d’en savoir plus, de voir ce qu’elle voulait vraiment.

Je me levai alors, décidant de préparer cette rencontre, d’être prêt pour la journée à venir. Avec une force renouvelée, je pris un moment pour organiser mes pensées, pour me préparer mentalement. Ce ne serait pas simplement une conversation ordinaire, non, il y avait plus.

Elle m’avait parlé de son cœur, de ses blessures invisibles. Et moi, Fred, l’étudiant, le poète, j’étais désormais intrigué, captivé. Demain, c’était un nouveau chapitre qui s’écrirait, un chapitre où je découvrirais, avec elle, ce que l’on cache souvent derrière les masques du quotidien. Alors, en attendant le matin, je fermai les yeux, non pas pour dormir, mais pour m’y préparer.

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