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CHAPITRE 2. UN VERRE AU CAFÉ LA BRIOCHE

À peine descendu du bus, je balayai les alentours du regard. Bujumbura s’étendait devant moi, bruyante et vivante, avec ses avenues bordées d’arbres, ses vendeurs ambulants proposant des fruits, des cartes de recharge téléphonique et des bouteilles d’eau fraîche. Malgré la fatigue du voyage, une seule idée m’obsédait : rester connecté. Je devais contacter le Père Gustavo pour savoir où se trouvait sa paroisse et organiser mon arrivée.

Sans perdre de temps, je me mis en quête d’un poste de communication. Après quelques minutes de marche dans une rue animée, j’aperçus une petite boutique de télécommunications. Un panneau affichait les logos des principaux opérateurs burundais. Je m’y précipitai et entrai sous l’auvent en tôle ondulée qui protégeait l’entrée du soleil brûlant.

Derrière le comptoir, un homme d’une quarantaine d’années, vêtu d’une chemise beige légèrement usée, me lança une salutation chaleureuse en kirundi :

— Amakuru!

Je clignai des yeux, pris de court, avant de secouer la tête et de faire un geste indiquant que je ne comprenais pas. Il sourit, devinant immédiatement mon embarras, et reprit en français, d’une voix claire et posée :

— Bonjour, mon frère. Comment puis-je vous aider ?

Soulagé, je lui expliquai que j’avais besoin d’une carte SIM avec un accès à Internet. Il hocha la tête, se retourna vers une étagère remplie de petits paquets en plastique, et en sortit une carte qu’il me tendit.

— Vous êtes nouveau en ville ? demanda-t-il en commençant à enregistrer la carte.

— Oui, répondis-je en souriant. Je viens du Congo pour assister à une réunion œcuménique.

— Ah, c’est une bonne chose, dit-il en activant ma connexion. Que Dieu bénisse votre mission.

Son ton était sincère, et je sentis tout de suite une bienveillance naturelle chez lui. En quelques minutes, il eut terminé l’activation de la carte. Il me tendit mon téléphone, et aussitôt, un signal apparut en haut de l’écran. Je pouvais enfin me connecter.

— Merci beaucoup, dis-je en lui tendant l’argent.

Il secoua la tête avec un sourire.

— Murakoze cane, c’est comme ça qu’on dit "merci beaucoup" en kirundi.

— Murakoze cane, répétai-je en articulant soigneusement.

Il éclata de rire et me fit un signe de la main avant de s’occuper d’un autre client.

Satisfait, je m’éloignai du poste de communication, mon téléphone en main. Il était temps de contacter le Père Gustavo et de découvrir enfin où se trouvait la paroisse où j’allais séjourner.

À peine ma connexion activée, je me précipitai pour ouvrir ma boîte mail. Mon cœur battait un peu plus vite en voyant un nouveau message du Père Gustavo. Avec une certaine appréhension mêlée d’excitation, je cliquai pour l’ouvrir et parcourus rapidement les lignes.

Il m’informait qu’il avait pris des dispositions pour que quelqu’un vienne me récupérer à la gare. Une jeune femme du comité organisateur, prénommée Charline, allait bientôt me contacter. Elle faisait partie du staff chargé de la logistique de la réunion et connaissait parfaitement les lieux. À la fin du message, le Père Gustavo me souhaitait chaleureusement la bienvenue à Bujumbura.

Un profond soupir de soulagement m’échappa. Après ce long voyage, savoir que quelqu’un m’attendait et que je n’aurais pas à errer seul dans cette ville inconnue était rassurant. Je répondis rapidement au message pour remercier le Père Gustavo, puis attendis un instant, scrutant l’écran de mon téléphone dans l’espoir de voir une notification apparaître.

Quelques secondes plus tard, mon téléphone vibra. Un message WhatsApp venait d’arriver. C’était Charline.

"Bonjour ! Le Père Gustavo m’a informée de ton arrivée. Je suis en route pour la gare. Attends-moi à l’entrée, je ne tarderai pas."

Un sourire se dessina sur mon visage. Tout s’enchaînait parfaitement. Je levai les yeux autour de moi, observant l’agitation de la gare routière : des voyageurs descendant des bus avec leurs bagages, des chauffeurs interpellant des clients, des vendeurs ambulants proposant des beignets et des boissons fraîches. Mais mon esprit était déjà tourné vers la suite.

Bientôt, Charline arriverait, et une nouvelle étape de mon aventure allait commencer.

Après une dizaine de minutes d’attente, une jeune femme apparut devant moi. Elle était d’environ mon âge, sans doute dans la vingtaine, avec une silhouette courte et une chevelure brune qui retombait délicatement sur ses épaules. D’un sourire franc, elle me tendit la main.

— Bonjour ! Je suis Charline, du comité organisateur. Tu dois être notre invité de Bukavu ?

— Oui, répondis-je avec un sourire soulagé. Enfin !

Nous échangeâmes une chaleureuse poignée de main, et je sentis immédiatement une énergie amicale émaner d’elle. Il y avait quelque chose d’accueillant et d’aisé dans sa manière de s’exprimer, ce qui me mit rapidement à l’aise.

— Le Père Gustavo m’a demandé de venir te chercher, mais il m’a aussi informée qu’il a dû partir en urgence à Kigali, m’expliqua-t-elle. Il doit y accueillir d’autres invités venant de l’étranger, donc il risque de prendre un peu de temps avant de revenir.

J’acquiesçai, comprenant parfaitement la situation. Cet événement œcuménique devait réunir des personnalités venues de divers horizons, et il était logique que le Père Gustavo ait plusieurs responsabilités à gérer.

