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La finale du concours a eu lieu il y a plus de deux semaines et c'est encore la folie autour de moi. Tous les après-midis, le teatime affiche complet. Abbi est obligée de refuser du monde parce que les gourmands viennent des quatre coins du pays pour goûter mes pâtisseries. J'ai également dû arrêter de prendre des commandes spéciales car je ne pouvais plus tout assumer tout seul. 

                      

La semaine qui a suivi le dénouement télévisé, je me suis effondré de fatigue. Je crois que la pression du concours associée au stress de la procédure ont eu raison de moi. Je n'ai jamais autant dormi que ces jours là. Le soir, quand ma fille rentrait de l'école, elle passait la porte accompagnée d'Holly. Ce sont leurs visages rayonnants qui me donnaient la force de me lever les embrasser. Nous sommes restés tous les trois dans notre cocon pendant plusieurs jours. Après la liesse de la célébrité, il me fallait retrouver la quiétude de mon quotidien. Le soir, nous nous blottissions tous les trois sur le canapé pour jouer à un jeu ou regarder un dessin animé. En réalité, c'était juste un prétexte pour être ensemble, pour être heureux à trois. 

                      

Cet été, Holly a commencé à passer de plus en plus de temps entre mes murs. Et l'avoir près de moi de plus en plus souvent, c'était addictif. Je savais qu'aucun retour en arrière ne serait possible. Mais je n'ai pas voulu la brusquer, alors je lui ai fait discrètement de la place dans mes tiroirs, dans mon armoire. J'ai libéré une étagère dans la salle de bain pour que ses produits de toilette trouvent leur place. Je l'ai laissée faire son nid paisiblement, sans trop le réaliser mais en en profitant allègrement. Et hier, je ne sais pas ce qui m'a pris. Peut-être qu'Holly était trop belle, allongée dans le plus simple appareil, avec ses mèches blondes étalées autour d'elle et son regard aimant. Peut-être que ce que je ressens pour elle est simplement trop fort, trop précieux, peut-être que je ne suis que la meilleure version de moi-même quand je suis avec elle. Toujours est-il que je l'ai prise dans mes bras et que j'ai chuchoté à son oreille: 

                      

-Viens vivre avec moi. 

                      

Elle s'est figée, le coeur battant, avant de lancer ses bras autour de mon cou et d'enrouler ses cuisses charnues autour de mon bassin. Elle a picoré ma bouche pour y déposer des oui, rien que des oui. Et je me suis demandé l'espace d'une seconde si autant de bonheur n'était pas trop pour un seul homme. 

                      

Mais ce matin, alors que nous déjeunons en nous dévorant du regard, je comprends que ce n'est que le début. Il nous reste tant à bâtir, tant à savourer. 

                      

-Et si on allait se balader un peu après ton service ? 

                      

-Bonne idée, tu veux aller où ? 

                      

-On pourrait passer dire bonjour à mes parents en montant à Galway. 

                      

-Pas de problème, j'essaierai de ne pas finir trop tard. 

                      

Avec tout ce qui nous est tombé sur la tête dernièrement, nous n'avons pas beaucoup pris le temps de flâner mais il est l'heure de remédier à cela. Nous sommes en train de faire des plans lorsque Mila nous rejoint, le regard encore tout endormi. Ce weekend, elle reste avec nous. Ariane n'ayant pas encore trouvé un appartement ici, nous continuons notre roulement jusqu'à sa future installation. Elle s'approche de moi, pose un tendre baiser sur ma joue avant d'en faire de même avec Holly. Cette dernière informe ma fille de notre idée. Mila énumère aussitôt toutes les boutiques que nous pourrions faire pour lui acheter de nouveaux vêtements. Nous rions en l'écoutant. 

