La réaction de König
•• PRÉCÉDEMMENT ••
“Elle m’a comblé de baisers à cause de mes mielleux mots remplis de mensonges.”
Deux jours plus tard.
•• MICHELINE ••
Moi-même, je ne voulais pas qu’on convoque tonton Vianney, mais hélas ! Mon fils ainé a tout gâché. Ah oui, c’était la décision de Rodrigue si le chef du village est au courant de ce que Vianney m’a fait. Bizarrement, il ne vient plus au village, depuis qu’il est parti. On dirait qu’il a honte de moi.
Un matin, je suis en train de faire le ménage, et mes deux enfants sont venus me rejoindre. La façon dont Rodrigue me regarde, je me suis en même temps dit qu’il va sûrement me poser une question. Je le connais bien. Il a le même caractère que son père.
_ Maman, quand est-ce qu’on va enterrer papa ?
Une question très touchante et difficile à répondre ! Du coup, je me suis mise à couler mes larmes. J’avais juré de ne plus pleurer devant mes enfants, mais hélas ! Cette fois-ci, c’est plus fort que moi. Je ne peux plus contenir toutes ces larmes.
_ Je suis sincèrement désolé pour la question. Sois forte !
_ Non Rodrigue, ne t’inquiètes pas ! Ça va aller !
_ Grand frère, pourquoi tu as tapé maman ?, demande König à son frère, tout en pensant que, c’est son frère qui m’a fait quelque chose.
_ König, je suis désolé. Ok ? Je ne vais plus répéter ça.
_ D’accord !
Au même moment, il nous a laissés. Je suis prête alors à répondre à Rodrigue.
_ En ce qui concerne les funérailles de ton père, ils ont prolongé la date, dis-je à Rodrigue en essayant mes larmes.
_ Mais, pourquoi ?
_ La fois passée, ton oncle disait qu’ils n’ont pas trouvé le cercueil dont ils cherchaient.
_ Ils veulent acheter quel genre de cercueil ?
_ Le cercueil transparent ! Pourtant, c’est l’un des cercueils, les plus chers !
_ Le monde va très mal !
Parfois, je n’aime pas tout raconter à Rodrigue, mais mon intuition n’arrête pas de me dire que ce n’est pas bien, ce que je fais. Il est l’aîné de la famille, et c’est son devoir d’être au courant de toute information.
Après avoir fini le ménage à l’aide de mon enfant, on se met à déguster le repas matinal. À peine une minute, König s’est levé.
_ Où vas-tu ?, lui demande-je.
_ J’ai entendu le bruit de sa voiture.
_ Qui ?
König est sorti sans me répondre. Rodrigue voulait l’empêcher de s’en aller, mais il ne l’a pas pu. Je dois bien parler à Rodrigue, sinon il va créer un scandale dans cette maison, un jour, à cause de son oncle. La façon dont il le déteste, hum !
_ Je n’aime pas vraiment le fait que König s’amuse avec lui.
_ Mon enfant, écoute-moi bien ! König est toujours petit, donc ne l’empêche pas ! Dès qu’il sera grand, on pourra lui interdire cela.
_ Non maman, ce n’est pas une bonne idée ! Le futur dépendra d’aujourd’hui.
Le futur dépendra d’aujourd’hui ! Mon enfant a parfaitement raison. De ce fait, je dois faire quelque chose pour empêcher König, moi-même.
Quelques minutes plus tard, König est revenu chez nous. On croyait qu’il allait rester avec tonton Vianney, mais ce n’est pas le cas.
_ Il t’a dit quoi ?
_ Rien du tout, mais je préfère rester ici.
Je suis heureuse de König pour son choix, car c’est tout ce que nous souhaitons voir. Deux minutes plus tard, Vianney même est venu nous rejoindre à l’intérieur.
_ Pourquoi ne pas venir me saluer ?, me demande Vianney.
_ Désolée, je mangeais avec les enfants !
_ Malgré tout ce qu’il se passe, toi tu ne blagues pas toujours avec la nourriture.
_ Tonton Vianney, peux-tu laisser ma mère tranquille ?
_ Rodrigue, Rodrigue, Rodrigue ! Je t’ai appelé combien de fois ?
Du coup, il nous a laissés. À chaque fois, j’essaie toujours de calmer Rodrigue, mais il ne m’écoute pas. Tonton Vianney n’est pas vraiment bon, donc je ne veux pas qu’il continue de l’énerver. Il peut toutefois décider de faire du mal à mon enfant.
•• VIANNEY ••
Je suis venu saluer cette veuve et ses enfants avant d’aller voir le chef du village, mais la manière dont ils m’ont accueilli, hum ! Je n’ai même plus la bouche pour parler.
Avec pleine de colères, je me suis rendu chez monsieur Samuel. Lui et moi sommes des vrais amis, depuis que nous étions tous petits, donc il va sûrement me défendre.