— En attendant, me dit-elle avec un air complice, je te propose un verre dans un café tout proche. Ça te permettra de te détendre un peu après ton voyage.

Qui pouvais-je refuser ? J’étais dans une ville nouvelle, et chaque détail m’intriguait. Accepter cette invitation, c’était non seulement une occasion de me reposer après mon long périple, mais aussi une première immersion dans l’atmosphère de Bujumbura.

— Avec plaisir ! dis-je en hochant la tête.

Elle me fit signe de la suivre, et nous nous dirigeâmes vers un petit café situé à quelques pas de la gare. Mes yeux ne cessaient de balayer les rues, captant chaque détail : les façades colorées des bâtiments, les passants au style vestimentaire varié, le brouhaha des motos-taxis, et l’odeur du café mêlée à celle du pain grillé qui flottait dans l'air. L’aventure ne faisait que commencer.

Nous marchâmes quelques minutes avant d’arriver au Café La Brioche, un endroit réputé de Bujumbura, connu pour son ambiance calme et ses pâtisseries exquises. L’endroit était accueillant, avec une terrasse ombragée par de grands parasols, offrant une vue imprenable sur l’agitation de la ville. L’odeur du café fraîchement moulu flottait dans l’air, se mêlant à celle du pain encore chaud.

Nous prîmes place à une table près de la fenêtre, profitant de la légère brise qui traversait la pièce. À peine assis, une serveuse souriante s’approcha pour prendre notre commande.

— Mwaramutse neza! dit-elle avec chaleur.

— Mwaramutse! répondit Charline avec une aisance qui me surprit.

Un échange fluide s’ensuivit entre elle et la serveuse :

— Mwipfuza kunywa iki? (Que souhaitez-vous boire ?) demanda la serveuse.

— Muduhere amata meza, ibirahure bibiri, kandi abirebire. (Apportez-nous du bon lait, deux verres, et qu’ils soient bien remplis.) répondit Charline.

— Nta kibazo, ndabizana nonaha. (Pas de problème, je vous apporte ça tout de suite.)

J’observais la scène, impressionné. Charline venait de manipuler le kirundi avec une fluidité que j’aurais attribuée à une native. En la regardant discuter avec tant d’aisance, je ne pus m’empêcher d’exprimer mon étonnement.

— Tu parles vraiment bien kirundi ! Je pensais que tu étais purement congolaise, lançai-je en riant.

Elle sourit et haussa légèrement les épaules.

— Je suis bel et bien congolaise, mais à force d’être en contact avec les gens à la paroisse, j’ai appris vite. Ici, beaucoup parlent swahili ou français, mais le kirundi reste la langue dominante. Il fallait bien que je m’adapte.

Elle fit une pause avant d’ajouter :

— En plus, sur trente jours dans un mois, je passe facilement dix jours à Bujumbura, et ça, depuis trois ans. Donc, forcément, à force d’écouter et de parler, j’ai fini par bien maîtriser la langue.

Je hochai la tête, impressionné par son immersion culturelle.

— C’est fascinant. Moi, je peine encore avec certaines langues régionales, et toi, tu jongles déjà avec plusieurs !

Elle rit doucement alors que la serveuse revint avec nos verres de lait.

— Ng’aya amata yanyu. Murisanga! (Voici votre lait. Servez-vous bien !) dit la serveuse en posant les verres.

— Murakoze cane! répondit Charline avec un sourire.

— Murakoze! répétai-je maladroitement, essayant de l’imiter.

Elles éclatèrent de rire, et Charline me fit un clin d’œil.

— Ne t’inquiète pas, avec un peu de temps, tu t’y feras aussi !

Nous levâmes nos verres et trinquâmes, comme pour célébrer cette première immersion dans l’atmosphère chaleureuse de Bujumbura. Alors que nous savourions nos verres, la conversation s’engagea naturellement.

— Au fait, je ne me suis pas encore présenté. Je m’appelle Fred, dis-je en posant mon verre. Je suis étudiant en Français-Langues Africaines à l'Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu.

Charline hocha la tête avec intérêt, ses yeux pétillant d’une curiosité sincère.

— J’écris aussi de la poésie et je participe à plusieurs ateliers d’écriture, ajoutai-je avec un sourire.

À ma grande surprise, cette confidence sembla la charmer. Elle posa son verre et me fixa avec un mélange d’admiration et de regret.

— J’ai toujours aimé la littérature, avoua-t-elle. Mais mon père a insisté pour que je fasse des études vétérinaires.

— Ah bon ? demandai-je, intrigué.

— Oui, il pensait que c’était plus "pratique" et plus "utile" que les lettres. Du coup, je suis vétérinaire, et chez le Père Gustavo, je m’occupe de tous les animaux de la congrégation franciscaine. Mais comme il n’y a pas toujours du travail en clinique, on me confie d’autres tâches dans la maison. C’est comme ça que je me suis retrouvée impliquée dans l’organisation du dialogue œcuménique.

— Donc, pour cette rencontre, tu es là en tant que membre du staff ?

— Exactement, confirma-t-elle. En plus, ça me permet de percevoir des primes.

Elle me confia alors un détail surprenant : l’entretien était prévu pour une semaine, et chaque participant devait recevoir 100 dollars par jour, tandis que le staff bénéficiait de 150 dollars et de quelques avantages supplémentaires.

— C’est plutôt motivant, dis-je en riant.

— Oui, et en plus, ça me change du quotidien, répondit-elle en souriant.

Je pris une gorgée de mon lait, savourant l’instant. Cette rencontre avec Charline était inattendue mais agréable. Nous étions différents, et pourtant, quelque chose dans nos échanges créait une connexion naturelle.

Le dialogue œcuménique n’avait pas encore commencé, mais déjà, ce voyage me réservait des rencontres riches et prometteuses.

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