                      

Depuis que le juge a officialisé le retour de sa mère dans sa vie, ma fille va beaucoup mieux. Bien sûr, elle est encore en proie à des angoisses mais beaucoup moins qu'avant. Elle ressent moins le besoin de contrôler son apparence et parvient bien plus à exprimer ce qui la ronge. Les quelques séances qu'elle a déjà eue chez un psychologue n'y sont certainement pas pour rien. 

                                  

              

                    

Étant donné que je ne parvenais pas à trouver un spécialiste pouvant communiquer avec elle, le juge nous a orientés vers un psy situé à Galway qui fait appel à une traductrice en langue des signes. Cette solution semble bien convenir à Mila. Elle trouve le médecin gentil et la traductrice marrante ! 

Je me lève de table pour aller me préparer. Quelques minutes plus tard, je rejoins la cuisine du pub où je me dépêche de terminer les préparations qui m'attendent. Le samedi, c'est le seul jour où je sers le Hollycious. J'en prépare des dizaines et des dizaines et tous trouvent un gourmand qui voudra bien les manger. Ensuite, je rentre à l'appartement avec une sphère au chocolat dans les mains que j'offre à la femme de ma vie. Je change la garniture pour la surprendre à chaque fois et je crois qu'elle aime autant que moi ce nouveau rituel rien qu'à nous. 

-Bonjour Louis, tu es en forme ? 

La porte de la cuisine claque dans le dos d'Abbi quand elle s'approche pour regarder ce que je fais. 

-Oui et vous ? 

-Toujours. Bon, je crois qu'on va encore avoir droit à un sacré service cet après-midi ! 

-Ah bon ? Pourquoi ? 

-En revenant du marché, j'ai entendu des promeneurs parler de toi. Et il n'y en avait pas qu'un seul. Adam m'a dit qu'un bus plein à craquer est arrivé à l'aube rien que pour venir te rencontrer. 

Adam est un vieux pêcheur que je croise régulièrement en allant chercher ma fille à l'école. Il est plutôt du genre bourru, pas vraiment le style à colporter des ragots.

-Me rencontrer ? Mais pourquoi ? 

Abbi rit en me tapotant chaleureusement le bras. 

-Je crois que tu ne te rends vraiment pas compte des retombées de l'émission Louis. 

Elle n'a pas tort. Je crains tellement de me confronter aux fans de l'émission que je reste soit cloitré chez moi, soit reclus dans la cuisine du pub. Je ne sais pas ce que je crains mais quelques fois, je frissonne un peu en imaginant croiser ceux qui soutenaient Stephy ou ceux qui n'apprécient pas ma couleur de peau. Il faut croire que les mauvais souvenirs laissent des blessures longues à cicatriser. 

Je hausse les épaules pour toute réponse. Mes mains s'agitent pour monter une crème à la vanille pendant que cinq fonds de tarte se font dorer la pilule dans le four. Ma patronne reste près de moi, elle semble observer mes mouvements et chercher ses mots. Cela ne lui ressemble pas. Sans lever le nez de mon saladier, je lui demande tout de même: 

-Vous vouliez me dire quelque chose ? 

-Oui, souffle-t-elle du bout des lèvres. 

Elle tire une chaise haute pour s'installer dessus. Ses mains se rejoignent entre ses cuisses, son regard est fuyant. Je ne la reconnais pas. Tout en fouettant ma préparation, je tourne la tête dans sa direction, les sourcils froncés. 

-Qu'est-ce... 

-Tu perds ton temps ici Louis, me coupe-t-elle sèchement.

Silence de plomb. 

-Tu devrais profiter de l'argent du concours pour monter ta propre affaire, tu es tellement doué. Tu mérites bien mieux qu'un petit boulot au pub. 

-Mais... je... enfin... 

-Tu as énormément apporté à cet établissement et au village tout entier. Tu as créé un moment de convivialité, tu nous as fait connaitre de nouveaux desserts à nous autres, vieux irlandais bornés ! Mais il est temps pour toi de briller, de profiter de cette émission pour voler de tes propres ailes. 

            

              

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