_ Sois le bienvenu !
_ Merci chef !
_ Je t’ai espéré la dernière fois, mais tu n’étais pas venu. Pourquoi ?
_ Excuse-moi vraiment ! C’était à cause de quelques préoccupations.
_ Vianney, arrête de jouer avec moi ! D’ailleurs, je vais informer tous les villageois ce soir.
_ Non chef, tu vas trop loin. Je ne veux pas que les villageois soient au courant de ce que j’ai fait. S’il te plaît !
_ Dans ce cas, tu vas devoir me donner quelques choses.
Moi-même je le savais qu’il allait me demander de l’argent. C’est vraiment parfait.
_ D’accord chef ! Je te donne cent mille francs.
_ Cent mille francs CFA ? Tu me prends pour qui ? Est-ce que tu sais quand même que tu as commis un acte très indescriptible ? Comment peux-tu t’approcher de la femme de ton défunt frère, alors qu’on ne l’a même pas enterré ? Vraiment, c’est une abomination hein.
_ Hum ! Dis-moi maintenant la somme que tu veux ?
_ Donne-moi cinq cents mille ! Je ne veux plus qu’on revienne sur cette affaire.
C’est plus fort que moi, mais je n’ai pas le choix. C’est le seul moyen qui peut me sauver. Sinon, le jour où ma femme aussi sera au courant de mon acte, elle va sûrement demander le divorce.
_ Tu me paies avant la fin de ce mois.
_ Non chef ! Je te donnerai tout après les obsèques de mon frère. C’est promis et juré.
_ Il n’y a pas de soucis.
Il m’a au moins compris de ce côté. J’ai encore échangé quelques mots avec lui avant d’aller chercher ma voiture pour partir. Quelques minutes après, je suis bien arrivé à la maison. Victorine m’a apporté de l’eau.
_ As-tu bien travaillé à l’école aujourd’hui ?
_ Oui papa !
_ D’accord, c’est bien ! Où est ta mère ?
_ Elle est dans la cuisine.
Quelques jours plus tard.
•• RODRIGUE ••
La cérémonie funèbre a déjà commencé, et deux hommes sont venus nous chercher dans la chambre de ma mère. Ma mère et moi faisons un effort pour ne pas pleurer, mais hélas ! On n’arrive même plus à contrôler nos larmes.
On nous a amenés dans une chambre vide et à peine deux minutes, certaines personnes ont amené le cercueil dans lequel se trouve mon père. Avant qu’ils ne le ferme définitivement, ils disent qu’ils doivent nous faire un rituel.
L’une de ces personnes a ouvert le cercueil, et tristement König se met à pleurer en disant :
_ Papa, papa, papa ! Pourquoi je ne te voyais plus ? Réveille-toi, on va s’amuser !
_ Calme-toi !, lui dis-je en pleurant ardemment.
Ma mère nous a serrés dans ses bras afin que le rituel puisse bien se passer. Après tout, mon oncle est venu, accompagné d’un menuisier. Ils ont fermé le cercueil et c’est fini pour mon père.
Nous sommes sortis de la chambre et du coup, la majorité des villageois se mettent à pleurer. Certains d’entre eux crient très fort en appelant le nom de mon père.
Ma mère a tenu nos mains et on se dirige au cimetière. Vu que c’est juste proche de chez nous, on est arrivé sans durer. Il me semble qu’il nous reste encore un rituel à faire. Oui, c’est bien vrai !
_ Madame, viens mettre un peu de sable sur le cercueil de ton mari, dit-il à ma mère. Tes enfants aussi vont faire la même chose, ajoute-t-il.
Non mon Dieu, je ne peux plus. J’ai tant pleuré afin que Dieu ait pitié de nous, mais ce n’est pas le cas. Il ne veut pas que mon père se réveille de son sommeil. Ma mère a perdu toute sa force, mais, finalement elle a pu faire ce qu’on lui demande. Après son tour, vient le mien ! J’ai aussi fini de mettre un peu de sable sur le cercueil de mon père et finalement, c’est le tour de König. Depuis le matin, j’ai remarqué que König a carrément changé et je ne le comprends plus. On lui demande de faire comme nous, mais il a refusé. Tout le monde est étonné, et dans un instant, mon oncle est venu chez lui.
_ S’il te plaît König, il faut faire ce qu’on te demande.
_ Tonton Vianney, pourquoi toi aussi tu ne veux pas que mon père se réveille ? Moi, je veux le revoir.
_ König, je te demande pardon.
À ma grande surprise, mon petit frère s’est jeté dans la tombe et dit :
_ Je sais bien que mon père va partir et ne reviendra plus, donc je veux m’en aller avec lui.
_ Non König, arrête !, lui dit tonton Vianney.
_ Je veux revoir mon père, c’est tout ce que je vous demande.
La réaction de König a vraiment étonné beaucoup de personnes, y compris ma mère et moi.
À suivre….
